{"id":2383,"date":"1962-11-01T00:00:00","date_gmt":"1962-11-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-43-n-10-novembre-1962-nos-ressources-et-leur-conservation\/"},"modified":"2022-10-17T19:21:48","modified_gmt":"2022-10-17T19:21:48","slug":"vol-43-n-10-novembre-1962-nos-ressources-et-leur-conservation","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-43-n-10-novembre-1962-nos-ressources-et-leur-conservation\/","title":{"rendered":"Vol. 43, N\u00b0 10 &#8211; Novembre 1962 &#8211; Nos ressources et leur conservation"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">Notre si\u00e8cle est un si\u00e8cle                     prodigue, le plus prodigue sans doute de toute l&rsquo;histoire                     du monde. Nous consommons les ressources de notre plan\u00e8te                     \u00e0 une allure jamais connue auparavant. L&rsquo;homme gratte                     pour ainsi dire la surface du globe pour nourrir une population                     qui augmente sans cesse, et l&rsquo;industrie moderne met litt\u00e9ralement                     le sol sens dessus dessous avec une violence que l&rsquo;on n&rsquo;observait                     autrefois que dans le voisinage des volcans. <\/p>\n<p> Tout cela tend \u00e0 cr\u00e9er un nouveau milieu ambiant,                     un milieu dont nous ne savons pas encore s&rsquo;il sera sain et                     habitable pour nous et nos descendants. <\/p>\n<p> Depuis que l&rsquo;humanit\u00e9 est apparue sur la terre, l&rsquo;exploitation                     des ressources du sol par l&rsquo;homme s&rsquo;est profond\u00e9ment                     modifi\u00e9e. Pourtant, aucun changement important n&rsquo;est                     intervenu dans le m\u00eame temps dans les 24,902 milles                     de circonf\u00e9rence du globe, dans ses 145 millions de                     milles carr\u00e9s d&rsquo;oc\u00e9an, ses 58 millions de milles                     carr\u00e9s de surface terrestre. Notre patrimoine de terre                     propre \u00e0 la culture est de quelque 10,710 millions                     d&rsquo;acres, soit environ 3 acres \u00bd par personne \u00e0 l&rsquo;heure                     actuelle. <\/p>\n<p> Il est \u00e9vident, puisque nous vivons dans des limites                     aussi restreintes, que tout changement que nous apportons                     \u00e0 notre milieu, depuis la construction des villes jusqu&rsquo;aux                     explosions d&rsquo;engins nucl\u00e9aires, a pour nous de profondes                     r\u00e9percussions biologiques. Si nous modifions les choses                     qui nous entourent, nous devons nous adapter \u00e0 de nouvelles                     conditions d&rsquo;existence. La th\u00e9orie de la survivance                     du plus apte, \u00e9nonc\u00e9e par Darwin, ne signifie                     pas la survivance du meilleur, mais simplement la survivance                     des \u00eatres les mieux aptes \u00e0 faire face aux circonstances                     dans lesquelles ils se trouvent. <\/p>\n<p> Voici en une seule phrase tout le probl\u00e8me qui se                     pose \u00e0 cet \u00e9gard\u00a0: dans quelle mesure allons-nous                     nous conformer \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de choses que nous impose                     notre milieu et jusqu&rsquo;\u00e0 quel point allons-nous y r\u00e9sister                     et le modifier\u00a0? Toutes les forces que nous mettons en                     branle, par nos techniques ou par notre action sur le sol,                     les animaux, les oiseaux, les insectes ou les bact\u00e9ries,                     influeront in\u00e9vitablement sur la vie de beaucoup d&rsquo;autres                     cr\u00e9atures. <\/p>\n<p> Il importe de consid\u00e9rer, en envisageant ce probl\u00e8me,                     un facteur d&rsquo;une \u00e9norme importance\u00a0: la pouss\u00e9e                     croissante de la population mondiale. Toujours, aussi loin                     que nous remontions dans l&rsquo;histoire, cette pouss\u00e9e                     de l&rsquo;augmentation biologique des \u00eatres humains a exerc\u00e9                     une pression sur les sources et les moyens de production.                     Dans les si\u00e8cles pass\u00e9s, les peuples sont parvenus                     \u00e0 r\u00e9duire quelque peu cette pression, soit en                     d\u00e9couvrant de nouveaux continents, soit en inventant                     de nouveaux proc\u00e9d\u00e9s de production alimentaire.                   <\/p>\n<p> Mais il n&rsquo;existe plus aujourd&rsquo;hui de nouveaux continents,                     et la population du globe est pass\u00e9e de 900 millions                     qu&rsquo;elle \u00e9tait au moment de la r\u00e9volution am\u00e9ricaine,                     \u00e0 3,060 millions en 1960. <\/p>\n<p> Toutes ces bouches sont nourries par un sol que nous travaillons                     intensivement. Ce n&rsquo;est que r\u00e9cemment que nous avons                     commenc\u00e9 \u00e0 penser \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9                     de conserver \u00e0 ce sol la teneur appropri\u00e9e d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments                     min\u00e9raux. Et il n&rsquo;y a pas longtemps non plus que nous                     nous effor\u00e7ons activement d&#8217;emp\u00eacher le ruissellement                     d&#8217;emporter les substances chimiques indispensables \u00e0                     la nutrition. <\/p>\n<h3>En quoi consiste notre milieu\u00a0?<\/h3>\n<p> Dans une allocution qu&rsquo;il pronon\u00e7ait devant le Cercle                     des naturalistes de Toronto, le professeur A.F. Coventry parlait,                     en faisant allusion \u00e0 la nature, de \u00ab\u00a0cette matrice                     inexorable&#8230; qui offre un milieu merveilleusement bien adapt\u00e9                     \u00e0 la vie, mais seulement si la vie ob\u00e9it \u00e0                     ce milieu\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Du point de vue de la vie humaine, le mot \u00ab\u00a0milieu\u00a0\u00bb                     est un terme tr\u00e8s large. C&rsquo;est la localit\u00e9 o\u00f9                     nous vivons\u00a0; les cantons environnants, les plaines et                     les montagnes lointaines, et l&rsquo;action des hommes dont l&rsquo;influence                     affecte de quelque fa\u00e7on toutes les collectivit\u00e9s.                     Notre destin\u00e9e est r\u00e9gie par une multitude de                     faits qui se d\u00e9roulent hors de notre champ d&rsquo;observation.                   <\/p>\n<p> Fondamentalement, la nature est un complexe ordonn\u00e9                     de choses et d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements. La vie ne peut prosp\u00e9rer                     sans un certain \u00e9quilibre entre les champs et les villes\u00a0;                     entre les plantes, les animaux et les hommes\u00a0; entre                     l&rsquo;air, l&rsquo;eau et l&rsquo;industrie. L&rsquo;homme n&rsquo;est qu&rsquo;une pi\u00e8ce                     du vaste ensemble dans lequel le ver de terre, creuseur de                     galeries, l&rsquo;exploitation mini\u00e8re, les fonctions chlorophylliennes                     et m\u00eame l&rsquo;humble toile d&rsquo;araign\u00e9e ont leur place.                     Mais l&rsquo;homme qui poss\u00e8de le grand pouvoir d&rsquo;intervenir                     dans les voies de la nature a aussi le devoir de bien l&rsquo;\u00e9tudier                     afin que son intervention soit bienfaisante. <\/p>\n<p> Voici quelques-unes des lois qui contribuent \u00e0 assurer                     l&rsquo;\u00e9quilibre de la nature\u00a0: l&rsquo;adaptation, la succession,                     la multiplication et la r\u00e9gulation. Lorsque ces lois                     sont observ\u00e9es, la nature tend \u00e0 produire dans                     tout milieu le plus d&rsquo;\u00eatres vivants que celui-ci peut                     faire vivre. Un processus immanent de s\u00e9lection r\u00e9ductrice                     et \u00e9quilibrante a d&rsquo;ailleurs pour r\u00e9sultat de                     stabiliser ou de modifier graduellement la situation\u00a0:                     par exemple, la for\u00eat parvenue \u00e0 son apog\u00e9e                     ou la pi\u00e8ce d&rsquo;eau qui se transforme successivement                     en marais, en fondri\u00e8re et terrain uliginaire. <\/p>\n<p> Malheureusement, nous avons pr\u00eat\u00e9 trop peu                     d&rsquo;attention \u00e0 ces faits. Comme le dit le professeur                     Coventry, \u00ab\u00a0nous avons cru pouvoir bousculer la nature                     \u00e0 notre guise sans nous soucier de cette action r\u00e9ciproque                     des \u00eatres vivants que nous appelons l&rsquo;\u00e9quilibre                     de la nature, alors que nous la contrarions \u00e0 notre                     grand p\u00e9ril.