{"id":2331,"date":"1964-03-01T06:00:00","date_gmt":"1964-03-01T06:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-45-n-3-mars-1964-shakespeare-apres-400-ans\/"},"modified":"2022-09-29T13:18:16","modified_gmt":"2022-09-29T13:18:16","slug":"vol-45-n-3-mars-1964-shakespeare-apres-400-ans","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-45-n-3-mars-1964-shakespeare-apres-400-ans\/","title":{"rendered":"Vol. 45, N\u00b0 3 &#8211; Mars 1964 &#8211; Shakespeare apr\u00e8s 400 ans"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">Shakespeare n&rsquo;est pas un po\u00e8te mort et oubli\u00e9 depuis quatre si\u00e8cles, mais un esprit toujours vivant, dont le g\u00e9nie et l&rsquo;influence sont universellement reconnus. Dans tous les pays et dans toutes les langues du monde, Shakespeare continue de trouver une profonde audience chez les gens de tous les milieux.<\/p>\n<p>Si ses po\u00e8mes et ses pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre lui ont valu l&rsquo;immortalit\u00e9 en litt\u00e9rature, ce n&rsquo;est pas par leur \u00e9rudition. C&rsquo;est bien plut\u00f4t parce qu&rsquo;ils t\u00e9moignent d&rsquo;une extraordinaire connaissance de la vie et du coeur humain, dont leur auteur a su parler dans un style d\u00e9bordant d&rsquo;entrain, d&rsquo;humour, d&rsquo;intelligence, d&rsquo;images et de fantaisie.<\/p>\n<p>Comme nous, Shakespeare a v\u00e9cu \u00e0 une p\u00e9riode troubl\u00e9e. Entre 1564 et 1616, la majeure partie de l&rsquo;Europe connut les m\u00e9faits de la guerre, de la cruaut\u00e9, de l&rsquo;\u00e9go\u00efsme, de l&rsquo;isolement, et l&rsquo;effervescence des id\u00e9es nouvelles.<\/p>\n<p>On ne pouvait choisir une \u00e9poque plus mouvement\u00e9e ni plus exaltante pour arriver \u00e0 Londres. Le pays tout entier se trouve alors dans un \u00e9tat de transition, en pleine fi\u00e8vre de nationalisme. Le peuple aime la \u00ab\u00a0bonne reine Bess\u00a0\u00bb et en est aim\u00e9, ses marins ont navigu\u00e9 sur les mers lointaines et arbor\u00e9 leur pavillon dans des parties du monde inconnues jusque-l\u00e0. L&rsquo;instruction commence \u00e0 se r\u00e9pandre, gr\u00e2ce aux excellentes \u00e9coles que l&rsquo;on vient d&rsquo;\u00e9tablir, et la collectivit\u00e9 semble prendre conscience des besoins du pauvre. La bourgeoisie est en voie de formation, le capitalisme ouvre les ailes et chaque semaine apporte des changements et des d\u00e9couvertes.<\/p>\n<p>Shakespeare entre en sc\u00e8ne \u00e0 un moment o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une force de coh\u00e9sion se fait sentir. Huit de ses dix drames historiques \u00e9voquent \u00e0 la fois une longue suite de guerres europ\u00e9ennes et la guerre civile anglaise, qui s&rsquo;\u00e9chelonnent sur un si\u00e8cle d&rsquo;intrigues et de r\u00e9voltes arm\u00e9es. Ces vigoureux r\u00e9cits d&rsquo;aventures et de gloire visent \u00e0 encourager les sujets d&rsquo;Elisabeth \u00e0 assumer leur nouveau r\u00f4le de nation mondiale.<\/p>\n<p>De fait, le rythme de la vie et de la pens\u00e9e s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re d\u00e9j\u00e0 au sein de la population. Il y a, tout comme aujourd&rsquo;hui, des essayistes qui p\u00e9rorent contre le tabac, l&rsquo;alcool, les moeurs de la jeunesse, les v\u00eatements et les toilettes des femmes. La circulation dans les rues pose de graves probl\u00e8mes\u00a0; les gens y sont si nombreux que les propri\u00e9taires doivent \u00e9tayer leurs maisons pour emp\u00eacher la foule de les enfoncer.<\/p>\n<p>Les gloires mat\u00e9rielles sont relativement rares, mais l&rsquo;esprit des arts et des lettres est florissant. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 le Titien peint sa <em>Mise au tombeau<\/em>, V\u00e9ron\u00e8se son <em>Calvaire<\/em>, le Tintoret son <em>Paradis<\/em>, pendant que Rubens, Van Dyck et le Greco travaillent \u00e0 leurs oeuvres immortelles.<\/p>\n<p>Il appartenait \u00e0 Shakespeare d&rsquo;exprimer, par la parole et l&rsquo;art dramatique, les sentiments, les espoirs, les craintes, les d\u00e9ceptions, les souffrances et les triomphes des hommes et des femmes de cette \u00e9poque.<\/p>\n<h3>Les \u00e9v\u00e9nements en cours<\/h3>\n<p>Parce que nous sommes au vingti\u00e8me si\u00e8cle, nous croyons vivre dans une \u00e8re plus orageuse que toutes celles qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, mais il suffit de comparer ce que nous voyons aujourd&rsquo;hui \u00e0 ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 pendant le demi-si\u00e8cle o\u00f9 v\u00e9cut Shakespeare pour perdre un peu de notre certitude. Voici un aper\u00e7u des grands \u00e9v\u00e9nements qui se d\u00e9roulent alors.<\/p>\n<p><em>Guerres<\/em>\u00a0: il y a les guerres des huguenots\u00a0; la France reprend Calais \u00e0 l&rsquo;Angleterre\u00a0; Ivan le Terrible ravage la Russie\u00a0; les Turcs assi\u00e8gent Malte\u00a0; la guerre de lib\u00e9ration s\u00e9vit aux Pays-Bas\u00a0; Pie V organise la Ligue chr\u00e9tienne contre les Turcs\u00a0; les Turcs sont vaincus \u00e0 la bataille de L\u00e9pante\u00a0; la nouvelle de la Saint-Barth\u00e9lemy consterne l&rsquo;Angleterre\u00a0; les provinces des Pays-Bas s&rsquo;unissent pour chasser les Espagnols\u00a0; les Maures d\u00e9font les Portugais \u00e0 la bataille des Trois Rois\u00a0; les Espagnols envahissent le Portugal\u00a0; l&rsquo;Invincible Armada est dispers\u00e9e par la flotte anglaise\u00a0; l&rsquo;\u00e9dit de Nantes met fin aux guerres de religion en France\u00a0; le Japon envahit la Cor\u00e9e\u00a0; l&rsquo;Irlande se r\u00e9volte\u00a0; les forces polonaises interviennent dans les troubles de Russie et sont repouss\u00e9es au bout de trois ans.<\/p>\n<p><em>D\u00e9couvertes et colonisation<\/em>\u00a0: les Espagnols fondent Manille, dans les Philippines\u00a0; le navigateur Martin Frobisher part \u00e0 la recherche du passage du Nord-Ouest\u00a0; sir Francis Drake entreprend son voyage autour du monde\u00a0; sir Humphrey Gilbert prend possession de Terre-Neuve au nom d&rsquo;Elisabeth\u00a0; sir Walter Raleigh tente de coloniser la Virginie\u00a0; le premier enfant blanc, Virginia Dare, na\u00eet en Am\u00e9rique\u00a0; Henri IV charge le marquis de La Roche de conqu\u00e9rir le Canada\u00a0; Samuel de Champlain remonte le Saint-Laurent jusqu&rsquo;aux rapides de Lachine, d\u00e9couvre le fleuve Saint-Jean et le lac Champlain, \u00e9tablit une colonie au Canada et fonde Qu\u00e9bec\u00a0; les Fran\u00e7ais fondent Port-Royal en Nouvelle-\u00c9cosse\u00a0; les premi\u00e8res \u00e9coles canadiennes ouvrent leurs portes \u00e0 Trois-Rivi\u00e8res et \u00e0 Tadoussac.<\/p>\n<p><em>Souverains et dynasties<\/em>\u00a0: Marie Stuart, reine d&rsquo;\u00c9cosse, \u00e9pouse le jeune lord Darnley\u00a0; Darnley fait assassiner Rizzio, favori de Marie, et est lui-m\u00eame assassin\u00e9 par Bothwell\u00a0; Marie \u00e9pouse Bothwell, puis abdique en faveur de son fils, Jacques VI\u00a0; accus\u00e9e de conspirer contre Elisabeth, Marie Stuart est condamn\u00e9e \u00e0 mort\u00a0; Soliman le Magnifique de l&rsquo;Empire ottoman est tu\u00e9 au combat\u00a0; Catherine de M\u00e9dicis meurt en 1589\u00a0; Olivier Cromwell na\u00eet \u00e0 Huntingdon\u00a0; le comte d&rsquo;Essex se r\u00e9volte et est ex\u00e9cut\u00e9\u00a0; la mort met fin au r\u00e8gne d&rsquo;Elisabeth, et Jacques VI d&rsquo;\u00c9cosse lui succ\u00e8de sous le nom de Jacques Ier d&rsquo;Angleterre\u00a0; sir Walter Raleigh, impliqu\u00e9 dans un complot contre le roi, passe 13 ans en captivit\u00e9\u00a0; une commission est charg\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudier le projet d&rsquo;union de l&rsquo;Angleterre et de l&rsquo;\u00c9cosse\u00a0; Guy Fawkes complote pour faire sauter le Parlement\u00a0; \u00ab\u00a0plantation\u00a0\u00bb de l&rsquo;Ulster, soustrait \u00e0 la Couronne par la r\u00e9bellion de Tyrone\u00a0; av\u00e8nement de la dynastie des Romanov, qui r\u00e9gnera sur la Russie jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9volution de 1917.