{"id":2450,"date":"1992-09-01T00:00:00","date_gmt":"1992-09-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-73-no-5-septembre-octobre-1992-sacrifice-et-societe\/"},"modified":"2022-10-17T20:52:04","modified_gmt":"2022-10-17T20:52:04","slug":"vol-73-no-5-septembre-octobre-1992-sacrifice-et-societe","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-73-no-5-septembre-octobre-1992-sacrifice-et-societe\/","title":{"rendered":"Vol.73 No. 5 &#8211; Septembre\/Octobre 1992 &#8211; Sacrifice et soci\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">Le sacrifice de soi n&rsquo;est gu\u00e8re \u00e0 la mode au moment o\u00f9 chacun semble revendiquer un plus vaste \u00ab\u00a0espace\u00a0\u00bb dans la soci\u00e9t\u00e9. Mais faute de r\u00e9apprendre \u00e0 subordonner l&rsquo;int\u00e9r\u00eat individuel au bien commun, nous courons \u00e0 la catastrophe&#8230;<\/p>\n<p>Vous \u00eates-vous jamais demand\u00e9 o\u00f9 en serait l&rsquo;esp\u00e8ce humaine si nul ne consentait jamais aucun sacrifice\u00a0? Ou, plus \u00e0 propos, o\u00f9 en seriez-vous si nul ne se sacrifiait jamais pour vous\u00a0? La vie serait certes une exp\u00e9rience aussi br\u00e8ve que d\u00e9sagr\u00e9able si nous refusions tous de c\u00e9der quoi que ce soit \u00e0 notre prochain. Mais certains signes troublants indiquent que la soci\u00e9t\u00e9 occidentale commence \u00e0 consid\u00e9rer le sacrifice de soi comme le vestige superflu d&rsquo;un \u00e2ge de la raison imparfaite.<\/p>\n<p>Certes, la notion originelle de sacrifice \u00e9tait intimement solidaire de la motivation premi\u00e8re de l&rsquo;acte. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;apaiser tout un ar\u00e9opage de divinit\u00e9s capricieuses qui, \u00e0 la moindre saute d&rsquo;humeur, oubliaient volontiers les march\u00e9s conclus. Sacrifice aujourd&rsquo;hui superflu que celui qui consiste \u00e0 pr\u00e9cipiter quelques vierges dans le crat\u00e8re d&rsquo;un volcan ou \u00e0 immoler des agneaux sur un autel. Mais un monde s\u00e9pare ce genre de sacrifice du concept que le mot \u00e9voque aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Le sacrifice primitif proc\u00e9dait essentiellement de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat individuel. L&rsquo;auteur de l&rsquo;offrande estimait qu&rsquo;il n&rsquo;avait rien \u00e0 perdre (car le sacrifice ne lui co\u00fbtait gu\u00e8re) et tout \u00e0 gagner \u00e0 soudoyer les dieux.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;acception contemporaine, par contre, le sacrifice ne proc\u00e8de pas d&rsquo;un sens bien compris de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat individuel mais plut\u00f4t de l&rsquo;abn\u00e9gation pour le bien d&rsquo;autrui. Ces deux notions &#8211; antique et moderne &#8211; sont aussi distantes l&rsquo;une de l&rsquo;autre que l&rsquo;\u00e9tat barbare de la civilisation. La soci\u00e9t\u00e9 moderne ne saurait survivre si ses membres refusaient de sacrifier quoi que ce soit au bien commun sans l&rsquo;espoir d&rsquo;une contrepartie tangible.