{"id":2298,"date":"1992-05-01T00:00:00","date_gmt":"1992-05-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-73-n-3-mai-juin-1992-apprendre-a-penser\/"},"modified":"2022-10-17T20:40:34","modified_gmt":"2022-10-17T20:40:34","slug":"vol-73-n-3-mai-juin-1992-apprendre-a-penser","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-73-n-3-mai-juin-1992-apprendre-a-penser\/","title":{"rendered":"Vol. 73 N\u00b0 3 &#8211; Mai\/Juin 1992 &#8211; Apprendre \u00e0 penser"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">Les humains pensent constamment. Existe-t-il des modes de pens\u00e9e valables, fautifs\u00a0? Nous nous penchons ici sur diverses approches au raisonnement logique qui peut nous garder de la manipulation et nous aider \u00e0 mener une vie mieux \u00e9quilibr\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p>Penser est sans doute, apr\u00e8s la respiration, l&rsquo;activit\u00e9 humaine la plus r\u00e9pandue. Nous ne mangeons, dormons, marchons, parlons que de fa\u00e7on intermittente, mais tant que nous sommes conscients, nous pensons constamment. Cette facult\u00e9 abstraite est ce qui distingue <em> l&rsquo;homo sapiens <\/em> du reste de la cr\u00e9ation. Descartes parlait au nom de l&rsquo;humanit\u00e9 en d\u00e9clarant\u00a0: \u00ab\u00a0Je pense, donc je suis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Selon Ralph Waldo Emerson, l&rsquo;essence de l&rsquo;homme r\u00e9side dans la pens\u00e9e. Pourquoi, alors, consacre-t-on si peu d&rsquo;efforts \u00e0 s&rsquo;assurer de l&rsquo;efficacit\u00e9 de ce processus intellectuel\u00a0? En effet, si l&rsquo;on nous dit constamment <em> quoi <\/em> penser, on nous explique rarement <em> comment <\/em> le faire. Est-ce parce que la pens\u00e9e est consid\u00e9r\u00e9e comme un ph\u00e9nom\u00e8ne naturel\u00a0? Auquel cas, il serait absurde d&rsquo;apprendre un comportement inn\u00e9.<\/p>\n<p>Parler, cependant, est \u00e9galement une fonction naturelle. Si l&rsquo;on peut apprendre \u00e0 mieux s&rsquo;exprimer, ne peut-on pas apprendre \u00e0 mieux penser\u00a0? Les philosophes de la Gr\u00e8ce ancienne ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 vouloir enseigner le raisonnement. Aristote, par exemple, a propos\u00e9 un syst\u00e8me de logique formelle qui, bien que contest\u00e9 depuis, constitue le point de d\u00e9part de toute \u00e9tude visant \u00e0 apprendre \u00e0 raisonner.<\/p>\n<p>Le travail d&rsquo;Aristote a \u00e9t\u00e9 repris par des savants du Moyen \u00c2ge qui ont dress\u00e9 la liste des modes de penser qui doivent \u00eatre \u00e9vit\u00e9es. Ils appellent ces erreurs de logique des sophismes, c&rsquo;est-\u00e0-dire des arguments faux malgr\u00e9 une apparence de v\u00e9rit\u00e9. En d\u00e9pit de leur nom savant, les sophismes appartiennent au quotidien. Nous avan\u00e7ons souvent des arguments faux; notre raisonnement est constamment teint\u00e9 de sophismes.<\/p>\n<p>Prenons par exemple le cas du <em> secudum quid<\/em>, nom que les savants du Moyen \u00c2ge donnaient aux conclusions trop h\u00e2tives. Exemple\u00a0: nous visitons une ville inconnue et voyons deux hommes qui titubent dans la rue. Conclusion\u00a0: cette ville est pleine d&rsquo;ivrognes. \u00ab\u00a0Les gens de cette ville sont particuli\u00e8rement impolis \u00a0\u00bb, pensons-nous \u00e9galement face au manque d&rsquo;amabilit\u00e9 du seul vendeur \u00e0 qui nous avons eu affaire.