{"id":2007,"date":"1978-08-01T00:00:00","date_gmt":"1978-08-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-59-n-8-aout-1978-lheritage-de-sandford-fleming\/"},"modified":"2022-10-17T15:46:52","modified_gmt":"2022-10-17T15:46:52","slug":"vol-59-n-8-aout-1978-lheritage-de-sandford-fleming","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-59-n-8-aout-1978-lheritage-de-sandford-fleming\/","title":{"rendered":"Vol. 59, N\u00b0 8 &#8211; Ao\u00fbt 1978 &#8211; L&rsquo;h\u00e9ritage de Sandford Fleming"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">Personnage remarquable de l&rsquo;histoire d&rsquo;un pays remarquable. Pourtant, nous sommes port\u00e9s \u00e0 oublier ce qu&rsquo;il a fait, peut-\u00eatre parce que les fruits de son oeuvre paraissent aujourd&rsquo;hui bien banals. Voici une appr\u00e9ciation de l&rsquo;h\u00e9ritage laiss\u00e9 par sir Sandford Fleming, humaniste et homme de science canadien. Premier texte d&rsquo;une s\u00e9rie intermittente traitant des grandes figures de notre pass\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Sir Sandford Fleming n&rsquo;est pas compl\u00e8tement oubli\u00e9, mais vu tout ce que les Canadiens lui doivent toujours, 63 ans apr\u00e8s sa mort, il est curieux que nous pensions si peu souvent \u00e0 proclamer ses r\u00e9alisations extraordinaires. \u00c0 sa mani\u00e8re, il a accompli autant que sir John Macdonald ou sir Wilfrid Laurier pour unifier le Canada. Mais si l&rsquo;on demandait \u00e0 cent Canadiens diff\u00e9rents qui est Sandford Fleming, la plupart d&rsquo;entre eux r\u00e9pondraient sans doute que c&rsquo;est un ancien s\u00e9nateur du Nouveau-Brunswick ou un ex-joueur de d\u00e9fense des <em>Bruins <\/em>de Boston.<\/p>\n<p>Les mots &#8211; prononc\u00e9s ou imprim\u00e9s &#8211; perp\u00e9tuent la m\u00e9moire des hommes politiques. Mais Fleming \u00e9tait ing\u00e9nieur, et, comme il l&rsquo;a dit lui-m\u00eame, \u00ab\u00a0les ing\u00e9nieurs doivent oeuvrer dans une sph\u00e8re distincte qui leur est propre et o\u00f9 il s&rsquo;agit moins des paroles que des actes et moins des hommes que des choses.\u00a0\u00bb M\u00eame si Fleming fut en r\u00e9alit\u00e9 un des ing\u00e9nieurs les plus loquaces d&rsquo;une \u00e9poque prolixe, il n&rsquo;en est pas moins vrai que son legs r\u00e9side dans ce qu&rsquo;il a fait et non dans ce qu&rsquo;il a dit et ce que les autres ont dit de lui. Le fruit de ses efforts est si bien connu aujourd&rsquo;hui que nous ne nous arr\u00eatons gu\u00e8re \u00e0 y r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 lui, le monde conna\u00eet l&rsquo;uniformit\u00e9 de l&rsquo;heure. Cheminot professionnel et navigateur amateur, il observa que, si les trains et les navires allaient de plus en plus vite, la confusion des heures mena\u00e7ait d&rsquo;annuler tous leurs progr\u00e8s. Les horaires internationaux \u00e9taient le cauchemar des employ\u00e9s des chemins de fer, la tour de Babel des voyageurs. L&rsquo;imbroglio r\u00e9gnait jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;un m\u00eame pays. \u00c0 midi \u00e0 Toronto en 1880, il \u00e9tait 11 h 58 \u00e0 Hamilton, 12 h 08 \u00e0 Belleville, 12 h 25 \u00e0 Montr\u00e9al. Les chemins de fer des \u00c9tats-Unis utilisaient cent types d&rsquo;heure diff\u00e9rents. On voyait dans les gares des s\u00e9ries d&rsquo;horloges marquant l&rsquo;heure \u00e0 divers points le long de la voie ferr\u00e9e. Les voyageurs chevronn\u00e9s portaient des montres ayant jusqu&rsquo;\u00e0 six cadrans.