{"id":2352,"date":"1980-11-01T00:00:00","date_gmt":"1980-11-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-61-n-8-nov-dec-1980-lheritage-de-leacock\/"},"modified":"2022-10-17T20:24:38","modified_gmt":"2022-10-17T20:24:38","slug":"vol-61-n-8-nov-dec-1980-lheritage-de-leacock","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-61-n-8-nov-dec-1980-lheritage-de-leacock\/","title":{"rendered":"Vol. 61, N\u00b0 8 &#8211; Nov.\/D\u00e9c. 1980 &#8211; L&rsquo;h\u00e9ritage de Leacock"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">Stephen Leacock fut probablement le Canadien le plus c\u00e9l\u00e8bre de son temps, et \u00e0 tr\u00e8s juste titre. Il fait rire les gens de crainte qu&rsquo;ils ne pleurent. Il apporte de la joie au monde, vocation noble entre toutes. Glorifions la m\u00e9moire de ce grand humoriste&#8230;<\/p>\n<p>Son visage en dit long sur sa personnalit\u00e9. Fix\u00e9s par le d\u00e9clic d&rsquo;un appareil photographique, alors qu&rsquo;il \u00e9tait quinquag\u00e9naire, les traits en sont fortement burin\u00e9s. De chaque c\u00f4t\u00e9 de la bouche, des plis profonds \u00e9voquent un sourire franc et facile. Des pattes d&rsquo;oie rayonnent de ses yeux, o\u00f9 brille la jovialit\u00e9. Entre les sourcils broussailleux et les m\u00e8ches rebelles de sa chevelure grisonnante, deux ondulations t\u00e9moignent de son scepticisme envers la soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est un visage \u00e0 la fois doux et rude, endurci \u00e0 force de buter contre la vie.<\/p>\n<p>Qui est Stephen Leacock\u00a0? Le premier \u00e9crivain de renomm\u00e9e internationale et le plus accompli sous bien des rapports qu&rsquo;ait produit le Canada. \u00c0 l&rsquo;apog\u00e9e de sa carri\u00e8re, entre 1910 et 1925, il est l&rsquo;humoriste de langue anglaise au plus fort tirage du monde entier.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s probablement le Canadien le plus c\u00e9l\u00e8bre de son temps, il r\u00e9pand l&rsquo;id\u00e9e que notre pays d&rsquo;apparence triste et froide ne manque ni de gr\u00e2ce, ni de verve, ni d&rsquo;originalit\u00e9. Ce beau geste \u00e0 lui seul suffirait \u00e0 faire ch\u00e9rir sa m\u00e9moire parmi ses compatriotes. Notre pays honore \u00e0 bon droit les grands hommes d&rsquo;\u00c9tat, les grands soldats et les grands explorateurs de son histoire, mais il est malheureusement vrai, comme on l&rsquo;a dit, qu&rsquo;\u00ab\u00a0aucune de nos lois ne fait allusion \u00e0 l&rsquo;humour\u00a0\u00bb. Pour accorder \u00e0 cet humoriste la place qu&rsquo;il m\u00e9rite dans notre panth\u00e9on national, peut-\u00eatre faudrait-il le d\u00e9clarer explorateur&#8230; explorateur du bon c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me humaine.<\/p>\n<p>Et Stephen Leacock accomplira plus d&rsquo;un p\u00e9nible voyage sur le chemin de la vie, \u00e0 partir de celui de 1876 qui l&rsquo;am\u00e8ne, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de six ans, de l&rsquo;Angleterre, son pays natal, au Canada. Apr\u00e8s avoir d\u00e9sastreusement tent\u00e9 \u00e0 deux reprises de devenir agriculteur, son incapable de p\u00e8re est pr\u00eat \u00e0 recommencer. La smala Leacock &#8211; elle compte alors six enfants, et il y en aura onze plus tard &#8211; s&rsquo;installe dans une vieille maison de ferme d\u00e9labr\u00e9e, pleine de coins et recoins, des environs de Sutton, en Ontario. \u00ab\u00a0Le pire endroit que j&rsquo;aie jamais connu\u00a0\u00bb, dira Stephen. Par bonheur, une petite somme h\u00e9rit\u00e9e de sa famille arrive d&rsquo;Angleterre juste \u00e0 temps pour \u00e9viter la faillite \u00e0 Peter Leacock, menac\u00e9 d&rsquo;un nouvel \u00e9chec.