<\/p>\n<p>Les g\u00e9n\u00e9ralisations outr\u00e9es semblent peut-\u00eatre anodines, mais elles sont une source potentielle de probl\u00e8mes politiques et sociaux. Appliqu\u00e9es \u00e0 des groupes, elles dorment naissance aux st\u00e9r\u00e9otypes. Deux membres d&rsquo;un groupe donn\u00e9 sont paresseux et peu fiables. Conclusion\u00a0: le groupe tout entier est paresseux et peu fiable. Trois membres d&rsquo;un autre groupe sont accus\u00e9s de vol. Conclusion\u00a0: tous les membres de ce groupe sont des criminels. Un meurtre a lieu dans un quartier ethnique. Nous \u00e9vitons alors ce quartier d&rsquo;assassins. C&rsquo;est d&rsquo;un tel grossier \u00e9tiquetage que naissent les pr\u00e9jug\u00e9s haineux, sectaires et raciaux.<\/p>\n<p>Autres g\u00e9n\u00e9ralisations du m\u00eame genre\u00a0: supposer qu&rsquo;un sentiment temporaire et localis\u00e9 repr\u00e9sente un principe universel, que ce qui semble vrai ici, \u00e0 l&rsquo;instant m\u00eame, le sera partout et pour toujours. C&rsquo;est pr\u00e9sumer que ce que l&rsquo;on juge bon pour soi est bon pour la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Les surg\u00e9n\u00e9ralisations remplacent chez les esprits paresseux le raisonnement rigoureux, la paresse intellectuelle expliquant probablement leur acceptation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Dans les ann\u00e9es 1950, A.J. Liebling, journaliste critique, r\u00e9sumait ainsi l&rsquo;approche de la presse am\u00e9ricaine aux nouvelles de l&rsquo;\u00e9tranger\u00a0: \u00ab\u00a0homme aller \u00e9glise, homme bon, pas mentir; homme pas aller \u00e9glise, homme mauvais, mentir; communistes mauvais, leurs paroles toujours mentir\u00a0\u00bb. Des millions de personnes acceptaient d&#8217;embl\u00e9e ce raisonnement de demeur\u00e9.<\/p>\n<p>Nombreuses ont \u00e9t\u00e9 alors les vies am\u00e9ricaines ruin\u00e9es par la surg\u00e9n\u00e9ralisation, principe directeur de la chasse fanatique aux communistes du s\u00e9nateur Joseph McCarthy. \u00ab\u00a0S&rsquo;il se dandine comme un canard et fait coin coin comme un canard, ce doit \u00eatre un canard.\u00a0\u00bb Le s\u00e9nateur et ses acolytes avaient fait un art de la th\u00e9orie de la culpabilit\u00e9 par association. Dubois a d\u00e9jeun\u00e9 avec Dupont; ce dernier a assist\u00e9 une fois \u00e0 la r\u00e9union d&rsquo;un groupe communiste. Conclusion\u00a0: Dupont et Dubois sont communistes.<\/p>\n<h3>Les faux raisonnements bas\u00e9s sur les coq-\u00e0-l&rsquo;\u00e2ne et le \u00ab\u00a0 tu peux bien parler\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>La culpabilit\u00e9 par association est fond\u00e9e sur des correspondances erron\u00e9es la supposition que tout objet qui a des traits en commun avec un autre lui ressemble en tous points. Vous pouvez ainsi d\u00e9duire que les baleines, \u00e9tant des mammif\u00e8res, peuvent marcher. Un tel raisonnement attribue une opinion uniforme \u00e0 tous les membres d&rsquo;une race, religion, secte ou nation. Les d\u00e9magogues avides de pouvoir ne sont que trop heureux d&rsquo;exploiter cette faiblesse et de pr\u00e9tendre qu&rsquo;ils parlent au nom du groupe tout entier, dot\u00e9 d&rsquo;un esprit monolithique.<\/p>\n<p>La culpabilit\u00e9 par association s&rsquo;assortit \u00e9galement d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments o\u00f9 les id\u00e9es et les choses sont m\u00eal\u00e9es aux personnalit\u00e9s. Exemple\u00a0: \u00ab\u00a0 Cet organisme de charit\u00e9 ne peut \u00eatre une bonne cause puisqu&rsquo;il est dirig\u00e9 par un \u00e9gotiste \u00e9pris de publicit\u00e9.\u00a0\u00bb En fait, cette soif de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec son aptitude \u00e0 la gestion ou la valeur de l&rsquo;organisme qu&rsquo;il dirige. En politique il est bon, avant de juger, de ne pas confondre personnalit\u00e9s et sujets d&rsquo;actualit\u00e9. N&rsquo;aimant pas le physique ou la mani\u00e8re de s&rsquo;exprimer d&rsquo;un politicien, vous rejetez ses politiques.