{"id":2062,"date":"1963-12-01T00:00:00","date_gmt":"1963-12-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-44-n-12-decembre-1963-la-protection-de-nos-bassins-hydrographiques\/"},"modified":"2022-10-17T16:08:03","modified_gmt":"2022-10-17T16:08:03","slug":"vol-44-n-12-decembre-1963-la-protection-de-nos-bassins-hydrographiques","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-44-n-12-decembre-1963-la-protection-de-nos-bassins-hydrographiques\/","title":{"rendered":"Vol. 44, N\u00b0 12 &#8211; D\u00e9cembre 1963 &#8211; La protection de nos bassins hydrographiques"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">Aucun facteur n&rsquo;exerce une influence plus d\u00e9cisive que l&rsquo;eau sur la vie des hommes, et chaque goutte d&rsquo;eau que nous utilisons provient en d\u00e9finitive de nos bassins hydrographiques.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour avoir mal compris cette v\u00e9rit\u00e9 que nous d\u00e9plorons aujourd&rsquo;hui la perte de millions d&rsquo;acres de terrain, la diminution marqu\u00e9e des r\u00e9coltes, la multiplication des inondations, la mort de nombreux troupeaux, l&rsquo;apparition de nouveaux d\u00e9serts \u00e0 la surface du globe, la destruction de plages magnifiques, l&rsquo;alt\u00e9ration de la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau que nous buvons et sa pollution d&rsquo;une fa\u00e7on dangereuse pour notre sant\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;homme, \u00e9crit William Vogt dans <em>Road to Survival<\/em>, est le seul organisme connu qui d\u00e9truise pour vivre le milieu indispensable \u00e0 sa subsistance.\u00a0\u00bb Les parasites ont tendance \u00e0 agir ainsi, mais leur pouvoir de destruction est limit\u00e9 par leur manque d&rsquo;intelligence. L&rsquo;homme, au contraire, se sert de son esprit pour an\u00e9antir\u00a0; il se glorifie de sa \u00ab\u00a0conqu\u00eate\u00a0\u00bb impitoyable des r\u00e9gions sauvages, comme s&rsquo;il avait affaire \u00e0 un ennemi\u00a0; son embl\u00e8me distinctif est devenu le bulldozer.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est que derni\u00e8rement que nos sp\u00e9cialistes de la nature ont r\u00e9ussi \u00e0 nous faire comprendre que si nous voulons survivre, ou tout au moins relever notre niveau de vie, il nous faut \u00e9tablir des relations saines et harmonieuses avec le monde animal, v\u00e9g\u00e9tal et min\u00e9ral qui nous entoure.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;ici, nous avons consid\u00e9r\u00e9 la conservation comme une chose \u00e0 laquelle le cultivateur \u00e9tait tenu pour accro\u00eetre la quantit\u00e9 et la qualit\u00e9 de ses r\u00e9coltes\u00a0; mais le temps est maintenant venu pour chacun de nous de la concevoir comme un \u00e9l\u00e9ment essentiel de notre emprise sur la vie.<\/p>\n<p>Il nous arrive parfois de nous alarmer devant les effets imm\u00e9diats de l&rsquo;absence de mesures de conservation, comme la salet\u00e9 de l&rsquo;eau potable, la malpropret\u00e9 des plages, la raret\u00e9 de l&rsquo;eau d&rsquo;arrosage, etc. Mais nous ne conna\u00eetrions pas ces ennuis, si les g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures avaient su ce que nous savons et avaient fait quelque chose pour les emp\u00eacher.