<\/p>\n<p><em>Sciences et inventions<\/em>\u00a0: on assiste \u00e0 l&rsquo;invention du tour \u00e0 fileter, du crayon \u00e0 mine de plomb, du syst\u00e8me d\u00e9cimal, du m\u00e9tier \u00e0 tricoter, de la turbine a\u00e9rienne et du plateau tournant\u00a0; la pratique du semis en poquets accro\u00eet le rendement du bl\u00e9\u00a0; Galil\u00e9e publie son trait\u00e9 sur le magn\u00e9tisme terrestre, expose le principe du pendule et fabrique la premi\u00e8re lunette astronomique\u00a0; Neper invente les logarithmes\u00a0; Snellius imagine la triangulation\u00a0; William Harvey formule sa th\u00e9orie de la circulation du sang\u00a0; le syst\u00e8me de Copernic est d\u00e9nonc\u00e9 comme h\u00e9r\u00e9tique.<\/p>\n<p><em>Arts et litt\u00e9rature<\/em>\u00a0: Michel-Ange meurt en 1564\u00a0; Montaigne \u00e9crit ses <em>Essais<\/em>\u00a0; Spenser publie sa <em>Reine des f\u00e9es<\/em>\u00a0; la <em>Bible <\/em>conna\u00eet sa premi\u00e8re version autoris\u00e9e\u00a0; Cervantes cr\u00e9e <em>Don Quichotte<\/em>\u00a0; Bacon publie ses <em>Essais<\/em>\u00a0; John Milton na\u00eet en 1608.<\/p>\n<p><em>Evolution des id\u00e9es<\/em>\u00a0: en Pologne, la monarchie \u00e9lective remplace la monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire\u00a0; des d\u00e9bats publics sur la religion sont ouverts \u00e0 toutes les croyances en Inde\u00a0; Gr\u00e9goire XIII r\u00e9forme le calendrier\u00a0; le Japon r\u00e9alise son unit\u00e9 politique\u00a0; Akbar le Grand, empereur mongol de l&rsquo;Inde, assainit l&rsquo;administration et introduit dans son empire la tol\u00e9rance universelle en mati\u00e8re de religion\u00a0; on propose un plan en vue de cr\u00e9er une r\u00e9publique chr\u00e9tienne universelle en Europe\u00a0; la loi \u00e9lisab\u00e9thaine concernant les pauvres charge les paroisses du soin des indigents\u00a0; le trait\u00e9 de Vienne reconna\u00eet l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des protestants et des catholiques\u00a0; une charte royale accorde une certaine libert\u00e9 religieuse en Allemagne.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ce rapide coup d&rsquo;oeil sur les \u00e9v\u00e9nements du si\u00e8cle tumultueux, et pourtant fertile en progr\u00e8s, o\u00f9 v\u00e9cut Shakespeare, on ne peut gu\u00e8re s&rsquo;\u00e9tonner du fait que son oeuvre soit aujourd&rsquo;hui d&rsquo;une telle actualit\u00e9.<\/p>\n<h3>Un homme de son temps<\/h3>\n<p>Shakespeare fut \u00e0 la fois un artisan et un praticien du th\u00e9\u00e2tre, un acteur et un auteur fort actif, et m\u00eame un homme d&rsquo;affaires avis\u00e9. Comme la plupart des \u00e9crivains de nos jours, il n&rsquo;\u00e9crit pas pour la post\u00e9rit\u00e9, mais pour les gens de son \u00e9poque, pour gagner sa vie et, sans doute, pour respecter des d\u00e9lais prescrits.<\/p>\n<p>Certains pr\u00e9tendent qu&rsquo;il \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 notre si\u00e8cle de lumi\u00e8re de reconna\u00eetre, comme il se doit, toute la valeur et la grandeur de Shakespeare, mais il n&rsquo;en est pas ainsi. En plus de la faveur populaire et des applaudissements de la cour, il eut la satisfaction de voir presque la moiti\u00e9 de ses pi\u00e8ces para\u00eetre sous forme imprim\u00e9e. <em>Hamlet <\/em>fut m\u00eame un \u00ab\u00a0succ\u00e8s de librairie\u00a0\u00bb\u00a0; il connut au moins cinq \u00e9ditions du vivant de l&rsquo;auteur. La premi\u00e8re \u00e9dition compl\u00e8te de son th\u00e9\u00e2tre fut publi\u00e9e sept ans apr\u00e8s sa mort, c&rsquo;est-\u00e0-dire en 1623.