{"id":2132,"date":"1991-01-01T00:00:00","date_gmt":"1991-01-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-72-n-1-janvier-fevrier-1991-les-mots-les-pensees-et-les-actes\/"},"modified":"2022-10-17T18:12:42","modified_gmt":"2022-10-17T18:12:42","slug":"vol-72-n-1-janvier-fevrier-1991-les-mots-les-pensees-et-les-actes","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-72-n-1-janvier-fevrier-1991-les-mots-les-pensees-et-les-actes\/","title":{"rendered":"Vol. 72 N\u00b0 1 &#8211; Janvier\/F\u00e9vrier 1991 &#8211; Les mots, les pens\u00e9es et les actes"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">Le langage, a-t-on dit, est la plus puissante                     des drogues. Les mots que nous entendons ou formulons peuvent                     d\u00e9former nos pens\u00e9es. Prot\u00e9geons notre                     esprit en surveillant les mots et en ne prenant pas la rh\u00e9torique                     d&rsquo;un autre pour ses propres id\u00e9es&#8230; <\/p>\n<p> \u00c0 une certaine \u00e9poque, deux \u00e9coles                     de psychologie ont entam\u00e9 l&rsquo;un de ces grands d\u00e9bats                     th\u00e9oriques, aussi passionnants qu&rsquo;insolubles\u00a0:                     les pens\u00e9es prennent-elles naissance avec les mots                     ou existent- elles dans l&rsquo;esprit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur\u00a0?                     L&rsquo;un des camps affirmait qu&rsquo;il \u00e9tait impossible de                     raisonner sans langage. L&rsquo;autre r\u00e9torquait que les                     animaux, bien que priv\u00e9s de la parole, \u00e9taient                     capables de raisonnement rudimentaire. <\/p>\n<p> Cette pol\u00e9mique faisait toujours rage lorsque quelqu&rsquo;un                     en souligna l&rsquo;absurdit\u00e9. En effet, peu importe que                     les \u00eatres humains pensent ou non avec des mots, car                     sans les mots les pens\u00e9es ne peuvent \u00eatre exprim\u00e9es.                     Selon les auteurs d&rsquo;un manuel de r\u00e9daction intitul\u00e9                     <em> Writing and Thinking<\/em>, \u00ab\u00a0la valeur de la pens\u00e9e                     se mesure \u00e0 l&rsquo;aptitude \u00e0 utiliser des mots pour                     communiquer. Le scientifique qui a d\u00e9couvert un rem\u00e8de                     pour le cancer mais ne peut l&rsquo;expliquer aux m\u00e9decins                     ne pourra gu\u00e8re r\u00e9conforter les canc\u00e9reux,                     ni \u00eatre utile au corps m\u00e9dical. L&rsquo;\u00e9tudiant                     qui sait la r\u00e9ponse \u00e0 une question mais ne peut                     la formuler obtiendra une note aussi m\u00e9diocre que celui                     qui admet franchement ne rien savoir.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Si le langage peut ne pas \u00eatre le fondement de toutes                     les formes de pens\u00e9e, il n&rsquo;en est pas moins essentiel                     au raisonnement pratiqu\u00e9 par tous, \u00e0 savoir                     s&rsquo;interroger soi-m\u00eame et trouver des r\u00e9ponses                     claires dans son esprit. <\/p>\n<p> Pour communiquer aux autres les conclusions auxquelles nous                     arrivons, nous devons arranger les mots dans un ordre logique                     et compr\u00e9hensible. Tr\u00e8s souvent le fait de donner                     aux id\u00e9es la forme d&rsquo;une phrase pour se faire comprendre                     aiguise nos pens\u00e9es et sugg\u00e8re de nouvelles                     d\u00e9marches \u00e0 explorer. Le langage n&rsquo;est donc                     pas un simple v\u00e9hicule mais un g\u00e9n\u00e9rateur                     d&rsquo;id\u00e9es. <\/p>\n<p> Dans la mesure o\u00f9 le langage soutient la pens\u00e9e,                     celle-ci est limit\u00e9e par le nombre de mots connus et                     les sentiments qu&rsquo;ils \u00e9voquent en nous. Pour exploiter                     \u00e0 fond les capacit\u00e9s de l&rsquo;esprit et mieux comprendre                     la vie, il faut donc \u00e9largir et pr\u00e9ciser son                     vocabulaire. <\/p>\n<p> Pourtant, quelle que soit la richesse de son vocabulaire,                     il n&rsquo;est jamais possible de pleinement le contr\u00f4ler.                     