<\/p>\n<p>Cinquante ans ont pass\u00e9 depuis qu&rsquo;un Secr\u00e9taire \u00e0 l&rsquo;Agriculture des \u00c9tats-Unis, adressant une directive des plus clairvoyantes aux agents forestiers, leur disait de remplir leurs fonctions \u00ab\u00a0pour le plus grand bien du plus grand nombre <em>\u00e0 longue \u00e9ch\u00e9ance<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire des civilisations disparues montre d&rsquo;une fa\u00e7on tragique ce que l&rsquo;avenir nous r\u00e9serve si nous continuons \u00e0 abuser de nos ressources en eau. On a retrouv\u00e9, enfouie sous les sables du d\u00e9sert d&rsquo;Arabie, une ville opulente, qui fut peut-\u00eatre la r\u00e9sidence de la Reine de Saba. Elle a \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e il y a des milliers d&rsquo;ann\u00e9es parce qu&rsquo;une perturbation quelconque se produisit dans le cours des fleuves qui l&rsquo;arrosaient et que l&rsquo;eau vint \u00e0 manquer. L&rsquo;\u00e9rosion pour sa part s&rsquo;est charg\u00e9e de d\u00e9truire ou de saper toutes les civilisations m\u00e9diterran\u00e9ennes, anciennes et actuelles, depuis Ath\u00e8nes et Rome jusqu&rsquo;aux plaines fertiles de l&rsquo;Afrique du Nord, o\u00f9 florissait jadis la c\u00e9l\u00e8bre Carthage.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mais, dira-t-on, ces choses se sont pass\u00e9es il y a fort longtemps et bien loin de nous. Cela ne peut pas nous arriver.\u00a0\u00bb Qu&rsquo;on se rappelle alors le spectacle navrant qu&rsquo;offraient les provinces des Prairies dans les ann\u00e9es trente avec leurs fermes d\u00e9laiss\u00e9es, leurs squelettes de bovins, leurs cl\u00f4tures recouvertes de sable et les espoirs an\u00e9antis des hommes et des femmes qui avaient voulu y \u00e9tablir leurs foyers. Il suffisait de rouler dans les nuages de poussi\u00e8re qui enveloppaient certaines r\u00e9gions de la Saskatchewan, en 1937, non seulement pour \u00e9prouver certains malaises corporels, mais aussi pour se sentir le coeur et l&rsquo;esprit malades de tristesse et d&rsquo;abattement.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, la population du globe s&rsquo;est accrue, les usages de l&rsquo;eau se sont multipli\u00e9s et sa consommation par habitant a pris des proportions d\u00e9mesur\u00e9es. Au d\u00e9but de l&rsquo;\u00e8re chr\u00e9tienne, notre plan\u00e8te nourrissait une population d&rsquo;environ 250,000,000\u00a0; \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e des P\u00e8lerins sur nos bords en 1620, le chiffre \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 quelque 500,000,000\u00a0; et en octobre, cette ann\u00e9e, on annon\u00e7ait que la population mondiale se chiffrait approximativement \u00e0 3,180,000,000. En l&rsquo;an 2000, d&rsquo;apr\u00e8s Aldous Huxley, 6 milliards d&rsquo;humains s&rsquo;attableront chaque matin pour le petit d\u00e9jeuner.<\/p>\n<p>Au cours des trois derniers si\u00e8cles, le Canada qui se composait \u00e0 l&rsquo;origine de quelques centres de peuplement diss\u00e9min\u00e9s sur le littoral de l&rsquo;Atlantique et le Bas-Saint-Laurent, o\u00f9 vivaient dans des conditions primitives 3,215 colons, est devenu une nation d&rsquo;envergure continentale aux richesses et aux ressources consid\u00e9rables et d&rsquo;une population de pr\u00e8s de 20 millions d&rsquo;habitants. Malheureusement, cette expansion s&rsquo;est accomplie dans une indiff\u00e9rence \u00e0 peu pr\u00e8s totale \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la conservation de l&rsquo;eau, ressource la plus n\u00e9cessaire \u00e0 la vie, \u00e0 l&rsquo;agriculture et \u00e0 l&rsquo;industrie.<\/p>\n<h3>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un bassin hydrographique\u00a0?