<\/p>\n<p>Autre faux raisonnement\u00a0: le \u00ab\u00a0tu peux bien parler\u00a0\u00bb. On s&rsquo;en sert pour excuser en soi des fautes parce que d&rsquo;autres les commettent ou font pire. Une \u00e9pouse demande \u00e0 son mati de ne pas laisser tra\u00eener ses chaussettes. Sa riposte\u00a0: \u00ab\u00a0Et la carrosserie caboss\u00e9e, c&rsquo;est \u00e0 qui la faute\u00a0?\u00a0\u00bb n&rsquo;a aucun rapport avec le point soulev\u00e9. De tels coq-\u00e0-l&rsquo;\u00e2ne, voulus ou non, sont courants en politique. Ils sont fatals en affaires. Les dirigeants qui concluent que \u00ab\u00a0nous ne sommes pas pires qu&rsquo;un autre\u00a0\u00bb appellent la faillite.<\/p>\n<p>Autre sophisme qui repose sur les coq-\u00e0-l&rsquo;\u00e2ne\u00a0: le <em> circulus in probando<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire la discussion qui tourne en rond. Vos pens\u00e9es int\u00e9rieures peuvent \u00e9galement suivre un cercle vicieux. Exemple\u00a0: quelqu&rsquo;un d\u00e9clare que Alexandre Dumas est un romancier sup\u00e9rieur \u00e0 Gustave Flaubert. Pourquoi\u00a0? C&rsquo;est ce que disent les critiques les plus lucides. Et qui sont-ils\u00a0? Ceux capables de juger lucidement que Dumas est un meilleur romancier que Flaubert, bien s\u00fbr\u00a0!<\/p>\n<p>Le raisonnement circulaire signifie rejoindre le mode de pens\u00e9e d&rsquo;un troupeau intellectuel qui charge en tournant en rond. Tout le monde pense ainsi; donc ce doit \u00eatre la v\u00e9rit\u00e9 puisque tout le monde le pense. Autre variation\u00a0: tirer une conclusion fond\u00e9e sur une hypoth\u00e8se inv\u00e9rifiable. Vous en trouverez un exemple macabre et ridicule dans l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 suivant\u00a0: la chasse au renard n&rsquo;est pas cruelle puisque le renard la trouve amusante.<\/p>\n<p>Des conclusions sans fondement sont pr\u00e9sent\u00e9es comme des \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s \u00e9videntes\u00a0\u00bb, expression d&rsquo;ailleurs contradictoire en soi puisque le terme \u00ab\u00a0\u00e9vident\u00a0\u00bb sous-entend des indications menant indubitablement \u00e0 une conclusion. Plus les \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9s \u00e9videntes\u00a0\u00bb sont inv\u00e9rifiables, plus elles sont d\u00e9fendues avec fougue par ceux qui y adh\u00e8rent.<\/p>\n<p>L&rsquo;une de leurs tactiques est de s&rsquo;abriter derri\u00e8re l&rsquo;approbation d&rsquo;une personne ou d&rsquo;un ouvrage respect\u00e9. Il est cependant \u00e9vident que la validit\u00e9 d&rsquo;une opinion ne d\u00e9pend pas n\u00e9cessairement de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 ou de l&rsquo;\u00e9minence de ceux qui la professent. Ce principe s&rsquo;applique \u00e9galement au gourou qu&rsquo;on se choisit ou aux statistiques impressionnantes qui sont facilement mal interpr\u00e9t\u00e9es ou volontairement d\u00e9form\u00e9es pour appuyer une cause. Dans son ouvrage <em> Guides to Straight Thinking<\/em>, Stuart Chase parle d&rsquo;un \u00e9criteau affich\u00e9 dans une \u00e9cole britannique qui allait au coeur du sujet\u00a0: \u00ab\u00a0 Le professeur peut avoir tort. R\u00e9fl\u00e9chissez vous-m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Toute r\u00e9flexion valable doit a priori rejeter les d\u00e9clarations du genre \u00ab\u00a0tout le monde le sait\u00a0\u00bb. Le penseur critique ne doit accepter que les faits convenablement v\u00e9rifi\u00e9s. Lorsqu&rsquo;un orateur affirme que \u00ab\u00a0la plupart des sp\u00e9cialistes en conviennent\u00a0\u00bb, demandez\u00a0: quels sp\u00e9cialistes\u00a0? Sur quoi exactement sont-ils tomb\u00e9s d&rsquo;accord\u00a0? La contestation est essentielle car, comme l&rsquo;explique Bertrand Russell\u00a0: \u00ab\u00a0Les plus grands maux de