<\/p>\n<p>Dans la civilisation occidentale, le sacrifice ultime est celui du Christ souffrant et mourant sur la croix pour la r\u00e9demption des hommes. Depuis lors, l&rsquo;enseignement du Christ a \u00e9t\u00e9 grossi\u00e8rement d\u00e9form\u00e9 pour la d\u00e9fense d&rsquo;int\u00e9r\u00eats \u00e9go\u00efstes, mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur, la philosophie chr\u00e9tienne professe un collectivisme profond\u00e9ment altruiste. Ministre du culte et romancier, Charles Kingsley r\u00e9sumait en ces termes les r\u00e8gles fondamentales de sa foi\u00a0: \u00ab\u00a0 Donner plut\u00f4t que prendre; servir plut\u00f4t que r\u00e9gner; nourrir plut\u00f4t que d\u00e9vorer; aider plut\u00f4t qu&rsquo;assujettir; et au besoin, mourir plut\u00f4t que vivre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les chr\u00e9tiens ne sont pas les seuls \u00e0 pr\u00eacher l&rsquo;abn\u00e9gation. Les \u00ab\u00a0 sauvages\u00a0\u00bb que les missionnaires \u00e9taient venus \u00e9vang\u00e9liser en savaient souvent long sur la question. Dans certaines soci\u00e9t\u00e9s dites \u00ab\u00a0primitives\u00a0\u00bb, il \u00e9tait de tradition que les individus de certaines cat\u00e9gories se sacrifient pour autrui. Chez les Inuit, par exemple, lorsque la chasse \u00e9tait mauvaise, les personnes \u00e2g\u00e9es restaient en arri\u00e8re et se laissaient mourir afin que les autres membres de la famille aient assez \u00e0 manger pour survivre.<\/p>\n<p>Depuis l&rsquo;aube de l&rsquo;humanit\u00e9, la m\u00eame attitude se retrouve dans la plupart des soci\u00e9t\u00e9s en temps de guerre. Les guerriers vont mourir au combat pour que les autres membres du groupe survivent et perp\u00e9tuent la cause commune. La guerre \u00e9tant la moins rationnelle des activit\u00e9s humaines, elle ignore la logique traditionnelle selon laquelle ceux qui sont les plus proches de la mort se sacrifient au b\u00e9n\u00e9fice de ceux qui en sont les plus \u00e9loign\u00e9s. Au XXe si\u00e8cle, la plupart des victimes tomb\u00e9es les armes \u00e0 la main sont d&rsquo;une path\u00e9tique jeunesse. Le po\u00e8te A. E. Housman donne la mesure de leur sacrifice lorsqu&rsquo;il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0La mort n&rsquo;est certes point une tr\u00e8s grande perte, sauf pour les jeunes gens que nous \u00e9tions alors\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Housman venait de Grande-Bretagne, un pays qui a consenti d&rsquo;\u00e9normes sacrifices depuis un si\u00e8cle pour pr\u00e9server non seulement sa libert\u00e9 mais aussi celle d&rsquo;autres pays. Il avait fait la Premi\u00e8re Guerre mondiale, o\u00f9 des soldats de circonstance, civils de vocation, vivaient l&rsquo;horreur et la terreur des tranch\u00e9es immondes, manoeuvr\u00e9s comme du b\u00e9tail et envoy\u00e9s au massacre par des g\u00e9n\u00e9raux incomp\u00e9tents. Mais l&rsquo;horreur indicible de ce sacrifice ne lui enl\u00e8ve rien de sa l\u00e9gitimit\u00e9. Les hommes qui combattaient dans les rangs alli\u00e9s \u00e9taient convaincus qu&rsquo;ils risquaient leur vie et leur int\u00e9grit\u00e9 corporelle pour \u00e9pargner une tyrannie perverse aux peuples d&rsquo;Europe occidentale. Dans son livre My Grandfather&rsquo;s War paru en 1981, William D. Mathieson d\u00e9crit un ancien combattant canadien qui a perdu un bras dans les tranch\u00e9es. \u00c0 un passant compatissant qui avait remarqu\u00e9 sa manche vide flottant au vent, il dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je n&rsquo;ai pas perdu mon bras, je l&rsquo;ai donn\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3>La courtoisie des Britanniques les a aid\u00e9s \u00e0 traverser la crise la plus grave de leur histoire<\/h3>\n<p>Pendant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, les Britanniques durent \u00e0 nouveau subir les privations, la souffrance et la mort dans un authentique combat pour la civilisation. D&rsquo;abord mal \u00e9quip\u00e9s pour r\u00e9agir militairement, ils poss\u00e9daient cependant dans l&rsquo;arsenal de leur tradition nationale toutes les armes n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9sistance psychologique.