Vol. 57, N° 9 Septembre 1976
Soufflons un
peu
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Dale Carnegie dit au début
d'un de ses livres qu'il n'a pas l'intention d'aborder un
nouveau sujet, mais de nous rappeler ce que nous savons déjà
et de nous encourager à le mettre en pratique.
Le présent Bulletin ne se pose pas en conseiller
sur les questions d'hygiène mentale et physique, mais
il essaie simplement d'indiquer la solution d'un problème
qui préoccupe toutes les personnes adultes au Canada,
et particulièrement les hommes d'affaires.
Nous avons la sensation d'être bousculés. Et
cela empire sans cesse depuis trente ans. Nous ne pouvons
pas en déterminer la cause avec certitude, nous ne
pouvons pas décrire exactement le but vers lequel on
nous pousse. Nous continuons à nous hâter sans
savoir où nous allons ni comprendre pourquoi, et sans
un instant de repos. Cela nous rappelle un peu les vers de
Lamartine :
« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur
l'océan des âges,
Jeter l'ancre un seul jour ? »
La vie au vingtième siècle présente
de nombreux problèmes. La difficulté est apparemment
que nous sommes en train de passer d'une époque que
nous supposions permanente à une époque où
la seule chose certaine est le changement. Nous ne sommes
pas assez développés pour nous sentir à
l'aise.
Nous sommes victimes d'une tension croissante. Nous éprouvons
de la difficulté à nous détendre. Nous
ne comprenons pas les choses aussi vite que nous voudrions.
Nous sommes impressionnables, en proie au doute et toujours
pressés. Nos nerfs sont toujours à vif. Nous
n'avons pas le temps de prendre le repos dont nous avons besoin.
Chose curieuse, les gens parlent davantage de ce qu'ils
vont faire que de ce qu'ils ont accompli. C'est toujours « je
vais faire ceci ou cela », ou « la semaine prochaine »
ou bien « ce qu'il me reste à faire... ».
Arrivés à destination, nous nous préparons
à repartir.
David Seabury, dans son excellent traité How to
Worry Successfully, résume la question ainsi :
« L'activité fébrile est depuis longtemps
le fléau de l'Amérique, quoiqu'on en fasse souvent
une vertu. » Il cite ce vers de Longfellow : « Mais
eux, pendant que leurs compagnons dormaient, s'acharnaient
à l'ouvrage. » Et Seabury ajoute : « Bêtise !
Ils creusaient leur propre tombeau. »
Il est malheureux, mais vrai, que les hommes que nous estimons
le plus dignes d'éloges sont ceux qui se surmènent.
Ils sont consciencieux, travailleurs et infatigables ;
ils ont le sens inné des devoirs sociaux ; ils
assument plus que leur part des responsabilités collectives.
Les instituteurs qui maintiennent la discipline dans une
école turbulente ; les médecins assiégés
par une antichambre de malades ; les sténographes
obligées de taper tant de mots par minute pour terminer
leur travail à temps ; les téléphonistes
dont les mains doivent tenir tête aux conversations ;
les commerçants qui courent de leur bureau à
un déjeuner d'affaires et reviennent à la hâte ;
les agriculteurs privés d'aide par les attraits de
la ville : ce sont là des exemples de la vie à
haute tension. Et sans compter le côté purement
social. Même le bavardage exige un effort nerveux.
Les gens disent souvent en toute bonne foi qu'ils ne souffrent
pas de tension nerveuse. C'est un état chronique dont
ils ne s'aperçoivent pas. Mais les signes en sont apparents :
gestes inutiles, tapotage sur la table avec le stylo ou le
crayon, froncements de sourcils, yeux distraits, nervosité.
Les soucis sont dangereux
C'est à cause des soucis, disons-nous généralement.
L'esprit s'adapte merveilleusement à toutes sortes
d'ouvrages et de troubles, mais il ne résiste pas aux
soucis. Si on pouvait interroger les pierres tombales, neuf
sur dix nous diraient : « La vie de celui qui gît
ici a été raccourcie de plusieurs années
par la crainte de malheurs, dont la plupart ne sont jamais
arrivés. »
Il n'y a rien de plus illogique que les soucis. Souvent
ce ne sont pas les choses que nous faisons, mais celles que
nous ne faisons pas, qui nous tracassent. Nous nous voyons
accablés d'un tas de choses à faire, à
l'usine, à la maison, au bureau, dans le jardin ou
dans notre milieu social. Nous nous faisons des soucis au
sujet de ce qui nous est arrivé, ce qui ne sert à
rien, et au sujet de ce qui pourrait nous arriver, ce qui
n'y change rien. La plupart de tous les soucis sont la cause
et non pas le résultat de nos problèmes.