<\/h3>\n<p>Salomon et les anciens philosophes pr\u00e9tendaient que les sources \u00e9taient aliment\u00e9es par la mer, gr\u00e2ce \u00e0 des canaux souterrains. Ce n&rsquo;est que vers 1650, que l&rsquo;on commen\u00e7a \u00e0 \u00e9tablir une relation entre la quantit\u00e9 d&rsquo;eau que renferment les cours d&rsquo;eau et les puits et la quantit\u00e9 de pluie qui tombe sur la r\u00e9gion o\u00f9 ils se trouvent. Nous savons aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;on ne peut \u00e9tudier les fleuves sans se pencher sur les terres qu&rsquo;ils traversent. Nous nous sommes enfin aper\u00e7us que la qualit\u00e9 des for\u00eats et la qualit\u00e9 du sol sont en fonction de la qualit\u00e9 et de la quantit\u00e9 de l&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Ceci nous am\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;aire de drainage ou surface de captation des eaux, g\u00e9n\u00e9ralement appel\u00e9e aujourd&rsquo;hui le bassin hydrographique, c&rsquo;est-\u00e0-dire le territoire naturel o\u00f9 s&rsquo;op\u00e8re d&rsquo;une fa\u00e7on continuelle la r\u00e9ception, la concentration et la distribution de nos r\u00e9serves d&rsquo;eau. Sa superficie peut varier de quelques milliers \u00e0 des centaines de milliers d&rsquo;acres. Pour peu que nous sachions l&rsquo;administrer avec sagesse, ce r\u00e9seau plus ou moins vaste nous assurera un flot constant et maximum d&rsquo;eau claire, propre et de haute qualit\u00e9.<\/p>\n<p>Un bassin hydrographique bien entretenu gardera son eau pendant toute l&rsquo;ann\u00e9e. Les racines de ses arbres et de ses autres plantes, ses feuilles mortes et sa couche arable retiennent beaucoup d&rsquo;eau dans leur masse spongieuse. Une partie des eaux demeurent aussi dans le sous-sol, mais une grande quantit\u00e9 p\u00e9n\u00e8tre encore plus avant dans la terre, o\u00f9 elle forme des rivi\u00e8res et des lacs souterrains.<\/p>\n<p>Dans un bassin hydrographique o\u00f9 il tombe 24 pouces de pr\u00e9cipitations sur le sol, une surface de dix pieds carr\u00e9s seulement re\u00e7oit environ 6.25 tonnes d&rsquo;eau par an. Une acre en re\u00e7oit 2,178 tonnes. Dans la r\u00e9partition bien ordonn\u00e9e de cette \u00e9norme quantit\u00e9 d&rsquo;eau, chaque morceau de terrain, que ce soit un pied carr\u00e9, une acre ou un mille carr\u00e9, joue un r\u00f4le d&rsquo;une importance vitale.<\/p>\n<p>Pourtant, s&rsquo;il est un produit peu appr\u00e9ci\u00e9 et que l&rsquo;on gaspille sans le moindre remords, c&rsquo;est bien l&rsquo;eau. Beaucoup de villes et de villages dont les r\u00e9serves d&rsquo;eau n&rsquo;inspiraient aucune inqui\u00e9tude il n&rsquo;y a que quelques ann\u00e9es encore, constatent aujourd&rsquo;hui que la raret\u00e9 commence \u00e0 leur interdire toute expansion. Les cultivateurs doivent creuser des puits de plus en plus profonds.<\/p>\n<h3>L&rsquo;interruption du cycle<\/h3>\n<p>Jamais auparavant le cycle de l&rsquo;eau n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 des bouleversements aussi graves en pr\u00e9sence de tant de millions de spectateurs indiff\u00e9rents. Il s&rsquo;agit l\u00e0 de l&rsquo;action la plus pr\u00e9judiciable de l&rsquo;homme civilis\u00e9 sur son milieu ambiant.<\/p>\n<p>Avant la venue des Europ\u00e9ens, un \u00e9quilibre mutuel s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tabli, au sein de la nature sauvage, entre les eaux, les terres, les plantes, les for\u00eats et la vie animale. Dans ce tout harmonieux, chacune des parties contribuait \u00e0 l&rsquo;ordre et \u00e0 la protection de l&rsquo;ensemble et b\u00e9n\u00e9ficiait en retour de cet ordre et de cette protection communes. Ainsi, les rivi\u00e8res et les fleuves roulaient leurs flots limpides, froids et constants, et emportaient, sans entrave, jusqu&rsquo;\u00e0 la mer le surplus d&rsquo;eau qui restait une fois qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 pourvu aux besoins des r\u00e9servoirs naturels et \u00e0 ceux de la vie animale et v\u00e9g\u00e9tale.