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Chose certaine, les repr\u00e9sailles de la nature ne                     proc\u00e8dent pas d&rsquo;un malin d\u00e9sir de nous vexer,                     et ses explosions ne sont jamais des ph\u00e9nom\u00e8nes                     incoh\u00e9rents. Nous sommes cens\u00e9s conna\u00eetre                     les lois qui nous gouvernent, car c&rsquo;est de notre soumission                     \u00e0 ces lois que d\u00e9pend l&rsquo;avenir de la race humaine.                   <\/p>\n<p> Pour la plupart d&rsquo;entre nous, la sant\u00e9 repr\u00e9sente                     un des plus grands biens de la vie, mais si nous abusons des                     richesses de la nature, nous moissonnerons les maladies dues                     \u00e0 la pollution, \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement du sol,                     au gaspillage de l&rsquo;eau. Il ne suffit pas d&rsquo;\u00e9laborer                     des plans m\u00e9dicaux portant sur les h\u00f4pitaux,                     les m\u00e9decins et les m\u00e9dicaments, m\u00eame                     si nous en avons grandement besoin \u00e0 l&rsquo;heure actuelle,                     ni d&rsquo;inventer de nouveaux proc\u00e9d\u00e9s pour \u00ab\u00a0fabriquer\u00a0\u00bb                     des denr\u00e9es, comme l&rsquo;ont fait cette ann\u00e9e des                     savants britanniques en parvenant \u00e0 se passer des vaches                     pour faire du lait. Il importe tout d&rsquo;abord et avant tout                     de nous assurer que les principes essentiels de la vie\u00a0:                     l&rsquo;air, l&rsquo;eau et le sol, restent purs et renferment les \u00e9l\u00e9ments                     n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;organisme. <\/p>\n<h3>Nos sources d&rsquo;alimentation<\/h3>\n<p> Tant que rien ne vient troubler l&rsquo;\u00e9quilibre de la                     nature, le sol demeure une r\u00e9serve autorenouvelable.                     Il s&rsquo;ensuit que la terre arable est tout autant une affaire                     de cultivateur qu&rsquo;une affaire de ferme. <\/p>\n<p> Comme il est des gens qui, parce qu&rsquo;ils ont une cage, mais                     n&rsquo;ont pas d&rsquo;\u00e9tang, tenteraient de changer un t\u00eatard                     en \u00e9cureuil plut\u00f4t qu&rsquo;en grenouille, ainsi il                     y a des cultivateurs qui, devant les exigences du march\u00e9,                     essaient de faire venir du grain sur des terrains qui ne sauraient                     produire que des arbres. Ce n&rsquo;est pas la terre qui doit s&rsquo;adapter                     \u00e0 nos plans, mais nous qui devons adapter l&rsquo;usage que                     nous voulons en faire \u00e0 ses capacit\u00e9s et \u00e0                     ses possibilit\u00e9s. La richesse du sol, sa teneur en                     \u00e9l\u00e9ments organiques et chimiques, a une grande                     influence sur la qualit\u00e9 des plantes qui y poussent                     et partant sur leur valeur alimentaire. <\/p>\n<p> Voil\u00e0 pourquoi le comit\u00e9 de direction de la                     Conf\u00e9rence de 1961 sur \u00ab\u00a0Les ressources et notre                     avenir\u00a0\u00bb a d\u00e9cid\u00e9 la cr\u00e9ation d&rsquo;un                     Conseil des ministres des ressources du Canada. Cet organisme                     se r\u00e9unira plusieurs fois par ann\u00e9e en vue d&rsquo;\u00e9tudier                     les programmes et les plans \u00e0 adopter pour assurer                     une meilleure gestion et une meilleure exploitation de nos                     ressources. <\/p>\n<p> Les connaissances de base sur les plantes ont progress\u00e9                     \u00e0 un rythme prodigieux, mais l&rsquo;art de les cultiver                     d&rsquo;une fa\u00e7on rationnelle a \u00e9volu\u00e9 avec                     beaucoup plus de lenteur. <\/p>\n<p> Ce que les plantes font est connu depuis longtemps. Le pigment                     vert des feuilles, appel\u00e9 chlorophylle, est l&rsquo;unique                     lien qui existe entre le soleil et la vie\u00a0: le conduit                     par lequel l&rsquo;\u00e9nergie parvient \u00e0 notre organisme.                     