<\/p>\n<p>Les Britanniques sont certes c\u00e9l\u00e8bres pour leur flegme et leur sang- froid. Ils se mettent naturellement en file d&rsquo;attente l\u00e0 o\u00f9 d&rsquo;autres jouent des coudes pour \u00eatre les premiers. Leur esprit d&rsquo;abn\u00e9gation a fait leur force pendant la plus grave crise de leur longue et riche histoire.<\/p>\n<p>\u00c0 Dunkerque en 1940, l\u00e0 o\u00f9 certaines arm\u00e9es se seraient d\u00e9band\u00e9es dans le d\u00e9sordre et la panique, les Britanniques se mirent en rang pour organiser dans l&rsquo;ordre le repli le plus c\u00e9l\u00e8bre et le plus r\u00e9ussi de l&rsquo;histoire militaire. Et pendant le \u00ab\u00a0blitz\u00a0\u00bb, leur propension pour l&rsquo;ordre fut leur premier soutien dans la lutte contre la machine de guerre allemande, outre l&rsquo;appui de forces alli\u00e9es relativement modestes (venues pour la plupart du Canada).<\/p>\n<p>Le Britannique moyen refusa froidement de succomber \u00e0 la terreur et au d\u00e9sespoir que les bombardements allemands \u00e9taient cens\u00e9s semer dans le pays. Dans les galeries du m\u00e9tro londonien, transform\u00e9es en abris pour la circonstance, les bonnes mani\u00e8res et la bonne humeur allaient permettre aux Britanniques de vivre ce que Winston Churchill appellera \u00ab\u00a0leur plus belle heure\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Plus d&rsquo;un auteur s&rsquo;est demand\u00e9 comment les Britanniques r\u00e9agiraient \u00e0 ces m\u00eames \u00e9v\u00e9nements s&rsquo;ils se produisaient aujourd&rsquo;hui, dans le sillage des transformations profondes que la g\u00e9n\u00e9ration du \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb a impos\u00e9es aux mentalit\u00e9s en Grande-Bretagne comme en Am\u00e9rique du Nord. Il est probable que la courtoisie britannique l&#8217;emportant, le pays traverserait avec succ\u00e8s l&rsquo;\u00e9preuve renouvel\u00e9e. Car apr\u00e8s tout, les Britanniques savent \u00ab\u00a0rendre la main\u00a0\u00bb\u00a0: m\u00eame dans les conversations les plus anim\u00e9es, les controverses les plus vives, le \u00ab\u00a0bistrocrate\u00a0\u00bb le plus acharn\u00e9 sait quand laisser la parole \u00e0 la partie adverse.<\/p>\n<p>Malheureusement, cette attitude ne semble pas avoir d&rsquo;\u00e9quivalent dans la tradition nord-am\u00e9ricaine contemporaine. Et si elle existe, elle ne semble pas avoir encore trouv\u00e9 son expression concr\u00e8te. De ce c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Atlantique, on dit plus volontiers\u00a0: \u00ab\u00a0Otez-vous de l\u00e0, vous empi\u00e9tez sur mon espace\u00a0!