{"id":2162,"date":"1976-01-01T00:00:00","date_gmt":"1976-01-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-57n-1-janvier-1976-pourquoi-remettre-a-demain\/"},"modified":"2022-10-17T18:13:09","modified_gmt":"2022-10-17T18:13:09","slug":"vol-57n-1-janvier-1976-pourquoi-remettre-a-demain","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-57n-1-janvier-1976-pourquoi-remettre-a-demain\/","title":{"rendered":"Vol. 57,N\u00b0 1 &#8211; Janvier 1976 &#8211; Pourquoi remettre \u00e0 demain\u00a0?"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p> <a href=\"pdf\/janvier1976.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Formatage                     PDF<\/a> <\/p>\n<p class=\"boldtext\">De nos jours, tout le monde semble                     manquer de temps. On dirait que nous n&rsquo;arrivons pas \u00e0                     faire tout ce que nous voudrions. Nous avons peur de rester                     seuls avec nos pens\u00e9es, parce que ces pens\u00e9es                     aboutissent invariablement \u00e0 ce que nous devrions faire.                   <\/p>\n<p> Cela provient de la mauvaise habitude de remettre au lendemain                     ce qui peut \u00eatre fait le jour m\u00eame. L&rsquo;inertie                     et le manque d&rsquo;organisation sont les causes de cette temporisation.                   <\/p>\n<p> C&rsquo;est l\u00e0 un grand mal, car un tel atermoiement nous                     prive de bien des satisfactions, et souvent du succ\u00e8s                     et du bonheur qui en d\u00e9coulent. La remise \u00e0                     plus tard de l&rsquo;\u00e9tude d&rsquo;un probl\u00e8me ne fait que                     le prolonger. <\/p>\n<p> <em>Tempus edax rerum <\/em>(le temps d\u00e9truit tout),                     disait Ovide dans ses <em>M\u00e9tamorphoses<\/em>. Le temps                     perdu ne revient pas. Ne pas en profiter c&rsquo;est manquer l&rsquo;occasion                     de r\u00e9aliser pleinement nos aspirations et nos espoirs.                   <\/p>\n<p> En affaires, celui qui h\u00e9site est un homme perdu.                     Il faut \u00e9videmment bien r\u00e9fl\u00e9chir avant                     de prendre une d\u00e9cision, mais on ne peut s&rsquo;\u00e9terniser\u00a0;                     il y a des occasions qui ne se retrouvent pas. <\/p>\n<p> Pour la vie de l&rsquo;esprit, la manie de remettre au lendemain                     est aussi pr\u00e9judiciable. La plupart des gens ont l&rsquo;ambition                     d&rsquo;acqu\u00e9rir une certaine culture, mais ils ne tiennent                     pas tellement \u00e0 y consacrer beaucoup de temps ou de                     labeur. <\/p>\n<p> Nous remettons m\u00eame \u00e0 plus tard les moments                     de loisir que nous pourrions nous procurer. Combien de gens                     se plaignent de ne pas avoir le temps de se r\u00e9cr\u00e9er.                     Ils sont constamment press\u00e9s. Pour eux, la vie est                     une corv\u00e9e sans fin, un \u00e9ternel cauchemar. Ils                     ne savent comment organiser leur existence. Ils sont incapables                     d&rsquo;aborder un travail urgent ou de prendre une d\u00e9cision.                   <\/p>\n<p> Pourtant, il n&rsquo;est gu\u00e8re plaisant, m\u00eame si                     nous en avons l&rsquo;habitude, de remettre au lendemain. Notre                     conscience en \u00e9prouve toujours quelque remords ou,                     du moins, un certain m\u00e9contentement. <\/p>\n<h3>Un obstacle au succ\u00e8s<\/h3>\n<p> Les hommes qui ont r\u00e9ussi dans leur carri\u00e8re                     sont invariablement ceux qui se sont acharn\u00e9s \u00e0                     leur travail quand ils \u00e9taient plus jeunes de vingt                     ou trente ans. Ils n&rsquo;ont remis \u00e0 plus tard aucun des                     efforts qui pouvaient contribuer \u00e0 leur avancement.                     