Les mots sont vivants, versatiles, inconstants, le contraire                     de la pr\u00e9cision m\u00e9canique. C&rsquo;est pourquoi les                     philosophes-math\u00e9maticiens, tels qu&rsquo;Alfred North Whitehead,                     affirment que les v\u00e9rit\u00e9s objectives ne peuvent                     s&rsquo;exprimer avec des paroles. <\/p>\n<p> M\u00eame les mots inexprim\u00e9s que nous gardons \u00e0                     l&rsquo;esprit sont teint\u00e9s de connotations affectives qui                     d\u00e9forment nos pens\u00e9es. Les journalistes qui                     aiment \u00e0 demander aux c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s                     de dresser la liste des mots les plus beaux obtiennent toujours                     en premier \u00ab\u00a0m\u00e8re\u00a0\u00bb , \u00ab\u00a0maison\u00a0\u00bb,                     \u00ab\u00a0enfant\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0amour\u00a0\u00bb, non parce que                     leur sonorit\u00e9 est particuli\u00e8rement plaisante                     mais parce qu&rsquo;ils \u00e9voquent un monde qui nous est cher.                   <\/p>\n<p> De tels mots, pour ceux qui sont sensibles \u00e0 leur                     charge \u00e9motive, nuisent \u00e0 la rigueur de la r\u00e9flexion                     et sont \u00e0 l&rsquo;origine des opinions bas\u00e9es sur                     les sentiments. Le proc\u00e8s d&rsquo;une <em>m\u00e8re<\/em>                     qui a commis un crime au nom de l&rsquo;amour de ses <em>enfants<\/em>                     et pour d\u00e9fendre sa <em>maison<\/em> est r\u00e9gl\u00e9                     dans l&rsquo;esprit du jury avant m\u00eame qu&rsquo;il ne soit entam\u00e9.                   <\/p>\n<p> Si l&rsquo;on ne peut faire confiance aux mots dans l&rsquo;intimit\u00e9                     d\u00e9 son esprit, que dire de leur fiabilit\u00e9 lorsqu&rsquo;ils                     deviennent des paroles ou sont couch\u00e9s sur papier\u00a0?                     Montaigne, philosophe fran\u00e7ais, a remarqu\u00e9 que                     chaque mot se compose de deux parties, qui appartiennent \u00e9galement                     au parleur et \u00e0 l&rsquo;auditeur. La dualit\u00e9 du langage                     oblige \u00e0 surveiller attentivement le choix des mots,                     le sien et celui de son interlocuteur. <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0Si vous souhaitez converser avec moi, d\u00e9finissez                     vos termes\u00a0\u00bb, disait Voltaire. Dans son livre <em>The                     Story of Philosophy<\/em>, Will Durant remarque\u00a0: \u00ab\u00a0Combien                     de discussions auraient pu \u00eatre r\u00e9duites \u00e0                     un paragraphe si les intervenants avaient os\u00e9 d\u00e9finir                     leurs termes\u00a0! L&rsquo;ABC de la logique, son essence m\u00eame,                     veut que tous les termes importants d&rsquo;un d\u00e9bat s\u00e9rieux                     soient l&rsquo;objet d&rsquo;une d\u00e9finition et d&rsquo;un examen rigoureux,                     t\u00e2che qui n&rsquo;est pas facile et met l&rsquo;esprit \u00e0                     rude \u00e9preuve.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> La d\u00e9finition des mots influe non seulement sur nos                     pens\u00e9es mais sur la mani\u00e8re dont nous pensons.                     Dans <em>Explorations in Awareness<\/em>, J. Samuel Bois explique                     que, en traduisant du fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;anglais,                     il s&rsquo;aper\u00e7ut qu&rsquo;il n&rsquo;existait dans cette langue aucun                     \u00e9quivalent du mot <em>fleuve<\/em>, cours d&rsquo;eau qui                     se jette dans la mer. Les anglophones disposent d&rsquo;un seul                     mot pour d\u00e9crire le puissant Saint-Laurent et une modeste                     rivi\u00e8re. Lors d&rsquo;un autre travail de traduction, il                     remarqua, en revanche, que le fran\u00e7ais ne diff\u00e9renciait                     pas les verbes \u00ab\u00a0giggle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0titter\u00a0\u00bb                     et \u00ab\u00a0chuckle\u00a0\u00bb, tous traduits par <em>ricaner<\/em>.                   <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0La morale de l&rsquo;histoire\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il,                     \u00ab\u00a0est que je ne vois ni n&rsquo;observe les m\u00eames choses                     si je change d&rsquo;outils linguistiques \u00e0 penser. Changer                     de langue me change moi, l&rsquo;observateur, ainsi que mon monde.\u00a0\u00bb                   <\/p>\n<p> L&rsquo;inclusion ou l&rsquo;exclusion de mots \u00e0 un vocabulaire                     national est tr\u00e8s significative. L&rsquo;\u00e9crivain                     sovi\u00e9tique expatri\u00e9 Azary Messerer explique,                     par exemple, que \u00ab\u00a0la langue russe ne poss\u00e8de                     aucun mot qui traduise la notion d&rsquo;\u00ab\u00a0intimit\u00e9\u00a0\u00bb.                     Le dictionnaire anglais- russe le plus complet derni\u00e8rement                     publi\u00e9, sous la direction de I. Galperin, professeur,                     traduit \u00ab\u00a0intimit\u00e9\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0solitude\u00a0\u00bb                     ou \u00ab\u00a0secret\u00a0\u00bb ; on n&rsquo;y trouve aucune mention de                     la protection de la vie priv\u00e9e.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Cette omission remarqu\u00e9e par Messerer souligne des                     diff\u00e9rences id\u00e9ologiques, le contraste entre                     le collectivisme pr\u00f4n\u00e9 par le communisme et l&rsquo;individualisme                     des d\u00e9mocraties occidentales. Le fait que Messerer                     favorise ce dernier met l&rsquo;accent sur une r\u00e8gle fondamentale                     de la s\u00e9mantique, \u00e0 savoir, comme l&rsquo;\u00e9crit                     M. Haywakawa, qu&rsquo;\u00ab\u00a0il est important de distinguer <em>l&rsquo;information                     donn\u00e9e<\/em> du sentiment du <em>parleur face \u00e0                     cette information<\/em>.\u00a0\u00bb Vous pourrez ainsi mieux contr\u00f4ler                     vos pens\u00e9es et emp\u00eacher les autres de manipuler                     votre esprit. <\/p>\n<p> M\u00eame lorsque nous r\u00e9fl\u00e9chissons seuls,                     nous devons prendre garde aux termes politiques, les mots                     \u00e0 pi\u00e8ge par excellence. Prenons le mot \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb,                     par exemple, qui a inspir\u00e9 \u00e0 Bernard Smith,                     \u00e9crivain am\u00e9ricain, les commentaires suivants\u00a0:                     \u00ab\u00a0Les paroles pour lesquelles les hommes se battent et                     meurent sont les outils des politiciens, des instruments souill\u00e9s                     par un usage \u00e0 outrance et avilis par la mani\u00e8re                     dont ils sont manipul\u00e9s. Tel a \u00e9t\u00e9 le                     sort du mot \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb qui finalement                     veut dire ce que chacun veut lui faire dire\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Rien de plus vrai. Le terme <em>d\u00e9mocratie<\/em> a                     \u00e9t\u00e9 accol\u00e9 aux noms des \u00c9tats                     les plus dictatoriaux du monde\u00a0: la R\u00e9publique                     d\u00e9mocratique de Cor\u00e9e et la R\u00e9publique                     d\u00e9mocratique d&rsquo;Afghanistan. Des g\u00e9n\u00e9rations                     de tyrans absolus ont pr\u00e9tendu d\u00e9fendre la d\u00e9mocratie                     alors m\u00eame que leurs pelotons d&rsquo;ex\u00e9cution \u00e9liminaient                     leurs adversaires. <\/p>\n<p> Par ailleurs, les termes \u00ab\u00a0politiques\u00a0\u00bb ont souvent                     un sens tout autre selon le camp dans lequel on se range.                     Pour les abolitionnistes du Nord, lors de la guerre civile                     am\u00e9ricaine, le mot \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb signifiait                     lib\u00e9rer les esclaves des \u00c9tats qui voulaient                     se s\u00e9parer de la Conf\u00e9d\u00e9ration, interpr\u00e9tation                     que partageaient, bien entendu, les esclaves eux-m\u00eames.                     