<\/p>\n<p>Les oeuvres de Shakespeare ne tard\u00e8rent pas \u00e0 franchir les fronti\u00e8res qui s\u00e9parent les pays et les langues. Un grand po\u00e8me de Shakespeare demeure toujours un grand po\u00e8me quelle que soit la langue dans laquelle il est traduit.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas \u00e0 dire que Shakespeare n&rsquo;a pas eu de d\u00e9tracteurs. Pour Tolsto\u00ef, loin d&rsquo;\u00eatre un g\u00e9nie, il n&rsquo;est somme toute qu&rsquo;un \u00e9crivain m\u00e9diocre. George Bernard Shaw dit qu&rsquo;\u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;unique exception d&rsquo;Hom\u00e8re, il n&rsquo;y a pas un \u00e9crivain \u00e9minent, pas m\u00eame sir Walter Scott, que je m\u00e9prise autant que Shakespeare lorsque je compare mon intelligence \u00e0 la sienne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h3>Le magicien des mots<\/h3>\n<p>Les plus grands admirateurs de Shakespeare appr\u00e9cient avant tout son art d&rsquo;utiliser la langue anglaise, son g\u00e9nie verbal et la musique de son style.<\/p>\n<p>Shakespeare excelle dans l&rsquo;expression de tous les \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me. S&rsquo;il tonne \u00e0 certains moments comme les canons d&rsquo;un barrage d&rsquo;artillerie, il sait aussi passer en un clin d&rsquo;oeil \u00e0 des mots doux, fragiles et l\u00e9gers comme des bulles de savon. Sa majestueuse po\u00e9sie s&rsquo;exprime, quand elle atteint toute son intensit\u00e9, dans une langue claire et simple. Ce n&rsquo;est que dans les sc\u00e8nes secondaires que l&rsquo;auteur donne parfois libre cours \u00e0 son go\u00fbt de l&rsquo;expression un peu recherch\u00e9e et \u00e9nigmatique, qui faisait dire \u00e0 Alfred de Vigny\u00a0: \u00ab\u00a0il ne suffit pas d&rsquo;entendre l&rsquo;anglais pour comprendre ce grand homme, il faut entendre le Shakespeare qui est une langue aussi.\u00a0\u00bb Mais on ne d\u00e9c\u00e8le aucun signe d&rsquo;affectation ni de fausses notes lorsque ses interpr\u00e8tes d\u00e9bitent ses vers. Comme Dryden l&rsquo;\u00e9crit \u00e0 son sujet, \u00ab\u00a0toutes les images de la Nature \u00e9taient encore pr\u00e9sentes \u00e0 son esprit, et il les en tire, non pas laborieusement, mais avec bonheur\u00a0; quand il d\u00e9crit quelque chose, on fait plus que le voir, on le sent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Shakespeare trouve les termes qu&rsquo;il faut pour traduire nos sentiments les plus secrets. L&rsquo;art avec lequel il sait exploiter jusqu&rsquo;aux syllabes procure un vif plaisir \u00e0 l&rsquo;oreille. Il met de la vie dans ses pi\u00e8ces, non seulement par la magie des mots, mais aussi par celle de la pens\u00e9e, car chez lui la sonorit\u00e9 des mots s&rsquo;accompagne la plupart du temps du bruissement des id\u00e9es.<\/p>\n<p>Certains de nos auteurs de sc\u00e9narios d&rsquo;aujourd&rsquo;hui s&rsquo;efforcent d&rsquo;\u00e9crire des textes qui provoquent la peur, mais ne produisent en fait que du monstrueux. Lorsque Shakespeare a recours aux monstruosit\u00e9s, ce n&rsquo;est pas pour le plaisir de la chose, mais pour donner plus de force \u00e0 son r\u00e9cit. S&rsquo;il fait intervenir les trois sorci\u00e8res ou une cr\u00e9ature difforme comme Caliban, il a soin de nous convaincre que si de tels \u00eatres existaient, ils n&rsquo;agiraient pas autrement.