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour ramener cette pagaille des heures \u00e0 la saine raison que Fleming inventa le syst\u00e8me des 24 fuseaux horaires bas\u00e9s sur un m\u00e9ridien d&rsquo;origine de longitude passant par Greenwich, en Angleterre. Au d\u00e9but, les soci\u00e9t\u00e9s scientifiques qualifi\u00e8rent le projet de r\u00eave insens\u00e9, mais il y travailla avec acharnement pendant 20 ans. Le comte Grey, le gouverneur g\u00e9n\u00e9ral qui donna la coupe du m\u00eame nom au Rugby canadien, disait un jour de Fleming qu&rsquo;il avait la ferveur missionnaire de saint Paul. En mati\u00e8re d&rsquo;uniformisation de l&rsquo;heure en tout cas, il r\u00e9ussit avec le temps \u00e0 \u00ab\u00a0convertir\u00a0\u00bb le monde. En 1890, l&rsquo;Am\u00e9rique du Nord, la Grande-Bretagne, la Su\u00e8de, la majeure partie de l&rsquo;Europe et le Japon avaient tous adopt\u00e9 son syst\u00e8me. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 Fleming que n&rsquo;importe qui aujourd&rsquo;hui peut ouvrir un atlas, consulter l&rsquo;horloge et calculer l&rsquo;heure qu&rsquo;il est aux antipodes.<\/p>\n<p>Son influence sur les itin\u00e9raires qu&#8217;empruntent les Canadiens dans leur pays subsistera tant qu&rsquo;il y aura des trains qui circuleront d&rsquo;un oc\u00e9an \u00e0 l&rsquo;autre. Pourquoi <em>l&rsquo;Oc\u00e9an Limit\u00e9e<\/em>, de Halifax \u00e0 destination de Montr\u00e9al, passe-t-il dans telle for\u00eat, longe-t-il telle rivi\u00e8re\u00a0? Qui est celui qui, en 1862, pr\u00e9senta au gouvernement canadien le premier plan pratique &#8211; \u00e9tabli jusqu&rsquo;au dernier dollar et la derni\u00e8re traverse &#8211; d&rsquo;un chemin de fer vers le Pacifique\u00a0? Qui a dit que \u00ab\u00a0le chemin de fer du Pacifique surpasserait en tout point l&rsquo;ampleur et le co\u00fbt de tout ouvrage jamais tent\u00e9 par l&rsquo;homme\u00a0\u00bb\u00a0&#8230; et qui une douzaine d&rsquo;ann\u00e9es apr\u00e8s devint ing\u00e9nieur en chef de cette prodigieuse entreprise de construction\u00a0? Qui dirigea d&rsquo;historiques et p\u00e9rilleuses exp\u00e9ditions dans les Rocheuses pour faire les \u00e9tudes non seulement de la ligne du Pacifique \u00e0 travers le col du Cheval-qui-Rue, mais aussi de ce qui serait un jour la voie du Canadien National \u00e0 travers le col de Yellowhead\u00a0? Dans chaque cas, la r\u00e9ponse est Sandford Fleming.<\/p>\n<p>Fleming mesurait largement les six pieds. Sa barbe avait blanchi au moment o\u00f9, en novembre 1885, un nomm\u00e9 Ross, de Winnipeg, prit, \u00e0 Craigellachie (C.-B.), l&rsquo;une des meilleures photographies de l&rsquo;histoire canadienne. On y voit un groupe de terrassiers et de dignitaires dans la brume de la montagne. Habill\u00e9s de v\u00eatements sombres et frip\u00e9s et coiff\u00e9s de melons ou de casquettes, ils entourent le directeur du C.P., Donald Smith, en train d&rsquo;enfoncer le dernier crampon du chemin de fer con\u00e7u 23 ans auparavant par Fleming. Derri\u00e8re Smith et dominant presque la photographie se dresse Fleming lui-m\u00eame en haut de