\u00a0\u00bb Apparemment, chacun s&rsquo;occupe farouchement \u00e0 d\u00e9fendre ou \u00e0 \u00e9tendre son \u00ab\u00a0espace\u00a0\u00bb. Ce mot mesure d\u00e9sormais le pouvoir et les droits de l&rsquo;individu dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 en croire le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, la lutte pour l&rsquo;espace ne conna\u00eet jamais de tr\u00eave. Soir apr\u00e8s soir, nous voyons d\u00e9filer \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran d&rsquo;innombrables manifestants qui contestent ceci, revendiquent cela, crient \u00e0 la discrimination ou accusent quelqu&rsquo;un d&rsquo;avoir enfreint leurs droits. Tous soulignent que leurs griefs posent une question de justice si transcendante qu&rsquo;ils doivent \u00eatre r\u00e9gl\u00e9s s\u00e9ance tenante. Le probl\u00e8me est que dans ce concert de \u00ab\u00a0moi\u00a0! moi\u00a0! moi\u00a0! \u00a0\u00bb, d&rsquo;authentiques injustices risquent de perdre leur l\u00e9gitime priorit\u00e9 politique.<\/p>\n<h3>Assiste-t-on \u00e0 un blocage de la croissance intellectuelle \u00a0?<\/h3>\n<p>La cacophonie des int\u00e9r\u00eats les plus \u00e9troits a provoqu\u00e9 une fragmentation politique. Certains griefs touchent \u00e0 la banalit\u00e9 face aux probl\u00e8mes que confrontent d&rsquo;autres groupes, au Canada et dans le monde. Mais l&rsquo;attention politique imm\u00e9diate se tourne volontiers vers les revendications plus tapageuses plut\u00f4t que vers les politiques primordiales pour le bien-\u00eatre du pays \u00e0 long terme. Car la tendance naturelle des \u00e9lus \u00e0 vivre d&rsquo;exp\u00e9dients plut\u00f4t que de principes se trouve exacerb\u00e9e par la clameur publique.<\/p>\n<p>Pour Robert Hughes de la revue Time, nous vivons dans \u00ab\u00a0une culture juv\u00e9nile geignarde o\u00f9 le Pouvoir a toujours tort et o\u00f9 l&rsquo;expansion des droits est un ph\u00e9nom\u00e8ne unilat\u00e9ral, d\u00e9barrass\u00e9 de son pendant dans la tradition civique\u00a0: le sens du devoir\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te \u00ab\u00a0 juv\u00e9nile\u00a0\u00bb est ici particuli\u00e8rement bien choisie\u00a0: au Canada comme aux Etats-Unis, les mouvements de l&rsquo;opinion publique ressemblent souvent aux manifestations d&rsquo;un arr\u00eat de croissance intellectuelle. L&rsquo;esprit juv\u00e9nile poss\u00e8de en effet le don de se consacrer int\u00e9gralement \u00e0 une seule question \u00e0 la fois, \u00e0 l&rsquo;exclusion de toute autre consid\u00e9ration, ce qui n&rsquo;est pas sans \u00e9voquer le caract\u00e8re r\u00e9solument unipolaire de certaines revendications politiques courantes. L&rsquo;individu juv\u00e9nile est d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 avoir gain de cause, sans tenir compte des cons\u00e9quences pour son prochain, ni m\u00eame pour son propre avenir. Au Canada comme ailleurs, cette d\u00e9marche immature pr\u00e9side au discours touchant certaines des questions les plus graves du moment.<\/p>\n<p>Erik Erikson, expert reconnu des \u00e9tapes psychologiques de la vie, a \u00e9crit que pour atteindre l&rsquo;\u00e2ge adulte, l&rsquo;individu doit passer du stade immature de l&rsquo;\u00ab\u00a0absorption dans le soi\u00a0\u00bb \u00e0 celui de la \u00ab\u00a0 production\u00a0\u00bb, o\u00f9 il commence \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter de ce qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 jusqu&rsquo;ici dans sa vie. Ce souci de \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb est empreint d&rsquo;un fort \u00e9l\u00e9ment spirituel. \u00ab\u00a0Il est \u00e9tranger \u00e0 notre monde, et au lieu de revendiquer les biens de ce monde, il recherche la fraternit\u00e9 humaine dans le don de soi\u00a0\u00bb, nous dit Erikson.