Songeant au lendemain et \u00e0 toutes les belles occasions                     qu&rsquo;il pouvait leur offrir, ils ont su accomplir leur besogne                     de jour en jour. <\/p>\n<p> Le succ\u00e8s ne frappe jamais \u00e0 la porte de ceux                     qui sont toujours en retard dans leur travail, et l&rsquo;on ne                     voit jamais au pinacle des affaires ou de l&rsquo;administration                     des gens mous et nonchalants. <\/p>\n<p> Bien des hommes attribuent leur r\u00e9ussite dans la                     vie \u00e0 leur perspicacit\u00e9, car ils se sont fait                     la r\u00e9flexion suivante\u00a0: \u00ab\u00a0Voici ce qui arrivera                     si j&rsquo;entreprends telle ou telle affaire\u00a0\u00bb au lieu de                     tout remettre \u00e0 plus tard en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Je                     verrai \u00e0 cela si je m&rsquo;y vois forc\u00e9\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Ce sont surtout les jeunes qui doivent bien se garder de                     remettre au lendemain. Il ne faut pas, comme dirait Boileau,                     que leur esprit, \u00ab\u00a0toujours flottant entre mille embarras,                     ne sache ni ce qu&rsquo;il veut ni ce qu&rsquo;il ne veut pas\u00a0\u00bb.                     On flotte souvent, en effet, si bien que lorsqu&rsquo;on se d\u00e9cide                     d&rsquo;agir, le moment opportun est pass\u00e9\u00a0; on a perdu                     sa chance. Arriv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr, l&rsquo;homme                     ind\u00e9cis est encore dans les rangs des simples employ\u00e9s                     tandis que son ami d&rsquo;enfance, plus entreprenant, occupe le                     bureau du directeur. <\/p>\n<p> Quand un homme remet tout \u00e0 la derni\u00e8re minute                     et n\u00e9glige de se pr\u00e9parer \u00e0 toutes les                     \u00e9ventualit\u00e9s, il rencontre des obstacles \u00e0                     chaque pas. Tout ce qu&rsquo;il essaie devient p\u00e9nible. Combien                     de fois des d\u00e9cisions trop h\u00e2tives ne le font-elles                     pas tr\u00e9bucher\u00a0? <\/p>\n<p> Or, voici le paradoxe. En cherchant \u00e0 en prendre                     \u00e0 son aise avec les choses, on ne fait que les rendre                     malais\u00e9es. On d\u00e9pense parfois plus d&rsquo;\u00e9nergie                     \u00e0 chercher par quel moyen \u00e9viter une t\u00e2che                     qu&rsquo;il en faudrait pour l&rsquo;accomplir, car on s&rsquo;\u00e9puise                     plus \u00e0 se torturer les m\u00e9ninges qu&rsquo;\u00e0                     agir. Nous perdons notre calme en nous effor\u00e7ant de                     faire aujourd&rsquo;hui ce que nous aurions d\u00fb entreprendre                     hier. <\/p>\n<p> L&rsquo;atermoiement exerce non seulement une influence n\u00e9faste                     sur notre vie, mais il incommode grandement tous nos compagnons                     de travail. Tous ceux qui ont affaire \u00e0 un temporisateur,                     que ce soit \u00e0 la maison, \u00e0 l&rsquo;usine ou au bureau,                     sont sur des \u00e9pines. Ils s&rsquo;affolent en cherchant \u00e0                     rattraper le temps perdu par la faute d&rsquo;un seul. <\/p>\n<h3>Habitude sournoise<\/h3>\n<p> L&rsquo;habitude de toujours remettre au lendemain s&rsquo;implante                     de la fa\u00e7on la plus insidieuse. Peu importe, pensons-nous,                     si nous diff\u00e9rons la r\u00e9daction d&rsquo;une lettre                     ou un appel t\u00e9l\u00e9phonique important, ou encore                     un rendez-vous avec le dentiste. \u00c0 demain les affaires                     s\u00e9rieuses, disons-nous cavali\u00e8rement, mais comme                     c&rsquo;est enfantin\u00a0! <\/p>\n<p> Darwin avait remis \u00e0 plus tard la publication de                     ses th\u00e9ories sur le transformisme, en d\u00e9pit                     du conseil de ses amis, si bien qu&rsquo;un autre savant, vivant                     aux antipodes, le devan\u00e7a dans l&rsquo;expos\u00e9 de cette                     doctrine. Il en est de m\u00eame de nos jours dans les pays                     les plus civilis\u00e9s, alors que des gens se laissent                     mourir plut\u00f4t que d&rsquo;aller voir leur m\u00e9decin.                   <\/p>\n<p> Est-ce vraiment une consolation que de songer aux succ\u00e8s                     que nous aurions pu remporter, mais que nous avons laiss\u00e9                     passer parce que nous n&rsquo;avons pas su prendre une d\u00e9cision.                     En nous empressant d&rsquo;ex\u00e9cuter le travail qui se pr\u00e9sente,                     nous profitons des meilleures occasions. Mais, si l&rsquo;on se                     dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis jeune, j&rsquo;ai bien le temps\u00a0\u00bb,                     le moment propice s&rsquo;envolera, et nous constaterons bient\u00f4t                     que nous restons les mains vides. <\/p>\n<p> N&rsquo;allons pas chercher ailleurs d&rsquo;autres exemples, car nous                     sommes les grands coupables. Nous remettons au mercredi le                     rapport que nous aurions d\u00fb commencer \u00e0 r\u00e9diger                     le lundi\u00a0; des travaux pressants se pr\u00e9sentent                     le jeudi et le vendredi, si bien que nous sommes oblig\u00e9s                     de travailler en fin de semaine \u00e0 la maison, sans personne                     pour nous fournir les renseignements qui nous seraient utiles                     et sans secr\u00e9taire pour mettre au net notre brouillon.                     Nous remettons \u00e0 demain la visite d&rsquo;un ami malade \u00e0                     l&rsquo;h\u00f4pital, si bien que le malheureux succombe avant                     que nous ayons trouv\u00e9 le temps de lui dire adieu\u00a0!                     Nous remettons \u00e0 demain quelque r\u00e9paration \u00e0                     la maison, le b\u00eachage d&rsquo;une plate-bande, la mise en                     terre de bulbes de tulipes, mais des amis surviennent et la                     fin de semaine se passe sans nous avoir permis d&rsquo;accomplir                     ce que nous nous proposions. <\/p>\n<p> Le ch\u00e2timent de notre n\u00e9gligence peut \u00eatre                     on\u00e9reux. Plus d&rsquo;un homme s&rsquo;est rendu compte, apr\u00e8s                     l&rsquo;incendie de sa maison, qu&rsquo;il avait n\u00e9glig\u00e9                     de payer sa prime d&rsquo;assurance le mois pr\u00e9c\u00e9dent.                     Plus d&rsquo;un voyageur de commerce s&rsquo;est aper\u00e7u qu&rsquo;un rival                     avait obtenu la commande qu&rsquo;il avait omis de solliciter le                     premier aupr\u00e8s d&rsquo;un client s\u00e9rieux. <\/p>\n<h3>Les causes<\/h3>\n<p> Il ne suffit pas de reconna\u00eetre que remettre au lendemain                     est un d\u00e9faut\u00a0; pour s&rsquo;en corriger, il faut en                     examiner les causes. <\/p>\n<p> La principale cause est l&rsquo;indolence, vice qui ne procure                     qu&rsquo;une satisfaction mesquine. L&rsquo;indolence peut \u00eatre                     le point faible d&rsquo;un homme d&rsquo;affaires. Elle se manifeste chez                     l&rsquo;ouvrier qui fl\u00e2ne, chez la m\u00e9nag\u00e8re                     nonchalante, chez le vagabond paresseux. Tous ces gens-l\u00e0                     usent de faux-fuyants pour ne pas se mettre \u00e0 l&rsquo;oeuvre.                     