Pour les conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s, il s&rsquo;agissait de                     la libert\u00e9 de se s\u00e9parer de l&rsquo;union f\u00e9d\u00e9rale                     et de maintenir l&rsquo;esclavage. <\/p>\n<p> En mati\u00e8re de langue, le monde de la politique est                     semblable \u00e0 celui d&rsquo;Humpty Dumpty d\u00e9crit par                     Lewis Carroll dans <em>\u00c0 travers le miroir<\/em>, lequel                     d\u00e9clare \u00e0 Alice, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne, que                     lorsqu&rsquo;il utilise un mot, ce mot a le sens qu&rsquo;il veut lui                     donner. <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0La question qui se pose\u00a0\u00bb, remarque Alice, \u00ab\u00a0est                     de savoir si tu <em> peux<\/em> fabriquer des mots qui peuvent                     dire tant de choses diff\u00e9rentes.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> La r\u00e9ponse d&rsquo;Humpty Dumpty rel\u00e8ve du plus                     pur esprit <em>realpolitik<\/em> \u00a0: \u00ab\u00a0La seule question                     est de savoir qui est le ma\u00eetre, c&rsquo;est tout. \u00a0\u00bb                   <\/p>\n<p> Dans son roman intitul\u00e9<em> 1984,<\/em> George Orwell                     brosse le tableau d&rsquo;une \u00e9trange soci\u00e9t\u00e9                     contr\u00f4l\u00e9e par le \u00ab\u00a0minist\u00e8re de la                     V\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb ( qui a pour r\u00f4le de mentir)                     dont les paroles signifient ce que le dictateur, Big Brother,                     veut qu&rsquo;elles signifient. La langue officielle, le novlangue,                     renverse la logique se moquant avec un impudent m\u00e9pris                     de l&rsquo;intelligence du public. D&rsquo;o\u00f9 le slogan universel,                     \u00ab\u00a0la guerre, c&rsquo;est la paix\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Orwell a \u00e9crit ce r\u00e9cit \u00e9difiant en                     1948, intervertissant les deux derniers chiffres de cette                     ann\u00e9e pour le situer plus tard dans le si\u00e8cle.                     Dans un article paru justement en 1984 dans <em>Et cetera,<\/em>                     publication sur la s\u00e9mantique g\u00e9n\u00e9rale,                     et \u00e9crit par Terence P. Moran, professeur en communication,                     ce dernier remarque combien l&rsquo;usage actuel de la langue politique                     am\u00e9ricaine se rapproche de celle imagin\u00e9e par                     Orwell\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 quand notre \u00ab\u00a01984\u00a0\u00bb,                     o\u00f9 nous appellerons le missile nucl\u00e9aire MX                     \u00ab\u00a0le gardien de la paix\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00bb, a -t-il demand\u00e9.                   <\/p>\n<p>M. Moran indique \u00e9galement que, lorsque le pr\u00e9sident                     Ronald Reagan ordonna le retrait des marines au Liban apr\u00e8s                     de lourdes pertes, il qualifia cette op\u00e9ration de \u00ab\u00a0red\u00e9ploiement\u00a0\u00bb.                     Ces exemples de novlangue sont \u00e0 l&rsquo;origine de r\u00e9visions                     historiques et des formules suivantes\u00a0: \u00ab\u00a0Le red\u00e9ploiement                     de Napol\u00e9on quittant Moscou\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0le dernier                     red\u00e9ploiement de Custer\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Les euph\u00e9mismes ont de tout temps servi \u00e0                     cacher les horreurs de la guerre. Voici le style habituel                     d&rsquo;une d\u00e9p\u00eache officielle envoy\u00e9e du front\u00a0:                     \u00ab\u00a0Ennemi repouss\u00e9 par \u00e9l\u00e9ments du                     quatri\u00e8me bataillon. Sixi\u00e8me Arm\u00e9e appuy\u00e9e                     par bombardements a\u00e9riens et artillerie. Lourdes pertes                     dans les deux camps.