{"id":2009,"date":"2002-08-01T00:00:00","date_gmt":"2002-08-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/aout-2002-la-sante-mentale-aujourdhui-et-demain\/"},"modified":"2022-10-17T15:44:20","modified_gmt":"2022-10-17T15:44:20","slug":"aout-2002-la-sante-mentale-aujourdhui-et-demain","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/aout-2002-la-sante-mentale-aujourdhui-et-demain\/","title":{"rendered":"Ao\u00fbt 2002 &#8211; La sant\u00e9 mentale aujourd&rsquo;hui et demain"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p>S&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui un h\u00e9ros canadien, c&rsquo;est bien Rom\u00e9o Dallaire, l&rsquo;homme que l&rsquo;O.N.U. avait charg\u00e9 de maintenir la paix au Rwanda en 1994. Aujourd&rsquo;hui retrait\u00e9, il appartient \u00e0 cette g\u00e9n\u00e9ration de soldats canadiens que l&rsquo;histoire a vou\u00e9e \u00e0 servir de tampon dans des conflits issus de la d\u00e9colonisation. De nos jours, les officiers sup\u00e9rieurs sont avant tout des gestionnaires, et l&rsquo;obstacle auquel s&rsquo;est heurt\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ral Dallaire au Rwanda fait partie des entraves classiques \u00e0 une saine gestion en p\u00e9riode de compressions budg\u00e9taires\u00a0: ses moyens ne lui permettaient pas de remplir sa mission.<\/p>\n<p>Priv\u00e9s de renforts, lui et sa petite troupe ont \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins impuissants du massacre de quelque 800 000 hommes, femmes et enfants. \u00c0 son retour, il \u00e9tait un homme meurtri, non dans sa chair, mais dans son esprit. Ce qui fait de lui un h\u00e9ros singuli\u00e8rement contemporain, c&rsquo;est la libert\u00e9 avec laquelle il parle de son \u00e9tat de stress post-traumatique. Rompant avec la tradition de la \u00ab\u00a0grande muette\u00a0\u00bb, il a appel\u00e9 les soldats atteints de ce syndrome \u00e0 se faire traiter au lieu d&rsquo;endurer sto\u00efquement leurs souffrances. Il continue \u00e0 lutter contre ses s\u00e9quelles psychologiques en s&rsquo;occupant des enfants de la guerre \u00e0 titre de conseiller sp\u00e9cial du gouvernement canadien.<\/p>\n<p>En r\u00e9v\u00e9lant que m\u00eame un officier endurci par l&rsquo;exp\u00e9rience pouvait craquer dans certaines circonstances, le g\u00e9n\u00e9ral Dallaire a servi un pr\u00e9cieux avertissement \u00e0 tous ses concitoyens\u00a0: nul n&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;abri des maladies mentales. D\u00e9pos\u00e9 \u00e0 un moment o\u00f9 la qualit\u00e9 des soins commen\u00e7ait \u00e0 pr\u00e9occuper s\u00e9rieusement l&rsquo;opinion canadienne, son t\u00e9moignage a rappel\u00e9 \u00e0 point nomm\u00e9 que la sant\u00e9 n&rsquo;est pas seulement physique. Rom\u00e9o Dallaire n&rsquo;aura pas souffert en vain.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2022\/08\/august2002_1.gif\" alt=\"image\" align=\"right\" hspace=\"5\" vspace=\"5\" \/><\/p>\n<p>Reste que notre soci\u00e9t\u00e9 est loin d&rsquo;accorder aux maladies mentales l&rsquo;attention qu&rsquo;elles m\u00e9ritent. Le sujet est \u00e0 peine effleur\u00e9 dans les d\u00e9bats sur la crise des services de sant\u00e9. Comme tant de leurs victimes, ces maladies sont parqu\u00e9es loin des yeux, loin du cour et loin du portefeuille. D&rsquo;apr\u00e8s Michael Wilson, l&rsquo;ex-ministre des Finances qui est le pr\u00e9sident honoraire de la Business and Economic Roundtable on Addiction and Mental Health, seulement trois pour cent des budgets de recherche m\u00e9dicale canadiens vont \u00e0 la pr\u00e9vention et au traitement des troubles psychiques.