forme. L&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de sa barbe ressemble au tranchant d&rsquo;une pelle. Il a l&rsquo;air solide et impassible comme un poteau tot\u00e9mique, mais il est profond\u00e9ment \u00e9mu. Il \u00e9crira plus tard\u00a0:<\/p>\n<p>La plupart des ing\u00e9nieurs, ainsi que les centaines de travailleurs de toutes nationalit\u00e9s qui avaient \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9s dans les montagnes \u00e9taient pr\u00e9sents&#8230; Les coups frapp\u00e9s sur le crampon retentirent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;enfoncement complet de celui-ci. Mais personne ne rompit le silence&#8230; On aurait dit que le geste accompli avait exerc\u00e9 un charme sur tous les assistants. Chacun paraissait absorb\u00e9 dans ses r\u00e9flexions&#8230; Soudain, un hourra jaillit spontan\u00e9ment de toutes les bouches, et ce n&rsquo;\u00e9tait pas un hourra ordinaire. L&rsquo;enthousiasme contenu, les sentiments refoul\u00e9s de ces hommes accoutum\u00e9s au travail ardu s&rsquo;exhalaient librement. Et les hourras succ\u00e9d\u00e8rent aux hourras&#8230; Pareille sc\u00e8ne se produit parfois sur le champ d&rsquo;une bataille \u00e2prement disput\u00e9e lorsqu&rsquo;enfin la victoire est certaine&#8230; Au milieu des acclamations, une voix cria du ton le plus prosa\u00efque et comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un fait de tous les jours\u00a0: \u00ab\u00a0En voiture pour le Pacifique\u00a0!\u00a0\u00bb Le signal fut aussit\u00f4t suivi, et, en quelques minutes, le train \u00e9tait en marche. Il passa sur la voie nouvellement pos\u00e9e et, parmi les bravos redoubl\u00e9s, fila droit vers l&rsquo;ouest.<\/p>\n<p>Sir Andrew MacPhail, professeur d&rsquo;histoire m\u00e9dicale \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 McGill et \u00e9crivain \u00e0 ses heures, disait qu&rsquo;il est bien possible que Fleming ne soit pas le plus grand ing\u00e9nieur qui ait jamais exist\u00e9, mais qu&rsquo;il est s\u00fbrement \u00ab\u00a0le plus grand homme qui se soit jamais occup\u00e9 de g\u00e9nie\u00a0\u00bb. Fleming s&rsquo;occupa de beaucoup d&rsquo;autres choses. Il cr\u00e9a le premier timbre-poste du Canada en 1851. Il fonda une soci\u00e9t\u00e9 de membres des professions lib\u00e9rales connue sous le nom de <em>Canadian Institute <\/em>et dont il c\u00e9l\u00e9bra le cinquanti\u00e8me anniversaire. Le 5 septembre 1883, \u00e0 4,600 pieds au-dessus du niveau de la mer, dans les monts Selkirk, il participa \u00e0 la formation du <em>Canadian Alpine Club <\/em>et en fut le premier pr\u00e9sident.<\/p>\n<h3>\u00c0 la conqu\u00eate de l&rsquo;entit\u00e9 nationale par les hu\u00eetres et le champagne<\/h3>\n<p>Premier lithographe du Canada, il imprima la premi\u00e8re v\u00e9ritable carte urbaine du pays. Il \u00e9labora un plan d\u00e9taill\u00e9 pour le port de Toronto, o\u00f9 il fit lui-m\u00eame tous les sondages avec un bateau \u00e0 rames. Il r\u00e9digea des articles sur la navigation maritime, les navires \u00e0 vapeur, les tableaux historiques, les timbres-poste et le daltonisme.