{"id":2169,"date":"1981-07-01T00:00:00","date_gmt":"1981-07-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-62-n-4-juillet-aout-1981-lutilite-de-la-musique\/"},"modified":"2022-10-17T20:25:56","modified_gmt":"2022-10-17T20:25:56","slug":"vol-62-n-4-juillet-aout-1981-lutilite-de-la-musique","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-62-n-4-juillet-aout-1981-lutilite-de-la-musique\/","title":{"rendered":"Vol. 62, N\u00b0 4 &#8211; Juillet\/Ao\u00fbt 1981 &#8211; L&rsquo;utilit\u00e9 de la musique"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">La musique est le seul enivrement bon march\u00e9 et impuni sur la terre, a dit un sage. Elle est bien plus encore. C&rsquo;est un r\u00e9confort dans la vie, un bouclier contre le d\u00e9sespoir, un triomphe de l&rsquo;esprit humain. Il est surtout question ici de la nature de la musique&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 quoi sert la musique\u00a0?\u00a0\u00bb demandait un jour un illustre magistrat. La question est d&rsquo;importance, m\u00eame s&rsquo;il est permis de soup\u00e7onner l&rsquo;honorable juge de ne l&rsquo;avoir pos\u00e9e que parce qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas d&rsquo;oreille. La musique nous est utile sous tant de rapports que l&rsquo;on a peine \u00e0 imaginer la vie sans elle. Ce qui est curieux, c&rsquo;est qu&rsquo;on y pense si peu souvent en tant que force vitale dans les affaires humaines.<\/p>\n<p>Il est clair que la musique r\u00e9pond \u00e0 un besoin des profondeurs de l&rsquo;\u00e2me. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne se manifeste peu apr\u00e8s la naissance. Il suffit d&rsquo;une berceuse pour calmer le poupon qui pleure. Longtemps avant de comprendre le langage parl\u00e9, l&rsquo;enfant est vivement influenc\u00e9 par la m\u00e9lodie, le rythme et le ton de la voix.<\/p>\n<p>La possibilit\u00e9 de cr\u00e9er de la musique para\u00eet \u00eatre un trait fondamental de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. L&rsquo;homme appara\u00eet sur la terre avec les propri\u00e9t\u00e9s d&rsquo;un instrument de musique autonome\u00a0; il est capable de chanter, de fredonner, de siffler, de danser et de battre des mains. Comme l&rsquo;art de faire du feu et l&rsquo;usage des armes et des outils, la facult\u00e9 de produire de la musique compte parmi les activit\u00e9s qui \u00e0 l&rsquo;origine distinguent l&rsquo;homme des animaux inf\u00e9rieurs. Elle contribue plus que tout le reste \u00e0 en faire un \u00eatre \u00e0 part et pr\u00e9dominant.<\/p>\n<p>Allumer des feux, construire des abris, chasser avec d&rsquo;autres moyens que ses mains et ses dents \u00e9taient des conditions indispensables \u00e0 la survie d&rsquo;une cr\u00e9ature \u00e0 la peau mince et relativement faible. Mais inventer la musique, c&rsquo;\u00e9tait s&rsquo;\u00e9lever des n\u00e9cessit\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires de l&rsquo;existence \u00e0 une dimension inconnue des autres habitants de la terre, celle de l&rsquo;esprit et de l&rsquo;\u00e2me.<\/p>\n<p>C&rsquo;est surtout dans l&rsquo;art que s&rsquo;exprime l&rsquo;esprit humain, et la musique fut tr\u00e8s probablement la premi\u00e8re forme d&rsquo;art dans le monde. Il se peut aussi qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 la premi\u00e8re manifestation de la science. Toute science ne suppose-t-elle pas la curiosit\u00e9, l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9 et le d\u00e9sir de mieux faire ou de mieux conna\u00eetre les choses\u00a0? C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 ces qualit\u00e9s que les humains ont appris \u00e0 faire de la musique par des proc\u00e9d\u00e9s artificiels.