{"id":2005,"date":"1976-08-01T00:00:00","date_gmt":"1976-08-01T00:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-57-n-8-aout-1976-conservation-et-utilisation-de-nos-espaces-libres\/"},"modified":"2022-10-17T15:50:05","modified_gmt":"2022-10-17T15:50:05","slug":"vol-57-n-8-aout-1976-conservation-et-utilisation-de-nos-espaces-libres","status":"publish","type":"rbc_letter","link":"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-57-n-8-aout-1976-conservation-et-utilisation-de-nos-espaces-libres\/","title":{"rendered":"Vol. 57, N\u00b0 8 &#8211; Ao\u00fbt 1976 &#8211; Conservation et utilisation de nos espaces libres"},"content":{"rendered":"<div id=\"layout-column-main\">\n<p class=\"boldtext\">La conservation est d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat vital pour tout le monde. Pour les cultivateurs, les p\u00eacheurs et trappeurs commerciaux, elle rev\u00eat un caract\u00e8re p\u00e9cuniaire, car leur gagne-pain d\u00e9pend de la conservation du sol, du poisson et du gibier. Pour d&rsquo;autres, la vie au grand air est une question de sant\u00e9. Pour tous, la conservation consiste \u00e0 prot\u00e9ger nos parcs, nos for\u00eats, nos montagnes et nos cours d&rsquo;eau.<\/p>\n<p>Cette protection assure la conservation des ressources essentielles \u00e0 l&rsquo;existence des hommes et des animaux. La nature qui nous entoure influe \u00e0 tel point sur notre survivance qu&rsquo;il importe de la respecter.<\/p>\n<p>Il faut y songer plus que jamais, car \u00e0 notre \u00e9poque la machine tend \u00e0 effacer graduellement toute trace de nature sauvage.<\/p>\n<p>L&rsquo;exploitation des ressources naturelles est d&rsquo;origine assez r\u00e9cente sur notre continent, mais elle a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 lieu \u00e0 un gaspillage et \u00e0 un pillage effroyables. Des esp\u00e8ces enti\u00e8res d&rsquo;animaux ont \u00e9t\u00e9 extermin\u00e9es ou r\u00e9duites \u00e0 tel point que leur survivance est douteuse. La hache et le feu ont fait dispara\u00eetre d&rsquo;immenses for\u00eats. Les p\u00e2turages intensifs ont \u00e9puis\u00e9 bien des prairies. L&rsquo;\u00e9rosion a d\u00e9truit la riche surface du sol.<\/p>\n<p>Il y a cent ans \u00e0 peine, bien peu d&rsquo;oiseaux ou de mammif\u00e8res \u00e9taient menac\u00e9s d&rsquo;extinction, et notre terre \u00e9tait encore fertile. Suivirent alors ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 les \u00ab\u00a0soixante terribles ann\u00e9es\u00a0\u00bb. Les laboureurs d\u00e9fonc\u00e8rent le sol sans se pr\u00e9occuper de savoir s&rsquo;il garderait sa fertilit\u00e9. On chassa le bison pour en vendre la peau. Les belles plumes des oiseaux servirent \u00e0 orner le chapeau des coquettes. L&rsquo;abattage des arbres qui ombrageaient les rives et la pollution de l&rsquo;eau par les d\u00e9chets et les ordures entra\u00een\u00e8rent la disparition de bien des poissons.<\/p>\n<p>Par notre cupidit\u00e9, nous avons abus\u00e9 des biens de la nature au d\u00e9triment de nos meilleurs int\u00e9r\u00eats. Ayant enfin reconnu que tout s&rsquo;encha\u00eene dans la nature, nous nous rendons compte aujourd&rsquo;hui que nous avons gravement port\u00e9 atteinte aux services qu&rsquo;elle est appel\u00e9e \u00e0 nous rendre en exigeant d&rsquo;elle plus que le n\u00e9cessitaient nos besoins imm\u00e9diats.<\/p>\n<p>Nous revenons lentement au bon sens, mais il subsiste encore en nous de fausses conceptions. Ayant d\u00e9limit\u00e9 certaines r\u00e9gions sauvages, nous les \u00ab\u00a0am\u00e9liorons\u00a0\u00bb au point d&rsquo;en exclure tout aspect agreste. Nous d\u00e9pensons en prodigues afin d&rsquo;assurer notre confort plus que ne peuvent se le permettre bien d&rsquo;autres pays, mais nous d\u00e9truisons par le fait m\u00eame la base m\u00eame du confort et de la vie.