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Septembre 2006
Une règle, s'il vous plaît
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« L'homme est la mesure de toute chose. » Ainsi parlait Protagoras, il y a plus de 2 400 ans.
Ce qu'il voulait dire est, aujourd'hui encore, matière
à débat. Peut-être, tout simplement, que
les impressions sensorielles sont incomparables : le vert
que je vois est-il identique à celui que vous voyez
? Ou encore, que l'objet dont l'être humain ne peut
prendre la mesure n'existe pas, n'a pas de réalité
tangible. Si cette dernière interprétation est
la bonne, plusieurs penseurs contemporains lui donneraient
raison. Chose certaine, aujourd'hui, dans une civilisation
de plus en plus vouée à la science et à
la technologie, l'être humain mesure tout, y compris
lui-même.
Mesurer, c'est se servir des unités normalisées
pour comparer des objets ou des concepts de même catégorie
: en tout premier lieu le temps, le poids et la longueur ou
la distance. La pratique a peut-être surgi de la fabrication
des premiers outils. Les chasseurs utilisaient des sagaies
pour tuer leurs proies sans trop s'exposer. Une arme trop
courte ou trop légère n'aurait pas été
efficace ; trop lourde ou trop longue, elle n'aurait pu être
projetée assez loin ou précisément. Il
y avait donc une longueur et un poids « justes »
qui se transmettaient de génération en génération.
Impossible de savoir quand les poids et longueurs ont été,
pour la première fois, formulés sous forme de
grandeurs abstraites et uniformes. Les unités de mesure
du temps se sont imposées d'elles-mêmes : l'alternance
de clarté et d'obscurité créée
par la rotation terrestre, les phases de la lune et la course
annuelle du soleil fondent la mesure du temps encore de nos
jours. Les unités de longueur et de poids, en revanche,
sont une invention qui remonte à l'apparition des premières
villes : des poids de balance (ressemblant, personne ne sait
pourquoi, à des canards) ont en effet été
découverts dans les ruines de Sumer.
Même sans ces canards mésopotamiens, nous aurions
été portés à penser que les unités
de mesure sont un produit des premières sociétés
évoluées, car les unes n'auraient pas pu se
développer sans les autres. L'architecture, l'arpentage,
le commerce, la fiscalité, la guerre organisée
- dans tous ces domaines, le progrès était tributaire
d'un système reconnu de poids et de mesures. L'application
de tels systèmes a été l'une des premières
fonctions de l'État. Ce qui frappe le plus, peut-être,
dans la construction des pyramides égyptiennes, ce
n'est pas leur taille, certes énorme, mais leur perfection
géométrique. La base de la grande pyramide -
229 mètres au carré - s'écarte de moins
de 0,1 % du carré parfait ; exploit si étonnant
que certains l'ont attribué à l'intervention
d'extraterrestres ! En réalité, il est le fruit
d'un soin infini et de mesures répétées
à l'aide de cordes et d'une unité officielle,
la fameuse coudée royale de 52,5 cm. Définie
à l'origine comme la distance entre le coude et l'extrémité
du grand doigt, la coudée allait connaître un
brillant avenir. La Bible raconte que Noé s'en servit
pour construire son arche, et le roi Salomon, pour bâtir
son temple. Avec de légères variantes, la coudée
a été en usage jusqu'à une époque
récente dans tout le Moyen-Orient et le monde musulman
(y compris les pays jadis musulmans de la péninsule
ibérique).
Les premières unités normalisées mesurant
un concept abstrait, en l'occurrence la valeur économique,
apparaissent elles aussi avant l'écriture. Comme il
est crucial qu'elles conservent cette valeur et en permettent
non seulement la mesure, mais aussi l'échange, elles
ne sont pas abstraites du tout : elles s'incarnent en général
dans un objet léger, facilement comparable et hautement
prisé comme le cauri en Afrique et la fève de
cacao chez les Aztèques et les Mayas. Les Grecs de
la période archaïque, aux environs de 800 à
500 av. J.-C., se servent de petites broches de métal
- des brochettes de souvlaki. « Drachme »,
le nom encore donné à la monnaie grecque, signifie » poignée » - une poignée de ces broches
métalliques qu'on appelait oboles. Moyen de règlement
des transactions importantes dans l'Irlande d'autrefois comme
en Afrique de l'Est aujourd'hui, le bétail fait exception
à la règle de la légèreté,
mais il a le double avantage de se transporter lui-même
et de produire de la valeur en plus de la stocker. Fait étrange,
l'État tarde à occuper ce champ de compétence
si potentiellement lucratif. Ses premières pièces
sont des lingots de métal de poids identique, dont
l'uniformité est garantie par le sceau de l'émetteur
- système dont nous avons conservé la forme
sinon la substance. Très vite, les États comprennent
qu'ils peuvent régler leurs crises budgétaires
en dévaluant leurs pièces, et la monnaie devient
un outil de gouvernement toujours plus précieux.