<\/p>\n<p>On croit g\u00e9n\u00e9ralement que le premier instrument de musique comme tel fut un roseau creux dans lequel quelqu&rsquo;un eut l&rsquo;id\u00e9e de souffler. Mais l&rsquo;homme ne se contenta pas d&rsquo;en tirer un son agr\u00e9able. Il voulut voir ce qui adviendrait en per\u00e7ant des trous gradu\u00e9s dans ce roseau. Il en r\u00e9sulta un vocabulaire articul\u00e9 de notes musicales.<\/p>\n<p>D\u00e8s avant les temps historiques, les pr\u00e9curseurs de la fl\u00fbte, du cor, du tambour, de la maraca, de la harpe et de la guitare sont d\u00e9j\u00e0 invent\u00e9s (selon la l\u00e9gende, la premi\u00e8re caisse de r\u00e9sonance d&rsquo;une guitare fut une carapace de tortue). L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9crire la musique appara\u00eet presque aussit\u00f4t que celle d&rsquo;\u00e9crire le langage. On rel\u00e8ve des signes musicaux grossiers sur des tablettes du Moyen-Orient datant du second mill\u00e9naire av. J.-C.<\/p>\n<p>Pourquoi tous ces efforts pour une chose non essentielle \u00e0 la survie\u00a0? Sans doute parce que les hommes primitifs r\u00e9alisent que la musique n&rsquo;est pas si inutile qu&rsquo;elle le semble. M\u00eame si elle \u00e9chappe \u00e0 leur sens du toucher, ils savent qu&rsquo;elle offre d&rsquo;int\u00e9ressantes applications. Elle accomplit une chose d&rsquo;une grande valeur \u00e0 leurs yeux, qui est d&rsquo;all\u00e9ger le poids de la vie.<\/p>\n<p>Elle a le pouvoir de changer l&rsquo;humeur des gens, le plus souvent en mieux. Comme le savent depuis toujours les soldats, elle remonte le moral. Dans les difficiles circonstances des \u00e2ges pr\u00e9historiques, il devait \u00eatre merveilleux de disposer d&rsquo;un moyen de se redonner courage lorsqu&rsquo;on ployait sous les \u00e9preuves. La musique fait oublier les soucis et r\u00e9jouit le coeur de l&rsquo;homme bien avant que l&rsquo;on songe \u00e0 faire du vin.<\/p>\n<p>Comme par miracle, un chant ou une m\u00e9lop\u00e9e rythmique semble acc\u00e9l\u00e9rer le travail. Cela fait oublier ses muscles endoloris \u00e0 celui qui creuse un trou ou moissonne un champ. Puis, quelqu&rsquo;un remarqua qu&rsquo;une certaine musique pouvait pousser \u00e0 affronter la mort, au combat, avec un fougueux m\u00e9lange de confiance, de bravoure et de f\u00e9rocit\u00e9. Celui qui composa le premier chant patriotique (ou plut\u00f4t tribal en ce temps-l\u00e0) forgea assur\u00e9ment une puissante arme politique\u00a0: \u00ab\u00a0Confiez-moi la composition des chants nationaux, a \u00e9crit le patriote \u00e9cossais Andrew Fletcher, et peu m&rsquo;importe qui fait les lois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La musique a contribu\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuer le folklore des peuples en facilitant la m\u00e9morisation des mots des po\u00e8mes et des ballades. Elle devait s&rsquo;allier ais\u00e9ment au th\u00e9\u00e2tre et \u00e0 la com\u00e9die. La culture, telle que nous la connaissons, a progress\u00e9 au pas cadenc\u00e9.<\/p>\n<p>La musique a jou\u00e9 dans l&rsquo;union humaine un r\u00f4le qu&rsquo;elle conserve encore aujourd&rsquo;hui. Il falla\u00eft certes \u00eatre civilis\u00e9 pour composer la premi\u00e8re chanson d&rsquo;amour. Elle a aussi servi, comme elle le fait toujours, \u00e0 rendre hommage aux dieux. Ce n&rsquo;est pas \u00e9tonnant, car les hommes primitifs croyaient que la musique \u00e9tait un don des cieux.<\/p>\n<p>Des hommes aussi instruits que les philosophes grecs des Ve et IVe si\u00e8cles av. J.