Il leur r\u00e9pugne de mettre la main \u00e0 la p\u00e2te\u00a0;                     la moindre difficult\u00e9 les rebute, ou bien ils tournent                     en rond. <\/p>\n<p> Ce d\u00e9faut peut \u00eatre la cons\u00e9quence d&rsquo;une                     sant\u00e9 d\u00e9bile, car il faut jouir d&rsquo;une bonne                     sant\u00e9 pour avoir l&rsquo;\u00e9nergie de s&rsquo;attaquer \u00e0                     une besogne et la mener \u00e0 bien. <\/p>\n<p> Un enfant qui fait mine au lever de ne pas trouver ses v\u00eatements                     manifeste peut-\u00eatre par l\u00e0 sa r\u00e9pugnance                     \u00e0 aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, et il croit par ce                     moyen retarder son d\u00e9part de la maison. Un homme qui                     s&#8217;emporte au cours d&rsquo;une r\u00e9union d&rsquo;affaires mettra                     sur le compte des autres un retard dont il est peut-\u00eatre                     l&rsquo;unique responsable et que son irritation cherche \u00e0                     cacher. <\/p>\n<p> Cette habitude que vous avez contract\u00e9e de toujours                     remettre au lendemain, vos parents sont peut-\u00eatre ceux                     qui vous l&rsquo;ont inculqu\u00e9e sans le vouloir, en se chargeant                     de tout ce que vous auriez d\u00fb faire vous-m\u00eame.                     Vous vous \u00eates aper\u00e7u \u00e0 la longue qu&rsquo;en                     n\u00e9gligeant vos petites corv\u00e9es il n&rsquo;en r\u00e9sultait                     rien de grave\u00a0; d&rsquo;autres s&rsquo;en pr\u00e9occupaient \u00e0                     votre place. <\/p>\n<p> Mais aujourd&rsquo;hui, vous constatez que votre n\u00e9gligence                     est la cause d&rsquo;ennuis sans nombre. En remettant toujours au                     lendemain votre devoir de chaque jour, vous ne menez plus                     une existence utile. Vous vous rendez malheureux parce qu&rsquo;en                     ajournant la pr\u00e9paration de votre avenir, vous ne savez                     pas jouir du pr\u00e9sent et des belles occasions qu&rsquo;il                     peut vous offrir. Ce ne sont pas uniquement vos responsabilit\u00e9s                     que vous remettez \u00e0 demain, c&rsquo;est votre succ\u00e8s                     et le bonheur qu&rsquo;il procure. <\/p>\n<p> L&rsquo;\u00e9crivain anglais Samuel Johnson, auteur d&rsquo;un po\u00e8me                     c\u00e9l\u00e8bre sur la <em>Vanit\u00e9 des d\u00e9sirs                     de l&rsquo;homme<\/em>, appelle le lendemain \u00ab\u00a0cette ma\u00eetresse                     fatale des jeunes, des paresseux, des l\u00e2ches et des                     fous\u00a0\u00bb. <\/p>\n<h3>Ce qui nous d\u00e9pla\u00eet<\/h3>\n<p> \u00c0 vrai dire, nous sommes tous port\u00e9s \u00e0                     remettre \u00e0 plus tard ce qui nous d\u00e9pla\u00eet                     ou ce qui pr\u00e9sente quelque difficult\u00e9. Nous                     nous livrons alors \u00e0 de menues occupations, cherchant                     ainsi \u00e0 apaiser notre conscience. Tout cela est plus                     fatigant que le travail, et l&rsquo;appr\u00e9hension d&rsquo;une besogne                     d\u00e9plaisante nous pr\u00e9occupe \u00e0 tel point                     que nous sommes incapables de bien accomplir nos autres devoirs.                   <\/p>\n<p> Mais personne ne peut \u00e9chapper aux t\u00e2ches difficiles                     ou d\u00e9sagr\u00e9ables, et il serait bon d&rsquo;apprendre                     par l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;autrui et non par nous-m\u00eame                     que ce n&rsquo;est pas les \u00e9viter que de feindre de ne pas                     les voir. Il arrive un moment o\u00f9 il faut retrousser                     ses manches et se mettre \u00e0 l&rsquo;oeuvre. En tergiversant,                     nous souffrons le martyre. <\/p>\n<p> Hamlet, un des h\u00e9ros les plus \u00e9nigmatiques                     du th\u00e9\u00e2tre de Shakespeare, personnifie bien le                     conflit entre les n\u00e9cessit\u00e9s de l&rsquo;action et                     les h\u00e9sitations de la pens\u00e9e. Tout \u00e0                     la fois impulsif et irr\u00e9solu, Hamlet est bien l&rsquo;image                     de l&rsquo;homme qui veut et ne veut pas. Dans le c\u00e9l\u00e8bre                     monologue qui commence par ces mots \u00ab\u00a0to be or not to                     be\u00a0\u00bb, le jeune prince danois, ayant d&rsquo;abord pris la r\u00e9solution                     d&rsquo;assassiner son oncle, h\u00e9site devant l&rsquo;horreur d&rsquo;une                     telle vengeance\u00a0; puis, quand l&rsquo;occasion se pr\u00e9sente                     de mettre \u00e0 ex\u00e9cution son sinistre projet, il                     pr\u00e9tend que le moment n&rsquo;est pas opportun. <\/p>\n<p> Il en est tout autrement de celui qui, faisant honneur \u00e0                     ses engagements, a pris l&rsquo;habitude d&rsquo;agir sans retard. Il                     n&rsquo;y a pas de besognes d\u00e9plaisantes qui tra\u00eenent.                     