Il y a des soucis qui sont inévitables. Il arrive
parfois d'avoir des problèmes trop durs à résoudre
ou d'éprouver des troubles si profonds que notre esprit
refuse temporairement de fonctionner. Notre inquiétude
ne guérit pas un parent malade et ne nous avance à
rien, mais tant que nous vivrons dans ce monde tourmenté,
aussi longtemps que nous serons doués de sensibilité
et d'imagination et que nous ne serons pas plus maîtres
de notre milieu, nous continuerons à être en
proie à certains soucis.
Ce n'est pas l'anxiété naturelle qui constitue
le danger, mais la crainte prolongée et excessive qui
nous fait agir sans même réfléchir. En
face d'un problème, nous avons deux choix : étudier
posément le pour et le contre, ou nous abandonner aux
soucis et au désespoir.
Que savons-nous ?
En ce qui concerne l'esprit humain, nous avons seulement
une vague idée de la façon dont il fonctionne.
Nous savons qu'il est funeste d'aborder nos difficultés
en nous guidant uniquement sur le passé, mais nous
ne pouvons pas encore percer assez l'avenir pour être
sûrs de notre voie.
Les mythes d'aujourd'hui passaient autrefois pour des vérités,
et les vérités d'aujourd'hui ne sont que des
opinions à l'usage des générations futures.
Nos mythes nous sont chers, et quelques-uns d'entre eux s'immiscent
dans la vie et la bouleversent.
Il y a peu de névroses chez les sauvages. Peut-être
est-ce parce qu'ils sont ignorants des possibilités
de la vie et modérés dans leurs désirs.
Notre monde occidental, débarrassé des vieilles
entraves, abonde en stimulants. Notre idée est d'obtenir
ce que nous désirons. Cela va jusqu'à pousser
les gens à désirer ce qu'ils n'ont pas gagné,
et à se fâcher quand ils ne peuvent pas l'avoir.
La soif de se distinguer conduit à toutes sortes
de fantaisies névrotiques : les uns veulent des
pneus blancs à leur auto ; les autres font graver
un blason sur leur papier à lettres ; d'autres
veulent toujours être au premier rang, et comme le dit
Ewen Cameron dans son livre Life is for Living : « Les
employés de bureau exigent des serviettes en toile
dans les cabinets de toilette au lieu des serviettes en papier
qui sont plus hygiéniques mais généralement
données aux ouvriers. »
Celui qui sait garder la mesure se rend compte qu'il ne
peut pas faire, être et avoir tout ce qu'il veut. Les
possibilités sont limitées par le temps, les
capacités et les occasions. En réduisant le
nombre de ses désirs et de ses craintes, on a l'esprit
plus libre pour mener son ouvrage à bonne fin.
Ce qu'il faut apprendre à notre époque est
que l'efficacité ne consiste plus simplement à
tirer le meilleur parti des choses matérielles. Nous
y avons déjà réussi dans une certaine
mesure. L'efficacité d'aujourd'hui consiste à
savoir tirer parti de notre esprit.
Un bon chef sait que le bon travail, physique ou intellectuel,
si pénible et assidu qu'il soit, ne produit jamais
par lui-même un seul cas d'épuisement nerveux.
Il sait que la fatigue intellectuelle est le résultat
de la monotonie ou d'un travail machinal après une
grande concentration d'esprit. Il sait qu'il existe un rapport
si étroit entre le corps et l'esprit que l'un agit
facilement sur l'autre ; que des douleurs musculaires
peuvent être causées par des troubles intellectuels.
Et comme dit Satan dans le Paradis Perdu de Milton :
« L'esprit peut faire un Paradis de l'Enfer et un Enfer
du Paradis ».
La santé exige le repos
Un grand nombre d'hommes paient trop cher ce qu'ils obtiennent
de la vie. Ce ne sont pas des réalistes. Ceux qui se
plaignent des exigences de la vie moderne, mais qui négligent
les précautions ordinaires pour veiller sur leur santé ;
ceux qui déplorent la perte de leur jeunesse sans trouver
des compensations dans l'âge mûr ; tous ces
gens-là ne font pas preuve d'une grande intelligence.
Si bien que vous vous portiez, vous ne pouvez pas être
parfaitement sûr d'être en bonne santé
sans consulter un médecin - et suivre ses conseils.