<\/p>\n<p>L&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;homme shakespearien ne se limite pas au mouvement continuel que l&rsquo;on observe dans une fourmili\u00e8re. Les personnages sont mus par la passion, la raison, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat et l&rsquo;habitude, et nous sommes amen\u00e9s \u00e0 reconna\u00eetre que leurs actes et leurs sentiments d\u00e9coulent n\u00e9cessairement de ces mobiles. Souvent, comme Oedipe, ils ignorent les impulsions auxquelles ils ob\u00e9issent, mais ils marchent inconsciemment vers leur destin. Pourtant ils se r\u00e9v\u00e8lent aux spectateurs par leurs propos, par leurs intonations, par leurs silences, par leurs mani\u00e8res d&rsquo;agir et par ce que disent les autres \u00e0 leur sujet.<\/p>\n<h3>La vigueur de son style<\/h3>\n<p>Shakespeare \u00e9crit dans un style vigoureux, o\u00f9 l&rsquo;effort ne se fait pas sentir. Il jette la semence des choses, les principes des caract\u00e8res et de l&rsquo;action, d&rsquo;une main habile, mais d\u00e9sinvolte. Les passions humaines les plus authentiques ronflent dans sa bouche, et il les exprime dans des phrases cisel\u00e9es par sa puissante intelligence. Mais il est r\u00e9aliste. Il sait mettre de l&rsquo;ordre dans ses affaires. Le th\u00e9\u00e2tre n&rsquo;est pas tout. Il y a aussi d&rsquo;autres choses qui importent dans la vie.<\/p>\n<p>Shakespeare n&rsquo;est pas un penseur profond et original. Peu de po\u00e8tes le sont\u00a0; ce n&rsquo;est pas leur affaire. Son m\u00e9rite est d&rsquo;avoir donn\u00e9 de l&rsquo;importance aux sentiments int\u00e9rieurs et de les avoir expos\u00e9s au grand jour. On a dit, et avec raison, que Shakespeare n&rsquo;avait rien invent\u00e9, mais qu&rsquo;il avait magistralement r\u00e9ussi \u00e0 mener \u00e0 bonne fin tous les efforts manqu\u00e9s de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs.<\/p>\n<p>\u00c0 tout ce qu&rsquo;il puisa chez les autres, il ajouta le fruit de ses connaissances personnelles et les r\u00e9cits merveilleux des mondes nouveaux que les marins de l&rsquo;\u00e9poque \u00e9lisab\u00e9thaine \u00e9taient en train de d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>Il y a une source qu&rsquo;il faut mentionner\u00a0: les <em>Essais <\/em>de Montaigne, qui lui auraient inspir\u00e9 le personnage de Caliban et la description de l&rsquo;\u00c9tat id\u00e9al que l&rsquo;on trouve dans <em>La Temp\u00eate<\/em>. C&rsquo;est Montaigne lui-m\u00eame qui dit dans l&rsquo;un de ses essais\u00a0: \u00ab\u00a0Les fleurs je les cueille sur les bords de la route, le long des ruisseaux et dans les pr\u00e9s\u00a0; seule la ficelle dont je les lie est \u00e0 moi.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les <em>Sonnets<\/em>, le plus discut\u00e9 de tous les recueils de po\u00e9sie de la litt\u00e9rature anglaise, ont caus\u00e9 aux ex\u00e9g\u00e8tes et aux biographes des ann\u00e9es et des ann\u00e9es de perplexit\u00e9. Pour le lecteur ordinaire, il ne fait aucun doute que ces <em>Sonnets <\/em>proc\u00e8dent d&rsquo;une \u00e9preuve r\u00e9elle et douloureuse, surtout en ce qui concerne la \u00ab\u00a0dame brune\u00a0\u00bb, mais ce n&rsquo;est pas leur contenu autobiographique qui importe. Il faut les juger d&rsquo;apr\u00e8s leur valeur po\u00e9tique.<\/p>\n<h3>Un homme de notre temps<\/h3>\n<p>\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 le besoin le plus urgent est celui d&rsquo;en arriver \u00e0 nous conna\u00eetre nous-m\u00eames et \u00e0 conna\u00eetre les autres peuples du monde, Shakespeare peut certes nous \u00eatre utile.