\u00a0\u00bb Rien n&rsquo;est dit des centaines d&rsquo;hommes                     qui gisent l&rsquo;estomac ouvert, les bras, les jambes ou la t\u00eate                     emport\u00e9s. En Europe, un g\u00e9n\u00e9ral am\u00e9ricain                     nomma les victimes civiles des \u00ab\u00a0dommages accessoires\u00a0\u00bb.                     Le minist\u00e8re de la D\u00e9fense des Etats-Unis appelait                     un survivant des bombardements au Vi\u00eat-nam \u00ab\u00a0une                     non-victime interdictionnelle\u00a0\u00bb (une \u00ab\u00a0interdiction\u00a0\u00bb                     signifiant un bombardement). <\/p>\n<p> M\u00eame sans guerre, les euph\u00e9mismes servent aux                     hommes politiques \u00e0 dorer la pilule am\u00e8re de                     la r\u00e9alit\u00e9. Les paroles des partis au pouvoir                     sont plus \u00ab\u00a0suaves que le beurre\u00a0\u00bb, selon l&rsquo;expression                     shakespearienne, mais la langue de l&rsquo;opposition, elle, est                     pur vitriol. L&rsquo;\u00e9lecteur \u00e9clair\u00e9 saura                     deviner les motifs cach\u00e9s derri\u00e8re les mots                     lorsque le gouvernement d\u00e9clare qu&rsquo;une d\u00e9cision                     politique annonce des lendemains qui chantent alors que l&rsquo;opposition                     clame que la m\u00eame politique sera la ruine du pays et                     la fin de la d\u00e9mocratie. <\/p>\n<p> La politique n&rsquo;est, toutefois, pas confin\u00e9e aux chambres                     parlementaires. Nous pensons constamment, sans m\u00eame                     en avoir conscience, en termes politiques. Le pouvoir des                     mots influence nos opinions publiques d\u00e8s notre plus                     tendre enfance. Nous refl\u00e9tons les pr\u00e9jug\u00e9s                     du groupe social au sein duquel nous sommes n\u00e9s et                     sommes endoctrin\u00e9s par le langage propre \u00e0 notre                     famille, nos amis et nos proches. <\/p>\n<p> Si, tr\u00e8s jeunes, nous \u00ab\u00a0apprenons\u00a0\u00bb \u00e0                     associer des termes p\u00e9joratifs et un groupe ethnique,                     nous garderons probablement enracin\u00e9e en nous jusqu&rsquo;\u00e0                     l&rsquo;\u00e2ge adulte une opinion d\u00e9favorable de ce groupe.                     Peu importe les preuves objectives du contraire rencontr\u00e9es                     plus tard, les membres de ce groupe resteront, selon le cas,                     des paresseux, des ivrognes, des pingres ou des voleurs. <\/p>\n<p> Ces opinions toutes faites et l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;on se fait                     du r\u00f4le des sexes sont essentiellement politiques, car                     des mots \u00e9voquent des images aussit\u00f4t qu&rsquo;un groupe                     revendique des droits ou attire l&rsquo;attention du public sur                     un motif de discrimination dont il est victime. Nos partis                     pris rel\u00e8vent, pour la plupart, de l&rsquo;inconscience.                     Conditionn\u00e9s par des mots fr\u00e9quemment utilis\u00e9s,                     ils sont chez nous une seconde nature. Mais, inconscientes                     ou pas, ces id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues nous emp\u00eachent                     d&rsquo;\u00eatre impartiaux \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de ceux dont                     nous parlons et \u00e0 qui nous pensons avec m\u00e9pris.                   <\/p>\n<p> L&rsquo;une des premi\u00e8res choses qu&rsquo;apprennent les petits                     \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole est de lancer des \u00e9pith\u00e8tes                     injurieuses \u00e0 la t\u00eate de ceux qui sont diff\u00e9rents                     d&rsquo;eux. Si ce sont eux les victimes, ils contre-attaquent par                     la raillerie\u00a0: \u00ab\u00a0Des pierres et des b\u00e2tons                     me briseront les os mais les mots ne peuvent rien contre moi.