Mais un mot à ce sujet. Si vous allez périodiquement
chez le docteur pour vous faire examiner, ne le faites pas
à contrecoeur pour satisfaire votre conscience. Un
examen hâtif, incomplet ou superficiel est pire que
pas d'examen du tout. Il vous donne un sentiment de fausse
sécurité, et vous n'arrivez qu'à vous
tricher vous-même.
Le médecin vous dira probablement que vous avez besoin
de repos, et quoi que vous en pensiez, il y a cent chances
contre une qu'il ait raison. Nous attendons généralement
pour nous reposer d'être arrivés au bout de nos
forces. Nous puisons dans nos réserves d'énergie
nerveuse. Nous nous soutenons au moyen de stimulants comme
le café et l'alcool, en invoquant pour excuse les exigences
de notre travail. Le seul moyen de nous refaire est de nous
reposer.
Aux yeux de beaucoup de gens, le temps consacré au
repos paraît être une perte au lieu d'un placement.
Les adultes, comme les enfants, trouvent un tas de prétextes
pour ne pas aller se coucher, sans égard aux conséquences.
Celui qui est déterminé à gouverner son
esprit pour le bien de sa santé physique et intellectuelle
sait comment s'y prendre dans un cas de ce genre. Et, chose
curieuse, il constate, neuf fois sur dix, qu'il fait plus
de travail par jour en moyenne et qu'il le fait mieux.
Ce n'est pas seulement le temps que nous passons au lit
qu'il faut compter comme repos. Les petits moments de détente
pendant la journée nous aident à accomplir notre
ouvrage avec moins de fatigue que si nous essayons d'y arriver
sans arrêt. Nous pouvons nous détendre en marchant
dans la rue, en étirant nos membres et en tournant
notre esprit vers ce qui nous entoure. Un de nos amis profite
du feu rouge pour reposer un instant ses jambes dans sa voiture.
Tout cela est une façon intelligente et efficace de
traiter notre corps et notre esprit ; la manière
la plus inefficace de combattre la fatigue est de prendre
de l'alcool et de la drogue.
La détente restaure l'énergie
Le repos, c'est-à-dire le sommeil et les moments
de détente pendant la journée, est le remède
le plus généralement prescrit pour une foule
de maux. Sir William Osler, le célèbre médecin
canadien, écrivait en 1910 : « Les hommes
d'affaires ou les professionnels qui souffrent d'une angine
de poitrine peuvent trouver le soulagement, sinon la guérison,
en ralentissant simplement la machine. »
Nous n'avons pas l'intention de nous étendre sur
la question du régime. Les listes diététiques
sont nombreuses ; chaque homme a ses goûts en ce
qui concerne ce qu'il mange et, du reste, sa femme a ses propres
idées à ce sujet. Il est toutefois sage de demander
au médecin ce qui nous convient, combien de repas nous
pouvons faire par jour et combien nous devons manger à
chaque repas, pour être capables de faire de notre mieux
notre genre de travail.
Le seul point sur lequel nous tenons à insister est
qu'il est bon de prendre assez de temps pour déjeuner
à l'aise, sans parler d'affaires, que nous fassions
un gros ou un léger repas à midi. Un grand nombre
d'hommes d'affaires dans les quartiers financiers de Montréal,
Toronto, Winnipeg et Vancouver discutent leurs affaires pendant
le lunch et sont à bout de forces à la fin de
la journée.
Il est possible de se reposer pendant la journée
aussi bien qu'à l'heure du déjeuner. Entre deux
entrevues, après le départ d'un visiteur et
avant l'arrivée d'un autre, pourquoi ne pas fermer
les yeux et détendre ses muscles ? En dictant
une lettre, pourquoi ne pas mettre les pieds sur une chaise ?
Si vous prenez une tasse de café le matin ou une tasse
de thé l'après-midi, ne l'avalez pas à
la hâte en lisant des chiffres ou une lettre d'invectives
de la part d'un de vos clients ; allez à la fenêtre
et reposez vos membres, vos yeux et votre esprit. La capacité
de se détendre est un des meilleurs symptômes
de la santé.
Mais ce n'est pas tout. La détente est bonne pour
l'esprit et le corps ; c'est aussi un signe que l'on
comprend la vie. L'homme qui peut travailler et se reposer
montre qu'il a conscience des deux mondes ; le monde
tel qu'il est, et le monde auquel il aspire. Il reconnaît
ce qui est important et ce qui est futile, et il en donne
la preuve dans sa manière d'agir.