-C. ont \u00e9galement soutenu que la musique \u00e9tait d&rsquo;origine divine. Ne l&rsquo;ont-ils pas consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;une des disciplines auxquelles pr\u00e9sidaient les muses, nom dont d\u00e9rive d&rsquo;ailleurs le mot musique. Mais cela ne les a pas emp\u00each\u00e9s d&rsquo;en scruter la nature. Ils \u00e9taient nettement conscients du pouvoir qu&rsquo;elle exerce sur la conduite des gens par son influence sur leurs sentiments.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;instar de Confucius, Platon regarde la musique comme un \u00e9l\u00e9ment critique dans l&rsquo;ordre universel des choses. Selon lui, le rythme et la m\u00e9lodie devraient id\u00e9alement \u00eatre en harmonie avec le mouvement des corps c\u00e9lestes, qui r\u00e8glent le d\u00e9roulement des affaires humaines.<\/p>\n<p>Comme bien des critiques sociaux depuis, Platon e\u00fbt volontiers interdit les genres de musique qu&rsquo;il jugeait corrupteurs. \u00c0 ses yeux, la musique excentrique constitue une menace pour l&rsquo;\u00c9tat. \u00ab\u00a0L&rsquo;innovation musicale, nous avise-t-il, est pleine de danger pour le corps social, car lorsque les modes de musique changent, les lois de l&rsquo;\u00c9tat changent toujours elles aussi.\u00a0\u00bb Sur ce point, ce philosophe ancien ressemble peut-\u00eatre \u00e0 nos traditionalistes modernes qui fulminent contre l&rsquo;ab\u00e2tardissement de la musique rock ou disco, ou bien contre ses anc\u00eatres le boogie-woogie et le jazz.<\/p>\n<p>Le monde intellectuel s&rsquo;est toujours divis\u00e9, semble-t-il, entre ceux qui surestiment l&rsquo;effet social de la musique et ceux qui en rejettent totalement l&rsquo;importance. Le philosophe grec D\u00e9mocrite appartient \u00e0 cette derni\u00e8re \u00e9cole, car il affirme que la musique est un luxe inutile. Deux mille deux cents ans plus tard, il se trouvera des sp\u00e9cialistes des sciences sociales de cette opinion pour \u00e9crire de gros volumes sur la situation actuelle ou future du monde sans accorder la moindre attention \u00e0 la puissante influence de la musique sur les sentiments et les actions de l&rsquo;homme.<\/p>\n<h3>La musique offre au monde un langage unique<\/h3>\n<p>Si les hommes ont toujours associ\u00e9 la musique aux dieux, c&rsquo;est en partie parce qu&rsquo;ils l&rsquo;envisageaient comme une forme de communication entre la terre et l&rsquo;au-del\u00e0. La grande musique sacr\u00e9e poss\u00e8de une \u00ab\u00a0divinit\u00e9\u00a0\u00bb qui lui est propre. C&rsquo;est ce que l&rsquo;Abb\u00e9 Angelo Grillo exprime fort bien, au d\u00e9but du XVIIe si\u00e8cle, dans une lettre qu&rsquo;il adresse \u00e0 Claudio Monteverdi pour le remercier d&rsquo;un exemplaire de son dernier recueil de madrigaux. \u00ab\u00a0Je puis vous assurer, \u00e9crit-il, de l&rsquo;\u00e9minente valeur de votre m\u00e9lodieux cadeau\u00a0; il me para\u00eet appartenir non pas tant \u00e0 la terre sur laquelle je l&rsquo;accepte qu&rsquo;au ciel dans lequel je l&rsquo;\u00e9coute.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cela se passait durant la Renaissance, \u00e9poque o\u00f9 nombre des id\u00e9es directrices \u00e9taient emprunt\u00e9es \u00e0 la Gr\u00e8ce antique. Entre autres la th\u00e9orie de Platon selon laquelle il importait de r\u00e9glementer la musique de crainte qu&rsquo;elle ne m\u00e8ne \u00e0 la volupt\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;immoralit\u00e9. Les chefs religieux &#8211; et la musique s\u00e9rieuse se joue en majeure partie dans les \u00e9glises &#8211; se m\u00e9fient des effets de la musique sur les moeurs \u00e9tablies. Ils lui assignent un r\u00f4le nettement secondaire par rapport aux paroles de la liturgie et apportent des restrictions \u00e0 la libert\u00e9 d&rsquo;innover des compositeurs.