<\/p>\n<p>Il \u00e9crivit un livre de <em>Courtes pri\u00e8res quotidiennes pour familles affair\u00e9es<\/em>, pla\u00e7a si bien son argent qu&rsquo;il se trouva riche entre 35 et 40 ans et, au moment de l&rsquo;historique conf\u00e9rence de Charlottetown de 1864, r\u00e9ussit \u00e0 faire adopter son voeu que celle-ci soit suivie de voyages par les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s canadiens \u00e0 Halifax et \u00e0 Saint-Jean (Terre-Neuve). Il estimait qu&rsquo;il \u00ab\u00a0n&rsquo;y a rien de tel que la fraternit\u00e9 de la table\u00a0\u00bb\u00a0; et, comme l&rsquo;avaient d\u00e9j\u00e0 d\u00e9montr\u00e9 ses plantureuses r\u00e9ceptions \u00e0 Ottawa et \u00e0 Halifax, il croyait aussi \u00e0 la fraternit\u00e9 des hu\u00eetres et du champagne. Apr\u00e8s les agapes des provinces Maritimes, en 1864, le <em>Morning Telegraph <\/em>de Saint-Jean reconnaissait avec satisfaction dans son \u00e9ditorial\u00a0: \u00ab\u00a0Les Canadiens sont de braves gens et de joyeux comp\u00e8res\u00a0; nous regrettons de nous en s\u00e9parer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cet homme avait le don d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent l\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;histoire canadienne pouvait l&rsquo;effleurer de son souffle. En 1849, il se rend de Toronto \u00e0 Montr\u00e9al pour obtenir un brevet d&rsquo;arpenteur et tombe au beau milieu d&rsquo;une \u00e9meute. Une bande d&rsquo;\u00e9meutiers avaient assailli le carrosse du gouverneur \u00e0 coup de pierres et d&rsquo;oeufs pourris, et la foule emporta Fleming jusqu&rsquo;aux portes du palais du Parlement en flammes. Il avait alors 22 ans et n&rsquo;avait quitt\u00e9 son foyer de Kirkcaldy, en \u00c9cosse, que quatre ans auparavant. Il s&#8217;empressa d&rsquo;organiser une petite escouade pour sauver un immense portrait de la reine Victoria. Ardent imp\u00e9rialiste pendant toute sa vie, Fleming ira m\u00eame plus tard jusqu&rsquo;\u00e0 c\u00e9l\u00e9brer les grands moments de son existence, comme la travers\u00e9e de la ligne divisoire des eaux des Rocheuses, en portant un toast \u00e0 la reine Victoria dans l&rsquo;eau bouillonnante des ruisseaux de montagne.<\/p>\n<h3>Le tour du monde dans les deux sens par le c\u00e2ble de Fleming<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s avoir reli\u00e9 les diverses parties du Canada par le rail, Fleming d\u00e9cide de r\u00e9unir les possessions de l&rsquo;Empire par le c\u00e2ble. Le principal anneau manquant des communications imp\u00e9riales r\u00e9side alors entre le Canada et l&rsquo;Australie. En 1879, il \u00e9crit la premi\u00e8re lettre par laquelle il propose l&rsquo;installation d&rsquo;un c\u00e2ble dans le Pacifique. \u00c0 la suite d&rsquo;une campagne qui l&#8217;emporte m\u00eame sur sa croisade pour l&rsquo;uniformisation de l&rsquo;heure par sa t\u00e9nacit\u00e9 et les fonds personnels qu&rsquo;il y affecte, il assiste enfin \u00e0 la mise en service du c\u00e2ble le 31 octobre 1902. Le Premier ministre de la Nouvelle-Z\u00e9lande lui envoie un t\u00e9l\u00e9gramme pour le f\u00e9liciter. Pour marquer le coup, Fleming exp\u00e9die vers l&rsquo;ouest et vers l&rsquo;est des messages qui font le tour du monde dans les deux sens.