<\/p>\n<h3>Nos richesses ne sont pas in\u00e9puisables<\/h3>\n<p>Dans la nature, ce qui est d\u00e9truit n&rsquo;est pas rempla\u00e7able. La pr\u00e9voyance nous enseigne qu&rsquo;il faut maintenir l&rsquo;\u00e9quilibre entre la nature et les exigences de l&rsquo;industrie.<\/p>\n<p>La conservation assure cet \u00e9quilibre, car elle consiste dans l&#8217;emploi ordonn\u00e9 et judicieux des ressources naturelles dont il importe de maintenir la qualit\u00e9, la quantit\u00e9 et la disponibilit\u00e9 au cours des ann\u00e9es. Elle int\u00e9resse donc chacun d&rsquo;entre nous et non uniquement les gardes forestiers et les gardes-chasse.<\/p>\n<p>Notre faune n&rsquo;\u00e9tant pas in\u00e9puisable, il faut \u00e9videmment emp\u00eacher ceux qui, par ignorance, folie ou cupidit\u00e9, l&rsquo;exterminent pour satisfaire leurs d\u00e9sirs au d\u00e9triment du reste de la population. Dans ce dernier cas, il faut recourir \u00e0 la loi et l&rsquo;appliquer sans merci.<\/p>\n<p>L&rsquo;Ontario s&rsquo;en est aper\u00e7u en 1821, ann\u00e9e o\u00f9 cette province a adopt\u00e9 une loi \u00ab\u00a0d&rsquo;urgence\u00a0\u00bb sur la protection du poisson et du gibier, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1890 qu&rsquo;une commission royale devait \u00eatre charg\u00e9e de faire le recensement de la faune.<\/p>\n<p>Autrefois, le saumon de l&rsquo;Atlantique abondait dans le lac Ontario et frayait jusque dans les rivi\u00e8res Don, Humber et Credit. En 1897, il n&rsquo;y en avait plus. Les tourtres, qu&rsquo;on abattait par millions, et les dindons sauvages, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en voie de dispara\u00eetre. On chercha trop tard \u00e0 assurer leur survivance. La derni\u00e8re tourtre mourut en 1914.<\/p>\n<p>Depuis cinquante ans, heureusement, les gouvernements, l&rsquo;industrie et le public savent jusqu&rsquo;\u00e0 quel point il importe de prot\u00e9ger notre faune et notre flore. Des associations r\u00e9gionales, provinciales et f\u00e9d\u00e9rales se consacrent \u00e0 la protection et \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration des terres, eaux et for\u00eats et \u00e0 la multiplication du gibier et du poisson.<\/p>\n<p>L&rsquo;ambition qui pousse le propri\u00e9taire \u00e0 am\u00e9liorer les abords de sa maison en semant du gazon et des fleurs et en plantant des arbustes et des arbres anime maintenant les autorit\u00e9s, mais en plus grand.<\/p>\n<p>Si nous ne faisons pas partie des associations qui se d\u00e9vouent \u00e0 cette mission, renseignons-nous du moins sur les probl\u00e8mes et les n\u00e9cessit\u00e9s de la conservation.<\/p>\n<h3>N\u00e9cessit\u00e9 des espaces libres<\/h3>\n<p>Afin de survivre aux forces hostiles qui l&rsquo;entourent, l&rsquo;homme ne doit pas se contenter de la nourriture, du v\u00eatement et d&rsquo;un toit\u00a0: il lui faut vivre en soci\u00e9t\u00e9, tout en conservant son individualit\u00e9. Il doit pouvoir communier avec la nature, telle que Dieu l&rsquo;a con\u00e7ue, en passant quelques heures loin des bruits de la ville. L&rsquo;air pur des espaces libres est salutaire \u00e0 notre sant\u00e9. Au sein de la nature, nous retrouvons le calme, l&rsquo;oubli de nos soucis et l&rsquo;inspiration qui na\u00eet du repos et du silence.<\/p>\n<p>C&rsquo;est cette inspiration qui nous incite \u00e0 raconter ce que nous avons vu dans les bois\u00a0: les rayons du soleil qui filtrent \u00e0 travers les feuilles\u00a0; le ruisseau qui cascade sur les cailloux\u00a0; la mousse velout\u00e9e sur les troncs d&rsquo;arbres morts\u00a0; l&rsquo;eau de source qu&rsquo;on boit dans le creux de la main\u00a0; les trilliums et les violettes dans les sous-bois\u00a0; les \u00e9cureuils gambadant sur les aiguilles de pins\u00a0; la fauvette des haies saluant le printemps.