<\/p>\n<p>Parce qu&rsquo;on n&rsquo;en parle pas, les Canadiens n&rsquo;imaginent pas \u00e0 quel point les troubles psychiques sont r\u00e9pandus. Qui sait, par exemple, que la schizophr\u00e9nie frappe plus de Nord-Am\u00e9ricains que la maladie d&rsquo;Alzheimer, le diab\u00e8te ou la scl\u00e9rose en plaques\u00a0? Qu&rsquo;apr\u00e8s les accidents, les maladies mentales sont la principale cause d&rsquo;hospitalisation des Canadiens de 20 \u00e0 44 ans\u00a0? Pour vous faire une id\u00e9e de leur fr\u00e9quence, repr\u00e9sentez-vous les habitants de votre quartier rassembl\u00e9s par groupes de huit dans un parc du voisinage. Des hommes en blouse blanche surgissent et emm\u00e8nent une personne dans chaque groupe. Voil\u00e0 combien de Canadiens sont hospitalis\u00e9s pour troubles mentaux au moins une fois dans leur vie.<\/p>\n<p>Sauf que l&rsquo;hospitalisation n&rsquo;est pas une mesure juste, car elle s&rsquo;applique de moins en moins \u00e0 cette cat\u00e9gorie de malades. Pour bien repr\u00e9senter l&rsquo;incidence des maladies mentales au Canada dans le cours d&rsquo;une seule ann\u00e9e, vous devriez r\u00e9partir les gens de votre quartier non par huit, mais par cinq et soustraire un homme, une femme ou un enfant de chaque groupe.<\/p>\n<p>La situation va sans doute s&rsquo;aggraver dans les ann\u00e9es qui viennent, comme l&rsquo;explique l&rsquo;Association canadienne pour la sant\u00e9 mentale (ACSM) dans le m\u00e9moire qu&rsquo;elle a pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la commission Romanow\u00a0: \u00ab\u00a0Si on se fonde sur les tendances corr\u00e9l\u00e9es pour faire une projection, il y a lieu de craindre que le nombre des personnes en difficult\u00e9 (psychologique) au Canada augmente comme le nombre des familles pauvres ou monoparentales, l&rsquo;aggravation des disparit\u00e9s de revenu et du ch\u00f4mage des jeunes, le sous-financement de la sant\u00e9, de l&rsquo;aide sociale et de l&rsquo;\u00e9ducation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Selon ces projections, les troubles d\u00e9pressifs constitueront le principal \u00ab\u00a0fardeau sanitaire\u00a0\u00bb du pays en 2020. Certains experts croient que, d&rsquo;ici cinq ans, les invalidit\u00e9s psychologiques motiveront une bonne moiti\u00e9 des demandes d&rsquo;indemnisation adress\u00e9es aux r\u00e9gimes priv\u00e9s. Le pire, c&rsquo;est que l&rsquo;incidence de ces probl\u00e8mes ne cesse de cro\u00eetre chez les jeunes. Plus de 30 pour cent des r\u00e9pondants de moins de 30 ans \u00e0 un sondage r\u00e9cent ont d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;ils avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9 des crises d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. Chiffre d&rsquo;autant plus angoissant que le Canada manque cruellement de p\u00e9dopsychiatres. L&rsquo;humanit\u00e9 ne supporte qu&rsquo;une petite dose de r\u00e9alit\u00e9\u00a0: ce vers de T.S. Eliot date de 1935, mais il va comme un gant aux victimes du stress et de la surinformation. Nous sommes abreuv\u00e9s en continu d&rsquo;une telle quantit\u00e9 d&rsquo;horreurs bien r\u00e9elles que nous fr\u00f4lons tous la d\u00e9pression. Pensez au 11 septembre 2001.<\/p>\n<p>Tension, anxi\u00e9t\u00e9 et contrari\u00e9t\u00e9s font parfois le lit de d\u00e9pendances aux cons\u00e9quences tragiques\u00a0: crises de d\u00e9mence et hallucinations pour les alcooliques et les drogu\u00e9s\u00a0; accoutumance pour les consommateurs d&rsquo;anxiolytiques. Le probl\u00e8me psychologique initial se double alors d&rsquo;une toxicomanie grave et peut d\u00e9boucher sur une marginalisation totale si la victime se retrouve sans domicile fixe.<\/p>\n<p>Les d\u00e9pendances-la passion du jeu, par exemple-poussent un nombre croissant de Canadiens \u00e0 s&rsquo;enlever la vie. En gros, un suicide sur deux est imputable \u00e0 une maladie mentale. Chaque ann\u00e9e, plus de 3 500 \u00e2mes tortur\u00e9es mettent ainsi fin \u00e0 leurs souffrances\u00a0: la population d&rsquo;une petite ville. La d\u00e9t\u00e9rioration qu&rsquo;on observe depuis quelques ann\u00e9es touche d&rsquo;abord les jeunes et surtout les hommes. Le suicide est devenu la deuxi\u00e8me cause de mortalit\u00e9 chez les moins de 35 ans apr\u00e8s les accidents.