Connaissant depuis longtemps le danger des atermoiements,                     il les fuit comme la peste. Il sait que la n\u00e9gligence                     d&rsquo;aller d\u00e9poser son bulletin de vote pourra \u00eatre                     la cause de l&rsquo;\u00e9lection du mauvais candidat, que la                     sympathie qu&rsquo;on refuse de manifester peut entra\u00eener                     des inimiti\u00e9s, que l&rsquo;appel t\u00e9l\u00e9phonique                     qu&rsquo;on remet peut faire perdre une belle commande, qu&rsquo;un retard                     \u00e0 un rendez-vous peut le priver d&rsquo;un emploi lucratif.                   <\/p>\n<h3>Attendre l&rsquo;inspiration<\/h3>\n<p> Des \u00e9crivains, des compositeurs, surpris \u00e0                     r\u00eavasser, s&rsquo;excusent en disant qu&rsquo;ils attendent l&rsquo;inspiration.                     Or, celle-ci frappe rarement \u00e0 la porte des paresseux.                     Elle vient \u00e0 ceux qui l&rsquo;invitent \u00e0 leur table&#8230;                     de travail. <\/p>\n<p> Sir Arthur Sullivan, compositeur d&rsquo;op\u00e9rettes et d&rsquo;oratorios                     c\u00e9l\u00e8bres, disait vers la fin de sa vie\u00a0:                     \u00ab\u00a0Il y a des jours o\u00f9 le travail est p\u00e9nible\u00a0;                     d&rsquo;autres, par contre, o\u00f9 tout est facile, mais si j&rsquo;avais                     attendu l&rsquo;inspiration, je n&rsquo;aurais jamais rien fait\u00a0\u00bb.                   <\/p>\n<p> Dans plus d&rsquo;un bureau, des employ\u00e9s perdent leur                     temps \u00e0 aiguiser des crayons dont ils ne se serviront                     pas, au lieu de s&rsquo;appliquer aux travaux qui se pr\u00e9sentent.                     D&rsquo;autres compliquent les probl\u00e8mes inutilement et s&rsquo;excusent                     de leur retard \u00e0 prendre une d\u00e9cision en pr\u00e9textant                     qu&rsquo;ils doivent en examiner tous les angles et songer \u00e0                     toutes les possibilit\u00e9s. <\/p>\n<p> En somme, il vaut mieux opter promptement pour une solution,                     plut\u00f4t que de compter sur un \u00e9clair de g\u00e9nie.                     Dans un monde o\u00f9 il faut savoir affronter la concurrence,                     celui qui attend le moment opportun s&rsquo;aper\u00e7oit bient\u00f4t                     qu&rsquo;il a trop attendu. <\/p>\n<p> Retarder une d\u00e9cision afin de prendre le temps de                     chercher ou d&rsquo;obtenir les renseignements pertinents n&rsquo;est                     pas tergiverser. Tous les grands chefs ont su d\u00e9lib\u00e9rer                     avec prudence, mais ils ont aussi agi rapidement d\u00e8s                     leur d\u00e9cision prise. <\/p>\n<p> En d\u00e9battant chaque probl\u00e8me, en attendant                     l&rsquo;\u00e9tincelle qui fera jaillir la bonne d\u00e9cision,                     nous deviendrons timides et ind\u00e9cis dans nos jugements.                     