\u00a0\u00bb                     Conseil on ne peut plus fallacieux pour des jeunes qui se                     lancent dans le monde\u00a0! <\/p>\n<p> En effet, les mots <em>blessent<\/em> car ils ont des effets                     psychologiques plus durables qu&rsquo;une grave blessure corporelle;                     quiconque a \u00e9t\u00e9 un jour en butte \u00e0 des                     insultes d&rsquo;ordre racial ou religieux n&rsquo;est pas pr\u00eat                     de l&rsquo;oublier. Ils blessent \u00e9galement litt\u00e9ralement                     car ce sont les mots qui incitent la populasse \u00e0 brandir                     des b\u00e2tons et des pierres pour casser les os de ceux                     envers qui elle \u00e9prouve des sentiments de haine et                     de r\u00e9pugnance. Les mots, au service de noirs desseins,                     furent les responsables des crimes de l&rsquo;humanit\u00e9 les                     plus horribles. Le nazisme a d\u00e9but\u00e9 par des                     insultes verbales. <\/p>\n<p> Les nazis \u00e9taient pass\u00e9s ma\u00eetres dans                     l&rsquo;art de la propagande bas\u00e9e principalement sur une                     rh\u00e9torique parl\u00e9e ou \u00e9crite. On d\u00e9finit                     parfois la rh\u00e9torique comme \u00e9tant un \u00ab\u00a0langage                     qui vise \u00e0 persuader ou \u00e0 impressionner (souvent                     au moyen de d\u00e9clarations fausses ou exag\u00e9r\u00e9es)\u00a0\u00bb.                   <\/p>\n<p> En prison, apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec du <em>putsch<\/em>                     de Munich, Adolf Hitler \u00e9tablit une m\u00e9thode                     pour contr\u00f4ler les esprits par un langage astucieux.                     Il s&rsquo;appliqua \u00e0 devenir un orateur brillant sachant,                     comme le d\u00e9clarait l&rsquo;\u00e9crivain anglais Joseph                     Chatfield, que \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9loquence donne le pouvoir                     de d\u00e9tacher les gens de leurs opinions simples et inn\u00e9es.\u00a0\u00bb                   <\/p>\n<p> Hitler savait choisir les mots qui servaient ses propres                     fins et les arranger en slogans qui, sans cesse r\u00e9p\u00e9t\u00e9s,                     finissaient par submerger toute opposition \u00e0 sa doctrine.                     Il savait \u00e9galement que les slogans rendent difficile                     l&rsquo;examen critique des politiques et anesth\u00e9sient la                     conscience, annihilant tout humanisme au nom de la \u00ab\u00a0race                     des ma\u00eetres\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Bien entendu, la propagande (mot d&rsquo;origine latine tir\u00e9                     de l&rsquo;expression <em>propagation<\/em> de la foi catholique)                     existait bien longtemps avant l&rsquo;apparition d&rsquo;Hitler dans les                     ann\u00e9es 1920. Mais, pour la premi\u00e8re fois, les                     m\u00e9dias de masse tels que la radio, les films et la                     t\u00e9l\u00e9graphie \u00e9taient au service des propagandistes                     qui pouvaient se faire entendre dans le monde entier. Les                     victimes potentielles de ce qu&rsquo;on appellera plus tard le lavage                     de cerveau \u00e9taient accessibles partout. Puis vint la                     t\u00e9l\u00e9vision et avec elle la chasse aux sorci\u00e8res                     du s\u00e9nateur am\u00e9ricain Joseph McCarthy, qui transforma                     le mot \u00ab\u00a0communiste\u00a0\u00bb en une profonde calamit\u00e9                     qui poussa les gens au suicide ou d\u00e9truisit leur vie.                   <\/p>\n<p> Avec la t\u00e9l\u00e9vision, qui aligne les mots avec                     une vitesse d\u00e9concertante et pr\u00e9sente des images                     visuelles qui noient les perceptions, nous devons plus que                     jamais \u00eatre sur nos gardes et ne pas prendre les mots                     au pied de la lettre. Certes, chacun sait que la publicit\u00e9                     exag\u00e8re sans vergogne. Mais notre esprit est moins                     critique en \u00e9coutant des \u00e9missions d&rsquo;information                     qui, quoique de fa\u00e7on plus subtile, s&rsquo;adonnent au m\u00eame                     travers. <\/p>\n<p> L&rsquo;exag\u00e9ration est inh\u00e9rente au langage. Nous                     donnons un sens