Dans le laboratoire qu&rsquo;est le feuillage de la plante, la chlorophylle                     op\u00e8re la synth\u00e8se des rayons du soleil et des                     \u00e9l\u00e9ments puis\u00e9s dans l&rsquo;air, l&rsquo;eau et                     le sol. Lorsque l&rsquo;animal mange les plantes, la force ainsi                     emmagasin\u00e9e sert \u00e0 entretenir la vie. Quand                     la plante meurt, ses racines et ses feuilles nourrissent les                     micro-organismes qui constituent les facteurs les plus importants                     du cycle vital\u00a0: les bact\u00e9ries. Celles-ci d\u00e9composent                     les r\u00e9sidus des grands v\u00e9g\u00e9taux et des                     animaux et les transforment en nouveaux compos\u00e9s chimiques,                     qui deviendront la nourriture des nouvelles g\u00e9n\u00e9rations                     de plantes. <\/p>\n<p> Nos plantes agricoles, nos c\u00e9r\u00e9ales et nos                     l\u00e9gumes ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s de                     force de leur habitat naturel, o\u00f9 elles pouvaient se                     suffire, dans un milieu nouveau et en grande partie artificiel.                     Elles ont droit \u00e0 nos soins et \u00e0 notre protection.                   <\/p>\n<h3>Nos for\u00eats<\/h3>\n<p> Partout et toujours, les for\u00eats ont exerc\u00e9                     une profonde influence sur les progr\u00e8s et le bien-\u00eatre                     de l&rsquo;humanit\u00e9. L&rsquo;histoire de la lente \u00e9volution                     de l&rsquo;homme, depuis l&rsquo;\u00e2ge des cavernes jusqu&rsquo;\u00e0                     la haute civilisation actuelle ne peut se retracer sans de                     fr\u00e9quentes allusions \u00e0 ses contacts et \u00e0                     ses relations avec la for\u00eat. <\/p>\n<p> La violation des lois qui r\u00e9gissent l&rsquo;\u00e9tendue                     du couvert forestier est un des exemples les plus tragiques                     des erreurs de l&rsquo;homme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la sage                     ordonnance de nature. \u00c0 mesure que la vague ininterrompue                     des immigrants envahissaient un pays apr\u00e8s l&rsquo;autre,                     la for\u00eat reculait devant le feu et la hache. La houe                     et la charrue accomplissaient leur oeuvre l\u00e0 o\u00f9                     ne pouvaient pousser que des arbres. Comme le dit un proverbe                     nicaraguayen\u00a0: avec une allumette, un homme peut en un                     jour d\u00e9fricher cent acres\u00a0! <\/p>\n<p> Les for\u00eats ne peuvent demeurer productives que par                     l&rsquo;application constante des principes de la bonne gestion                     foresti\u00e8re. Cela suppose notamment la coupe progressive\u00a0;                     le reboisement, soit par voie de plantage, soit en conservant                     les arbres semenciers\u00a0; la protection contre les insectes                     qui font des trous dans les arbres et contre les animaux brouteurs                     qui d\u00e9truisent l&rsquo;\u00e9corce et le couvert v\u00e9g\u00e9tal.                   <\/p>\n<h3>La vie sauvage<\/h3>\n<p> Il va sans dire que la faune sauvage a besoin pour vivre                     d&rsquo;un milieu favorable, et qu&rsquo;il appartient \u00e0 l&rsquo;homme                     de conserver ou de cr\u00e9er ce milieu. <\/p>\n<p> Comme on l&rsquo;a \u00e9crit dans un texte de base de la Conf\u00e9rence                     sur les ressources et notre avenir\u00a0: \u00ab\u00a0Quelles que                     soient les fluctuations du produit national brut, le Canada                     en sera irr\u00e9m\u00e9diablement appauvri si nous perdons,                     par suite des n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9conomiques,                     une seule esp\u00e8ce de notre faune indig\u00e8ne\u00a0\u00bb.                   <\/p>\n<p> La coupe des for\u00eats, le labourage du sol et l&rsquo;ass\u00e8chement                     des marais ne peuvent que porter atteinte \u00e0 la vie                     sauvage. Ce n&rsquo;est pas \u00e0 dire qu&rsquo;il faut supprimer le                     d\u00e9frichement et la culture, mais simplement qu&rsquo;il importe                     des les att\u00e9nuer ou de les compl\u00e9ter en prenant                     les mesures n\u00e9cessaires pour trouver un refuge aux                     animaux sauvages qu&rsquo;ils obligent \u00e0 se d\u00e9placer.                   <\/p>\n<p> Autrefois, toutes les formes de vie \u00e9taient soumises                     \u00e0 l&rsquo;action r\u00e9gulatrice de la nature, mais l&rsquo;intervention                     de l&rsquo;homme, avec ses m\u00e9thodes artificielles, menace                     aujourd&rsquo;hui de saper l&rsquo;admirable pyramide de l&rsquo;ordre naturel.                     Nous ne pouvons pas continuer ainsi \u00e0 \u00e9difier                     un milieu urbain suivant les imp\u00e9ratifs de l&rsquo;\u00e9conomie,                     de la technologie et de notre bon plaisir, tout en m\u00e9connaissant                     les lois de la biochimie. <\/p>\n<p> La dangereuse illusion, si bien ancr\u00e9e dans nos moeurs,                     que les richesses naturelles sont in\u00e9puisables, ne                     peut plus durer. <\/p>\n<p> Nos armoiries nationales et provinciales portent ostensiblement                     des castors, des bisons, des gerbes de bl\u00e9, des feuilles                     d&rsquo;\u00e9rable et des arbres. Mais, ainsi que le disait un                     professeur dans une revue sur la faune\u00a0: \u00ab\u00a0Le symbole                     de notre g\u00e9n\u00e9ration, c&rsquo;est le <em>bulldozer<\/em>\u00a0\u00bb.                   <\/p>\n<p> Prenons garde de nous duper nous-m\u00eames en essayant                     d&rsquo;imposer notre volont\u00e9 \u00e0 la nature. On voit                     sur le mur d&rsquo;un certain mus\u00e9e un \u00e9criteau ainsi                     con\u00e7u\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;animal que vous voyez ici est                     l&rsquo;\u00eatre le plus dangereux et le plus destructeur de la                     terre\u00a0\u00bb. Au-dessous de ces mots, il y a un miroir. <\/p>\n<p> Heureusement, cette boutade ne s&rsquo;applique pas \u00e0 tout                     le monde. Il y a beaucoup de gens et d&rsquo;organismes qui s&#8217;emploient                     \u00e0 redonner de la perspective au vaste tableau de nos                     ressources. Leur but n&rsquo;est ni de retarder le progr\u00e8s                     ni de priver l&rsquo;homme de son plaisir. Ils estiment tout simplement                     que, sur une plan\u00e8te habit\u00e9e par plus d&rsquo;un million                     et demi d&rsquo;esp\u00e8ces de plantes et d&rsquo;animaux, qui utilisent                     et r\u00e9utilisent sans cesse les m\u00eames mol\u00e9cules                     de sol et d&rsquo;air, il ne convient pas de laisser le premier                     venu tripatouiller les principes de la vie. <\/p>\n<h3>La pollution<\/h3>\n<p> La puret\u00e9 de l&rsquo;air que nous respirons, de l&rsquo;eau que                     nous buvons, des aliments que nous tirons du sol et des oc\u00e9ans                     est \u00e0 la base de notre vitalit\u00e9, de notre sant\u00e9,                     de notre succ\u00e8s et de notre joie de vivre. <\/p>\n<p> Bien que la pollution ait pris des proportions impressionnantes,                     la l\u00e9gislation requise pour y rem\u00e9dier avance                     \u00e0 pas de tortue. Les retards que l&rsquo;on apporte \u00e0                     instaurer des mesures d&rsquo;\u00e9puration proviennent surtout                     du fait que les responsabilit\u00e9s ne sont pas clairement                     d\u00e9finies. On ne sait pas tr\u00e8s bien aux divers                     \u00e9chelons gouvernementaux comment doivent se r\u00e9partir                     les t\u00e2ches. Comme on le disait dans une communication                     pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 la Conf\u00e9rence sur                     les ressources et notre avenir\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;ind\u00e9cision                     et les lenteurs sont imputables aux d\u00e9saccords touchant                     l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;Acte de l&rsquo;Am\u00e9rique du                     Nord britannique et au manque de programmes f\u00e9d\u00e9raux                     et provinciaux bien d\u00e9termin\u00e9s\u00a0\u00bb. Pendant                     ce temps-l\u00e0, la sant\u00e9 publique est menac\u00e9e,                     des moyens de distraction sont compromis, l&rsquo;industrie est                     paralys\u00e9e et nos p\u00eacheries subissent des pertes.                   <\/p>\n<p> Nos cours d&rsquo;eau se jettent dans la mer, comme la chose s&rsquo;est                     toujours faite, mais avec cette diff\u00e9rence que le long                     de leurs parcours, chaque goutte d&rsquo;eau sert maintes et maintes                     fois aux foyers et aux villes install\u00e9s sur leurs rives.                     Chaque consommateur &#8211; particulier, industrie ou municipalit\u00e9                     &#8211; puise l&rsquo;eau de la rivi\u00e8re ou du fleuve, l&#8217;emploie,                     la pollue, puis la rend avec sa charge de d\u00e9chets \u00e0                     la rivi\u00e8re, o\u00f9 d&rsquo;autres utilisateurs s&rsquo;en serviront                     \u00e0 leur tour. Les eaux superficielles et souterraines                     charrient dans les rivi\u00e8res et les lacs des insecticides                     qui d\u00e9truisent une multitude d&rsquo;animaux aquatiques.                     L&#8217;emploi des nappes d&rsquo;eau comme d\u00e9potoirs de r\u00e9sidus                     nucl\u00e9aires provoque la concentration de mati\u00e8res                     radioactives dans le plancton, les algues, les mollusques                     et les poissons, qui s&rsquo;introduisent ensuite dans l&rsquo;alimentation                     humaine. <\/p>\n<p> Gr\u00e2ce aux m\u00e9thodes modernes de traitement de                     l&rsquo;eau, comme la filtration et l&rsquo;adjonction de chlore ou autre                     produits chimiques, les \u00e9pid\u00e9mies d&rsquo;origine                     hydriques sont devenues assez rares, mais il reste possible                     que des maladies de caract\u00e8re non mortel soient v\u00e9hicul\u00e9es                     par l&rsquo;eau \u00e0 notre insu. <\/p>\n<p> Les offres faites par les gouvernements f\u00e9d\u00e9raux                     et provinciaux de partager les frais de construction de bonnes                     installations de destruction des eaux d&rsquo;\u00e9gout aboutissent                     souvent \u00e0 une impasse \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon municipal,                     o\u00f9 l&rsquo;apathie du public s&rsquo;ajoute aux charges fiscales                     pour emp\u00eacher les municipalit\u00e9s de prendre les                     choses en main. <\/p>\n<h3>La lutte contre les parasites<\/h3>\n<p> L&rsquo;agriculture d&rsquo;aujourd&rsquo;hui se distingue de celle d&rsquo;autrefois                     par son recours aux pr\u00e9parations chimiques pour combattre                     les insectes nuisibles. Dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses,                     o\u00f9 tant d&rsquo;agents naturels de r\u00e9gulation et d&rsquo;\u00e9quilibre                     ont disparu, il est n\u00e9cessaire qu&rsquo;il en soit ainsi.                   <\/p>\n<p> Depuis 1947, ann\u00e9e o\u00f9 les ventes de produits                     antiparasitaires ont atteint 7 millions de dollars au Canada,                     le volume des ventes a plus que quadrupl\u00e9. Il y a vingt                     ans, les insectes d\u00e9truisaient 25 p. 100 des r\u00e9coltes.                     Aujourd&rsquo;hui, l&#8217;emploi de plus en plus r\u00e9pandu des armes                     chimiques a r\u00e9duit de moiti\u00e9 les pertes ainsi                     caus\u00e9es aux cultivateurs, compte tenu d&rsquo;une production                     agricole fortement accrue. <\/p>\n<p> Mais on ne saurait se d\u00e9sint\u00e9resser des principes                     de l&rsquo;\u00e9cologie et se laisser guider uniquement par des                     crit\u00e8res quantitatifs comme l&rsquo;abondance des r\u00e9coltes.                     Lors de la conf\u00e9rence annuelle des ministres et des                     sous-ministres de l&rsquo;agriculture des dix provinces, qui s&rsquo;est                     tenue \u00e0 Qu\u00e9bec en juillet, M. J. R. Bell, du                     minist\u00e8re de l&rsquo;Agriculture du Manitoba, a \u00e9mis                     l&rsquo;opinion qu&rsquo;il faut recourir davantage aux sciences appliqu\u00e9es                     pour d\u00e9cider de l&rsquo;efficacit\u00e9 et de la s\u00e9curit\u00e9                     pour l&rsquo;homme et les animaux des insecticides actuellement                     en usage au Canada. <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Nous ne connaissons \u00e0 peu pr\u00e8s rien,                     lit-on dans le Bulletin du Conseil de conservation de l&rsquo;Ontario,                     des effets directs de beaucoup de moyens de lutte sur les                     plantes, les animaux, le sol et sa micropopulation, et nous                     en savons encore moins des effets indirects, cumulatifs et                     lointains qu&rsquo;ont ces produits sur la faune sauvage, les plantes                     et m\u00eame sur l&rsquo;homme.