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me gar\u00e7on de la famille, Stephen, aide, en grandissant, \u00e0 tirer de quoi vivre de la mis\u00e9rable ferme\u00a0: il apprend \u00e0 traire les vaches, \u00e0 nettoyer l&rsquo;\u00e9table, \u00e0 sarcler le potager. Son p\u00e8re finit par sombrer dans l&rsquo;alcoolisme. Il s&rsquo;absente souvent pendant de longues p\u00e9riodes. Quand il est l\u00e0, \u00e9crira son remarquable fils, \u00ab\u00a0il erre dans la ferme, trop fatigu\u00e9 pour travailler\u00a0; nous pensions que c&rsquo;\u00e9tait le soleil.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dettes et hypoth\u00e8ques s&rsquo;amoncellent \u00e0 mesure que Peter Leacock dilapide \u00e0 force de boire ou autrement chaque sou qui lui tombe sous la main. Il se montre brutal envers sa femme et ses enfants dans ses col\u00e8res d&rsquo;ivrogne et fait des avances \u00e0 la bonne. Puis vient le d\u00e9nouement\u00a0: apr\u00e8s avoir r\u00e9uni, on ne sait comment, une petite liasse de billets, il annonce entre deux verres qu&rsquo;il veut aller tenter sa chance ailleurs. Stephen, \u00e2g\u00e9 de 17 ans, l&rsquo;accompagne en tra\u00eeneau jusqu&rsquo;\u00e0 la gare. Comme son p\u00e8re monte dans le train, il le menace de son fouet\u00a0: \u00ab\u00a0Si jamais tu reviens, ronchonne-t-il, je te tuerai.\u00a0\u00bb Il ne devait jamais le revoir.<\/p>\n<p>Pareille enfance aurait pu aigrir et d\u00e9biliter un fils pour la vie, mais pas Stephen Leacock. Il a assez de courage, d&rsquo;\u00e9nergie et d&rsquo;intelligence pour sortir de l&rsquo;\u00e9cole secondaire avec les meilleures notes. Mais il lui est impossible d&rsquo;entrer imm\u00e9diatement \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9\u00a0; il lui faut prendre un emploi d&rsquo;instituteur afin d&rsquo;aider sa famille aux abois \u00e0 subsister. Pendant de longues ann\u00e9es, il suivra des cours du soir \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Toronto, dont il recevra le baccalaur\u00e9at \u00e8s arts en 1891.<\/p>\n<p>Il enseigne ensuite pendant quelques ann\u00e9es. Afin d&rsquo;accro\u00eetre ses maigres revenus, il exploite son bouillonnant talent pour \u00e9crire de petits sketches dans les revues humoristiques, nombreuses aux \u00c9tats-Unis et au Canada \u00e0 cette \u00e9poque. En 1896, <em>Life <\/em>publie <em>My Financial Career<\/em>, histoire du premier contact d&rsquo;un modeste jeune homme avec le monde intimidant de la banque. On y d\u00e9couvre le h\u00e9ros typique de Leacock\u00a0: na\u00eff, perplexe, d\u00e9mont\u00e9, un peu comme nous tous \u00e0 certain moment. \u00ab\u00a0Depuis lors, je ne d\u00e9pose plus \u00e0 la banque, \u00e9crit-il en conclusion. Je garde mon argent liquide dans la poche de mon pantalon et mes \u00e9conomies en dollars d&rsquo;argent dans une chaussette.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans la vie r\u00e9elle, Leacock enfouit le produit de cet \u00e9crit et d&rsquo;autres encore dans un compte en banque. Mais il d\u00e9couvre bient\u00f4t de bonnes raisons d&rsquo;\u00e9conomiser. Apr\u00e8s avoir lu un livre et fait la connaissance d&rsquo;une jeune fille. Le livre est <em>La Th\u00e9orie de la classe oisive <\/em>par Thorstein Bunde Veblen. La demoiselle, c&rsquo;est Beatrix Hamilton. Veblen est un professeur d&rsquo;\u00e9conomie politique aux vues quelque peu radicales. Son livre inspire \u00e0 Leacock l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudier avec lui \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Chicago. Il s&rsquo;y inscrit et, vers le m\u00eame moment, demande en mariage la fra\u00eeche et accorte Miss Hamilton. Ayant des aspirations au th\u00e9\u00e2tre, cette jeune Torontoise a d\u00e9croch\u00e9 un bout de r\u00f4le dans une repr\u00e9sentation du Broadway. Elle prend un cong\u00e9 pour \u00e9pouser Leacock, \u00e0 New York, en ao\u00fbt 1900.