outr\u00e9 aux mots, nous d\u00e9formons                     leur sens primitif. Un bon repas n&rsquo;est pas vraiment \u00ab\u00a0merveilleux\u00a0\u00bb,                     ce qui, d&rsquo;apr\u00e8s le dictionnaire, est une chose qui                     \u00e9tonne par son caract\u00e8re inexplicable; un mauvais                     repas non plus n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0terrible\u00a0\u00bb car il n&rsquo;inspire                     ni la terreur ni l&rsquo;\u00e9pouvante. <\/p>\n<p> Les mots servent souvent \u00e0 semer des germes d&rsquo;id\u00e9es                     souhaitables. La British Royal Navy, par exemple, donne traditionnellement                     \u00e0 ses navires les noms d&rsquo;Invincible et d&rsquo;Indomptable.                     Sachant pertinemment que les b\u00e2timents de guerre ne                     sont pas indestructibles, le minist\u00e8re de la Marine                     esp\u00e8re sans doute que les marins se battront comme                     s&rsquo;ils l&rsquo;\u00e9taient. <\/p>\n<p> Il arrive que le sens des mots d\u00e9borde le cadre de                     leur signification et exprime celle qu&rsquo;on voudrait qu&rsquo;ils                     aient. Un jeune homme appellera une jeune fille sa \u00ab\u00a0douce                     amie\u00a0\u00bb en esp\u00e9rant qu&rsquo;elle se conformera \u00e0                     cette image. La magie noire, ses formules d&rsquo;incantation et                     ses mal\u00e9dictions sont formul\u00e9es avec des mots                     que l&rsquo;on souhaite devenir r\u00e9alit\u00e9. <\/p>\n<p> \u00ab\u00a0La vieille id\u00e9e que les mots poss\u00e8dent                     des pouvoirs magiques est erron\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00e9crit                     Aldous Huxley. \u00ab\u00a0Mais il s&rsquo;agit d&rsquo;une erreur qui exprime                     une v\u00e9rit\u00e9 profonde quoique d\u00e9form\u00e9e.                     Les mots <em>ont<\/em> des effets magiques, pas dans le sens                     o\u00f9 l&rsquo;entendent les magiciens, et pas sur les objets                     que l&rsquo;on cherche \u00e0 influencer. Ils sont magiques car                     ils influent sur l&rsquo;esprit de ceux qui les utilisent.\u00a0\u00bb                   <\/p>\n<p> C&rsquo;est en puisant \u00e0 la source de cette magie que les                     propagandistes plantent dans les esprits des slogans qui m\u00e8nent                     aux g\u00e9n\u00e9ralisations conscientes. \u00ab\u00a0Une                     formule heureuse\u00a0\u00bb, a affirm\u00e9 le politicien am\u00e9ricain                     Wendell Wilkie, \u00ab\u00a0peut obscurcir toute analyse pendant                     50 ans.\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Des mots astucieusement choisis simplifient les id\u00e9es,                     \u00e0 la plus grande satisfaction des personnes intellectuellement                     paresseuses. La vie est rarement aussi simple que la langue                     veut bien la d\u00e9crire. Nous avons tous tendance \u00e0                     g\u00e9n\u00e9raliser et tombons ainsi dans le pi\u00e8ge                     qui consiste \u00e0 croire que les \u00e9l\u00e9ments                     d&rsquo;un tout sont identiques\u00a0: tous les cochons sont sales,                     tous les professeurs sont des sages, toutes les femmes conduisent                     mal. En \u00e9tiquetant les images qui nous viennent \u00e0                     l&rsquo;esprit, nous sommes injustes non seulement envers les autres                     mais aussi \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de nous-m\u00eames. <\/p>\n<p> D&rsquo;apr\u00e8s Alfred Korzybski, proph\u00e8te de la s\u00e9mantique                     g\u00e9n\u00e9rale, la structure des langues indo-europ\u00e9ennes                     qui met fortement l&rsquo;accent sur le fait d&rsquo;\u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb                     et de \u00ab\u00a0ne pas \u00eatre\u00a0\u00bb incite aux g\u00e9n\u00e9ralisations                     et aux jugements partiaux. Nous parlons du bien et du mal.                     