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en prot\u00e9geant tout ce qui pousse et tout ce qui vit dans la nature laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame, l&rsquo;homme en tire son profit et son plaisir.<\/p>\n<p>En demeurant confin\u00e9s dans les villes, entre les quatre murs d&rsquo;une maison, d&rsquo;une boutique ou d&rsquo;un bureau, nous perdons l&rsquo;occasion de voir et de sentir le miracle de la vie qui cro\u00eet, la beaut\u00e9 qui nous entoure, ce spectacle grandiose qui faisait dire \u00e0 Lamartine\u00a0:<\/p>\n<p>Objets inanim\u00e9s, avez-vous donc une \u00e2me Qui s&rsquo;attache \u00e0 notre \u00e2me et la force d&rsquo;aimer\u00a0?<\/p>\n<h3>Notre patrimoine<\/h3>\n<p>Nos montagnes et nos plaines, nos rivi\u00e8res et nos lacs constituent notre premier h\u00e9ritage\u00a0; \u00e0 nous de le conserver et d&#8217;emp\u00eacher les autres de le dilapider.<\/p>\n<p>Les visiteurs des vieux pays constatent que nous ne respectons pas autant qu&rsquo;eux les sites naturels. C&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e0 cause de vieilles l\u00e9gendes propres \u00e0 certaines r\u00e9gions\u00a0? En Irlande, par exemple, personne n&rsquo;oserait p\u00e9n\u00e9trer dans un \u00ab\u00a0rond de f\u00e9es\u00a0\u00bb (dessin\u00e9 sur l&rsquo;herbe par des champignons) ni abattre \u00ab\u00a0l&rsquo;arbre solitaire\u00a0\u00bb dans la lande. Ces superstitions ont leur bon c\u00f4t\u00e9, car elles permettent aux petites b\u00eates et aux fleurs sauvages de vivre et de cro\u00eetre en paix.<\/p>\n<p>On ne croit plus aux f\u00e9es ni aux farfadets, mais si ces \u00eatres fantastiques ont pu persuader les humains, par des promesses ou des menaces, de ne pas troubler la tranquillit\u00e9 des lieux qu&rsquo;ils habitent, c&rsquo;est \u00e0 se demander si ces l\u00e9gendes n&rsquo;ont pas contribu\u00e9 \u00e0 sauvegarder du pillage certaines r\u00e9gions agrestes.<\/p>\n<p>En dehors des l\u00e9gendes, il nous faut avoir l&rsquo;esprit de conservation, en arr\u00eatant l&rsquo;abattage sans merci de nos for\u00eats et en emp\u00eachant ceux qui ne pensent qu&rsquo;au confort de g\u00e2ter nos plus beaux paysages.<\/p>\n<p>Dans bien des cas, en effet, on d\u00e9truit le cachet de la campagne en voulant la rendre plus accessible aux touristes. Prenons, par exemple, l&rsquo;\u00e9tang rendu fameux par Thoreau dans son livre <em>Walden ou la Vie dans les bois<\/em>. Les quatre familles qui poss\u00e9daient le terrain environnant l&rsquo;ont l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00c9tat du Massachusetts afin de le sauvegarder pour la post\u00e9rit\u00e9. Or, aujourd&rsquo;hui, au lieu de l&rsquo;\u00e9tang paisible de Thoreau, on y a am\u00e9nag\u00e9 une plage publique et, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la route, se trouvent un parc de roulottes et des restaurants de saucisses chaudes et de frites. Il faut un grand effort d&rsquo;imagination pour se figurer ce que devait \u00eatre la solitude de Walden.<\/p>\n<p>M\u00eame dans les parcs nationaux, on ne cesse de r\u00e9clamer des routes, des chalets et des auberges. C&rsquo;est le cas du parc de Yellowstone, aux \u00c9tats-Unis. L&rsquo;intention premi\u00e8re \u00e9tait de conserver l&rsquo;\u00e9tat naturel de ce parc, mais on n&rsquo;a pas cess\u00e9 depuis de percer de nombreuses routes, d&rsquo;am\u00e9nager des lieux de stationnement et de construire des chalets en grand nombre, ce qui a fait dire \u00e0 un r\u00e9dacteur de <em>Vital Issues<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 Yellowstone, certains endroits ressemblent plut\u00f4t \u00e0 des parcs d&rsquo;attractions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Par contre, dans le cas du parc Algonquin, la province d&rsquo;Ontario a d\u00e9cid\u00e9 de ne tol\u00e9rer les h\u00f4telleries et les attractions qu&rsquo;en bordure du parc et d&rsquo;en laisser le territoire lui-m\u00eame \u00e0 son \u00e9tat naturel.