<\/p>\n<p>Le suicide n&rsquo;\u00e9pargne aucune classe sociale, mais frappe surtout les plus pauvres. Comme les maladies mentales\u00a0: moins on a d&rsquo;argent, plus on risque de d\u00e9couvrir un jour que \u00ab\u00a0le monde est fait de verre\u00a0\u00bb, pour reprendre un titre du romancier australien Morris West. Les victimes qui ne sont pas pauvres au d\u00e9part ont toutes les chances de le devenir, si fortun\u00e9es et instruites soient-elles. Peu importe leur point de d\u00e9part, la majorit\u00e9 des personnes atteintes de troubles mentaux ont \u00ab\u00a0de graves probl\u00e8mes d&rsquo;argent et de logement\u00a0\u00bb, constate l&rsquo;ACSM.<\/p>\n<p>L&rsquo;une des raisons de ce lamentable \u00e9tat de choses, c&rsquo;est l&rsquo;exclusion \u00e0 laquelle la soci\u00e9t\u00e9 condamne ceux qu&rsquo;elle per\u00e7oit toujours comme des parias, voire comme les coupables de quelque faute mystique justifiant leur \u00e9tat. Les affections de l&rsquo;esprit ne sont que le fruit du hasard-traumatisme, rat\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique, infection virale-mais nous continuons \u00e0 rejeter leurs victimes alors m\u00eame que toutes les autres formes de discrimination sont bannies au Canada.<\/p>\n<p>Cette discrimination se nourrit d&rsquo;une s\u00e9rie d&rsquo;id\u00e9es fausses, dont celle de l&rsquo;incurabilit\u00e9. Une maladie mentale, croit-on, ne peut que s&rsquo;aggraver avec le temps. En fait, il existe aujourd&rsquo;hui des traitements m\u00e9dicamenteux et psychologiques d&rsquo;une efficacit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9e. Ceux et celles qui en b\u00e9n\u00e9ficient ont de bonnes chances de pouvoir mener une vie riche et productive.<\/p>\n<p>Riche et productive\u0085 pourvu que les gens dits normaux le veuillent bien. H\u00e9las\u00a0! Beaucoup de braves citoyens refusent cat\u00e9goriquement de c\u00f4toyer des \u00ab\u00a0fous\u00a0\u00bb (pour s&rsquo;en tenir au terme le moins p\u00e9joratif). On les fuit comme la peste, comme si leur ali\u00e9nation-ce mot surann\u00e9, enkyst\u00e9 dans le jargon juridique-\u00e9tait contagieuse. Une superstition qui remonte aux temps obscurs o\u00f9 ces pauvres gens passaient pour poss\u00e9d\u00e9s du Malin et \u00e9taient exil\u00e9s au d\u00e9sert ou dans les for\u00eats.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2022\/08\/august2002_2.gif\" alt=\"image\" align=\"left\" hspace=\"5\" vspace=\"5\" \/><\/p>\n<p>Quelques si\u00e8cles plus tard, les gens instables ou simplement excentriques \u00e9taient emprisonn\u00e9s avec des criminels de droit commun qui les exploitaient et les tourmentaient. La fondation d&rsquo;asiles r\u00e9serv\u00e9s aux \u00ab\u00a0anormaux\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas beaucoup am\u00e9lior\u00e9 leur sort si on en croit la description que fait Margaret Atwood d&rsquo;un asile torontois du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle dans son roman Captive. Les malades y sont v\u00eatus de haillons, confin\u00e9s dans des cellules obscures et humides\u00a0; leurs maigres repas ne comportent \u00e0 peu pr\u00e8s pas de viande, car on s&rsquo;imagine qu&rsquo;elle excite leurs instincts bestiaux. Les plus charitables de leurs concitoyens ne voient dans leur quasi-supplice qu&rsquo;une esp\u00e8ce de malchance\u00a0: \u00ab\u00a0Les fous, comme les idiots et les infirmes, doivent leur \u00e9tat \u00e0 la toutepuissante Providence\u00a0\u00bb, affirme un personnage.