Les distractions et les vacances sont naturellement importantes.
John Wanamaker a dit à ce sujet : « Ceux
qui n'ont pas le temps de se divertir sont obligés
tôt ou tard de trouver le temps d'être malades. »
Tous les hommes d'affaires connaissent le sentiment de fatigue
qu'on éprouve après un travail long et pressé.
Nous avons besoin de plus de vacances. Le Dr Edgar Allen,
de la clinique Mayo, disait à un groupe d'hommes d'affaires :
« Si on pouvait estimer le rendement d'un chef par les
services qu'il rend à une industrie, on trouverait
probablement que, dans certaines limites, il est d'autant
plus utile qu'il prend plus de vacances. » Une autre
autorité affirme : « Pour un cadre, deux
ou trois semaines en été ne sont pas des vacances :
c'est tout juste un répit. »
Barricadez votre foyer
Le meilleur endroit pour vous reposer est chez vous. Il
faut pour cela que votre foyer soit inviolable et que vous
y soyez à l'abri des intrus. Rien que l'idée
de passer une soirée au sein de votre famille, sans
souci des affaires, vous donne plus de force pendant la journée.
Chaque homme, mais surtout celui qui ressent les exigences
des affaires, reconnaîtra l'importance de se ménager
une retraite et d'en défendre à tout prix l'entrée
aux étrangers. Cela pourra paraître étrange
à quelques amis turbulents, mais on y verra bientôt
un signe de sagesse et de distinction. Vous constaterez en
outre que c'est une chose que vous avez toujours désirée.
Le taux de décès est trop élevé
parmi les chefs d'entreprise. La plupart d'entre eux s'imaginent
qu'ils sont obligés de travailler plus fort que leurs
subordonnés et de faire mieux que leurs concurrents.
Leur journée de travail est un mélange de chaos
et de luttes. Nous sommes depuis trop longtemps résignés
à l'idée que cela est inévitable et que
c'est un purgatoire nécessaire pour les dirigeants.
Déléguez la besogne
Pour conserver l'équilibre dans ce tourbillon des
affaires, le chef doit éviter toute besogne inutile
et conserver l'esprit libre pour les décisions importantes.
Il est nécessaire de laisser une partie du travail
aux subordonnés ; de réduire au minimum
la lecture des rapports ; de ne pas laisser traîner
les conférences en longueur ; de confier le travail
courant à de simples employés. Tout cela n'est
pas impossible. C'est ce que vous devez faire si vous désirez
conserver votre équilibre intellectuel et maintenir
le niveau de votre rendement.
Environ 75 p. 100 du travail d'un directeur pourrait être
accompli par des subordonnés. Les secrétaires
peuvent écrire les lettres ordinaires ; après
quelques mots d'amitié ou de politesse, les appels
téléphoniques peuvent être passés
aux chefs de service au courant de la question ; vous
pouvez réduire au minimum vos lettres et vos conversations ;
les rapports qu'il vous faut lire devraient être aussi
brefs que possible.
Prenons quelques exemples dans la conduite de la guerre
par Churchill. Il exigeait que les renseignements soient comprimés
en très peu de mots. Il avait l'habitude de dire :
« Ce serait très bien si cela pouvait tenir en
une ou deux feuilles. »
Cela ne s'appliquait pas seulement aux détails. Il
demanda un jour les derniers renseignements sur l'organisation
d'une division blindée et ajouta : « Tout
cela devra tenir sur une seule feuille de papier, avec tous
les éléments importants et tous les chiffres. »
À une autre occasion, il fit consigner sur une seule
feuille les mesures prises pour convoyer les navires dans
la Manche, « maintenant que les Allemands occupent les
côtes de la France ». Une autre fois il voulut
savoir au sujet des chars de combat : combien en avait
l'armée, combien de chaque sorte on en fabriquait par
mois, combien de prêts, combien en perspective, tout
cela sur une page.
La plupart des hommes d'affaires sont accoutumés
à lire de long rapports, au lieu d'insister, comme
Churchill, pour qu'un subordonné fasse le travail d'analyse
et de préparation.
La conclusion se dégage d'elle-même. Si, avec
tout l'effort de guerre sur les épaules, Churchill
pouvait obtenir en une page un rapport satisfaisant sur les
approvisionnements alimentaires de l'Angleterre, sur les pertes
causées par les sous-marins, la crise due au refus
de l'Irlande de prêter ses ports à la flotte
anglaise, les mesures de défense après Dunkerque
et une foule d'autres questions tout aussi graves, pourquoi
les chefs d'entreprise ne pourraient-ils pas en demander autant
de leurs subordonnés ? Et quels sont les subordonnées
qui n'y trouveraient pas profit ?