Les Hamlets qui sont en nous doivent apprendre qu&rsquo;il vaut                     mieux prendre une mauvaise d\u00e9cision que de ne pas en                     prendre du tout. Toute erreur nous enseigne au moins une chose\u00a0:                     celle de ne pas commettre la m\u00eame faute. Demeurer ind\u00e9cis                     entre deux choix c&rsquo;est se placer dans la situation de l&rsquo;\u00e2ne                     de Buridan qui, press\u00e9 par la soif et la faim, mourut                     entre un seau d&rsquo;eau et un picotin d&rsquo;avoine. <\/p>\n<p> Le devoir n&rsquo;est pas simplement ce \u00e0 quoi on est tenu\u00a0;                     c&rsquo;est aussi l&rsquo;obligation de le faire au moment voulu, que                     cela nous plaise ou non. Lorsque nous assumons la responsabilit\u00e9                     d&rsquo;accomplir un travail, de tracer un plan ou de diriger d&rsquo;autres                     personnes, nous sommes oblig\u00e9s par l&rsquo;honneur de nous                     y conformer au moment promis ou attendu. <\/p>\n<p> Cela nous am\u00e8ne \u00e0 la question de la ponctualit\u00e9.                     Des gens peu s\u00e9rieux s&rsquo;excusent d&rsquo;un retard en disant                     qu&rsquo;ils n&rsquo;ont aucune notion du temps, sans s&rsquo;arr\u00eater                     \u00e0 penser que si c&rsquo;\u00e9tait vraiment le cas ils                     auraient bien pu arriver avant l&rsquo;heure fix\u00e9e qu&rsquo;apr\u00e8s.                   <\/p>\n<p> Il y en a d&rsquo;autres qui, chaque fois qu&rsquo;ils doivent prendre                     le train, partent de chez eux \u00e0 la derni\u00e8re                     minute et sont tout surpris de voir que le train, soumis \u00e0                     un horaire rigoureux est parti sans les attendre. Mais les                     gens qui prennent la vie au s\u00e9rieux ne courent pas\u00a0;                     ils pr\u00e9f\u00e8rent arriver \u00e0 la gare quelques                     minutes avant le d\u00e9part. De m\u00eame lorsqu&rsquo;ils doivent                     rencontrer quelqu&rsquo;un, ils n&rsquo;oublient pas que \u00ab\u00a0la ponctualit\u00e9                     est la politesse des rois\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Songeons un peu \u00e0 ceux qui doivent attendre. Il y                     en a qui s&rsquo;exasp\u00e8rent, tandis que d&rsquo;autres savent profiter                     de ces minutes d&rsquo;attente. Tel est le cas de Mme Helen Brandon,                     conseill\u00e8re en psychologie, qui raconte qu&rsquo;en un an                     elle a d\u00fb attendre pendant un total de 120 heures. \u00ab\u00a0Durant                     ces heures, dit-elle, j&rsquo;ai trouv\u00e9 mille sujets d&rsquo;articles,                     j&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 les dossiers de plus de 100 personnes                     et j&rsquo;ai pass\u00e9 au moins un tiers du temps \u00e0 me                     d\u00e9tendre d&rsquo;une fa\u00e7on ou d&rsquo;une autre\u00a0\u00bb.                   <\/p>\n<h3>Temps et rendement<\/h3>\n<p> Le temps joue un r\u00f4le important dans le rendement                     d&rsquo;un homme. Le rendement repose sur l&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;\u00e9nergie,                     de l&rsquo;espace et du temps. Lord Chesterfield disait ironiquement,                     en parlant du vieux duc de Newcastle\u00a0: \u00ab\u00a0Monsieur                     le duc perd une heure le matin et passe le reste de la journ\u00e9e                     \u00e0 se demander ce qu&rsquo;il en a fait\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Une vie bien organis\u00e9e consiste \u00e0 accomplir                     chaque chose \u00e0 son heure. L&rsquo;homme qui sait utiliser                     son temps n&rsquo;en est jamais l&rsquo;esclave. Il ne passe pas son existence                     \u00e0 ruminer de vains regrets, \u00e0 vivre dans le                     pass\u00e9 ou \u00e0 se plaindre de ce qui n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9                     fait. <\/p>\n<p> Certaines personnes sont plus port\u00e9es que d&rsquo;autres                     \u00e0 toujours remettre au lendemain ce qu&rsquo;elles peuvent                     faire aujourd&rsquo;hui, mais chacun d&rsquo;entre nous peut \u00eatre                     afflig\u00e9 de ce d\u00e9faut. Inutile de hausser les                     \u00e9paules en disant\u00a0: \u00ab\u00a0Que voulez-vous\u00a0;                     je suis ainsi fait\u00a0!