<\/p>\n<p>Pour payer ses \u00e9tudes sup\u00e9rieures, Leacock accepte un poste qui exercera une profonde influence sur son avenir. Celui de charg\u00e9 de cours sp\u00e9cial en histoire et en politicologie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 McGill. Il s&rsquo;oblige ainsi \u00e0 faire la navette entre Chicago et Montr\u00e9al jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9ception de son doctorat en philosophie, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 34 ans. Il est fier de ce titre durement acquis, mais pas au point de ne pas pouvoir en rire comme de tout ce qui le concerne. \u00ab\u00a0Ce que veut dire ce dipl\u00f4me, \u00e9crit-il, c&rsquo;est que celui qui fait des \u00e9tudes subit un examen pour la derni\u00e8re fois de sa vie et qu&rsquo;on le d\u00e9clare enti\u00e8rement comble. Il sera impossible d\u00e9sormais de lui transmettre de nouvelles id\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>La clart\u00e9 de la langue sera sa marque distinctive.<\/h3>\n<p>Voil\u00e0 le vrai Leacock\u00a0: d\u00e9sinvolture, exag\u00e9ration voulue, modestie outr\u00e9e, refus de prendre au s\u00e9rieux ce qui est g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9v\u00e9r\u00e9. Pourtant, il ne plaisante pas avec son travail \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 McGill, o\u00f9 il est nomm\u00e9 professeur adjoint d&rsquo;\u00e9conomie politique. Comme intellectuel, il est profond et travailleur. Il consacre quatre ann\u00e9es \u00e0 son premier ouvrage, <em>Elements of Political Science<\/em>. Il est \u00e9crit avec toute la limpidit\u00e9 qui allait devenir son cachet\u00a0: \u00ab\u00a0une \u00e9tude s\u00e9rieuse et claire comme le jour du sujet\u00a0\u00bb, dira son biographe, David Legate. Bient\u00f4t inscrit au programme dans toutes les universit\u00e9s, ce trait\u00e9 apporte \u00e0 Leacock en m\u00eame temps que le prestige intellectuel un flot de redevances assur\u00e9 pendant des ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Leacock se pla\u00eet parmi les jeunes et brillantes intelligences des \u00e9tudiants, et son mariage de m\u00eame que sa carri\u00e8re marchent comme sur des roulettes. Mais les probl\u00e8mes d&rsquo;argent de sa jeunesse continuent \u00e0 le talonner dans l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr. En demandant une augmentation, \u00e0 36 ans, il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Ma vie priv\u00e9e a \u00e9t\u00e9 une succession ininterrompue de comptes en souffrance, de billets refus\u00e9s et de poursuites pour dettes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce qui le signale d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;attention du public, ce ne sont pas tant ses \u00e9crits que ses dons extraordinaires de conf\u00e9rencier. Ardent imp\u00e9rialiste, il fait en 1907 une conf\u00e9rence sur l&rsquo;unit\u00e9 imp\u00e9riale, \u00e0 laquelle assiste le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral du Canada, le comte Grey. Le comte en est si impressionn\u00e9 qu&rsquo;il organise, pour le professeur de 37 ans, une tourn\u00e9e de conf\u00e9rences d&rsquo;une ann\u00e9e en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud, en Australie et au Canada.<\/p>\n<p>\u00c0 son retour \u00e0 Montr\u00e9al, Leacock mijote un plan pour faire de l&rsquo;argent, dessein qu&rsquo;il a toujours vainement mais r\u00e9solument poursuivi jusque-l\u00e0. (\u00ab\u00a0Voyez combien d&rsquo;argent ils ont, conseille-t-il un jour \u00e0 un autre \u00e9crivain marchandant une commission, et ne prenez pas un sou de plus.