\u00a0\u00bb <\/p>\n<h3>Que nous r\u00e9serve l&rsquo;avenir\u00a0?<\/h3>\n<p> Que se produira-t-il dans les si\u00e8cles futurs\u00a0?                     C&rsquo;est l\u00e0 une question bien l\u00e9gitime, \u00e0                     laquelle il ne nous est pas permis de nous d\u00e9rober.                     La terre dont nous abusons finira par se venger, car en l&rsquo;exploitant                     comme nous le faisons actuellement, nous privons nos enfants                     d&rsquo;une part de leur h\u00e9ritage. <\/p>\n<p> Le retour complet \u00e0 la nature que pr\u00f4nait l&rsquo;\u00e9crivain                     am\u00e9ricain H. D. Thoreau, au XIXe si\u00e8cle, n&rsquo;a                     plus beaucoup d&rsquo;adeptes de nos jours. L&rsquo;homme moderne ne pourra                     jamais revenir \u00e0 la vie primitive qu&rsquo;il tend si souvent                     \u00e0 id\u00e9aliser. D&rsquo;ailleurs, ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire.                     L&#8217;emploi des machines et des produits chimiques n&rsquo;est pas                     incompatible avec les bonnes m\u00e9thodes de culture, et                     l&rsquo;industrie et la vie urbaine n&rsquo;excluent pas non plus les                     avantages d&rsquo;un milieu plus conforme aux conditions naturelles.                   <\/p>\n<p> Au lieu de concentrer nos efforts sur des recherches techniques                     \u00e0 court terme et orient\u00e9es vers des fins utilitaires,                     nous devons trouver des r\u00e9ponses aux questions suivantes\u00a0:                     les d\u00e9placements continuels occasionn\u00e9s par                     la civilisation ont-ils rendus l&rsquo;herbe, les c\u00e9r\u00e9ales                     et les arbres plus vuln\u00e9rables \u00e0 la maladie\u00a0?                     Quel effet auront \u00e0 la longue les pulv\u00e9risations                     d&rsquo;insecticides et autres produits antiparasitaires\u00a0?                     La succession des coupes s\u00e9lectives portant sur une                     seule essence, qui est une m\u00e9thode courante d&rsquo;exploitation                     des for\u00eats, influera-t-elle sur la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration                     de cette essence\u00a0? Ce sont l\u00e0 autant de questions                     que se posait une revue sp\u00e9cialis\u00e9e de l&rsquo;Ontario                     il y a deux ans. <\/p>\n<h3>La conservation<\/h3>\n<p> La conservation, affirment avec force les \u00e9cologistes,                     ne consiste pas \u00e0 tout pr\u00e9server, mais \u00e0                     faire en sorte de maintenir l&rsquo;\u00e9quilibre des choses.                     Il faut pourvoir aux besoins mat\u00e9riels de la soci\u00e9t\u00e9                     au moyen des ressources naturelles, mais y pourvoir de fa\u00e7on                     \u00e0 assurer, tout en subvenant aux n\u00e9cessit\u00e9s                     du pr\u00e9sent, la cr\u00e9ation de r\u00e9serves pour                     l&rsquo;avenir. <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0La conscience individuelle, a dit quelqu&rsquo;un, est                     le commencement de la conservation.\u00a0\u00bb Mais cette conscience                     ne doit pas attendre pour s&rsquo;\u00e9veiller qu&rsquo;une crise titanesque                     se d\u00e9cha\u00eene dans nos richesses naturelles. Il                     faut l&rsquo;acqu\u00e9rir d\u00e8s l&rsquo;enfance et la d\u00e9velopper                     avec l&rsquo;\u00e2ge et le jugement, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que la                     conservation devienne une v\u00e9ritable habitude. <\/p>\n<p> Il existe, au Canada, un petit groupe de sp\u00e9cialistes                     d\u00e9vou\u00e9s en mati\u00e8re de ressources et une                     multitude d&rsquo;amis de la nature. C&rsquo;est \u00e0 eux que revient                     la t\u00e2che d&rsquo;informer et d&rsquo;\u00e9clairer le public,                     afin qu&rsquo;il y ait de plus en plus de gens qui se rendent compte                     de la gravit\u00e9 de la situation. <\/p>\n<h3>La beaut\u00e9 de la vie<\/h3>\n<p> Tout cela est certes tr\u00e8s important, capital m\u00eame,                     pour notre existence mat\u00e9rielle, mais il y a plus encore.                   <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0La vie, dit un bel adage grec, est un don de la nature\u00a0;                     mais la beaut\u00e9 de la vie est un don de la sagesse.\u00a0\u00bb                     Un excellent moyen \u00e0 prendre pour que notre vie ne                     soit pas un vain r\u00eave, c&rsquo;est de vivre \u00e0 l&rsquo;unisson                     avec tous les \u00eatres vivants. <\/p>\n<p> Les hommes du XIXe si\u00e8cle ont adopt\u00e9 une attitude                     d&rsquo;agressivit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des for\u00eats,                     des champs et des cours d&rsquo;eau. Ils y ont vu des obstacles                     \u00e0 vaincre et des entraves au progr\u00e8s. Aujourd&rsquo;hui,                     nous \u00e9prouvons une vague nostalgie des choses m\u00eames                     qu&rsquo;ils ont d\u00e9truites. Sans doute y a-t-il l\u00e0                     un indice de l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 et de l&rsquo;incertitude                     qui caract\u00e9risent notre \u00e9poque, mais ce sentiment                     trahit aussi un regret latent d&rsquo;avoir perdu la nature libre                     et vierge qui s&rsquo;offrait \u00e0 la vue des d\u00e9couvreurs                     et des explorateurs, un besoin croissant de r\u00e9tablir                     le rythme normal et harmonieux de la vie humaine. <\/p>\n<p> Tout le monde ne peut pas s&rsquo;adonner \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude                     de l&rsquo;\u00e9cologie, mais nous pouvons tous marcher sous                     des arbres plus vieux que l&rsquo;histoire de notre pays, fl\u00e2ner                     au milieu d&rsquo;un sous-bois riche de tout ce qui entretient la                     vie, p\u00eacher le long d&rsquo;un ruisseau ombrag\u00e9 ou                     regarder les oiseaux \u00e0 la lisi\u00e8re d&rsquo;un bosquet.                     Une r\u00e9gion sauvage est une biblioth\u00e8que vivante,                     o\u00f9 l&rsquo;on peut voir, entendre et go\u00fbter la vie                     en action et sentir que l&rsquo;on fait vraiment partie de la cr\u00e9ation.                   <\/p>\n<h3>La volont\u00e9 de vivre<\/h3>\n<p> Certains \u00e9crivains et conf\u00e9renciers d\u00e9vou\u00e9s                     \u00e0 la cause de la protection de la nature se demandent                     si l&rsquo;homme parviendra \u00e0 comprendre avant de se d\u00e9truire                     lui-m\u00eame en d\u00e9truisant son milieu. Peut-\u00eatre                     sous-estime-t-on son instinct de conservation. Il se peut                     que notre volont\u00e9 de vivre ne soit qu&rsquo;assoupie, qu&rsquo;elle                     attende que quelque chose vienne la forcer d&rsquo;agir. <\/p>\n<p> Dans l&rsquo;intervalle, nous avons encore des choses \u00e0                     apprendre. La vie de l&rsquo;homme ressemble \u00e0 un bateau                     dans la temp\u00eate, nous dit Platon. La mer peut engloutir                     l&rsquo;habile nautonier, mais il est quand m\u00eame essentiel                     de savoir tenir le gouvernail. Nous devons nous attendre,                     comme le batelier, \u00e0 voir surgir sur notre route des                     \u00e9cueils et des revers impr\u00e9vus. Mais cette \u00e9ventualit\u00e9                     ne nous dispense pas de parer \u00e0 ce qui est pr\u00e9visible.                   <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[34],"class_list":["post-2383","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-34"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.4 (Yoast SEO v27.4) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 43, N\u00b0 10 - Novembre 1962 - Nos ressources et leur conservation - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-43-n-10-novembre-1962-nos-ressources-et-leur-conservation\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 43, N\u00b0 10 - Novembre 1962 - Nos ressources et leur conservation\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Notre si\u00e8cle est un si\u00e8cle prodigue, le plus prodigue sans doute de toute l&rsquo;histoire du monde. 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