<\/p>\n<p>Quel que soit leur \u00e2ge, certains ne transitent jamais de la phase d&rsquo;absorption dans le soi \u00e0 celle de la \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb. Ce qui inqui\u00e8te aujourd&rsquo;hui tant d&rsquo;intellectuels, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 que cette immaturit\u00e9 ne s&rsquo;\u00e9tende d\u00e9finitivement de l&rsquo;individu \u00e0 l&rsquo;ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. Dans un r\u00e9cent rapport, le Conseil de la famille, cr\u00e9\u00e9 par le premier ministre de l&rsquo;Alberta, d\u00e9clare que \u00ab\u00a0 pour beaucoup, la mont\u00e9e du mat\u00e9rialisme est la cause premi\u00e8re de l&rsquo;instabilit\u00e9 de la famille\u00a0\u00bb. Du point de vue d&rsquo;Erikson, cela signifierait qu&rsquo;un nombre croissant d&rsquo;individus ne parviennent pas au stade de la \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb; qu&rsquo;ils sont trop absorb\u00e9s en eux- m\u00eames pour consentir les sacrifices n\u00e9cessaires \u00e0 la constitution d&rsquo;une cellule familiale stable. Le rapport, qui analyse les t\u00e9moignages de quelque 3,000 r\u00e9sidents de l&rsquo;Alberta, d\u00e9plore la tendance \u00e0 assimiler le bonheur \u00e0 la possession de biens mat\u00e9riels &#8211; erreur classique de l&rsquo;esprit immature.<\/p>\n<p>Illusion ou r\u00e9alit\u00e9, il demeure que le climat social semble dangereusement propice \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ralisation de l&rsquo;immaturit\u00e9 juv\u00e9nile permanente dans la soci\u00e9t\u00e9. Par exemple, le plus s\u00fbr moyen de pourrir un adolescent &#8211; d\u00e9j\u00e0 convaincu que le monde lui appartient &#8211; serait de lui demander constamment si tout est \u00e0 son go\u00fbt et, dans la n\u00e9gative, de bien vouloir dicter ses volont\u00e9s. Et pourtant, n&rsquo;est-ce pas l\u00e0 ce que font les sondages d&rsquo;opinion publique\u00a0?<\/p>\n<p>Il est d&rsquo;autant plus difficile de convaincre quelqu&rsquo;un de penser \u00e0 autrui que la publicit\u00e9 ne cesse de lui dire qu&rsquo;il est le centre du monde. Quoi qu&rsquo;il en soit dans la r\u00e9alit\u00e9, il demeure que dans l&rsquo;univers de la publicit\u00e9 t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e, le t\u00e9l\u00e9spectateur est toujours le premier en tout.<\/p>\n<p>Si la publicit\u00e9 semble donc favoriser l&rsquo;\u00e9gocentrisme, il en va de m\u00eame de la promotion de l&rsquo;estime de soi. En cultivant l&rsquo;amour-propre, l&rsquo;\u00e9cole, les \u00c9glises et les collectivit\u00e9s poursuivent un objectif louable\u00a0: faire prendre conscience aux d\u00e9favoris\u00e9s qu&rsquo;ils sont \u00e0 \u00e9galit\u00e9 de droits et de chances avec le reste de la soci\u00e9t\u00e9. L&rsquo;individu qui a de l&rsquo;estime pour lui-m\u00eame est moins enclin aux comportements autodestructeurs. La promotion de l&rsquo;amour-propre est une technique qui a fait ses preuves face \u00e0 des probl\u00e8mes sociaux tels que la d\u00e9linquance urbaine, la promiscuit\u00e9 des adolescents, la drogue et l&rsquo;alcoolisme.