<\/p>\n<p>On ne trouve pas chez lui de r\u00e8gles de conduite absolues, qui pourraient s&rsquo;appliquer comme des panac\u00e9es, mais ses principes demeurent et ses personnages nous disent vraiment quelque chose. Goethe lui rend ce remarquable hommage\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les espoirs que j&rsquo;ai fond\u00e9s sur l&rsquo;homme et sa destin\u00e9e, qui m&rsquo;ont accompagn\u00e9 depuis ma jeunesse, souvent \u00e0 mon insu, je les trouve \u00e9panouis et combl\u00e9s dans les oeuvres de Shakespeare. On dirait qu&rsquo;il a \u00e9lucid\u00e9 pour nous chacune de nos \u00e9nigmes, bien que nous ne puissions dire\u00a0: voici ou voil\u00e0 o\u00f9 s&rsquo;en trouve la clef.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tous nos progr\u00e8s dans les domaines de la science, de la d\u00e9couverte, de la rapidit\u00e9 des communications et du confort mat\u00e9riel, la nature humaine n&rsquo;a gu\u00e8re chang\u00e9. Les aristocrates, les magnats, les soldats et les gens du peuple sont aujourd&rsquo;hui ce qu&rsquo;ils \u00e9taient alors. Nous luttons encore contre des vents et des mar\u00e9es dont nous ignorons la force et la violence. Nous cherchons toujours la stabilit\u00e9 nationale qui nous permettra de conna\u00eetre la prosp\u00e9rit\u00e9 et l&rsquo;\u00e9panouissement intellectuel et moral. La voie du succ\u00e8s, pour toute nation, se profile en quelque sorte dans ces deux vers d&rsquo;Hastings sur l&rsquo;Angleterre dans <em>Henry VI<\/em>\u00a0:<\/p>\n<table border=\"0\" width=\"415\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2022\/08\/dotted_quote_line.gif\" width=\"415\" height=\"1\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\">\n<div class=\"quote\">\u00ab\u00a0Eh quoi\u00a0! Montague ne sait-il pas que par elle-m\u00eame l&rsquo;Angleterre est assur\u00e9e contre tout danger, pour peu qu&rsquo;elle reste fid\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame\u00a0?\u00a0\u00bb<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2022\/08\/dotted_quote_line.gif\" width=\"415\" height=\"1\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<h3>La lecture de Shakespeare<\/h3>\n<p>L&rsquo;originalit\u00e9, la bizarrerie, l&rsquo;inattendu jaillissent presque \u00e0 chaque page des pi\u00e8ces de Shakespeare. M\u00eame si vous ne cherchez rien de particulier chez lui, vous y trouverez des choses int\u00e9ressantes.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire d&rsquo;\u00eatre sp\u00e9cialiste en th\u00e9\u00e2tre shakespearien ou en histoire de l&rsquo;\u00e9poque \u00e9lisab\u00e9thaine pour go\u00fbter Shakespeare. Si un mot ou une allusion lui \u00e9chappe parfois, si un brin de dialogue po\u00e9tique demeure obscur, le lecteur peut encore y recueillir la fine fleur de l&rsquo;oeuvre en ne la lisant que pour son plaisir.<\/p>\n<p>Une des raisons qui \u00e9loignent le lecteur des \u00e9crits de Shakespeare, c&rsquo;est qu&rsquo;on les a enseign\u00e9s et expliqu\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la naus\u00e9e. Un essayiste du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle, William Hazlitt, donne ce conseil\u00a0: \u00ab\u00a0Si vous voulez conna\u00eetre la puissance du g\u00e9nie humain, lisez Shakespeare. Si vous voulez mesurer l&rsquo;insignifiance de l&rsquo;\u00e9rudition humaine, \u00e9tudiez ses commentateurs.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On ne peut lire une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre de Shakespeare sans la monter en fait sur la sc\u00e8ne de son imagination. Et il en est ainsi parce qu&rsquo;il se confie pleinement \u00e0 nous, qu&rsquo;il nous met dans le secret. Les personnages peuvent para\u00eetre perplexes et mystifi\u00e9s\u00a0; les spectateurs ne le sont jamais.<\/p>\n<p>Un moyen auquel Shakespeare recourt pour permettre au public d&rsquo;\u00eatre toujours un peu en avance sur le d\u00e9roulement de la pi\u00e8ce, est le monologue, discours o\u00f9 un personnage rest\u00e9 compl\u00e8tement seul sur la sc\u00e8ne m\u00e9dite avec intelligence, mais aussi avec passion, sur des valeurs oppos\u00e9es et devant des \u00e9ventualit\u00e9s terribles.