\u00a0\u00bb On ne se corrige pas d&rsquo;un                     d\u00e9faut en cherchant des pr\u00e9textes. Les biographies                     des grands hommes racontent comment ceux-ci ont su vaincre                     des faiblesses de ce genre. <\/p>\n<p> Le plus grand bienfait de l&rsquo;\u00e9ducation, celle des                     jeunes comme celle des adultes, est de nous apprendre \u00e0                     faire ce qu&rsquo;il faut en temps voulu. Cependant, pour se corriger                     de la mauvaise habitude de toujours remettre au lendemain,                     il suffirait d&rsquo;appliquer ce que l&rsquo;on sait d\u00e9j\u00e0                     \u00e0 nos probl\u00e8mes quotidiens, sans qu&rsquo;il soit                     vraiment n\u00e9cessaire d&rsquo;apprendre quelque chose de nouveau.                   <\/p>\n<p> Il s&rsquo;agit de s&rsquo;am\u00e9liorer petit \u00e0 petit. Prenez                     d&rsquo;abord la r\u00e9solution de proc\u00e9der avec ordre                     et m\u00e9thode quand vous lisez votre courrier. Mettez                     de c\u00f4t\u00e9 les lettres qui demandent r\u00e9flexion                     de votre part avant d&rsquo;y r\u00e9pondre, mais abordez-les                     tout de suite apr\u00e8s avoir exp\u00e9di\u00e9 la                     correspondance courante. Tracez le plus exactement possible                     le programme de votre journ\u00e9e, de la semaine qui commence                     et m\u00eame de toute l&rsquo;ann\u00e9e, en tenant compte des                     obstacles qui pourraient se pr\u00e9senter. Il est tr\u00e8s                     probable que vous en trouverez une multitude qui d\u00e9traqueront                     l&rsquo;horaire que vous vous \u00eates fix\u00e9 et que, les                     connaissant d&rsquo;avance, vous vous appliquerez \u00e0 les \u00e9liminer                     autant que possible. <\/p>\n<p> Cet effort de votre part changera peut-\u00eatre compl\u00e8tement                     votre fa\u00e7on de vivre, en vous apprenant \u00e0 distinguer                     entre la bonne et la mauvaise mani\u00e8re d&rsquo;agir. Pourquoi                     \u00eatre l&rsquo;esclave des habitudes\u00a0? Pourquoi faut-il                     r\u00e9pondre au courrier avant de s&rsquo;attaquer au travail                     important de la journ\u00e9e\u00a0? Pourquoi faut-il vaquer                     aux soins du m\u00e9nage avant d&rsquo;entreprendre une grosse                     corv\u00e9e\u00a0? <\/p>\n<p> Dressons le programme de notre journ\u00e9e. Inscrivons                     tout ce que nous avons \u00e0 faire et calculons le temps                     que nous prendrons pour chaque besogne. Classons-les par ordre                     d&rsquo;importance, puis mettons-nous au travail. <\/p>\n<p> Le temps comme la mar\u00e9e n&rsquo;attend personne, dit un                     proverbe anglais. Ballott\u00e9s par les flots de la vie,                     l&rsquo;aurore nous r\u00e9veille, la nuit nous invite au sommeil.                     C&rsquo;est donc entre les matins et les soirs que se placent les                     \u00e9pisodes de notre existence, nos projets et nos travaux.                     Les faibles regarderont s&rsquo;\u00e9couler les heures\u00a0;                     les forts profiteront de chacune des minutes qui passent.                   <\/p>\n<p> Que vous jouissiez de beaucoup de temps libre ou que le                     travail vous presse, vous serez le plus heureux des hommes                     si vous savez tirer le meilleur parti de chacun de vos instants.                     R\u00e9glez donc le programme de votre journ\u00e9e, et                     vous n&rsquo;aurez pas l&rsquo;impression de pi\u00e9tiner sur place                     ou de donner des coups d&rsquo;\u00e9p\u00e9e dans l&rsquo;eau. <\/p>\n<p> Une telle discipline vous permettra de concentrer votre                     attention sur le travail du moment, tout en vous assurant                     une bonne vue d&rsquo;ensemble. Baden Powell avait invent\u00e9                     pour ses scouts un jeu appel\u00e9 \u00ab\u00a0Near and Far\u00a0\u00bb.                     