<\/p>\n<h3>Centres de vacances<\/h3>\n<p>\u00c0 mesure que les villes empi\u00e8tent sur la campagne, il devient de plus en plus imp\u00e9rieux de prot\u00e9ger les beaut\u00e9s naturelles des lieux propices au repos, durant le temps des vacances. Le besoin de se r\u00e9cr\u00e9er est n\u00e9cessaire aux gens \u00e2g\u00e9s comme aux jeunes. Nietzsche n&rsquo;a-t-il pas dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tout homme a en lui un enfant qui veut jouer.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Voici ce qu&rsquo;\u00e9crit Jean-Bernard Perrin dans le num\u00e9ro hors s\u00e9rie sur <em>L&rsquo;habitation<\/em>, que vient de publier <em>Science et Vie<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les grandes concentrations urbaines ont non seulement modifi\u00e9 les habitudes et le rythme de vie, mais elles ont entra\u00een\u00e9 de graves inconv\u00e9nients pour la sant\u00e9 des citadins&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Or, il appara\u00eet que les masses vertes et plant\u00e9es agissent comme une succession de filtres et d&rsquo;\u00e9crans vis-\u00e0-vis des gaz, des poussi\u00e8res ou des microbes et qu&rsquo;elles favorisent la d\u00e9tente physique et psychique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La possibilit\u00e9 de se d\u00e9tendre ou de se r\u00e9cr\u00e9er dans un cadre de verdure suppose que chaque famille puisse trouver \u00e0 4 ou 5 minutes de chez elle un jardin d&rsquo;enfants et de repos\u00a0; \u00e0 10 minutes ou un quart d&rsquo;heure un parc de plusieurs acres avec terrains de sports, puis \u00e0 une distance variable, mais toujours ais\u00e9ment accessible, des bois et des pelouses de caract\u00e8re rustique, enfin, tout \u00e0 fait en dehors de la ville, de vastes r\u00e9gions qui auront gard\u00e9 le charme de la nature.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les Canadiens ont le bonheur de poss\u00e9der des centres de vill\u00e9giature aussi vari\u00e9s que nombreux. Ils n&rsquo;ont que l&#8217;embarras du choix, que ce soit au bord de la mer, le long des rivi\u00e8res et des lacs, dans les montagnes ou dans la plaine. Il y a les pentes de ski en hiver, les ruisseaux o\u00f9 l&rsquo;on p\u00eache la truite au printemps, le sable chaud des plages en \u00e9t\u00e9, les for\u00eats flamboyantes de couleurs \u00e0 l&rsquo;automne.<\/p>\n<h3>La le\u00e7on de la nature<\/h3>\n<p>Des jours pass\u00e9s dans les parcs nous emportons non seulement des souvenirs agr\u00e9ables mais aussi un bagage de connaissances, car la nature est un grand livre ouvert. Chaque plante, chaque animal est une le\u00e7on de choses en m\u00eame temps qu&rsquo;un spectacle reposant que le regard absorbe sans que l&rsquo;esprit s&rsquo;interroge sur les propri\u00e9t\u00e9s de la mati\u00e8re vivante que m\u00eame les plus grands biologistes n&rsquo;ont pas encore compl\u00e8tement approfondies. Pour les profanes, il suffit d&rsquo;admirer la beaut\u00e9 des choses et des \u00eatres.<\/p>\n<p>Une connaissance rudimentaire de la nature doit faire partie de la formation des enfants\u00a0; non pas une connaissance acquise dans les manuels ou au moyen d&rsquo;exp\u00e9riences de laboratoire, mais plut\u00f4t celle qui provient du contact intime avec le monde naturel.<\/p>\n<p>La vie au grand air les met au courant des probl\u00e8mes biologiques que l&rsquo;homme doit r\u00e9soudre afin de survivre dans un monde o\u00f9 la nature a toujours le dernier mot. Ce contact nous force \u00e0 surmonter des craintes irraisonn\u00e9es, puisque c&rsquo;est l&rsquo;inconnu qui nous effraie le plus.