<\/p>\n<p>Alors que sur tant d&rsquo;autres sujets, les Canadiens ont accompli d&rsquo;immenses progr\u00e8s depuis un si\u00e8cle, leur attitude \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des maladies mentales n&rsquo;a pas \u00e9volu\u00e9, ou si peu. L&rsquo;internement pur et dur est rest\u00e9 la norme jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es soixante. Les instituts psychiatriques n&rsquo;ont commenc\u00e9 \u00e0 se vider qu&rsquo;avec la mise au point des premiers antipsychotiques. Les experts escomptaient que les patients lib\u00e9r\u00e9s seraient capables de s&rsquo;autom\u00e9dicamenter, donc de mener une vie normale. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, ceux qui n&rsquo;\u00e9taient pas rendus \u00e0 une famille \u00ab\u00a0d\u00e9bord\u00e9e par ce monstrueux fardeau et insuffisamment \u00e9paul\u00e9e\u00a0\u00bb, comme le note l&rsquo;ACSM, ont fini en centre d&rsquo;h\u00e9bergement ou dans la rue.<\/p>\n<p>Pourquoi ont-ils \u00e9t\u00e9 si mal re\u00e7us \u00e0 leur sortie d&rsquo;h\u00f4pital\u00a0? Entre autres parce qu&rsquo;ils faisaient peur. Dans les livres, les films, les \u00e9missions offertes aux enfants comme aux adultes, la maladie mentale est syst\u00e9matiquement associ\u00e9e \u00e0 la violence. Un homme d&rsquo;exception, le long-m\u00e9trage qui a remport\u00e9 l&rsquo;oscar du meilleur film cette ann\u00e9e, a l&rsquo;immense m\u00e9rite de rompre avec ce sinistre clich\u00e9\u00a0: le portrait qu&rsquo;il nous livre de John Nash, math\u00e9maticien et prix Nobel atteint de schizophr\u00e9nie, d\u00e9borde de compassion. Mais pour une production de cette qualit\u00e9, combien exploitent la peur des tueurs en s\u00e9rie et autres psychotiques violents\u00a0?<\/p>\n<p>Les m\u00e9dias ne ratent pas une occasion de faire passer un \u00eatre perturb\u00e9 pour une bombe \u00e0 retardement ambulante. Les histoires comme celle d&rsquo;Andrea Yates, une ancienne patiente psychiatrique qui a noy\u00e9 ses cinq enfants, ont droit aux grands titres de la presse parl\u00e9e et \u00e9crite. On perp\u00e9tue ainsi des pr\u00e9jug\u00e9s terrifiants sur des gens pour la plupart inoffensifs. En v\u00e9rit\u00e9, les malades mentaux subissent beaucoup plus de violences qu&rsquo;ils n&rsquo;en infligent.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment, on a interrog\u00e9 des patients des services psychiatriques britanniques sur les causes des discriminations dont ils s&rsquo;estimaient victimes\u00a0: 60 pour cent des r\u00e9pondants ont mentionn\u00e9 le n\u00e9gativisme des m\u00e9dias. Le minist\u00e8re de la Sant\u00e9 de Grande-Bretagne a inclus un volet de sensibilisation des journalistes dans son ambitieux Mind Out for Mental Health, un programme anti-discrimination qui mobilise les associations, les entreprises et les organisations \u00e9tudiantes autour de trois objectifs\u00a0: faire r\u00e9fl\u00e9chir, contester les id\u00e9es re\u00e7ues et sugg\u00e9rer des fa\u00e7ons de changer les attitudes et comportements.<\/p>\n<p>Le gouvernement ontarien m\u00e8ne une campagne d&rsquo;\u00e9ducation populaire du m\u00eame genre par l&rsquo;interm\u00e9diaire de neuf d\u00e9l\u00e9gations r\u00e9gionales qui supervisent en parall\u00e8le la formation professionnelle et le logement. Ces \u00e9quipes doivent aussi coordonner l&rsquo;organisation de centres de d\u00e9pannage et de groupes d&rsquo;entraide, car on s&rsquo;est rendu compte que ces ressources l\u00e9g\u00e8res contribuaient autant que les structures officielles \u00e0 la r\u00e9insertion des malades, et on souhaite donc les int\u00e9grer au r\u00e9seau public. Des personnes en traitement et des membres de familles concern\u00e9es font partie des d\u00e9l\u00e9gations aux c\u00f4t\u00e9s de b\u00e9n\u00e9voles et de repr\u00e9sentants des organismes publics. Il \u00e9tait temps\u00a0!