<\/p>\n<p>M\u00eame \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 le travail est v\u00e9n\u00e9r\u00e9, le z\u00e8le de Fleming pour le travail para\u00eet extraordinaire. Encore petit gar\u00e7on, en \u00c9cosse, il a recopi\u00e9 ces lignes de <em>l&rsquo;Almanach du bonhomme Richard<\/em>, de Benjamin Franklin\u00a0: \u00ab\u00a0Mais aimes-tu la vie\u00a0? Alors, ne gaspille pas le temps, car c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9toffe dont la vie est faite. Combien plus qu&rsquo;il n&rsquo;en faut en passons-nous \u00e0 dormir, oubliant que le renard qui dort n&rsquo;attrape pas de poules et que nous dormirons toujours assez dans la tombe. L&rsquo;oisivet\u00e9 rend toute chose difficile, mais le travail rend tout facile.\u00a0\u00bb Toute sa vie et durant chacune de ses 88 ann\u00e9es, Fleming refusera obstin\u00e9ment de perdre son temps.<\/p>\n<p>Il est tout \u00e0 son honneur, \u00e0 la fois comme ing\u00e9nieur r\u00e9put\u00e9 et comme bourreau insatiable de travail, de n&rsquo;avoir occup\u00e9 \u00e0 un certain moment pas moins de trois des plus hauts postes dans les chemins de fer de notre pays. Il fut ing\u00e9nieur en chef de l&rsquo;Intercolonial, en cours de construction entre Halifax et Qu\u00e9bec\u00a0; ing\u00e9nieur en chef du Canadien Pacifique, dont il devait \u00e9tablir le trac\u00e9 de la voie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oc\u00e9an\u00a0; et ing\u00e9nieur en chef des \u00e9tudes de ce qui serait un jour la compagnie de chemin de fer de Terre-Neuve. \u00ab\u00a0Aucun homme ne poss\u00e9dant pas son extraordinaire vigueur intellectuelle et physique, \u00e9crit son ami et biographe L. J. Burpee, n&rsquo;aurait pu supporter cet \u00e9norme effort. C&rsquo;\u00e9tait une t\u00e2che hercul\u00e9enne.\u00a0\u00bb Fleming fut le type par excellence de l&rsquo;\u00c9cossais laborieux du Nouveau Monde.<\/p>\n<p>Mais si Fleming fut un \u00c9cossais, il fut aussi un super-Canadien. C&rsquo;est chez nous un clich\u00e9 historique de dire que la barri\u00e8re de la distance \u00e0 vaincre pour r\u00e9aliser leur unit\u00e9 a forc\u00e9 les Canadiens \u00e0 trouver des solutions aux probl\u00e8mes de communication et de transport. Fleming avait, entre autres, la passion des chemins de fer, des r\u00e9seaux t\u00e9l\u00e9graphiques, des navires \u00e0 vapeur, de la navigation maritime, des communications postales et des c\u00e2bles, dont il voulait ceinturer le globe.<\/p>\n<h3>Trait d&rsquo;union entre les salles de conseil et la nature la plus sauvage<\/h3>\n<p>Il appartenait aussi \u00e0 la race typiquement canadienne des gentils hommes de la nature sauvage. C&rsquo;\u00e9tait \u00e0 la fois un intellectuel et un homme de science, un fervent pratiquant et un sp\u00e9cialiste des affaires publiques. Pourtant, il \u00e9tait dur comme un fer de hache, ne le c\u00e9dant qu&rsquo;aux Indiens dans l&rsquo;art de se d\u00e9brouiller dans les bois. Il fr\u00e9quenta les princes et les trappeurs, les gouverneurs et les m\u00e9tis, les premiers ministres et les Indiens, les lords et les maquignons de la brousse. Cet humaniste coureur de bois servit de trait d&rsquo;union entre l&rsquo;arri\u00e8re-pays et les salles de conseil, la bureaucratie et les universit\u00e9s. Il \u00e9volua avec aise dans l&rsquo;un et l&rsquo;autre de ces deux mondes.