Le succès fulgurant des systèmes de mesure
a été leur talon d'Achille. Alors que toute
mesure suppose une comparaison, ils sont devenus des particularismes
culturels. L'énumération de toutes les unités
imaginées par l'espèce humaine déborderait
largement les pages de ce bulletin. L'association English
Weights and Measures s'est prêtée à l'exercice
pour les poids et mesures britanniques : acres, bushels, chains,
chalders, chaldrons, crowns, drachms, drams, farthings, fathoms,
feet, florins, foolscap, furlongs, gallons, gills, grains,
groats, guineas, hundredweights, lasts, leagues, miles, minims,
nails, ounces, pecks, pennyweights, pints, poles, perchs,
pounds, quarts, quarters, rods, roods, sacks, scruples, stones,
tods, tons, troy ounces, wire gauges, weys, yards, en plus
de différentes « unités coutumières ». La liste est incomplète et se limite à
un seul pays. La plupart des tentatives historiques d'unification
ont été, au mieux, des demi-succès attribuables
à une écrasante supériorité militaire.
Une borne romaine marquait la même distance au pays
de Galles et au Liban, mais il faudra attendre l'époque
contemporaine pour retrouver une telle uniformité.
La science moderne de la mesure est le fruit d'une décision
des pères de la Révolution française.
Renonçant à harmoniser les nombreux systèmes
en usage à l'intérieur des frontières
de leur pays, ou à en imposer un au détriment
des autres, ils créent, sous la direction du grand
chimiste Lavoisier, un système facile à comprendre,
à utiliser et à faire accepter dans le monde
entier parce que fondé sur des étalons naturels
universels, donc culturellement neutres. L'unité de
longueur, appelée « mètre »,
sera la millième partie du kilomètre, lequel
sera égal à la dix-millième partie de
la distance entre les pôles et l'équateur. Le
système métrique est né. On l'appelle
aujourd'hui SI, d'après son nom officiel français,
« Système international d'unité ».
Cette remarquable invention a partiellement rempli la mission
que lui avaient assignée ses créateurs. Elle
est l'un des piliers de la modernité. Mais il fallait
être bien optimiste, ou très naïf, pour
croire que la simplicité et la rationalité du
système métrique seraient un sésame universel.
Au contraire, il a souvent passé pour un instrument
de l'impérialisme culturel - français, européen
ou occidental, selon l'origine du critique. La English Weight
and Measures dont nous avons parlé plus haut s'est
constituée pour défendre les unités britanniques
traditionnelles contre la menace métrique étrangère
et pour les perpétuer dans la mesure du possible.
Plus de 200 ans après son invention, le système
métrique, ce parangon de la logique, est utilisé
partout de manière partielle, mais ne règne
sans partage que dans quelques pays. Les Brésiliens
pèsent toujours la viande en arrobas, une antique mesure
arabe. Les Britanniques donnent leur propre poids en stones,
sidérant les étrangers et les habitants de leurs
anciennes colonies. Le poids de l'étain malais est
calculé en piculs, unité fondée à
l'origine sur la charge qu'un homme pouvait porter. Un picul
vaut 100 catties, étalon en usage quotidien sur les
marchés de Hongkong. Les Japonais calculent la superficie
de leurs maisons en tatamis, leur natte traditionnelle.
Là encore, on pourrait allonger la liste indéfiniment.
Cette résistance au système métrique
n'est nulle part plus vive qu'aux États-Unis, bien
entendu. Ce pays a signé tous les accords internationaux
sur le système métrique, à commencer
par la Convention du mètre de 1875. Le SI y est largement
utilisé à des fins scientifiques, médicales
et commerciales. Les poids et volumes métriques figurent
sur les emballages des produits alimentaires. En 1988, le
gouvernement fédéral a décrété
que tous ses services devaient se convertir au système
métrique avant 1992 et a créé un programme
incitatif à l'intention des entreprises et institutions.
Et pourtant, tous ceux qui séjournent, même brièvement,
aux États-Unis savent que la population américaine
ne jure que par les « mesures coutumières » dérivées - un comble - du système
impérial britannique. La raison officielle de cet entêtement
: le coût du changement. Il serait considérable,
certes, mais quand on songe à ce dont les Américains
sont capables quand ils se fixent un objectif, on ne peut
s'empêcher de penser que le véritable motif est
politique. Le système métrique ne rapporte pas
de votes, et l'expérience étrangère donne
à penser qu'il peut en faire perdre beaucoup, si bien
que le premier pays à se révolter contre la
tutelle britannique est aujourd'hui le dernier à utiliser
un système d'essence britannique, et ce, dans le plus
splendide isolement depuis que le Libéria et le Myanmar,
deux autres résistants notoires, ont adopté
le système métrique.