<\/p>\n<p>Les milieux \u00e9conomiques peuvent et doivent jouer un r\u00f4le-cl\u00e9 dans toutes les actions destin\u00e9es \u00e0 faire \u00e9voluer les mentalit\u00e9s. Le tribut que la maladie mentale pr\u00e9l\u00e8ve sur la prosp\u00e9rit\u00e9 nationale, ce sont les entrepreneurs qui le paient au premier chef. Comme l&rsquo;explique tr\u00e8s justement l&rsquo;un des leurs, le Canadien Dan Tapscott, la mati\u00e8re grise et les relations humaines sont les principaux facteurs de production de l&rsquo;\u00e9conomie postindustrielle. Il faut donc veiller sur la sant\u00e9 mentale des millions de travailleurs intellectuels qui assurent cette production avec autant de soin qu&rsquo;on en a accord\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 la sant\u00e9 physique des travailleurs manuels.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s M. Tapscott, les maladies mentales se d\u00e9veloppent \u00e0 une vitesse inqui\u00e9tante au sein de la population active, mais \u00ab\u00a0les employ\u00e9s qui avouent leur d\u00e9tresse sont souvent victimes du m\u00e9pris de leurs employeurs et de leur entourage\u00a0\u00bb. Incapables de se faire entendre, ils d\u00e9rivent sans rem\u00e8de, et leur productivit\u00e9 s&rsquo;effondre.<\/p>\n<p>Le salut passe par un soutien actif du milieu professionnel\u00a0: \u00ab\u00a0La victime d&rsquo;une maladie mentale qui reprend le travail devrait \u00eatre accueillie avec autant de chaleur que si elle avait surv\u00e9cu \u00e0 un cancer ou \u00e0 une crise cardiaque.\u00a0\u00bb Cela suppose toutefois qu&rsquo;elle ait pu se faire soigner, ce qui ne va pas toujours de soi. Comme le rappelle l&rsquo;ACSM, beaucoup de r\u00e9gimes d&rsquo;assurance invalidit\u00e9 excluent la maladie mentale des motifs d&rsquo;indemnisation.<\/p>\n<p>Mieux vaut pr\u00e9venir que gu\u00e9rir\u00a0: s&rsquo;inspirant de ce dicton, Michael Wilson a exhort\u00e9 les chefs d&rsquo;entreprise \u00e0 vacciner leur personnel contre le stress en r\u00e9partissant \u00e9quitablement les responsabilit\u00e9s, en am\u00e9liorant le cadre de travail et en modifiant les m\u00e9thodes de gestion par trop perturbantes-\u00ab\u00a0pour des raisons \u00e9conomiques solides et chiffrables, tout simplement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s la Business and Economic Roundtable qu&rsquo;il pr\u00e9side, les maladies mentales co\u00fbtent 16 milliards de dollars par an \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie canadienne, \u00e0 peu pr\u00e8s l&rsquo;\u00e9quivalent des revenus de tous les travailleurs d&rsquo;une petite province comme la Nouvelle-\u00c9cosse. Cette charge \u00e9crasante, c&rsquo;est la population canadienne qui finit par l&rsquo;assumer au travers des hausses de prix et d&rsquo;imp\u00f4ts. Il faut \u00e0 tout prix l&rsquo;all\u00e9ger.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cet argument \u00e9conomique, il y en a un autre qui nous impose d&rsquo;agir sans plus tarder\u00a0: celui de la justice honteusement bafou\u00e9e par notre inertie. La discrimination dont sont victimes les malades mentaux est un scandale permanent dans une soci\u00e9t\u00e9 qui se vante de traiter \u00e9quitablement tous ses membres. L&rsquo;ACSM a beau jeu de d\u00e9noncer les budgets \u00ab\u00a0\u00e9tiques en regard de l&rsquo;incidence et du fardeau\u00a0\u00bb et les pr\u00e9jug\u00e9s qui sapent la qualit\u00e9 des soins \u00ab\u00a0en criminalisant les patients et en les privant de leur libre-arbitre\u00a0\u00bb. Des pr\u00e9jug\u00e9s qui ont trop souvent le sceau de l&rsquo;autorit\u00e9.