En plus d'épargner son temps et son énergie
dans ses affaires, le chef doit se défendre contre
les empiétements du dehors. Sa position l'expose à
un grand nombre d'invitations à faire partie de comités
professionnels, industriels ou sociaux. Cela est dangereux,
non pas parce que ces occupations ne sont pas utiles, mais
parce que, comme tout le monde, il n'a que 24 heures par jour
et un certain nombre d'années à vivre.
Réflexion et méditation
Racine fait dire à Petit Jean :
« Qui veut voyager loin, ménage sa monture » ;
c'est un conseil qui pourrait être suivi avantageusement
par tous les hommes d'affaires. L'industrie et le commerce
se porteraient mieux si l'attelage allait d'un pas égal
au lieu de se fatiguer par des temps de galop.
Mais il ne suffit pas de ralentir le rythme du train des
affaires pour mieux vivre. Nous sommes pris dans l'engrenage
de la vie et nous avons oublié en partie comment en
jouir. Nous avons désappris d'observer la beauté
des choses simples. Une promenade sous le ciel étoilé
vaut autant qu'une bonne affaire et vous remonte mieux que
tous les remèdes de charlatans. Le soleil, les oiseaux
et les fleurs appartiennent à l'homme d'affaires aussi
bien qu'au poète.
La méditation est ce qui fait le plus défaut
à notre époque. Dans la méditation, la
vie nous apparaît en relief avec ses rapports, ses objectifs
et ses récompenses. Le recueillement nous aide à
reposer nos nerfs et à voir clair dans nos affaires.
Un chasseur enseveli sous un éboulement en fit usage
ainsi pendant les cinq minutes qui lui restaient à
respirer : il employa trois minutes à trouver
le moyen de s'en tirer et deux minutes à le mettre
à exécution.
Ralentissons le pas
Pour sortir de notre train de vie effréné,
il est nécessaire de faire un examen consciencieux
de nous-mêmes, de nos affaires et de notre avenir. On
dit que beaucoup de gens refusèrent de se servir du
télescope de Galilée de peur de constater qu'il
avait raison. Rien n'est plus facile que de nous persuader
que la vie que nous menons est normale et donc dans l'ordre.
D'un autre côté, rien ne vaudrait mieux que de
nous demander avant de faire la chose la plus ordinaire :
« Y a-t-il un autre moyen de faire cela ? »
L'important est de reconnaître que nous avons un problème
à résoudre, de décider ensuite d'essayer
de le résoudre et puis d'en trouver la solution. Un
chef de rayon d'un grand magasin, fatigué d'aller d'un
rayon à un autre en ruminant un projet d'amélioration,
alla s'asseoir dans un coin, écrivit sur une feuille
de papier les avantages et les inconvénients de son
idée et mit le papier dans sa poche pour ne plus y
penser jusqu'au lendemain. En se réveillant, il lui
suffit d'un simple coup d'oeil sur le pour et le contre pour
prendre une décision.
Un autre va même plus loin. Il écrit cinq analyses
d'un projet du point de vue de cinq personnes différentes.
Il prend son temps et ne se hâte pas d'arriver à
une décision. Il envisage le problème sous tous
ses aspects et perçoit les résultats des diverses
solutions sous cinq angles différents.
Les gens qui se pressent toute la journée, et toute
la soirée, ne profitent réellement pas de la
vie. Notre vie ne consiste pas à nous soumettre aveuglément
à des circonstances que nous ne pouvons pas expliquer,
comme par exemple cette passion de nous dépêcher
qui nous dévore. La vie devrait être un harmonieux
mélange de nécessités et de désirs,
de ce que nous avons à faire et de ce que nous aimons
faire.
Nous vivons à une époque anormale. Nous avons
besoin de faire preuve de fermeté, de comprendre que
nous sommes susceptibles de succomber à des influences
nuisibles et de faire notre possible pour éviter les
surmenages physiques et intellectuels. C'est à nous
d'essayer, à notre manière, de rendre le monde
meilleur sans nous laisser décourager parce qu'il ne
change pas assez vite. Nous devons apprendre à surmonter
les inconvénients qui peuvent être surmontés
et à nous adapter aux maux qui demeurent jusqu'ici
incurables.
Soyons réalistes. Admettons franchement qu'il y a
une limite à nos forces physiques et intellectuelles
et restons en deçà de cette limite.
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