\u00a0\u00bb) Il se propose de publier un recueil de ses premiers articles de revue humoristiques. L&rsquo;\u00e9diteur refuse son manuscrit. Il doit retourner ses poches pour le faire imprimer \u00e0 ses frais. Le recueil s&rsquo;intitule <em>Histoires humoristiques<\/em>. Les 3000 exemplaires de la premi\u00e8re \u00e9dition s&rsquo;\u00e9puisent rapidement dans la seule r\u00e9gion de Montr\u00e9al.<\/p>\n<h3>En riant des folies et des vicissitudes de la vie<\/h3>\n<p>Parmi les acqu\u00e9reurs se trouve un \u00e9diteur londonien de passage au Canada, qui l&rsquo;ach\u00e8te pour le lire pendant son voyage de retour en Angleterre. Celui-ci se surprend \u00e0 glousser \u00e0 la lecture du monde \u00e0 l&rsquo;envers que sont les extravagances de <em>My Banking Career, Hoodoo McFiggin&rsquo;s Christmas <\/em>et autres joyaux humoristiques du livre le Leacock. Sit\u00f4t rentr\u00e9 dans son pays, il t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 l&rsquo;auteur et lui offre de l&rsquo;\u00e9diter. C&rsquo;est un succ\u00e8s de librairie foudroyant, aux nombreuses r\u00e9\u00e9ditions. Un monde troubl\u00e9 a soif, semble-t-il, du rire rafra\u00eechissant des folies et des vicissitudes de la vie que lui apporte Leacock.<\/p>\n<p>Un v\u00e9ritable mascaret de critiques favorables en font bient\u00f4t un auteur tr\u00e8s recherch\u00e9. Les revues demandent de nouveaux \u00e9chantillons de ses bouffonneries pleines d&rsquo;inspiration. Ses \u00e9diteurs r\u00e9clament d&rsquo;autres livres. Il commence \u00e0 se lever \u00e0 la pointe du jour, afin d&rsquo;\u00e9crire quelques heures avant de reprendre, chaque matin, le chemin de l&rsquo;universit\u00e9. Avec ses revenus litt\u00e9raires, il se construit un coquet pavillon d&rsquo;\u00e9t\u00e9 pr\u00e8s d&rsquo;Orillia, en Ontario.<\/p>\n<p>Son prochain ouvrage sera une esquisse loufoque des styles litt\u00e9raires du jour, intitul\u00e9e <em>Nonsense Novels<\/em>. C&rsquo;est dans une des histoires de ce recueil, \u00ab\u00a0Gertrude the Governess\u00a0\u00bb, qu&rsquo;il \u00e9crit une de ses phrases les plus m\u00e9morables. Il y parle d&rsquo;un \u00ab\u00a0h\u00e9ros t\u00eatu qui sort \u00e9perdu de la salle, saute \u00e9perdument sur son cheval et s&rsquo;\u00e9lance \u00e9perdument dans toutes les directions.\u00a0\u00bb Ce livre re\u00e7oit un accueil chaleureux de la critique.<\/p>\n<p>Avec une \u00e9nergie et une f\u00e9condit\u00e9 extraordinaires, il continue d&rsquo;\u00e9crire des ouvrages humoristiques et des livres historiques, des articles de revue et des \u00e9tudes savantes. Il poursuit son enseignement \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 McGill, fait de grandes tourn\u00e9es de conf\u00e9rences et si\u00e8ge au conseil d&rsquo;administration du Cercle universitaire de Montr\u00e9al, dont il contribue \u00e0 la fondation. Et il ne cesse, dans le m\u00eame temps, de s&rsquo;aur\u00e9oler d&rsquo;un attrait et d&rsquo;un talent l\u00e9gendaires.<\/p>\n<h3>Son grand m\u00e9rite est d&rsquo;avoir fait rire tout bas<\/h3>\n<p>\u00c0 mesure que sa r\u00e9putation grandit, on le sollicite d&rsquo;entrer dans la politique. Cela ne l&rsquo;int\u00e9resse pas\u00a0; il a toujours regard\u00e9 les intrigues politiques d&rsquo;un oeil m\u00e9fiant. Il affirme que la lutte pour un bon gouvernement se poursuit depuis tr\u00e8s, tr\u00e8s longtemps\u00a0&#8230; tout comme celle pour un mauvais gouvernement.<\/p>\n<p>Leacock sait qu&rsquo;il rend un bien plus grand service \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en amenant les gens \u00e0 rire tout bas des solennelles sottises qui les entourent. Il attache une haute valeur \u00e0 ce que l&rsquo;on nomme la b\u00eatise. \u00ab\u00a0J&rsquo;aimerais mieux \u00eatre l&rsquo;auteur <em>d&rsquo;Alice au pays des merveilles<\/em>, dit-il, que de <em>l&rsquo;Encyclopaedia Britannica <\/em>tout enti\u00e8re.