<\/p>\n<p>Mais en dehors des \u00e9glises, la musique demeure florissante. Les m\u00e9nestrels attirent les foules par leurs ballades. Aucune c\u00e9r\u00e9monie profane ne saurait \u00eatre compl\u00e8te sans musique, et il y a toujours des danses dans les r\u00e9unions de ffete. Les repr\u00e9sentations th\u00e9\u00e2trales sont souvent des \u00ab\u00a0concerts musicaux\u00a0\u00bb, dont le clerg\u00e9 condamne l&rsquo;impi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pourtant la musique brise les liens qu&rsquo;on tente de lui imposer. Les airs populaires s&rsquo;infiltrent parmi les subtilit\u00e9s du chant gr\u00e9gorien. Pour suivre les progr\u00e8s de plus en plus riches de l&rsquo;orchestration, il faut bient\u00f4t ouvrir l&rsquo;\u00e9glise \u00e0 ces \u00ab\u00a0instruments du diable\u00a0\u00bb que sont la fl\u00fbte de Pan, le violon et le cornet. Les restrictions de forme disparaissent graduellement.<\/p>\n<p>Le progr\u00e8s le plus remarquable de cet art pendant la Renaissance est celui de l&rsquo;\u00e9criture musicale, appel\u00e9e notation. Pour la premi\u00e8re fois, un compositeur est en mesure d&rsquo;envoyer une transcription de son oeuvre \u00e0 quelqu&rsquo;un qui peut la jouer plus ou moins fid\u00e8lement \u00e0 son intention originale. Vers 1320, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque fran\u00e7ais, compositeur et th\u00e9oricien de la musique, Philippe de Vitry ajoute les signes de mesures au syst\u00e8me des notes dispos\u00e9es sur des lignes parall\u00e8les imagin\u00e9 200 ans auparavant. D&rsquo;apr\u00e8s <em>La Musique<\/em>, Larousse, 1965, \u00ab\u00a0\u00e0 ce moment, les compositeurs se trouvent nantis d&rsquo;une s\u00e9m\u00e9iographie capable de se plier \u00e0 toutes les exigences et assez proche de notre conception moderne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La musique avait donn\u00e9 au monde un nouveau langage, unique en son genre, un langage pouvant \u00eatre compris mutuellement par des personnes de langues diff\u00e9rentes. On a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 que la musique est une langue internationale. C&rsquo;est litt\u00e9ralement vrai dans le cas de la notation musicale.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Renaissance, la musique conna\u00eet au XVIIIe si\u00e8cle un \u00e2ge de grand \u00e9clat. La musique de chambre et l&rsquo;op\u00e9ra conqui\u00e8rent leur autonomie. Des compositeurs comme Jean-S\u00e9bastien Bach et George-Fr\u00e9d\u00e9ric Haendel jettent les bases du style propre \u00e0 la musique classique, telle que nous la connaissons. Les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s dans la forme musicale s&rsquo;accompagnent de l&rsquo;essor de ce que nous appellerions aujourd&rsquo;hui la \u00ab\u00a0technologie mat\u00e9rielle\u00a0\u00bb. Pendant que Bach et les autres composent leurs immortels chefs-d&rsquo;oeuvre, Godefroy Silbermann fabrique ses magnifiques orgues. Stradivarius et les luthiers italiens portent la facture des instruments \u00e0 cordes \u00e0 un sommet jamais atteint par la suite.<\/p>\n<h3>La technique au service de la beaut\u00e9<\/h3>\n<p>Il est int\u00e9ressant pour un contemporain de consid\u00e9rer les priorit\u00e9s techniques de cette \u00e9poque. La guerre se fait encore avec des \u00e9p\u00e9es, des mousquets et des canons qui n&rsquo;ont gu\u00e8re chang\u00e9 depuis 300 ans. Le transport au long cours reste la chasse gard\u00e9e des b\u00eates de somme et des navires \u00e0 voiles. L&rsquo;industrie repose avant tout sur le travail manuel. Et pourtant dans la poursuite du beau en musique, les progr\u00e8s sont spectaculaires.