l&rsquo;humanit\u00e9 lui ont \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9s par des gens convaincus de d\u00e9tenir la v\u00e9rit\u00e9 alors qu&rsquo;ils \u00e9taient dans l&rsquo;erreur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>\u00ab\u00a0Mieux vaut ne rien savoir que savoir quelque chose de faux\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>\u00ab\u00a0Mieux vaut ne rien savoir que savoir quelque chose de faux\u00a0\u00bb, \u00e9crivait Josh Billings. Mais comment distinguer le vrai du faux\u00a0? Puisque l&rsquo;on appuie toujours ses convictions par des \u00ab\u00a0faits\u00a0\u00bb, il serait bon de conna\u00eetre la diff\u00e9rence entre un fait et une simple notion. Il y a quelques ann\u00e9es, le minist\u00e8re de l&rsquo;\u00e9ducation de la Californie a d\u00e9fini le fait comme \u00e9tant \u00ab\u00a0un consensus bas\u00e9 sur des observations confirm\u00e9es et des d\u00e9ductions qui peuvent \u00eatre test\u00e9es ou rejet\u00e9es.\u00a0\u00bb Personne ne peut unilat\u00e9ralement cr\u00e9er un fait \u00e0 l&rsquo;appui de ses convictions, sentiments ou pr\u00e9jug\u00e9s.<\/p>\n<p>Les faits ont une nature insaisissable comme l&rsquo;explique Vilhjalmur Stefansson, grand explorateur canadien. Il illustre ce point en citant l&rsquo;exemple d&rsquo;un homme qui entre dans une maison en disant\u00a0: \u00ab\u00a0 Il y a une vache rouge dans la cour.\u00a0\u00bb Stefansson \u00e9num\u00e8re les sources possibles d&rsquo;erreur\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;observateur s&rsquo;est-il tromp\u00e9 sur le sexe de l&rsquo;animal\u00a0? Ce pourrait \u00eatre un boeuf. Ou sur son \u00e2ge\u00a0? Ce pourrait \u00eatre une g\u00e9nisse. L&rsquo;homme souffre-t-il de daltonisme\u00a0? La vache pourrait \u00eatre d&rsquo;une autre couleur. Et m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une vache rouge, un chien peut l&rsquo;avoir aper\u00e7ue au moment o\u00f9 notre observateur tournait le dos, si bien que, lorsqu&rsquo;il a annonc\u00e9 sa pr\u00e9sence dans la cour, elle disparaissait d\u00e9j\u00e0 dans un nuage de poussi\u00e8re au d\u00e9tour du chemin.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;information \u00e9tant faillible, les scientifiques ont \u00e9tabli un raisonnement en cinq \u00e9tapes qui d\u00e9termine ce qui est un fait et ce qui ne l&rsquo;est pas\u00a0: 1) poser des questions; 2) proc\u00e9der \u00e0 des observations; 3) communiquer les r\u00e9sultats; 4) r\u00e9pondre aux questions soulev\u00e9es par ces r\u00e9sultats; 5) r\u00e9viser les hypoth\u00e8ses \u00e0 la lumi\u00e8re des r\u00e9ponses. M\u00eame ainsi, ils ne s&rsquo;attendent pas \u00e0 des certitudes mais \u00e0 de hautes probabilit\u00e9s. Le scientifique dira\u00a0: \u00ab\u00a0 Cette hypoth\u00e8se est v\u00e9rifi\u00e9e par les faits.\u00a0\u00bb Il ne dira pas\u00a0: \u00ab\u00a0 Ceci est la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette m\u00e9thode peut \u00eatre appliqu\u00e9e pour arriver \u00e0 raisonner plus logiquement et juger des pens\u00e9es des autres. R\u00e9sistent-elles \u00e0 un examen serr\u00e9\u00a0? Les hypoth\u00e8ses qui les sous-tendent prennent-elles en compte les derni\u00e8res d\u00e9couvertes\u00a0?