<\/p>\n<p>Mais nous avons rompu notre contact avec la nature en voulant nous cacher, avec un faux sens de la s\u00e9curit\u00e9, derri\u00e8re nos g\u00e9niales inventions m\u00e9caniques. Nous savons moissonner, moudre le grain et faire du pain avec les machines et l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, mais nous ne pensons pas au fait que les mati\u00e8res dont se compose un pain d&rsquo;une livre ont consomm\u00e9 pr\u00e8s de deux tonnes d&rsquo;eau. Nous cultivons d&rsquo;immenses champs de ma\u00efs, mais nous oublions que pendant la p\u00e9riode de croissance une acre de mais dissipe 3,000 tonnes d&rsquo;eau, soit l&rsquo;\u00e9quivalent de 15 pouces de pluie.<\/p>\n<p>Il est bien l\u00e9gitime de cuire du pain et de manger du ma\u00efs, et le passage des peuplements clairsem\u00e9s d&rsquo;autrefois \u00e0 la population de plus en plus dense d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et la consommation de quantit\u00e9s de plus en plus grandes de ces denr\u00e9es auraient certes pu s&rsquo;accomplir sans pertes ni dommages si seulement on avait fait preuve de sagesse et de pr\u00e9voyance. Au contraire, nous avons supprim\u00e9 les obstacles naturels, de sorte que loin de parvenir jusqu&rsquo;au r\u00e9servoir d&rsquo;eau souterrain, les pr\u00e9cipitations d\u00e9valent avec une telle rapidit\u00e9 les flancs de nos collines et les pentes de nos champs de bl\u00e9 et de ma\u00efs qu&rsquo;elles n&rsquo;ont m\u00eame pas le temps de p\u00e9n\u00e9trer jusqu&rsquo;aux racines. Au lieu de nourrir nos r\u00e9coltes, elles grignotent le sol et l&#8217;emportent vers des endroits o\u00f9 il est inutilisable.<\/p>\n<h3>Retarder l&rsquo;\u00e9coulement<\/h3>\n<p>Le principe s\u00e9culaire du grand moulin hydraulique de la nature est facile \u00e0 comprendre. Le r\u00f4le de l&rsquo;homme consiste \u00e0 employer et am\u00e9nager dans la mesure o\u00f9 cela lui est possible un flot d&rsquo;\u00e9nergie \u00e9manant du soleil. Ce flot ou cycle, nous en percevons l&rsquo;un des aspects concrets dans la circulation des eaux dans l&rsquo;univers\u00a0: nuages &#8211; pluie &#8211; terre &#8211; rivi\u00e8res &#8211; mer &#8211; nuages, et ainsi de suite \u00e0 l&rsquo;infini.<\/p>\n<p>La pluie qui tombe sur les pentes d\u00e9nud\u00e9es d&rsquo;une colline se creuse des canaux \u00e0 m\u00eame le sol et se pr\u00e9cipite vers le plus proche cours d&rsquo;eau qui se jette dans la mer. C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il importe d&rsquo;abord de la capter et de la retenir. La quantit\u00e9 d&rsquo;eau emmagasin\u00e9e dans le sol d\u00e9pend de l&rsquo;\u00e9tat du sol et de la couverture herbac\u00e9e et foresti\u00e8re du bassin hydrographique. Lorsque les collines bois\u00e9es sont d\u00e9pouill\u00e9es par le feu ou par la hache, lorsque les hauts p\u00e2turages sont exploit\u00e9s \u00e0 outrance, lorsque les terres en culture sont \u00e9rod\u00e9es, l&rsquo;eau de pluie s&rsquo;\u00e9coule \u00e0 la surface durcie du sol sans remplir son office.<\/p>\n<p>Le seul moyen d&rsquo;avoir de l&rsquo;eau en abondance est d&rsquo;en interrompre l&rsquo;\u00e9coulement.