<\/p>\n<p>Par son admirable souplesse, la famille du violon a \u00e9clips\u00e9 tous les instruments \u00e0 archet ant\u00e9rieurs. L&rsquo;invention du piano, en 1710, marque une perc\u00e9e dans la recherche d&rsquo;un instrument de concert fixe, r\u00e9unissant force d&rsquo;expression, r\u00e9sonance et \u00e9tendue. De grandes orgues, comptant jusqu&rsquo;\u00e0 5 claviers et 50 jeux de tuyaux, tr\u00f4nent dans les cath\u00e9drales. Elles sont, comme les satellites artificiels d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les merveilles de leur temps.<\/p>\n<p>Le cercle des instruments d&rsquo;orchestre modernes se compl\u00e8te au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, alors que l&rsquo;apparition des soupapes permet de tirer toutes les possibilit\u00e9s des cuivres et des bois. Le piano devient bient\u00f4t l&rsquo;appareil usuel de divertissement dans les foyers bourgeois d&rsquo;Europe et d&rsquo;Am\u00e9rique, un peu comme le t\u00e9l\u00e9viseur \u00e0 l&rsquo;heure actuelle.<\/p>\n<p>Pendant la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle, tout le monde semble faire ou \u00e9couter de la musique, chanter et danser\u00a0; la musique est la grande pr\u00e9occupation du public. Sa vogue soul\u00e8ve une nouvelle vague de conjectures sur ce qu&rsquo;elle signifie pour l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Les philosophes allemands, qui explorent alors le tr\u00e9fonds de la pens\u00e9e humaine, y attachent une importance consid\u00e9rable. Hegel estime que la musique existe \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat latent chez l&rsquo;auditeur, d&rsquo;o\u00f9 elle est extraite par les sons ext\u00e9rieurs. Schopenhauer enseigne qu&rsquo;elle est le seul art qui agit directement sur les sentiments, sans l&rsquo;interm\u00e9diaire de la pens\u00e9e, et que par cons\u00e9quent elle touche dans notre \u00eatre quelque chose de plus subtil que l&rsquo;intelligence.<\/p>\n<p>L&rsquo;intelligence \u00e0 elle seule, toutefois, n&rsquo;a jamais suffi pour faire un grand musicien ou un grand compositeur. Le g\u00e9nie de la musique consiste dans une large mesure \u00e0 avoir ce que les sp\u00e9cialistes eux-m\u00eames appellent \u00ab\u00a0le don\u00a0\u00bb. L&rsquo;un des nombreux myst\u00e8res de l&rsquo;art est que ses prodiges parviennent \u00e0 ma\u00eetriser la d\u00e9routante complexit\u00e9 de la musique avant m\u00eame que les autres enfants aient appris l&rsquo;alphabet\u00a0; plus encore, \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9ter d&rsquo;une main s\u00fbre.<\/p>\n<p>Mais le talent seul ne suffit pas non plus. Jouer ou \u00e9crire de la bonne musique exige de l&rsquo;abn\u00e9gation, de la discipline et beaucoup d&rsquo;effort. Des ann\u00e9es apr\u00e8s avoir acquis le titre de plus grand pianiste du monde, Paderewski se levait t\u00f4t tous les matins pour faire plusieurs heures d&rsquo;exercices. Tcha\u00efkovsky jugeait Brahms \u00ab\u00a0peu dou\u00e9\u00a0\u00bb. Si c&rsquo;est vrai, Brahms a su combler la pr\u00e9tendue faiblesse de son talent par son ardeur l\u00e9gendaire au travail.<\/p>\n<h3>En musique, le bonheur des uns fait le malheur des autres<\/h3>\n<p>Y a-t-il \u00e9quipe plus laborieuse qu&rsquo;un orchestre symphonique. Un bon orchestre en pleine action est presque un miracle de pr\u00e9cision, de collaboration et d&rsquo;unit\u00e9 de style. Ce r\u00e9sultat ne s&rsquo;obtient que par un rigoureux r\u00e9gime d&rsquo;exercices et de r\u00e9p\u00e9titions, qui portent la technique des musiciens \u00e0 son maximum de finesse. On traite souvent les chefs d&rsquo;orchestre de tyrans, mais ils savent qu&rsquo;ils doivent s&rsquo;acharner \u00e0 exercer les ex\u00e9cutants pour rendre justice \u00e0 l&rsquo;oeuvre qu&rsquo;ils interpr\u00e8tent.