<\/p>\n<p>On reconna\u00eet une logique d\u00e9faillante \u00e0 certains signes\u00a0: le refus d&rsquo;entendre des arguments ou des preuves allant \u00e0 l&rsquo;encontre de ses hypoth\u00e8ses; la conviction que les objections avanc\u00e9es ne visent pas \u00e0 r\u00e9futer ses conclusions mais \u00e0 attaquer sa probit\u00e9 ou sa dignit\u00e9. On raconte que, en entendant un discours, un vieux membre du parlement avait \u00e9crit les notes suivantes\u00a0: \u00ab\u00a0Point faible. Devient \u00e9motif\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Haut plac\u00e9 sur la liste des effets rh\u00e9toriques se trouve <em> l&rsquo;argumentum ad populum<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;appel aux passions populaires. Facile \u00e0 reconna\u00eetre, il s&rsquo;entoure d&rsquo;abstractions \u00e9motives telles que l&rsquo;honneur, la dignit\u00e9 et la fiert\u00e9. La propagande s&rsquo;exprime toujours en termes unitaires et simplistes\u00a0: il n&rsquo;existe qu&rsquo;un seul probl\u00e8me, qu&rsquo;une seule solution, qu&rsquo;un <em> seul <\/em> groupe de preuves irr\u00e9fragables. Soit on lutte contre un ennemi monstrueux, soit on est encercl\u00e9 d&rsquo;ennemis tout aussi fielleux.<\/p>\n<p>L&rsquo;aptitude \u00e0 reconna\u00eetre un argument faux est l&rsquo;arme principale du penseur contre la d\u00e9magogie et la propagande utilis\u00e9es en publicit\u00e9, politique et autres affaires publiques. En r\u00e9ponse \u00e0 une demande visant l&rsquo;enseignement de la logique dans les \u00e9coles, Erna Paris, journaliste et auteure de Toronto, \u00e9crivit dans le <em> Globe and Mail <\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Imaginez une soci\u00e9t\u00e9 qui apprend \u00e0 ses enfants \u00e0 distinguer les arguments des \u00e9motions et \u00e0 \u00e9valuer les faits en fonction des preuves qui les appuient\u00a0! Les pr\u00e9jug\u00e9s et l&rsquo;ent\u00eatement \u00e0 ne pas voir le point de vue de l&rsquo;autre n&rsquo;en seraient pas \u00e9limin\u00e9s, mais nous serions plus \u00e0 m\u00eame de r\u00e9sister aux manipulateurs d&rsquo;opinion, aux exploiteurs de superstitions et aux propagandistes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<h3>Comment \u00e9viter de prendre ses impressions pour la r\u00e9alit\u00e9<\/h3>\n<p>En l&rsquo;absence d&rsquo;un tel enseignement, sauf dans les cours de logique en classe de philosophie, le commun des mortels doit s&rsquo;appuyer sur son bon sens pour veiller \u00e0 la logique de sa pens\u00e9e et d\u00e9tecter l&rsquo;illogisme dans les discours publies. Il existe bien entendu des livres \u00e0 ce sujet, et dans les encyclop\u00e9dies figurent des articles d\u00e9finissant les erreurs de logique et certaines m\u00e9thodes intellectuelles. Voici cependant quelques principes directeurs\u00a0: les g\u00e9n\u00e9ralisations sont sujettes \u00e0 caution. Les affirmations doivent \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9es par des faits; on doit se m\u00e9fier des pens\u00e9es extr\u00eames, des siennes et des autres.<\/p>\n<p>Nous ne serions pas humains si de temps \u00e0 autre nous ne nous laissions aller \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s, notamment si bless\u00e9s dans notre amour- propre ou en col\u00e8re. Afin d&rsquo;\u00e9viter ce pi\u00e8ge, le danger de la pens\u00e9e absolue doit \u00eatre reconnu.<\/p>\n<p>L&rsquo;absolu, reconnaissable \u00e0 l&rsquo;utilisation du verbe \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb, am\u00e8ne \u00e0 confondre jugements int\u00e9rieurs et r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure. \u00ab\u00a0Des affirmations, telles que \u00ab\u00a0ce tableau est beau\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0ces perspectives sont bonnes\u00a0\u00bb, ne concernent ni le tableau ni les perspectives, mais l&rsquo;id\u00e9e que la personne s&rsquo;en fait\u00a0\u00bb, explique S.I. Hayakawa dans son ouvrage <em> Language in Thought and Action<\/em>. Les humains ont tendance \u00e0 confondre l&rsquo;impression qu&rsquo;ils se font d&rsquo;un objet avec l&rsquo;objet lui-m\u00eame, \u00e0 prendre la carte pour le territoire. \u00ab\u00a0Mais il est \u00e9vident que personne ne peut d\u00e9passer les limites de son syst\u00e8me nerveux pour percevoir la r\u00e9alit\u00e9 directement et objectivement. Si on le pouvait, on ne serait pas bern\u00e9 par les magiciens et les illusions optiques ni enclin aux m\u00e9prises.