<\/p>\n<p>Il peut sembler ridicule de penser que le port de Montr\u00e9al doive un jour se transporter ailleurs, mais cette \u00e9ventualit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e par M. Jacques Simard lors d&rsquo;une conf\u00e9rence sur l&rsquo;am\u00e9nagement en octobre 1963. Le majestueux Saint-Laurent pourrait devenir an\u00e9mique et malade, incapable de r\u00e9pondre aux n\u00e9cessit\u00e9s de la navigation, aux besoins en force hydraulique et aux multiples exigences industrielles et int\u00e9rieures d&rsquo;une partie du continent en plein essor \u00e9conomique. \u00ab\u00a0Il y a dans cette aire de drainage, a dit le pr\u00e9sident de Cadres professionnels Inc., M. Andr\u00e9 Gagnon, deux pays, huit \u00c9tats et deux provinces qui groupent une myriade de villes et d&rsquo;entreprises pour lesquelles il s&rsquo;agit d&rsquo;une question de vie ou de mort\u00a0&#8230; il nous reste \u00e0 peine 40 ans pour trouver de nouvelles sources d&rsquo;eau.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pendant que l&rsquo;on prend des mesures r\u00e9paratrices pour renforcer le bassin du Saint-Laurent, certains ont \u00e9mis l&rsquo;id\u00e9e que nous pourrions d\u00e9tourner l&rsquo;Harricanaw de la baie d&rsquo;Hudson vers le lac Huron, au prix approximatif de 200 millions de dollars. Cela permettrait de d\u00e9verser dans les Grands Lacs 13,000 millions de gallons d&rsquo;eau par jour, soit six fois plus que la quantit\u00e9 drain\u00e9e par Chicago.<\/p>\n<h3>Par o\u00f9 commencer\u00a0?<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des facteurs essentiels de la conservation de l&rsquo;eau est sans contredit nos for\u00eats.<\/p>\n<p>On distingue d&rsquo;ordinaire trois phases dans l&rsquo;histoire foresti\u00e8re d&rsquo;un pays industriel. La premi\u00e8re est marqu\u00e9e par l&rsquo;exploitation intensive et souvent effr\u00e9n\u00e9e des for\u00eats vierges. Elle est habituellement suivie d&rsquo;une p\u00e9riode de d\u00e9pendance croissante \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des importations \u00e9trang\u00e8res, comme celle qui s\u00e9vit actuellement aux \u00c9tats-Unis. Vient enfin la troisi\u00e8me \u00e9tape, pendant laquelle on s&rsquo;efforce de r\u00e9organiser ou de reconstituer les ressources foresti\u00e8res.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des probl\u00e8mes purement commerciaux que pose cet \u00e9tat de choses, nous commen\u00e7ons \u00e0 discerner les effets n\u00e9fastes du d\u00e9boisement sur le climat et le d\u00e9bit des cours d&rsquo;eau. \u00ab\u00a0Les for\u00eats, dit un \u00e9conomiste, exercent une action d\u00e9cisive sur la distribution de l&rsquo;eau et constituent un moyen de protection irrempla\u00e7able contre la destruction des sols. Les montagnes priv\u00e9es de leurs arbres sont une menace nationale.\u00a0\u00bb En d&rsquo;autres termes, les for\u00eats ne sont pas seulement une source de b\u00e9n\u00e9fices, elles int\u00e9ressent au premier chef la vie de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>La violation des lois naturelles qui r\u00e9gissent l&rsquo;\u00e9tendue de la couverture foresti\u00e8re est l&rsquo;un des exemples les plus tragiques de la folie humaine devant la sage ordonnance de la nature.<\/p>\n<p>Nous avons fait reculer la for\u00eat par le feu, la hache et le bulldozer, et nous avons utilis\u00e9 la houe et la charrue l\u00e0 o\u00f9 il ne devait se trouver que des arbres. Dans notre course au d\u00e9frichement, nous avons oubli\u00e9 que les for\u00eats forment des ensembles vivants d&rsquo;arbres, d&rsquo;arbrisseaux et autres v\u00e9g\u00e9taux qui jouent un r\u00f4le n\u00e9cessaire dans l&rsquo;\u00e9volution dont nous nous consid\u00e9rons comme la plus haute manifestation.