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre pensera-t-on que cette passion de la pr\u00e9cision est tr\u00e8s bien pour les intellectuels de la salle de concert, mais qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas de mise chez les esprits libres de la musique populaire. Beaucoup d&rsquo;artistes pop ou de jazz se font presque gloire de leur manque de connaissances et de discipline musicales, qui, croient-ils, d\u00e9truiraient leur spontan\u00e9it\u00e9. D&rsquo;autre part, certains des artistes populaires les plus en vogue, y compris les Beatles, sont des musiciens singuli\u00e8rement consciencieux. Ce n&rsquo;est pas par simple co\u00efncidence que celui qui a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme le soliste de jazz le plus inventif, le clarinettiste Benny Goodman, s&rsquo;est aussi distingu\u00e9 par les longues heures d&rsquo;exercices et de r\u00e9p\u00e9titions qu&rsquo;il s&rsquo;est impos\u00e9es de m\u00eame qu&rsquo;\u00e0 son orchestre.<\/p>\n<p>Pour ce qui est des diff\u00e9rents genres de musique, c&rsquo;est l\u00e0 un domaine o\u00f9 le bonheur des uns fait le malheur des autres. On a vu des fervents de la musique classique se sentir physiquement malades pour avoir \u00e9cout\u00e9 du rock. Le d\u00e9bat sur ce qui est musique et ce qui n&rsquo;est que bruit couvera toujours tant qu&rsquo;il y aura des gens pour ouvrir la radio ou faire tourner un disque, surtout s&rsquo;ils sont de g\u00e9n\u00e9rations diff\u00e9rentes et habitent la m\u00eame maison. Les puristes de l&rsquo;art feraient bien de se rappeler \u00e0 ce propos les paroles du compositeur am\u00e9ricain Aaron Copland\u00a0: \u00ab\u00a0La musique qui est complexe par essence n&rsquo;est ni meilleure ni pire en soi que celle qui est simple par essence.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Copland dit aussi de la musique qu&rsquo;elle est un langage sans dictionnaire, dont les symboles sont interpr\u00e9t\u00e9s par l&rsquo;auditeur d&rsquo;apr\u00e8s un esp\u00e9ranto sans paroles des \u00e9motions. Ce qui nous ram\u00e8ne \u00e0 la th\u00e9orie de Hegel, selon qui la musique est dans celui qui \u00e9coute. Et alors il s&rsquo;ensuit que divers genres de musique pourraient \u00e9veiller des \u00e9motions diff\u00e9rentes chez diff\u00e9rentes personnes suivant leurs conditions de vie du moment.<\/p>\n<p>Les \u00e9motions que suscite la musique sont presque toujours bonnes\u00a0: amour, joie, espoir, gaiet\u00e9, m\u00e9lancolie. M\u00eame si elle a servi \u00e0 exciter l&rsquo;homme \u00e0 la guerre, elle s&rsquo;adresse plus souvent aux doux sentiments que l&rsquo;on conna\u00eet lorsqu&rsquo;on est en paix avec soi-m\u00eame et avec le monde.<\/p>\n<p>Pourquoi la musique nous est-elle n\u00e9cessaire\u00a0? Parce qu&rsquo;elle contribue de tant de mani\u00e8res \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler ce qu&rsquo;il y a de meilleur dans l&rsquo;homme et la femme. En d\u00e9pit de ses id\u00e9es aberrantes, Nietzsche avait raison de dire\u00a0: \u00ab\u00a0Sans la musique, la vie serait une erreur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[62],"class_list":["post-2169","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-62"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.2 (Yoast SEO v27.2) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 62, N\u00b0 4 - Juillet\/Ao\u00fbt 1981 - L&#039;utilit\u00e9 de la musique - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-62-n-4-juillet-aout-1981-lutilite-de-la-musique\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 62, N\u00b0 4 - Juillet\/Ao\u00fbt 1981 - L&#039;utilit\u00e9 de la musique\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La musique est le seul enivrement bon march\u00e9 et impuni sur la terre, a dit un sage. 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