***
L'adoption du système métrique a grandement
amélioré la mesure de notre monde. La métrologie
a fait de grands progrès depuis 300 ans. Dès
1838, on savait calculer l'éloignement d'une étoile
d'après sa parallaxe - le déplacement apparent
d'un corps dû à un changement de position de
l'observateur. Une méthode connexe appelée triangulation
a déjà révélé la hauteur
du toit du monde. En 1807, les premiers topographes britanniques
de l'Inde l'ont estimée à plus de 8 000 mètres.
Le chiffre a été jugé ridiculement exagéré.
En fait, 14 sommets himalayens dépassent les 8 000
mètres. Les utilisateurs du microscope ont graduellement
mis au point un système de mesure pour les objets si
petits qu'ils sont invisibles à l'il nu, et les
ingénieurs mesurent des écarts de plus en plus
faibles - ce qu'on appelle la « tolérance » en jargon technique - afin de pouvoir façonner
les matériaux, notamment les métaux, avec une
précision toujours plus grande (les machines à
vapeur mal calibrées avaient une fâcheuse tendance
à exploser).
Aujourd'hui, ce sont des ordinateurs qui prennent ces mesures
et beaucoup d'autres, car nos sens sont irrémédiablement
dépassés. La métrologie atteint désormais
des dimensions inimaginables. Non parce qu'elles sont impensables
(les savants y pensent tous les jours, après tout),
mais parce qu'elles sont bien au-delà de l'expérience
quotidienne. La plupart des gens ont entendu parler de la
nanoseconde (milliardième de seconde) ; seuls quelques
initiés savent que les nano-unités sont infiniment
plus longues ou grandes que leurs cousines yocto, de la famille
des quatrillionnièmes. L'exploit force l'admiration,
mais blesse notre amour-propre - comme la plupart des réussites
scientifiques. Le monde que nous connaissons n'est plus qu'un
point sur la très longue ligne reliant l'infinitésimal
à l'infiniment grand.
Les triomphes des sciences physiques ont incité d'autres
spécialités à adopter leurs méthodes.
Au premier chef, les sciences sociales, domaine au nom lourd
de sens. La mesure s'y étend de plus en plus à
des concepts abstraits. Les diplômes scolaires et universitaires
sanctionnent les résultats d'examens de type compétitif
: le processus est hautement subjectif, au moins dans le domaine
des sciences humaines comme le savent tous ceux qui l'ont
appliqué, mais nécessaire au bon fonctionnement
du système pédagogique et de l'appareil bureaucratique.
Plus ambitieuse encore est la mesure de l'intelligence. Elle
génère une production industrielle bien qu'il
n'existe ni définition généralement reconnue
de l'intelligence, ni consensus sur l'unicité ou la
diversité de sa nature, encore moins sur son caractère
inné et immuable. Ce flou est plutôt troublant,
car il serait facile de manipuler les tests pour former une
société d'alphas et de bêtas comme celle
qu'imagine Huxley dans Le meilleur des mondes. Pédagogues
et psychologues n'apprécient guère ces inquiétudes
de profane, et peut-être ont-ils raison, mais force
est d'admettre qu'il y a une différence substantielle
entre mesurer l'intelligence et calculer la distance entre
la terre et la lune. Les bibliothèques regorgent de
traités sur la nature et les méthodes de mesure
de l'intelligence, mais personne n'écrit de livre pour
démontrer que le laser donne une mesure exacte de la
distance. Cela ne prouve pas que les tests psychométriques
soient dénués de sens, mais uniquement que leurs
résultats peuvent varier de façon importante
selon les techniques appliquées à un sujet donné.
Dans toutes les sciences physiques, au contraire, la reproduction
exacte des résultats (dans la mesure du possible) est
universellement tenue pour la meilleure preuve de la validité
d'une théorie ou d'une méthode.
Les tests psychométriques offrent un bel exemple d'une
autre tendance très répandue en métrologie
: la production de mesures synthétiques, c'est-à-dire
de nombres résumant une série d'autres nombres.
Un sujet subit plusieurs épreuves destinées
à mesurer ses aptitudes mathématiques, linguistiques,
spatiales, etc. ; la combinaison de leurs résultats
produit un chiffre qui est censé mesurer son intelligence.
Ce genre de calcul est pratique courante dans notre société.
Notre monde a le culte des faits « concrets »
révélés par les chiffres et les mesures.
Une multitude de gens connaissent par cur la moyenne
au bâton de joueurs de base-ball disparus depuis des
lustres. L'apparente objectivité des indices synthétiques
leur confère donc une influence considérable.