<\/p>\n<p>Notre destin est intimement li\u00e9 \u00e0 celui de la for\u00eat. Au Canada, la nature nous a gratifi\u00e9 des esp\u00e8ces d&rsquo;arbres les mieux adapt\u00e9es aux besoins de l&rsquo;homme. Parce que notre climat offre des conditions de croissance si favorables que nous sommes assur\u00e9s, dans la plupart des r\u00e9gions bois\u00e9es, de voir surgir une seconde pousse apr\u00e8s la coupe, il semble bien que notre patrimoine forestier soit amplement suffisant pour subvenir \u00e0 tous nos besoins si nous savons \u00eatre de bons intendants.<\/p>\n<p>Quatre-vingt-dix pour cent des terres foresti\u00e8res du Canada appartiennent \u00e0 la Couronne, et la loi oblige les compagnies exploitantes \u00e0 pr\u00e9senter des plans d&rsquo;am\u00e9nagement des coupes qui leur sont conc\u00e9d\u00e9es. Cette prescription est importante \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment temps qui intervient dans le repeuplement des for\u00eats exploit\u00e9es. L&rsquo;homme qui abat un arbre n&rsquo;envisage les choses qu&rsquo;en fonction de sa propre vie et ne se pr\u00e9occupe pas toujours de savoir s&rsquo;il y aura un autre arbre pour le remplacer dans cinquante ou cent ans, mais l&rsquo;\u00c9tat, lui, voit beaucoup plus loin.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;\u00c9tat, la for\u00eat a aussi d&rsquo;autres fonctions que celle de fournir des produits commerciaux. Voil\u00e0 pourquoi il estime qu&rsquo;il est dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral du pays de concilier les r\u00f4les oppos\u00e9s en apparence de la surface foresti\u00e8re, afin que la coupe du bois n\u00e9cessaire \u00e0 nos march\u00e9s ne nuise pas \u00e0 nos bassins hydrographiques et que la trop grande densit\u00e9 des for\u00eats ne mette pas obstacle \u00e0 l&rsquo;\u00e9coulement de l&rsquo;eau indispensable pour l&rsquo;irrigation et la production d&rsquo;\u00e9nergie \u00e9lectrique.<\/p>\n<h3>L&rsquo;am\u00e9nagement des bassins hydrographiques<\/h3>\n<p>Nous devons respecter les lois et les principes fondamentaux qui r\u00e9gissent l&rsquo;ensemble du monde vivant si nous voulons r\u00e9ussir \u00e0 sauvegarder la vie humaine. Les arbres, l&rsquo;herbe, les arbrisseaux, le sol et les \u00eatres vivants qui les habitent font partie d&rsquo;un vaste tout, coh\u00e9rent et \u00e9quilibr\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 le principe sur lequel doit reposer l&rsquo;am\u00e9nagement des bassins hydrographiques.<\/p>\n<p>Les lois de la nature nous imposent des restrictions et des devoirs. Que cela nous convienne ou non, que cela soit politiquement avantageux ou non, l&rsquo;eau continuera de descendre les pentes et sa puissance de destruction augmentera avec le volume d&rsquo;\u00e9coulement\u00a0; l&rsquo;eau deviendra impure si nous y d\u00e9versons des impuret\u00e9s\u00a0; les nappes aquif\u00e8res s&rsquo;appauvriront si nous continuons \u00e0 en pomper l&rsquo;eau sans leur permettre de se refaire.<\/p>\n<p>Pour nous guider dans ce domaine, il nous faut une norme, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelque chose pour juger de l&rsquo;\u00e9tat de la terre apr\u00e8s avoir modifi\u00e9 tel ou tel de ses \u00e9l\u00e9ments. C&rsquo;est pourquoi les associations de conservation et de protection de la nature, et tous ceux qui s&rsquo;occupent des ressources naturelles insistent pour que certaines parties du pays demeurent des \u00ab\u00a0r\u00e9gions sauvages\u00a0\u00bb. Cela permettrait de maintenir dans leur \u00e9tat primitif certaines terres o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9viterait de construire des routes ou des installations qui ne sont pas n\u00e9cessaires \u00e0 leur protection. L&rsquo;homme pourrait y voir \u00e0 l&rsquo;oeuvre toutes les forces de la nature vivante. L&rsquo;\u00e9tude de ces r\u00e9serves nous fournirait les r\u00e8gles de base voulues pour l&rsquo;am\u00e9nagement de nos bassins hydrographiques.