<\/p>\n<h3>Les Japonais \u00e9vitent que leurs enfants acqui\u00e8rent une trop grande fiert\u00e9 individuelle, aux d\u00e9pens de la collectivit\u00e9<\/h3>\n<p>Les promoteurs de ces programmes doivent veiller \u00e0 ce que l&rsquo;estime de soi ne devienne pas un automatisme gratuit. L&rsquo;exercice consiste essentiellement \u00e0 rendre hommage aux r\u00e9alisations de ceux qui manquent d&rsquo;assurance, de foi en eux-m\u00eames. La tentation est grande de faire passer l&rsquo;hommage avant la r\u00e9alisation. Aux \u00c9tats-Unis &#8211; o\u00f9 une \u00e9cole a lanc\u00e9 un programme intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Very Important Kids\u00a0\u00bb (Des gamins tr\u00e8s importants) \u00e0 l&rsquo;intention d&rsquo;enfants de trois \u00e0 six ans &#8211; certains critiques soulignent que le maniement irraisonn\u00e9 de l&rsquo;encensoir risque d&rsquo;inculquer aux enfants une confiance en soi exag\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Des tests internationaux de l&rsquo;aptitude aux math\u00e9matiques ont r\u00e9cemment r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les \u00e9l\u00e8ves am\u00e9ricains ont beaucoup plus confiance dans leurs comp\u00e9tences que les enfants asiatiques, mais que leurs r\u00e9sultats sont en fait tr\u00e8s inf\u00e9rieurs (incidemment, les enfants canadiens font un score \u00e0 peine meilleur). Expliquant les diff\u00e9rences entre les deux cultures, un psychologue a fait remarquer que les parents japonais \u00e9vitent de trop f\u00e9liciter leurs enfants, de peur qu&rsquo;ils acqui\u00e8rent une trop grande fiert\u00e9 individuelle aux d\u00e9pens de la collectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Et certains promoteurs de l&rsquo;estime de soi ont conclu que l&rsquo;individu manque de confiance en soi tant qu&rsquo;il n&rsquo;a pas r\u00e9alis\u00e9 pleinement son potentiel. Une Eglise am\u00e9ricaine est m\u00eame all\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 proclamer que le plus grand p\u00e9ch\u00e9 consiste \u00e0 ne pas r\u00e9aliser son potentiel, ce dont proc\u00e8dent sans doute tous les autres p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette th\u00e9orie se pr\u00eate aux interpr\u00e9tations les plus abusives. Puisque la r\u00e9alisation du potentiel individuel est le tenant et l&rsquo;aboutissant ultime de l&rsquo;existence, peu importe que le prochain doive en souffrir.<\/p>\n<p>Ainsi, Paul Gauguin a r\u00e9alis\u00e9 pleinement son potentiel lorsqu&rsquo;il a d\u00e9laiss\u00e9 une carri\u00e8re d&rsquo;agent de change pour se consacrer \u00e0 la peinture. Il est sans doute pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 comme grand artiste, mais qu&rsquo;en ont pens\u00e9 la femme et les cinq enfants qu&rsquo;il a abandonn\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<h3>Nul n&rsquo;\u00e9prouvera de vraie satisfaction tant qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas renonc\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame<\/h3>\n<p>La plupart des gens qui ont charge de famille voudraient parfois se lib\u00e9rer de leurs responsabilit\u00e9s et, qui sait, tel Gauguin, dispara\u00eetre dans les \u00eeles des mers du Sud. Quel bonheur de ne devoir jamais se sacrifier pour autrui; et de laisser autrui se sacrifier pour soi\u00a0! Mais pour chaque \u00e9mule de Gauguin r\u00e9pondant \u00e0 l&rsquo;appel du \u00ab\u00a0m\u00e9contentement divin\u00a0\u00bb, des milliers de g\u00e9nies frustr\u00e9s restent fid\u00e8les au poste par sens du devoir. Ayant atteint le stade adulte de la \u00ab\u00a0production\u00a0\u00bb, ils