<\/p>\n<p>H\u00e9las\u00a0! l&rsquo;initiation \u00e0 la vie de la nature, dans nos \u00e9coles, montre souvent qu&rsquo;elle en est au stade des cours de r\u00e9cr\u00e9ation enti\u00e8rement asphalt\u00e9es. On y chercherait en vain des fourmis, des sauterelles et des grillons pour la biologie ou des herbes et des feuilles \u00e0 presser dans les albums.<\/p>\n<h3>Quelle sorte d&rsquo;espaces libres\u00a0?<\/h3>\n<p>Les espaces libres dont nous avons besoin s&rsquo;\u00e9tendent des vastes territoires de milliers de milles carr\u00e9s de superficie jusqu&rsquo;aux petits terrains de pique-nique, pourvus d&rsquo;une ou deux tables, que l&rsquo;on trouve en bordure des routes.<\/p>\n<p>Au Canada, le nom de <em>parc national <\/em>est donn\u00e9 \u00e0 des r\u00e9gions remarquables par la beaut\u00e9 de leurs sites ou par leurs curiosit\u00e9s naturelles. Ce sont des r\u00e9serves \u00e9tablies par le gouvernement f\u00e9d\u00e9ral, o\u00f9 sont enti\u00e8rement prot\u00e9g\u00e9es la flore et la faune originales. \u00ab\u00a0Ces parcs, comme il est dit dans une brochure officielle, sont d\u00e9di\u00e9s au peuple canadien pour son avantage, son \u00e9ducation et son plaisir et ils doivent \u00eatre conserv\u00e9s intacts pour que les g\u00e9n\u00e9rations futures puissent encore en jouir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C&rsquo;est la d\u00e9couverte de sources thermales sulfureuses, pr\u00e8s de Banff, qui entra\u00eena la cr\u00e9ation du premier parc national canadien, en 1885. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;\u00c9tat poss\u00e8de trente parcs nationaux d&rsquo;une superficie totale de plus de 50,000 milles carr\u00e9s.<\/p>\n<p>Chaque parc a son cachet particulier. Quelques-uns sont plut\u00f4t des lieux historiques, surtout des forts qui remontent au r\u00e9gime fran\u00e7ais, tels le fort Beaus\u00e9jour, la forteresse de Louisbourg, le fort Chambly et Port Royal, premier fort b\u00e2ti en 1605 par Champlain. Le public peut y visiter l&rsquo;Habitation o\u00f9 Champlain fonda l&rsquo;Ordre de Bon Temps, il y a 350 ans.<\/p>\n<p>Aux parcs nationaux viennent s&rsquo;ajouter les parcs \u00e9tablis par la plupart des provinces. Les principaux parcs de la province de Qu\u00e9bec sont ceux des Laurentides, du Mont Tremblant, de la Gasp\u00e9sie, du Mont Orford, de La V\u00e9rendrye, de Chibougamau et de Mistassini.<\/p>\n<p>La superficie totale des parcs provinciaux est de 100,000 milles carr\u00e9s, tandis que l&rsquo;\u00e9tendue des r\u00e9serves foresti\u00e8res des provinces est de 265,000 milles carr\u00e9s.<\/p>\n<p>En Ontario, le parc provincial le plus fr\u00e9quent\u00e9 est le parc Algonquin, \u00e0 175 milles de Toronto. C&rsquo;est une contr\u00e9e sauvage de 2,900 milles carr\u00e9s, o\u00f9 abonde la faune la plus vari\u00e9e, car la chasse est interdite, mais o\u00f9 les amateurs de p\u00eache peuvent se livrer \u00e0 leur sport favori.<\/p>\n<h3>Dans les villes<\/h3>\n<p>Pour ceux qui n&rsquo;ont pas d&rsquo;automobile ou ne sont pas assez riches pour passer leurs vacances dans les parcs nationaux et provinciaux, il faut des parcs municipaux.<\/p>\n<p>Les villes pr\u00e9voyantes, qui songent au bien-\u00eatre et \u00e0 la sant\u00e9 des citoyens, se font un point d&rsquo;honneur de poss\u00e9der leurs parcs et leurs espaces libres.<\/p>\n<p>Dans <em>Technique de l&rsquo;urbanisme <\/em>(Collection \u00ab\u00a0Que sais-je\u00a0?