Au cours d&rsquo;une marche dans la campagne, il arr\u00eatait                     ses jeunes \u00e9claireurs \u00e0 certains intervalles                     et leur ordonnait de faire volte-face, puis il leur demandait                     de lui dire ce qu&rsquo;ils avaient remarqu\u00e9 \u00e0 leurs                     pieds comme \u00e0 l&rsquo;horizon quand ils marchaient. Voir                     de pr\u00e8s et de loin, voil\u00e0 aussi ce \u00e0                     quoi nous devons nous appliquer dans l&#8217;emploi utile de notre                     temps. <\/p>\n<p> \u00c0 la fin d&rsquo;une journ\u00e9e bien remplie, il est                     r\u00e9confortant et encourageant de constater tout ce que                     nous avons pu accomplir dans les grandes comme dans les petites                     choses. Parfois, tout semble aller de travers et des \u00e9v\u00e9nements                     impr\u00e9vus viennent d\u00e9ranger nos plans\u00a0;                     mais, si nous avons bien travaill\u00e9, nous nous apercevons                     qu&rsquo;\u00e0 tout prendre notre journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9                     fructueuse. <\/p>\n<h3>Contre l&rsquo;inertie<\/h3>\n<p> Les savants nous disent que les \u00eatres humains, comme                     toutes les autres cr\u00e9atures, sont soumis \u00e0 ce                     qu&rsquo;ils appellent l&rsquo;entropie, ou plus simplement \u00e0 la                     tendance universelle au repos et \u00e0 l&rsquo;inertie. Ainsi                     il faut plus d&rsquo;effort pour entreprendre une chose que pour                     la poursuivre, de m\u00eame qu&rsquo;il est plus facile d&rsquo;arr\u00eater                     que de continuer sa marche. <\/p>\n<p> Ce n&rsquo;est pas tout de prendre une d\u00e9cision\u00a0;                     il faut la mettre \u00e0 ex\u00e9cution. D\u00e9cider                     et ne rien faire peut aboutir au d\u00e9couragement, \u00e0                     l&rsquo;irritation, \u00e0 l&rsquo;abattement, et m\u00eame causer                     des affections physiques et mentales. <\/p>\n<p> Ne vous attardez donc pas trop devant une besogne avant                     de l&rsquo;accomplir. M\u00eame si les progr\u00e8s sont lents,                     le fait de vous mettre \u00e0 l&rsquo;oeuvre vous encouragera                     \u00e0 continuer. <\/p>\n<p> Tout homme qui ambitionne de r\u00e9ussir dans sa profession                     cherchera quels sont ses points faibles afin d&rsquo;y rem\u00e9dier.                     Si notre faiblesse est de toujours remettre au lendemain ce                     que nous devons faire le jour m\u00eame, ne cherchons pas                     de vaines excuses, mais effor\u00e7ons-nous, avec patience,                     de nous corriger. <\/p>\n<p> Par nos pens\u00e9es et nos actions f\u00e9condes, accompagn\u00e9es                     de la d\u00e9termination de ne plus laisser d&#8217;emprise \u00e0                     notre nonchalance, nous pourrons faire que l&rsquo;ann\u00e9e                     qui vient soit beaucoup plus riche en r\u00e9alisations,                     plus heureuse et plus vivifiante que celle qui l&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e.                   <\/p>\n<p>\u00a0 <\/p>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[48],"class_list":["post-2162","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-48"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.2 (Yoast SEO v27.2) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 57,N\u00b0 1 - Janvier 1976 - Pourquoi remettre \u00e0 demain\u00a0? - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-57n-1-janvier-1976-pourquoi-remettre-a-demain\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 57,N\u00b0 1 - Janvier 1976 - Pourquoi remettre \u00e0 demain\u00a0?\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Formatage PDF De nos jours, tout le monde semble manquer de temps. 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