<\/p>\n<p>L&rsquo;am\u00e9nagement est devenu indispensable si nous ne voulons pas \u00eatre oblig\u00e9s de recourir au rationnement. Au lieu d&rsquo;installer des compteurs sur nos robinets, nous ferions mieux d&rsquo;en accro\u00eetre l&rsquo;approvisionnement en cr\u00e9ant les conditions de conservation qui s&rsquo;imposent dans nos bassins hydrographiques.<\/p>\n<p>Cette action ne saurait certes se limiter \u00e0 quelques mesures d&rsquo;urgence. Elle doit tendre \u00e0 r\u00e9gler et \u00e0 r\u00e9partir l&#8217;emmagasinage et la distribution de l&rsquo;eau selon les besoins de notre population sans cesse grandissante. Il faut tenir compte de tous les facteurs\u00a0: l&rsquo;herbe, les racines des arbres, les feuilles, les filets d&rsquo;eau, les neiges des hautes cimes, les pluies d&rsquo;\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;assainissement des mar\u00e9cages, la suppression du gaspillage, le rendement actuel et futur, car tout a son importance dans cette entreprise capitale.<\/p>\n<p>Dans un bassin hydrographique bien am\u00e9nag\u00e9, les for\u00eats et les prairies seront conserv\u00e9es ou accrues suivant les besoins. La coupe du bois se fera de mani\u00e8re \u00e0 causer le moins de dommage possible \u00e0 la couverture du sol forestier et \u00e0 laisser cro\u00eetre amplement de jeunes arbres. L&rsquo;agriculture recourra \u00e0 des m\u00e9thodes qui emp\u00eachent l&rsquo;\u00e9rosion et augmentent le pouvoir d&rsquo;absorption du sol. L&rsquo;\u00e9puration des eaux us\u00e9es, domestiques et industrielles, sera mise \u00e0 contribution pour combattre la pollution. La vigilance permettra de ma\u00eetriser \u00e0 temps les incendies dus \u00e0 des causes naturelles, et la loi s\u00e9vira contre les auteurs des incendies allum\u00e9s par malveillance ou n\u00e9gligence. Le p\u00e2turage des troupeaux sera organis\u00e9 de fa\u00e7on \u00e0 \u00e9viter la destruction de la v\u00e9g\u00e9tation et le compactage du sol.<\/p>\n<h3>Qui doit s&rsquo;en charger\u00a0?<\/h3>\n<p>\u00c0 cause de l&rsquo;ampleur de la t\u00e2che, la protection de nos bassins hydrographiques exige l&rsquo;intervention des gouvernements et leur \u00e9troite collaboration. Le Qu\u00e9bec et l&rsquo;Ontario doivent agir de concert pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de la Vall\u00e9e de l&rsquo;Outaouais\u00a0; la coop\u00e9ration interprovinciale et nationale s&rsquo;impose dans le cas des bassins fluviaux du Fraser, du Columbia, de la Saskatchewan, du Nelson et du Saint-Jean. Quant au bassin du Saint-Laurent, son am\u00e9nagement appelle \u00e0 la fois des mesures internationales et interprovinciales.<\/p>\n<p>Les petits bassins, que nous pourrions appeler \u00ab\u00a0locaux\u00a0\u00bb, r\u00e9clament l&rsquo;action conjugu\u00e9e des particuliers, des municipalit\u00e9s et des conseils de comt\u00e9. On ne fait que commencer \u00e0 bien comprendre l&rsquo;importance du bassin hydrographique par rapport \u00e0 la conservation et \u00e0 l&rsquo;expansion des ressources aquif\u00e8res et \u00e0 agir en cons\u00e9quence. Le cultivateur qui entreprend le reboisement d&rsquo;un flanc de colline et qui dispose ses champs en terrasse ou en bandes suivant les lignes de niveau ne fait pas seulement une chose qui lui est utile personnellement, il accomplit un devoir envers tous ceux qu&rsquo;il y a entre lui et l&rsquo;oc\u00e9an.