\u00a0\u00bb, 1953), Robert Auxelle dit \u00e0 ce propos\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;utilit\u00e9 des espaces libres est attest\u00e9e par une tradition mill\u00e9naire\u00a0: de l&rsquo;agora ou du forum antique \u00e0 l&rsquo;actuelle place de l&rsquo;\u00e9glise ou de la mairie, l&rsquo;activit\u00e9 communale n&rsquo;a pas cess\u00e9 de graviter autour de ce centre attractif. \u00c0 d\u00e9faut de b\u00e2timents appropri\u00e9s, ces places servent dans les bourgs et les petites villes, de lieux de r\u00e9unions ou d&rsquo;\u00e9changes commerciaux de plein air. Cadre autour duquel se groupent les \u00e9difices et services publics, elles ont \u00e9t\u00e9 de plus un des principaux \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;art urbain.<\/p>\n<p>Dans les grandes villes modernes, o\u00f9 cette fonction quasi administrative subsiste seule, le r\u00f4le des espaces libres est beaucoup plus restreint. Ils se sont souvent transform\u00e9s en espaces verts ou plant\u00e9s, encore amoindris par les voies de circulation. Disons donc que la Conjoncture actuelle tend \u00e0 les maintenir dans les petites et moyennes agglom\u00e9rations et \u00e0 les r\u00e9duire dans les grandes.<\/p>\n<p>Bien au contraire, l&rsquo;importance des espaces verts ou plant\u00e9s grandit chaque jour dans la cit\u00e9 moderne. Ne sont-ils pas les seuls \u00e0 lutter contre les dangers de la civilisation m\u00e9canique et, par le milieu qu&rsquo;ils recr\u00e9ent, n&rsquo;exercent-ils pas une bienfaisante influence tant sur les villes que sur leurs habitants\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi la ville de Montr\u00e9al compte un immense parc (le parc Lafontaine), sur lequel elle veille jalousement afin de le conserver dans son entier et dont elle est tr\u00e8s fi\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais, tout inconcevable que cela puisse para\u00eetre, chaque g\u00e9n\u00e9ration nouvelle se voit en face du probl\u00e8me des espaces libres et des parcs comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une question sans pr\u00e9c\u00e9dent. Par contre, le vieux continent envisage l&rsquo;urbanisme comme \u00e9tant l&rsquo;unique moyen de conserver la beaut\u00e9 des villes, en se gardant bien d&rsquo;obstruer les belles perspectives par des immeubles de mauvais go\u00fbt.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, bien des municipalit\u00e9s grandissent sans penser au lendemain, \u00e0 tel point que la construction aboutit \u00e0 un entassement et \u00e0 un enchev\u00eatrement qui \u00e9touffent les places publiques.<\/p>\n<h3>Quel est l&rsquo;id\u00e9al\u00a0?<\/h3>\n<p>\u00c0 quoi faut-il donc aspirer\u00a0? La solution id\u00e9ale serait de mettre \u00e0 la disposition de toutes les familles un parc suffisamment grand pour des excursions qui prendraient toute la journ\u00e9e et dans lequel il y aurait une partie bois\u00e9e, des endroits o\u00f9 les fleurs sauvages pousseraient en toute libert\u00e9, un ruisseau d&rsquo;eau claire et un bel \u00e9tang. Voil\u00e0 ce qui favorise un v\u00e9ritable contact avec la nature. Voil\u00e0 qui est bien diff\u00e9rent des cours de r\u00e9cr\u00e9ation, des terrains de jeux, des lots vacants et des plages encombr\u00e9es.<\/p>\n<p>Ces emplacements, qui font la joie des enfants dont les parents doivent forc\u00e9ment demeurer en ville, devraient \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s par quelque recours l\u00e9gal. Malheureusement, certains conseils municipaux abrogent parfois les r\u00e8glements qui prot\u00e9geaient ces terrains de jeux pour y permettre l&rsquo;installation de sous-centrales \u00e9lectriques, d&rsquo;usines de filtration, de parcs de stationnement. Tout en tenant compte des besoins actuels, il faut aussi songer \u00e0 la sant\u00e9 et au bonheur des g\u00e9n\u00e9rations futures.