<\/p>\n<p>Il traversa le Canada \u00e0 pied, en raquettes, en tra\u00eeneau \u00e0 chiens, en cano\u00eb, en chariot, en radeau et en pirogue. Mais il sillonna Venise en gondole et fit une ascension en ballon \u00e0 Paris. Il lui arriva m\u00eame une fois de parcourir en 5 jours les quelque 300 milles que s\u00e9parent Sh\u00e9diac de Rimouski, par un temps d&rsquo;hiver des plus rigoureux. Il visita cinq continents par bateau et connut le luxe supr\u00eame d&rsquo;avoir un wagon de chemin de fer particulier.<\/p>\n<p>Dans la Prairie, il se rendit chez un chef sioux, portant un collier de griffes d&rsquo;ours, des bandes de mouffette aux chevilles et des plumes de faucon dans les cheveux\u00a0; \u00e0 Paris, il fut pr\u00e9sent\u00e9 au Prince de Galles, dont il partagea la loge royale \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra. Sur le parcours d&rsquo;une future voie ferr\u00e9e, il s&rsquo;enfila une peau de loup sur la t\u00eate et se joignit \u00e0 un groupe de danseurs Indiens. \u00c0 Londres, il se trouva nez \u00e0 nez avec sir John Macdonald. Les deux hommes et leurs \u00e9pouses pass\u00e8rent deux jours ensemble, courant les magasins et visitant en grand \u00e9quipage les bords de la Tamise.<\/p>\n<h3>\u00ab\u00a0Comment a-t-on pu choisir un homme qui n&rsquo;a jamais \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Le soir de son 24e anniversaire, il coucha sur les rives du lac Huron couvertes de trois pieds de neige et par un vent qui fit descendre la temp\u00e9rature \u00e0 -14\u00baF. Mais il passa d&rsquo;autres anniversaires dans les lits de plumes des plus somptueux h\u00f4tels d&rsquo;Europe. Un jour, il mit en fuite, avec un parapluie, un gros ours qui lui barrait la route dans un coin d\u00e9sert de l&rsquo;Ontario. \u00c0 certains moments, il mangea de l&rsquo;ours, des babines d&rsquo;orignal, de la b\u00e9cassine, du huard, du chevalier \u00e0 pattes jaunes et, bien s\u00fbr, du r\u00f4ti de bison. Il d\u00e9jeunait avec autant d&rsquo;app\u00e9tit sous un cano\u00eb renvers\u00e9, durant un orage, que dans les meilleurs restaurants parisiens.<\/p>\n<p>Il y avait parfois convergence entre son univers sauvage et son univers mondain. En 1864, par exemple, le gouverneur du Nouveau-Brunswick le pria avec insistance \u00e0 d\u00eener. Fleming n&rsquo;avait d&rsquo;autre choix que de se pr\u00e9senter dans la tenue qu&rsquo;il portait depuis des semaines au fond des bois\u00a0: chemise de flanelle rouge, pantalon d&rsquo;\u00e9toffe du pays, grosses bottes. \u00ab\u00a0Vous imaginez, \u00e9crit-il, la sensation que j&rsquo;ai faite en entrant dans le salon de l&rsquo;H\u00f4tel du gouvernement, rempli de dames en grande toilette et d&rsquo;officiers en uniforme de c\u00e9r\u00e9monie. Pourtant, on me donna une charmante compagne pour passer \u00e0 table et le repas fut tr\u00e8s agr\u00e9able.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il a connu le Premier ministre d&rsquo;Australie, la reine d&rsquo;Hawa\u00ef et, selon sir Andrew MacPhail, \u00ab\u00a0toutes les personnes de marque de l&rsquo;Empire\u00a0\u00bb. C&rsquo;est au milieu de la nature sauvage qu&rsquo;il fit la connaissance de quelques-uns au moins de ces personnages. Ainsi, en juillet 1880, pendant une excursion de p\u00eache au saumon de cinq jours sur la Matap\u00e9dia, dans le Qu\u00e9bec, il d\u00eena successivement avec George Stephen (le futur lord Mount Stephen), Donald Smith (le futur lord Strathcona), lord Elphinstone et le duc de Beaufort. Il trouva aussi le