\u00a0\u00bb Ses balivernes portent toujours en filigrane un grain de sens commun\u00a0; il a le don de pr\u00e9senter les v\u00e9rit\u00e9s fondamentales de fa\u00e7on si fac\u00e9tieuse qu&rsquo;elles restent grav\u00e9es dans l&rsquo;esprit. \u00ab\u00a0Leacock exprime sa philosophie par le rire, \u00e9crit un critique britannique, mais ce n&rsquo;en est pas moins de la philosophie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il d\u00e9gonfle le faste et d\u00e9nonce des empereurs qui dissimulent si all\u00e9grement leur d\u00e9nuement que souvent leurs sujets ne s&rsquo;en doutent pas. Mais si sa satire est en g\u00e9n\u00e9ral sympathique &#8211; comme dans son ouvrage, devenu classique, <em>Sunshine Sketches of a Little Town<\/em>, de 1913 &#8211; elle peut aussi \u00eatre cruelle, comme dans <em>Arcadian Adventures With the Idle Rich<\/em>. Ce dernier livre pourfend nettement l&rsquo;hypocrisie, l&rsquo;apostasie, le mat\u00e9rialisme et le snobisme social qui caract\u00e9risent l&rsquo;attitude courante envers la religion dans la haute soci\u00e9t\u00e9 nord-am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Comme il publie livre sur livre, il conna\u00eet bient\u00f4t une vogue universelle. Il conquiert d&rsquo;innombrables lecteurs dans le monde entier, et ses conf\u00e9rences humoristiques font partout salle comble. Avec la renomm\u00e9e vient la fortune. Mais il ne laisse pas l&rsquo;argent lui monter \u00e0 la t\u00eate. \u00ab\u00a0Je me m\u00eale beaucoup aux millionnaires, raille-t-il. J&rsquo;aime leur fa\u00e7on de vivre. J&rsquo;aime les choses qu&rsquo;ils mangent. Plus nous nous m\u00ealons, plus j&rsquo;aime les choses que nous m\u00ealons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au fa\u00eete de son succ\u00e8s, il conna\u00eet plus que son lot de chagrins personnels. Sa femme et son unique enfant, Stephen Junior, sont malades. En 1925, sa Trix bien-aim\u00e9e meurt du cancer, d\u00e8s son arriv\u00e9e en Angleterre, o\u00f9 il l&rsquo;a conduite d&rsquo;urgence pour y consulter un grand sp\u00e9cialiste. Elle est \u00e2g\u00e9e de 45 ans. Ils ont eu 25 ans de bonheur conjugal. Un ami de la famille affirme: \u00ab\u00a0Lorsque Trix est morte, un peu de Stephen est mort avec elle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pour se consoler, il se plonge plus que jamais dans le travail\u00a0; il s&rsquo;y plonge m\u00eame trop profond\u00e9ment. Sa production humoristique de la fin des ann\u00e9es 20 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 30 n&rsquo;est pas \u00e0 la hauteur. Il r\u00e9dige sur Mark Twain, Dickens et l&rsquo;essence de l&rsquo;humour des travaux s\u00e9rieux qui ne sont pas tr\u00e8s remarquables. Ses \u00e9crits politiques et \u00e9conomiques sont plus provocants que jamais, mais dans l&rsquo;ensemble tous ses ouvrages de cette p\u00e9riode sont d\u00e9cevants \u00e0 divers degr\u00e9s.<\/p>\n<p>En 1936, un autre coup dur le frappe. Durant sa longue carri\u00e8re d&rsquo;\u00e9crivain et de professeur, il a trouv\u00e9 sans doute sa plus grande source de satisfaction dans l&rsquo;enseignement et le contact de la jeunesse. \u00ab\u00a0Vive le t\u00e9n\u00e9breux mois de f\u00e9vrier, avec la neige qui bat contre les carreaux de la classe, la tomb\u00e9e h\u00e2tive de la nuit et la lumi\u00e8re du gaz qui brille dans la classe, murmure-t-il d&rsquo;un ton r\u00eaveur. Cela et un tableau noir, et un th\u00e9or\u00e8me et un professeur&#8230; de bon aloi, absorb\u00e9, extatique et un peu fou.\u00a0\u00bb Et voil\u00e0 qu&rsquo;on l&rsquo;informe qu&rsquo;\u00e0 65 ans c&rsquo;est fini \u00e0 McGill. Il en est meurtri.