ont d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;il est plus important de s&rsquo;acquitter de leurs obligations envers leur famille et leur collectivit\u00e9 que de tenter de \u00ab\u00a0se r\u00e9aliser\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mais qu&rsquo;entend-on vraiment par \u00ab\u00a0se r\u00e9aliser\u00a0\u00bb\u00a0? On nous dit qu&rsquo;il ne faut pas confondre la r\u00e9alisation de soi avec l&rsquo;aur\u00e9ole illusoire de la satisfaction de soi. La pythie de Delphes ne disait- elle point \u00ab\u00a0Connais-toi toi-m\u00eame\u00a0\u00bb\u00a0? Mais comment se conna\u00eetre soi- m\u00eame\u00a0? Selon le th\u00e9ologien am\u00e9ricain O. D. Gifford, la seule fa\u00e7on consiste \u00e0 renoncer \u00e0 soi-m\u00eame. Certes, nul n&rsquo;\u00e9prouvera jamais objectivement de vraie satisfaction tant qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas renonc\u00e9 \u00e0 un certain plaisir individuel en faveur du bien.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Celui qui n&rsquo;a jamais sacrifi\u00e9 le pr\u00e9sent \u00e0 un avenir meilleur, l&rsquo;individuel au g\u00e9n\u00e9ral, ne parle du bonheur que comme l&rsquo;aveugle des couleurs\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Horace Mann. Ce n&rsquo;est pas la premi\u00e8re fois que cette citation appara\u00eet ici, mais elle m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9e car chacun \u00e0 sa fa\u00e7on recherche sa propre version du bonheur. Et s&rsquo;il est vrai, comme le dit la chanson (\u00ab\u00a0All you need is love\u00a0\u00bb), que l&rsquo;amour est le seul ingr\u00e9dient indispensable au bonheur, l&rsquo;abn\u00e9gation est un imp\u00e9ratif, car il ne saurait y avoir d&rsquo;amour r\u00e9ciproque hors l&rsquo;abn\u00e9gation.<\/p>\n<p>Nul n&rsquo;imagine un mariage heureux o\u00f9 les deux \u00e9poux ne feraient pas chaque jour de petits sacrifices &#8211; sans parler des sacrifices que les parents consentent pour leurs enfants afin d&rsquo;assurer le bonheur de la g\u00e9n\u00e9ration suivante. Dans l&rsquo;un de ses romans H. E. Bates fait l&rsquo;autopsie d&rsquo;un mariage malheureux \u00e0 travers les m\u00e9ditations d&rsquo;un aviateur de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, d\u00e9rivant sur un radeau de sauvetage\u00a0: \u00ab\u00a0Ce qui nous attirait vraiment, c&rsquo;\u00e9tait notre \u00e9go\u00efsme mutuel. Et nous avons sombr\u00e9 dans la haine mutuelle parce que l&rsquo;\u00e9go\u00efsme de l&rsquo;un mena\u00e7ait l&rsquo;\u00e9go\u00efsme de l&rsquo;autre. L&rsquo;\u00e9go\u00efsme qui renonce cesse d&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme. Or ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre n&rsquo;\u00e9tions pr\u00eats \u00e0 renoncer. Nous \u00e9tions trop \u00e9go\u00efstes pour avoir des enfants; trop \u00e9go\u00efstes pour accepter des obligations. En fait, nous \u00e9tions trop \u00e9go\u00efstes pour nous d\u00e9sirer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3>L&rsquo;histoire montre les cons\u00e9quences d&rsquo;un refus de l&rsquo;abn\u00e9gation<\/h3>\n<p>Cette volont\u00e9 de renoncer \u00e0 sa propre d\u00e9marche \u00e9go\u00efste est vitale non seulement pour la famille mais aussi pour la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral. En refusant de concourir au bien commun, nous concourons \u00e0 notre propre chute. Les Somaliens ont un proverbe pour d\u00e9crire l&rsquo;encha\u00eenement d&rsquo;hostilit\u00e9 qui d\u00e9coule inexorablement d&rsquo;une concentration excessive sur soi-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0La Somalie et moi contre le monde. Mon clan et moi contre la Somalie. Ma famille et moi contre le clan. Mon fr\u00e8re et moi contre la famille. Moi contre mon fr\u00e8re\u00a0\u00bb. Pensons \u00e0 la guerre civile acharn\u00e9e qui d\u00e9chire la Somalie.