<\/p>\n<p>Le c\u00e9l\u00e8bre monologue de Hamlet &#8211; \u00ab\u00a0Etre ou ne pas \u00eatre\u00a0\u00bb &#8211; demeure un chef-d&rsquo;oeuvre que ni la r\u00e9p\u00e9tition ni la parodie ne sauraient alt\u00e9rer, car il fait revivre pour chacun de nous l&rsquo;affreuse agonie de l&rsquo;ind\u00e9cision chez l&rsquo;individu \u00e9cras\u00e9 par la fatalit\u00e9.<\/p>\n<h3>Un auteur toujours cit\u00e9<\/h3>\n<p>Le plus s\u00fbr crit\u00e8re de la valeur d&rsquo;une oeuvre litt\u00e9raire, c&rsquo;est sa survie, son immortalit\u00e9. Alors que les grands conqu\u00e9rants ne sont plus que cendres et poussi\u00e8res, Shakespeare demeure toujours bien vivant dans ses \u00e9crits, dans nos conversations, dans l&rsquo;histoire du monde.<\/p>\n<p>Les Anglais le citent quotidiennement, et beaucoup de ses vers sont pass\u00e9s dans la langue des autres peuples, tant sont nombreux les sujets dont il a trait\u00e9 en des formules aussi heureuses que frappantes.<\/p>\n<p>En plus d&rsquo;\u00ab\u00a0\u00eatre ou ne pas \u00eatre, voil\u00e0 la question\u00a0\u00bb, <em>Hamlet <\/em>nous a valu\u00a0: \u00ab\u00a0il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Danemark\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0on peut sourire et sourire, et pourtant \u00eatre un sc\u00e9l\u00e9rat\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la bri\u00e8vet\u00e9 est l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0plus de faits et moins d&rsquo;art\u00a0\u00bb\u00a0; nous sommes redevables \u00e0 <em>Othello <\/em>de \u00ab\u00a0combien pauvres sont ceux qui n&rsquo;ont point de patience\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le livre sanglant de la loi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pleurer un malheur pass\u00e9, c&rsquo;est le plus s\u00fbr moyen d&rsquo;attirer un malheur nouveau\u00a0\u00bb. De <em>Jules C\u00e9sar <\/em>nous viennent\u00a0: \u00ab\u00a0prends garde aux Ides de mars\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0toi aussi, Brutus\u00a0?\u00a0\u00bb. Dans <em>Le Marchand de Venise<\/em>, nous relevons\u00a0: \u00ab\u00a0quelles nouvelles au Rialto\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0le diable peut citer les \u00e9critures pour ses besoins\u00a0; la cl\u00e9mence ne se commande pas\u00a0; l&rsquo;homme qui n&rsquo;a pas de musique en lui&#8230;\u00a0\u00bb <em>Macbeth <\/em>nous a donn\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0je veux double assurance et lier le destin\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0le lait de la tendresse humaine\u00a0\u00bb, et combien d&rsquo;autres.<\/p>\n<h3>Les traductions fran\u00e7aises<\/h3>\n<p>En France, c&rsquo;est \u00e0 Voltaire que revient le m\u00e9rite d&rsquo;avoir fait conna\u00eetre Shakespeare, en tentant de transporter sur le th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais quelques sc\u00e8nes d&rsquo;un po\u00e8te, dont il ne semble pas avoir compris lui-m\u00eame la vraie beaut\u00e9. Les adaptations de Ducis ne furent gu\u00e8re plus heureuses. Alfred de Vigny donna un <em>Othello <\/em>qui n&rsquo;est pas trop au-dessous du mod\u00e8le. D\u00e8s lors les tentatives se multipli\u00e8rent. Les principales traductions des oeuvres compl\u00e8tes de Shakespeare sont celles de Letourneur, de Fran\u00e7ois-Victor Hugo, d&rsquo;Emile Mont\u00e9gut et, plus r\u00e9cemment, celle de Pierre Messiaen.