<\/p>\n<p>Les ouvrages importants, comme les grands barrages, les digues et les gros travaux de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9passent les cadres de l&rsquo;am\u00e9nagement des bassins locaux. Si l&rsquo;Acte de l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord britannique a r\u00e9serv\u00e9 certains domaines de l&rsquo;utilisation des eaux aux autorit\u00e9s f\u00e9d\u00e9rales, la charge de les r\u00e9glementer et d&rsquo;en assurer le d\u00e9veloppement incombe en grande partie aux gouvernements provinciaux. Il ne faut pas en conclure cependant que la politique doive intervenir. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en accordant notre attention, non pas \u00e0 l&rsquo;aspect purement politique, mais \u00e0 l&rsquo;aspect biologique du probl\u00e8me humain des r\u00e9serves d&rsquo;eau que nous parviendrons \u00e0 att\u00e9nuer et \u00e0 abr\u00e9ger les temps difficiles vers lesquels nous nous acheminons actuellement.<\/p>\n<h3>Le devoir de chaque citoyen<\/h3>\n<p>L&rsquo;eau a une telle importance dans la vie que la question de sa conservation et de sa distribution doit dominer les limites g\u00e9ographiques de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, des comt\u00e9s et des provinces, les fronti\u00e8res politiques des pouvoirs f\u00e9d\u00e9raux et provinciaux, de m\u00eame que les domaines purement \u00e9conomiques de l&rsquo;agriculture, de l&rsquo;exploitation foresti\u00e8re et de l&rsquo;industrie. Si des conflits d&rsquo;autorit\u00e9 mettent obstacle \u00e0 l&rsquo;action et \u00e0 l&rsquo;initiative, nous perdrons notre patrimoine par d\u00e9sh\u00e9rence, car, au-dessus de toutes les fronti\u00e8res, il y a la loi naturelle, dont les \u00e9dits sont indiscutables.<\/p>\n<p>Tout ce qu&rsquo;il y a \u00e0 faire doit avoir son point de d\u00e9part dans l&rsquo;esprit des citoyens. \u00ab\u00a0Il y a lieu de nous demander, a dit un \u00e9minent biologiste, si l&rsquo;homme parviendra \u00e0 comprendre avant de se d\u00e9truire lui-m\u00eame en d\u00e9truisant son milieu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le moins que l&rsquo;on soit en droit d&rsquo;attendre de la part des particuliers conscients de leurs responsabilit\u00e9s que nous voulons \u00eatre, c&rsquo;est qu&rsquo;ils se renseignent sur le probl\u00e8me et qu&rsquo;ils \u00e9l\u00e8vent la voix pour exiger la conservation de la plus pr\u00e9cieuse de nos ressources mat\u00e9rielles\u00a0: l&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre conviendrait-il d&rsquo;aborder cette entreprise en nous inspirant de l&rsquo;exemple des Indiens Pueblos du Taos qui portent des chaussures \u00e0 semelles souples afin de toujours sentir la terre sous leurs pieds.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[35],"class_list":["post-2062","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-35"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.4 (Yoast SEO v27.4) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 44, N\u00b0 12 - D\u00e9cembre 1963 - La protection de nos bassins hydrographiques - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-44-n-12-decembre-1963-la-protection-de-nos-bassins-hydrographiques\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 44, N\u00b0 12 - D\u00e9cembre 1963 - La protection de nos bassins hydrographiques\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Aucun facteur n&rsquo;exerce une influence plus d\u00e9cisive que l&rsquo;eau sur la vie des hommes, et chaque goutte d&rsquo;eau que nous utilisons provient en d\u00e9finitive de nos bassins hydrographiques. 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