temps d&rsquo;assister \u00e0 un magnifique feu de joie avec son vieil ami George Grant, recteur de l&rsquo;universit\u00e9 Queen&rsquo;s, ainsi qu&rsquo;avec la princesse Louise et le prince L\u00e9opold. Au terme de ces \u00e9puisantes r\u00e9unions mondaines en for\u00eat, Fleming annon\u00e7a que son fils avait pris un saumon de 25 livres et que, lui, en avait manqu\u00e9 un au gaffage, failli en attraper un autre et r\u00e9ussi a en amener deux \u00e0 terre malgr\u00e9 sa grande fatigue. Il n&rsquo;avait que 53 ans. C&rsquo;\u00e9tait trop t\u00f4t pour ralentir. Il dormirait assez longtemps au cimeti\u00e8re.<\/p>\n<p>La m\u00eame ann\u00e9e, il est nomm\u00e9 chancelier de l&rsquo;universit\u00e9 Queen&rsquo;s et note tout joyeux dans son journal\u00a0: \u00ab\u00a0C&rsquo;est la chose la plus \u00e9trange de ma vie. Pour quelle raison a-t-on choisi pour occuper le plus haut poste un homme qui n&rsquo;a jamais \u00e9tudi\u00e9 de sa vie \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb Il n&rsquo;avait vu l&rsquo;universit\u00e9 Queen&rsquo;s pour la premi\u00e8re fois que quelques jours apr\u00e8s son arriv\u00e9e au Canada en 1845. Mais la vie ne l&rsquo;avait-elle pas combl\u00e9 au cours des 35 ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es depuis. Il a une femme affectionn\u00e9e, une r\u00e9sidence secondaire \u00e0 Halifax, un h\u00f4tel familial \u00e0 Ottawa, un territoire de p\u00eache au saumon dans le nord du Nouveau-Brunswick, le droit de voyager gratuitement dans les meilleurs trains du monde, une fortune personnelle et le prestige d&rsquo;une charge universitaire.<\/p>\n<p>Peu de temps avant sa mort, le 22 juillet 1915, Fleming r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 \u00ab\u00a0son grand bonheur d&rsquo;avoir eu la chance de vivre dans ce beau pays\u00a0\u00bb. Et il ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Je me suis souvent dit combien je dois \u00eatre reconnaissant d&rsquo;avoir vu le jour dans ce monde merveilleux.\u00a0\u00bb D&rsquo;autres aussi pourraient songer parfois \u00e0 remercier le ciel de sa venue, parmi nous, sur cette terre d&rsquo;Am\u00e9rique. Une magnifique occasion de le faire est offerte au voyageur qui chemine vers Montr\u00e9al, en provenance de l&rsquo;Atlantique, par la grande ligne du CN, ou \u00e0 celui qui file vers la c\u00f4te ouest, \u00e0 travers la Prairie et les Rocheuses, dans un convoi du CP. Ou encore au touriste qui r\u00e8gle sa montre en passant d&rsquo;un fuseau horaire \u00e0 un autre, dans toutes les parties du monde.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[50],"class_list":["post-2007","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-50"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v27.2 (Yoast SEO v27.2) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 59, N\u00b0 8 - Ao\u00fbt 1978 - L&#039;h\u00e9ritage de Sandford Fleming - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-59-n-8-aout-1978-lheritage-de-sandford-fleming\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 59, N\u00b0 8 - Ao\u00fbt 1978 - L&#039;h\u00e9ritage de Sandford Fleming\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"Personnage remarquable de l&rsquo;histoire d&rsquo;un pays remarquable. 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