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En \u00e9vitant l&rsquo;utilisation du verbe \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb et des mots absolus, vous penserez plus clairement. Albert Ellis, s\u00e9manticien distingu\u00e9, a montr\u00e9 par des exemples comment le raisonnement gagnait en clart\u00e9 et en profondeur sans le verbe \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Jean est l\u00e9thargique et malheureux.\u00bb \/ \u00ab\u00a0Jean semble l\u00e9thargique et malheureux au bureau.\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Jean est plein d&rsquo;entrain.\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Jean semble plein d&rsquo;entrain sur la plage.\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Marie est intelligente.\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0Marie a un Q.I. de 160. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La pens\u00e9e absolue semble \u00eatre un produit naturel de la culture occidentale, pour qui tout est noir ou blanc. Notre syst\u00e8me juridique d\u00e9clare l&rsquo;accus\u00e9 coupable ou non coupable; nous votons pour un candidat ou pour un autre; trop souvent, seules deux voies s&rsquo;offrent \u00e0 nous\u00a0: la bonne et la mauvaise.<\/p>\n<h3>Le raisonnement absolu renforce \u00ab\u00a0le pouvoir des pens\u00e9es n\u00e9gatives\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>La logique d&rsquo;Aristote, qui pendant des si\u00e8cles a guid\u00e9 la r\u00e9flexion occidentale, affirme que tout doit appartenir \u00e0 une seule cat\u00e9gorie. Cette logique, semblable \u00e0 un interrupteur ouvert ou ferm\u00e9, ne permet aucune nuance. Ce syst\u00e8me encourage ce que les s\u00e9manticiens appellent les jugements de valeurs oppos\u00e9es. La pens\u00e9e suivante en est un exemple typique\u00a0: \u00ab\u00a0Celui qui ne pense pas comme moi est contre moi.\u00a0\u00bb Elle rejette toute possibilit\u00e9 d&rsquo;accord sur une question et de d\u00e9saccord sur une autre, et ne permet pas de se situer dans un camp \u00e0 un moment donn\u00e9 et dans le camp adverse en d&rsquo;autres circonstances.<\/p>\n<p>Cette profession du \u00ab\u00a0tout ou rien\u00a0\u00bb conduit \u00e0 des jugements pu\u00e9rils\u00a0: \u00ab\u00a0C&rsquo;est bon, c&rsquo;est mauvais; ils ont raison, les autres ont tort; il est stupide, elle est intelligente.\u00a0\u00bb Une telle approche m\u00e8ne \u00e0 un r\u00e9gime intellectuel o\u00f9 tout un chacun tombe dans des cat\u00e9gories caract\u00e9ris\u00e9es par l&rsquo;uniformit\u00e9 de la pens\u00e9e, des sentiments et des actes.<\/p>\n<p>Elle alt\u00e8re \u00e9galement ce qu&rsquo;on pense de soi\u00a0: \u00ab\u00a0Ils sont tous contre moi\u00a0\u00bb; elle s&rsquo;accompagne d&rsquo;un cort\u00e8ge de mots absolus\u00a0: \u00ab\u00a0<em> Rien <\/em> de bon ne m&rsquo;arrive <em> jamais<\/em>. J&rsquo;\u00e9choue <em> toujours<\/em>. Je ne fais <em> jamais <\/em> de progr\u00e8s. Tout va mal. <em> Tout le monde <\/em> s&rsquo;en moque.\u00a0\u00bb Le raisonnement absolu renforce \u00ab\u00a0le pouvoir des pens\u00e9es n\u00e9gatives\u00a0\u00bb car il cr\u00e9e des esp\u00e9rances irr\u00e9alistes. On s&rsquo;attend \u00e0 \u00eatre trait\u00e9 bien ou mal en tout temps, et non tant\u00f4t bien tant\u00f4t mal et parfois ni bien ni mal.