<\/p>\n<h3>Un homme de tous les temps<\/h3>\n<p>Les pi\u00e8ces de Shakespeare ne s&rsquo;adressent pas seulement \u00e0 son \u00e9poque et \u00e0 la n\u00f4tre, \u00e0 son pays ou aux peuples de langue anglaise, mais \u00e0 tous les si\u00e8cles et \u00e0 toute l&rsquo;humanit\u00e9. M\u00eame s&rsquo;ils appartiennent historiquement \u00e0 la p\u00e9riode \u00e9lisab\u00e9thaine, ses personnages d\u00e9bordent largement les limites de l&rsquo;histoire et du temps.<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre shakespearien perdurera parce qu&rsquo;il exprime des \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me \u00e9ternels. Il pr\u00e9sente \u00e0 nos yeux, aujourd&rsquo;hui comme toujours, une certaine conception de la dignit\u00e9 humaine, de l&rsquo;importance des passions humaines et du myst\u00e8re de la vie humaine.<\/p>\n<p>Dans son immortelle galerie de portraits, Shakespeare nous donne des enseignements, dont nous pouvons faire notre profit m\u00eame au vingti\u00e8me si\u00e8cle. Le <em>Roi Lear <\/em>est certes la trag\u00e9die de l&rsquo;ingratitude filiale, mais il montre aussi que si l&rsquo;on se d\u00e9pouille de ses armes, des personnes peu scrupuleuses auront t\u00f4t fait de s&rsquo;en saisir. Dans <em>Hamlet<\/em>, trois hommes de temp\u00e9raments diff\u00e9rents se voient charg\u00e9s de venger la mort d&rsquo;un p\u00e8re. Hamlet, celui qui pense, mais n&rsquo;agit pas, tergiverse\u00a0; Laertes, celui qui agit sans r\u00e9fl\u00e9chir, va trop vite\u00a0; tous deux p\u00e9rissent par la m\u00eame \u00e9p\u00e9e empoisonn\u00e9e\u00a0; et le royaume reste \u00e0 Fortinbras, l&rsquo;homme calme et \u00e9quilibr\u00e9, qui sait \u00e0 la fois penser et agir, et le faire en temps voulu.<\/p>\n<p>Mais il y a aussi des le\u00e7ons de tol\u00e9rance. <em>Cymbeline<\/em>, <em>Le Conte d&rsquo;hiver <\/em>et <em>La Temp\u00eate <\/em>sont des com\u00e9dies de r\u00e9conciliation, de pardon et de bonheur retrouv\u00e9.<\/p>\n<h3>Le 400e anniversaire<\/h3>\n<p>Cette ann\u00e9e, toute l&rsquo;Angleterre se fera \u00e9lisab\u00e9thaine pour c\u00e9l\u00e9brer le 400e anniversaire de la naissance de Shakespeare.<\/p>\n<p>Une centaine d&rsquo;ambassadeurs \u00e9trangers hisseront leurs pavillons nationaux \u00e0 Stratford-sur-Avon, le 23 avril, en l&rsquo;honneur d&rsquo;un po\u00e8te et dramaturge dont les pi\u00e8ces se jouent dans presque toutes les langues. Le Canada d\u00e9l\u00e9guera sa Compagnie, de r\u00e9putation internationale, du Festival de Stratford, qui pr\u00e9sentera trois pi\u00e8ces au <em>Chichester Festival Theatre<\/em>.<\/p>\n<p>Tout cela pour honorer un homme qui a trouv\u00e9 la r\u00e9ponse \u00e0 des questions dont les autres hommes ne connaissaient m\u00eame pas encore l&rsquo;existence, et aussi \u00e0 des probl\u00e8mes qui se posent encore quatre si\u00e8cles apr\u00e8s lui. Ce sont les grandes questions de la nature et des fins de l&rsquo;homme, auxquelles il a donn\u00e9 des r\u00e9ponses qu&rsquo;il est imp\u00e9rieux de conna\u00eetre \u00e0 l&rsquo;une des heures les plus d\u00e9cisives de l&rsquo;histoire du monde.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[36],"class_list":["post-2331","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-36"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.4 (Yoast SEO v27.4) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 45, N\u00b0 3 - Mars 1964 - Shakespeare apr\u00e8s 400 ans - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-45-n-3-mars-1964-shakespeare-apres-400-ans\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 45, N\u00b0 3 - Mars 1964 - Shakespeare apr\u00e8s 400 ans\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Shakespeare n&rsquo;est pas un po\u00e8te mort et oubli\u00e9 depuis quatre si\u00e8cles, mais un esprit toujours vivant, dont le g\u00e9nie et l&rsquo;influence sont universellement reconnus. 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