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire est riche en enseignements quant aux cons\u00e9quences d&rsquo;un refus de l&rsquo;abn\u00e9gation. Jusque vers les ann\u00e9es 1950, par exemple, l&rsquo;Argentine \u00e9tait l&rsquo;un des pays les plus riches au monde. Mais \u00e0 un moment donn\u00e9, divers groupes d&rsquo;int\u00e9r\u00eat en pr\u00e9sence sur la sc\u00e8ne \u00e9conomique &#8211; propri\u00e9taires terriens, syndicats, bourgeoisie, finance &#8211; n&rsquo;ont plus accept\u00e9 les sacrifices n\u00e9cessaires pour alimenter l&rsquo;expansion. \u00c0 la longue, l&rsquo;\u00e9conomie finit par s&rsquo;\u00e9crouler sous l&rsquo;assaut de leurs revendications. L&rsquo;attitude inflexible de ces diverses factions devait provoquer une \u00e9pouvantable d\u00e9gradation sociale qui fit alterner l&rsquo;Argentine entre la violence de l&rsquo;anarchie et la brutalit\u00e9 de la dictature. Cette course \u00e0 l&rsquo;ab\u00eeme d&rsquo;un pays nagu\u00e8re prosp\u00e8re t\u00e9moigne de l&rsquo;\u00e9norme pouvoir destructeur de l&rsquo;\u00e9gocentrisme lorsqu&rsquo;il devient une vertu politique. Aujourd&rsquo;hui l&rsquo;Argentine, demain le monde\u00a0?<\/p>\n<p>L&rsquo;appel lanc\u00e9 par les participants du r\u00e9cent sommet Plan\u00e8te Terre qui vient de se tenir \u00e0 Rio de Janeiro contient un message \u00e9l\u00e9mentaire\u00a0: les pays ne peuvent se permettre de continuer \u00e0 polluer l&rsquo;atmosph\u00e8re, le sol et les eaux comme ils l&rsquo;ont fait jusqu&rsquo;ici. Des sacrifices authentiques, concrets et massifs devront \u00eatre consentis pour mettre le monde sur la voie d&rsquo;un d\u00e9veloppement durable. \u00c0 terme, la volont\u00e9 de faire ces sacrifices pourrait \u00eatre la derni\u00e8re d\u00e9fense de l&rsquo;humanit\u00e9 face \u00e0 la catastrophe finale. En tant qu&rsquo;humains, avons-nous atteint un stade de maturit\u00e9 suffisant pour consentir les sacrifices n\u00e9cessaires pour prot\u00e9ger les g\u00e9n\u00e9rations futures. \u00c9go\u00efsme ou survie\u00a0: que choisirons-nous\u00a0?<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[73],"class_list":["post-2450","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-73"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.2 (Yoast SEO v27.2) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol.73 No. 5 - Septembre\/Octobre 1992 - Sacrifice et soci\u00e9t\u00e9 - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-73-no-5-septembre-octobre-1992-sacrifice-et-societe\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol.73 No. 5 - Septembre\/Octobre 1992 - Sacrifice et soci\u00e9t\u00e9\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Le sacrifice de soi n&rsquo;est gu\u00e8re \u00e0 la mode au moment o\u00f9 chacun semble revendiquer un plus vaste \u00ab\u00a0espace\u00a0\u00bb dans la soci\u00e9t\u00e9. 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