<\/p>\n<p>Au lieu de percevoir l&rsquo;existence, la sienne et celle des autres, comme un processus \u00e9volutif, elle appara\u00eet statique. Parlant d&rsquo;un jeune th\u00e9oricien qui, traversant une p\u00e9riode difficile, concluait \u00ab\u00a0 je ne m&rsquo;en sortirai jamais\u00a0\u00bb, Stuart Chase remarque\u00a0: \u00ab\u00a0Il croit, aveugl\u00e9 par l&rsquo;absolu, que cet incident isol\u00e9 dans le temps et dans l&rsquo;espace est un \u00e9tat permanent. Il ne comprend pas que ce qui s&rsquo;est produit ne peut jamais se reproduire exactement, le contexte n&rsquo;\u00e9tant jamais le m\u00eame.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;erreur de croire qu&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement est appel\u00e9 \u00e0 se r\u00e9p\u00e9ter m\u00e8ne \u00e0 la r\u00e9flexion de pr\u00e9emption qui vise \u00e0 pr\u00e9venir tout renouvellement. Une jeune femme qui a rompu avec deux ou trois hommes est persuad\u00e9e que tous ses rapports avec les hommes ne peuvent que se solder par un \u00e9chec.<\/p>\n<h3>\u00catre aussi heureux qu&rsquo;on d\u00e9cide de l&rsquo;\u00eatre<\/h3>\n<p>Un tel pessimisme nourri par un pass\u00e9 qui ne peut se reproduire emp\u00eache de se r\u00e9aliser pleinement\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne parlerai pas \u00e0 mon patron de cette id\u00e9e parce que je ne veux pas avoir l&rsquo;air d&rsquo;un imb\u00e9cile.\u00a0\u00bb Gardons \u00e0 l&rsquo;esprit l&rsquo;avertissement de Hayakawa, \u00e0 savoir que ce que l&rsquo;on pense du monde et de soi ne repr\u00e9sente qu&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 partielle. \u00ab\u00a0L&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;on se fait de soi n&rsquo;est pas soi-m\u00eame, de nombreuses facettes en sont absentes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;on se fait du monde et de soi peut litt\u00e9ralement nuire \u00e0 sa sant\u00e9. Derni\u00e8rement, des sp\u00e9cialistes du stress ont d\u00e9termin\u00e9 que la perception de son moi est directement li\u00e9e au degr\u00e9 de stress que l&rsquo;on peut supporter. Lorsque l&rsquo;on tire des conclusions h\u00e2tives, que l&rsquo;on se croit personnellement vis\u00e9, que l&rsquo;on s&rsquo;abandonne \u00e0 la peur ou que l&rsquo;on se laisse duper par des sophismes, on agit comme si tout ce qui nous entoure est dangereux. Nous d\u00e9clenchons ainsi en nous la r\u00e9action instinctive de la lutte ou de la fuite qui est une source de stress n\u00e9faste.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La plupart des gens sont aussi heureux qu&rsquo;ils d\u00e9cident de l&rsquo;\u00eatre \u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Abraham Lincoln. En d\u00e9pit des nombreuses d\u00e9couvertes scientifiques, technologiques et sociales survenues depuis Lincoln, ces mots ont gard\u00e9 toute leur actualit\u00e9. Si des \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs peuvent les rendre mis\u00e9rables, le bien-\u00eatre mental des personnes ordinaires d\u00e9pend plus de leur \u00e9tat d&rsquo;esprit que des circonstances. Or, cet \u00e9tat d&rsquo;esprit peut \u00eatre am\u00e9lior\u00e9 par la clart\u00e9 de la r\u00e9flexion et la chasse aux craintes et au doute de soi qui sont sans fondement.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[73],"class_list":["post-2298","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-73"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.2 (Yoast SEO v27.2) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 73 N\u00b0 3 - Mai\/Juin 1992 - Apprendre \u00e0 penser - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-73-n-3-mai-juin-1992-apprendre-a-penser\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 73 N\u00b0 3 - Mai\/Juin 1992 - Apprendre \u00e0 penser\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Les humains pensent constamment. 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