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;on apprend que le grand humoriste a retrouv\u00e9 sa libert\u00e9, les \u00ab\u00a0offres d&#8217;emploi\u00a0\u00bb se font nombreuses, mais il les d\u00e9cline. Un journal de Londres lui propose de revenir dans la m\u00e8re patrie. Il r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Ma pr\u00e9dilection est pour le sol de la brousse canadienne&#8230; Non, je ne me crois pas capable de quitter ce pays. Il y a dans ses grands espaces, son isolement et son climat un je ne sais quoi qui attire pour toujours&#8230; Merci, Angleterre nourrici\u00e8re, je ne pense pas retourner au pays. J&rsquo;y suis d\u00e9j\u00e0.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>Un h\u00e9ritage m\u00eal\u00e9 de rires et de larmes<\/h3>\n<p>L&rsquo;amour de Leacock pour son pays transpara\u00eet dans certains des plus beaux de ses derniers ouvrages historiques\u00a0: <em>Canada, Its Foundations and Its Future <\/em>(\u00e9crit \u00e0 la demande de la compagnie Seagram) et <em>Montreal, Seaport and City<\/em>. Il est agr\u00e9able de signaler que son dernier livre humoristique compte parmi ses meilleurs. Il s&rsquo;agit de <em>My Remarkable Uncle<\/em>, dont le titre lui est inspir\u00e9 par la vie de son oncle v\u00e9ritable, pr\u00e9sident d&rsquo;une banque (qui n&rsquo;ouvrit jamais ses portes), directeur d&rsquo;une brasserie (pour brasser la rivi\u00e8re Rouge) et secr\u00e9taire-tr\u00e9sorier d&rsquo;un chemin de fer entre Winnipeg et l&rsquo;Atlantique qui ne fut jamais construit. Leacock jouit de l&rsquo;acclamation bien m\u00e9rit\u00e9e de la critique lorsque la mort le frappe, en mars 1944, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 75 ans.<\/p>\n<p>Il aurait pu \u00e9crire de lui-m\u00eame ce qu&rsquo;il affirmait quelques ann\u00e9es auparavant en disant que faire de l&rsquo;humour est une t\u00e2che \u00ab\u00a0ardue, m\u00e9ritoire et respectable.\u00a0\u00bb En accomplissant cette difficile mission, il a r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9voiler un des secrets fondamentaux de la vie, savoir qu&rsquo;il ne faut pas trop attendre de la vie ni la prendre trop au s\u00e9rieux. \u00ab\u00a0Au bout du compte, \u00e9crit-il, toutes les forces s&rsquo;annulent et tout aboutit \u00e0 rien\u00a0; et notre univers finit en une immense et muette plaisanterie incomprise.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est possible, mais, dans l&rsquo;intervalle, Leacock a apport\u00e9 beaucoup de joie \u00e0 un monde qui en a grand besoin. Parce qu&rsquo;il a connu lui-m\u00eame la douleur, il est profond\u00e9ment conscient de ce qu&rsquo;il appelle \u00ab\u00a0l&rsquo;h\u00e9ritage m\u00eal\u00e9 de larmes et de rires qui est notre partage ici-bas.\u00a0\u00bb Mais Leacock fait pencher la balance \u00e9motive du c\u00f4t\u00e9 du rire. Personne n&rsquo;aurait su faire davantage pour ses semblables.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[59],"class_list":["post-2352","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-59"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.2 (Yoast SEO v27.2) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 61, N\u00b0 8 - Nov.\/D\u00e9c. 1980 - L&#039;h\u00e9ritage de Leacock - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-61-n-8-nov-dec-1980-lheritage-de-leacock\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 61, N\u00b0 8 - Nov.\/D\u00e9c. 1980 - L&#039;h\u00e9ritage de Leacock\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Stephen Leacock fut probablement le Canadien le plus c\u00e9l\u00e8bre de son temps, et \u00e0 tr\u00e8s juste titre. 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