<\/p>\n<p>On a coutume de dire que le niveau de civilisation d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 se mesure au traitement qu&rsquo;elle r\u00e9serve aux plus faibles. Si on consid\u00e8re celui que le Canada accorde aux malades mentaux, il n&rsquo;y a pas de quoi pavoiser. Nous avons exclu et ridiculis\u00e9 des malheureux qui n&rsquo;\u00e9taient en rien responsables de leur \u00e9tat. Nous les avons l\u00e9s\u00e9s en attribuant \u00e0 la recherche sur leurs maladies une minuscule fraction des moyens financiers que nous consacrions \u00e0 la pr\u00e9vention et au traitement des affections purement physiques. Nous ne nous sommes jamais souci\u00e9s de leur garantir un acc\u00e8s \u00e9gal \u00e0 l&#8217;emploi, \u00e0 l&rsquo;instruction ou au logement. En \u00ab\u00a0criminalisant\u00a0\u00bb certains de leurs comportements et en les \u00ab\u00a0privant de leur libre-arbitre\u00a0\u00bb, nous avons m\u00eame port\u00e9 atteinte \u00e0 leurs droits les plus fondamentaux.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences \u00e9conomiques d&rsquo;une d\u00e9gradation du capital intellectuel dont d\u00e9pend notre prosp\u00e9rit\u00e9 future justifieraient \u00e0 elles seules une guerre \u00e0 outrance contre les maladies mentales. Ce n&rsquo;est pourtant pas la meilleure raison que nous ayons pour combattre le pr\u00e9jug\u00e9 ancestral dont souffrent certains des plus faibles parmi nous.<\/p>\n<p>Non, la meilleure raison de toutes, c&rsquo;est que la situation actuelle est une honte pour notre pays.<\/p>\n<p>Ce bulletin a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 par Robert Stewart.<\/p>\n<table border=\"0\" width=\"100%\" cellspacing=\"0\" cellpadding=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2022\/08\/dotted_quote_line.gif\" width=\"434\" height=\"1\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td valign=\"top\" bgcolor=\"#f0f3f9\">\n<div class=\"quote\">\n<p><span class=\"boldtext\">Amis lecteurs<\/span>, Nous sommes fiers de vous compter parmi les lecteurs du Bulletin RBC et voulons vous informer d&rsquo;une d\u00e9cision importante que nous avons prise pour produire une publication plus \u00e9cologique et utile. Internet \u00e9tant de plus en plus utilis\u00e9 et accessible, nous croyons que le moment est venu de remplacer l&rsquo;\u00e9dition imprim\u00e9e du Bulletin par une version \u00e9lectronique publi\u00e9e sur notre site Internet. L&rsquo;\u00e9dition en ligne vous r\u00e9servera des essais tout aussi inspirants et bien r\u00e9dig\u00e9s que ceux que vous \u00eates habitu\u00e9s \u00e0 lire sur papier. Internet nous permettra en outre de mettre \u00e0 votre disposition des archives compl\u00e8tes du Bulletin de la Banque Royale, depuis le tout premier num\u00e9ro d&rsquo;analyse non \u00e9conomique paru en 1944.<\/p>\n<p>Ceux qui n&rsquo;ont pas acc\u00e8s \u00e0 Internet pourront obtenir des exemplaires imprim\u00e9s sur demande \u00e0 leur succursale RBC ou dans la plupart des biblioth\u00e8ques publiques ayant un acc\u00e8s \u00e0 Internet. Vous trouverez le Bulletin RBC \u00e0 l&rsquo;adresse\u00a0: www.rbc.com\/communautaire\/bulletin. Nous esp\u00e9rons que vous continuerez d&rsquo;appr\u00e9cier ce Bulletin dans son nouveau format \u00e9lectronique et que vous aurez le temps de relire quelques anciens num\u00e9ros sur notre site web.<\/p>\n<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/wp-content\/uploads\/sites\/5\/2022\/08\/dotted_quote_line.gif\" width=\"434\" height=\"1\" \/><\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[52],"class_list":["post-2009","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-52"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.2 (Yoast SEO v27.2) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Ao\u00fbt 2002 - La sant\u00e9 mentale aujourd&#039;hui et demain - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/aout-2002-la-sante-mentale-aujourdhui-et-demain\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Ao\u00fbt 2002 - La sant\u00e9 mentale aujourd&#039;hui et demain\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"S&rsquo;il est aujourd&rsquo;hui un h\u00e9ros canadien, c&rsquo;est bien Rom\u00e9o Dallaire, l&rsquo;homme que l&rsquo;O.N.U. avait charg\u00e9 de maintenir la paix au Rwanda en 1994. 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