<\/p>\n<p>Telle est la vision qui a inspir\u00e9 les fondateurs du Jardin botanique de Montr\u00e9al et de l&rsquo;Association des jeunes naturalistes. Les promenades dans ce Jardin ou sur le Mont-Royal, sous la direction de botanistes, permettent aux jeunes de s&rsquo;instruire sur notre flore tout en respirant le grand air.<\/p>\n<h3>La grande raison<\/h3>\n<p>Pourquoi d\u00e9pense-t-on autant d&rsquo;argent et d&rsquo;efforts pour conserver nos espaces libres et am\u00e9nager des parcs\u00a0? C&rsquo;est afin d&rsquo;assurer la survivance de notre flore et de notre faune et surtout parce que notre existence m\u00eame en d\u00e9pend.<\/p>\n<p>En effet, la protection des arbres qui poussent dans le voisinage de nos bassins hydrographiques assure le maintien des nappes d&rsquo;eau dont la captation, l&rsquo;accumulation et la canalisation sont essentielles \u00e0 la vie humaine.<\/p>\n<p>Nous admirons une fleur pour sa beaut\u00e9, mais sans eau elle s&rsquo;\u00e9tiolerait.<\/p>\n<p>L&rsquo;affinit\u00e9 entre les \u00eatres humains et les plantes est plus \u00e9troite qu&rsquo;on ne l&rsquo;imagine. Chez l&rsquo;homme, chaque mol\u00e9cule d&rsquo;h\u00e9moglobine est un atome de fer\u00a0; chez la plante, la chlorophylle est un atome de magn\u00e9sium. Sans l&rsquo;eau du sol et sans l&rsquo;\u00e9nergie du soleil, ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne pourrait vivre.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, il faut que l&rsquo;humanit\u00e9 r\u00e8gle l&#8217;emploi de ses ressources naturelles et prot\u00e8ge son patrimoine national avec plus de sagesse et plus de clairvoyance. Cette le\u00e7on nous l&rsquo;avons enfin apprise. Citons \u00e0 ce sujet un extrait de <em>l&rsquo;Encyclop\u00e9die pour tous<\/em>, Paris, Reflets du monde, 1958\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Quand les premiers colons arriv\u00e8rent au Canada, ils ne virent qu&rsquo;une immense for\u00eat, et c&rsquo;est aux arbres qu&rsquo;ils durent s&rsquo;attaquer d&rsquo;abord pour pouvoir cultiver le \u00ab\u00a0petit coin de terre\u00a0\u00bb qui leur permettrait de vivre. Aux conqu\u00eates successives des pionniers sur la for\u00eat et \u00e0 celles de leurs descendants, on doit les grandes \u00e9tendues de terre labourables qui couvrent maintenant le sud du Qu\u00e9bec et de l&rsquo;Ontario. On ne s&rsquo;attaque plus maintenant \u00e0 la for\u00eat mais on la soigne et l&rsquo;on veille \u00e0 sa conservation, car d&rsquo;adversaire qu&rsquo;elle \u00e9tait autrefois elle est devenue pour le citadin un cadre enchanteur o\u00f9 il se retrempe et se d\u00e9lasse et est pour tous les Canadiens la source d&rsquo;une de leurs principales richesses.\u00bb<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"author":86,"featured_media":0,"template":"","categories":[1],"rbc_letter_theme":[],"rbc_letter_year":[48],"class_list":["post-2005","rbc_letter","type-rbc_letter","status-publish","hentry","category-uncategorized","rbc_letter_year-48"],"acf":[],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO Premium plugin v26.7 (Yoast SEO v26.8) - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-premium-wordpress\/ -->\n<title>Vol. 57, N\u00b0 8 - Ao\u00fbt 1976 - Conservation et utilisation de nos espaces libres - RBC<\/title>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.rbc.com\/fr\/notre-compagnie\/histoire\/bulletin\/vol-57-n-8-aout-1976-conservation-et-utilisation-de-nos-espaces-libres\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"fr_FR\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Vol. 57, N\u00b0 8 - Ao\u00fbt 1976 - Conservation et utilisation de nos espaces libres\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"La conservation est d&rsquo;un int\u00e9r\u00eat vital pour tout le monde. 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