Nous refusons toute nuance entre ces extr\u00eames. Une telle                     polarisation verbale nuit aux solutions raisonnables. Celui                     qui propose un compromis se rend vuln\u00e9rable \u00e0                     l&rsquo;attaque des deux camps. <\/p>\n<p> La premi\u00e8re r\u00e8gle de la s\u00e9mantique                     stipule que les mots ne sont que des symboles repr\u00e9sentant                     des objets et des id\u00e9es. Autrement dit, la langue est                     \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 ce que la carte est au territoire.                     Or, se pla\u00eet \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter M. Korzybski,                     \u00ab\u00a0la carte n&rsquo;est pas le territoire. \u00a0\u00bb <\/p>\n<p> La confusion entre le mot et ce qu&rsquo;il repr\u00e9sente                     provoque de dangereuses illusions que John Kenneth Galbraith                     appelle les \u00ab\u00a0faits -mots\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0J&rsquo;entends par                     l\u00e0, \u00e9crit-il, que la d\u00e9claration qu&rsquo;un                     fait existe revient \u00e0 cr\u00e9er un substitut pour                     son existence. De dire que quelque chose va se produire revient                     pratiquement \u00e0 provoquer cet \u00e9v\u00e9nement.                     En utilisant audacieusement le fait-mot, nous avons transform\u00e9                     les dictateurs sud-am\u00e9ricains en remparts du monde                     libre.\u00a0\u00bb \u00c0 une \u00e9poque aussi vocif\u00e9rante                     que la n\u00f4tre, ceux qui pensent pour eux-m\u00eames                     devraient se m\u00e9fier constamment des faits -mots et                     de toute autre manipulation du langage. Le citoyen devrait                     pouvoir au moins exiger la souverainet\u00e9 dans son esprit,                     insister pour que les mots des discours politiques signifient                     ce qu&rsquo;ils sont cens\u00e9s signifier. <\/p>\n<p> Si un groupe accuse un autre groupe de se livrer au \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb,                     affirme qu&rsquo;il use de la \u00ab\u00a0violence\u00a0\u00bb et commet un                     \u00ab\u00a0g\u00e9nocide\u00a0\u00bb, nous devons pouvoir, en nous                     basant sur les faits, d\u00e9cider s&rsquo;il s&rsquo;agit r\u00e9ellement                     de terrorisme, de violence ou de g\u00e9nocide. Gardons                     -nous contre toute tentative visant \u00e0 s&#8217;emparer de                     nos esprits par des slogans, des formules percutantes et une                     rh\u00e9torique con\u00e7us pour enflammer nos opinions                     ou nous retourner contre des ennemis fabriqu\u00e9s par                     la technique des \u00ab\u00a0faits-mots\u00a0\u00bb. Soyons, par-dessus                     tout, conscients du danger insidieux des expressions toutes                     faites qui remplacent les id\u00e9es originales. Ne permettons                     ni \u00e0 nous-m\u00eames ni aux autres de confondre les                     mots avec la r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;ils symbolisent. Une                     vigilance incessante est le prix \u00e0 payer pour la libert\u00e9                     de pens\u00e9e et d&rsquo;expression. Dans une d\u00e9mocratie,                     la lutte contre l&rsquo;usage impropre des mots ne peut \u00eatre                     purement publique. Chacun doit y participer et prot\u00e9ger                     son esprit. <\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"author":87,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[72],"class_list":["post-2132","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-72"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.2 (Yoast SEO v27.2) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 72 N\u00b0 1 - Janvier\/F\u00e9vrier 1991 - Les mots, les pens\u00e9es et les actes - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-72-n-1-janvier-fevrier-1991-les-mots-les-pensees-et-les-actes\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 72 N\u00b0 1 - Janvier\/F\u00e9vrier 1991 - Les mots, les pens\u00e9es et les actes\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Le langage, a-t-on dit, est la plus puissante des drogues. 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