Le classement des universités est fondé sur
une note dérivée d'une vingtaine d'indicateurs
relativement « objectifs » comme le nombre
d'étudiants par classe et la taille des collections
des bibliothèques. Dans les concours, les chiens de
race sont notés en gros de la même façon.
L'indice Dow Jones est un agrégat de certains titres-phares
de la Bourse. L'O.N.U. a l'immense ambition de dresser un
palmarès de la « qualité de vie »
dans ses pays membres à partir d'un certain nombre
de mesures du bien-être elles-mêmes synthétiques.
On n'en finirait pas, là encore, de recenser ces nombres
magiques. Leur objectivité n'est qu'apparente, cependant,
car ce sont au mieux des dérivés, au pire, une
forme raffinée de propagande illustrant la phrase célèbre
de Disraeli sur « les mensonges, les maudits mensonges
et les statistiques ». Ces synthèses, en effet,
sont le fruit d'une série de tris et de pondérations,
bref, de décisions humaines dont rien ne garantit l'objectivité.
C'est manifestement le cas pour la mesure de la « qualité
de la vie », puisqu'il n'y a pas consensus sur ce qui
rend la vie bonne. Ce qui n'empêche pas les médias
de s'en repaître, voire d'en faire leurs manchettes
quand ils manquent de copie, ni les dirigeants d'universités,
d'entreprises ou de partis politiques de les exploiter, quand
cela les sert, bien entendu. Cet amour des palmarès
répond aussi à une tendance obscure de la psyché
humaine : nous aspirons à l'égalité sociale
(définissez-la comme vous voudrez), mais préférons
de beaucoup l'information sur les clivages sociaux. Nous ne
sommes donc pas près de renoncer aux mesures synthétiques.
Elles ont leur utilité, mais gardons-nous de les confondre
avec les réalités quantifiables qui sont censées
les sous-tendre. À plus d'un égard, elles sont
très loin des cordes et coudées des anciens
Égyptiens.
***
Au début du XXe siècle, le psychologue américain
Edward Lee Thorndike a écrit : « Tout ce
qui existe, existe en quantité. » Si petite soit-elle,
cette quantité est mesurable. Par conséquent,
ce qui n'est pas mesurable n'existe pas. On en revient à
l'une des interprétations de l'axiome de Protagoras
: seuls les objets que l'être humain peut mesurer sont
réels.
Thorndike, qui enseignait à Harvard, a mis sa théorie
en pratique. Il fut l'un des fondateurs de ce qui est devenu
le behaviorisme et s'est fait connaître en mesurant
le temps que prenaient des chats pour s'échapper des
« boîtes puzzles » qu'il inventait. Aujourd'hui,
son axiome est la devise de beaucoup de savants, sinon de
la plupart. Certains en ont même fait un article de
foi. Rien d'étonnant, au fond. Le système marche.
Sans lui, jamais nous n'aurions pu édifier le monde
moderne, source d'une abondance sans précédent
de biens, de services et d'idées. Grâce à
lui, nous comprenons mieux que jamais la mécanique
de l'univers, nous pressentons tout ce qui reste à
découvrir et, si nous craignons les conséquences
possibles de notre mode de vie sur la planète et les
espèces qui coexistent avec la nôtre, nous sommes
en mesure - c'est le mot - d'évaluer les dommages que
nous causons et d'y chercher des remèdes. La mesure
a acquis droit de cité dans notre univers.
Pourtant, nous continuons à douter. Dans La société
des poètes disparus, un film datant de 1989, un professeur
de littérature anglaise interprété par
Robin Williams ridiculise l'idée qu'on puisse classer
les poèmes selon leur mérite. La poésie
peut être bonne ou mauvaise, mais elle ne se mesure
pas comme le salami, selon cet enseignant dont la philosophie
semble en rupture radicale avec l'ordre établi. Le
film laisse entendre que la mesure est l'un des instruments
du pouvoir dans une société répressive.
Position excessive, caricaturale, même, mais à
laquelle la plupart des gens adhèrent instinctivement
- dans une certaine mesure. Oui, la poésie est inquantifiable,
et nous voulons croire qu'il en va de même des êtres
qui la composent et la lisent. Les boîtes puzzles de
Thorndike lui ont certes appris des choses sur les chats,
mais loin de nous l'idée qu'elles puissent servir à
nous mesurer ! Notre société si attachée
à la mesure accorde encore une importance remarquable
aux valeurs éthiques et esthétiques qui transcendent
le monde quantifiable. Nous en sommes peut-être même
plus conscients que jamais, justement parce que les sciences
physiques et sociales ont érigé autour de nous
un monde qui ressemble à une machine gigantesque, dont
les rouages sont de mieux en mieux connus. La mesure, croyons-nous,
permet de comprendre le monde, de l'exploiter souvent, de
le dominer parfois, mais tous comptes faits, c'est l'inquantifiable
qui donne son sens à la vie humaine.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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