Vol. 52, N° 9 Septembre 1971
Un hommage à
des gens courageux
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Il y a 28,000 aveugles - hommes,
femmes et enfants - au Canada. Leur cécité est
due à des causes diverses : blessures de guerre,
accidents, maladie. Chaque année, plus de 1,700 Canadiens
de tout âge perdent la vue.
Devenir aveugle c'est assister à l'écroulement
de tout son univers connu, et ceux qui s'appliquent à
en construire un autre en rapport avec leur infirmité
ont droit à notre admiration.
Il est difficile, même aux voyants, de s'adapter aux
conditions de vie modernes. Ajoutons à cette difficulté
la privation de la vue, la limitation des moyens de communication
avec ses semblables, l'impossibilité de gagner sa vie
de façon ordinaire, et nous aurons une idée
du pénible fardeau sous lequel ploient les aveugles.
L'époque n'est pas encore tellement loin où
l'on croyait que l'aveugle ne pouvait vivre qu'au foyer, entouré
des soins de sa famille, ou dans une institution, privé
dans ses ténèbres du réconfort des contacts
avec le monde et condamné à l'inactivité.
Aujourd'hui, les aveugles manifestent le désir et
la capacité de surmonter leur infirmité dans
beaucoup de domaines considérés jusqu'ici comme
hors de leur portée. Ils semblent avoir pour devise :
« Je ne mérite l'échec que si je suis prêt
à l'accepter. »
Le président-directeur général de la
Banque Royale disait, il y a quelques années, dans
une allocution qu'il prononçait à titre de président
d'honneur de la Division du Québec de l'Institut national
canadien pour les aveugles : « On ne saurait trop
insister sur le grand malheur qu'est la cécité.
Les aveugles ont besoin non seulement de sympathie, mais de
possibilités de s'affirmer comme membres indépendants
et utiles de la société. Et qui va leur offrir
ces possibilités sinon ceux d'entre nous qui jouissent
du souverain bienfait de la vue, dont ils sont privés ?
J'ai de l'admiration et du respect pour les personnes qui,
malgré leur cécité, savent apprécier
la vie avec l'aide de l'Institut national canadien pour les
aveugles. »
L'Institut des aveugles
L'Institut national canadien pour les aveugles (INCA) a
été constitué en 1918, sous le régime
de la loi sur les compagnies, en tant qu'organisme philanthropique
sans but lucratif destiné à coopérer
à la réadaptation sociale et économique
des aveugles et à contribuer à la prévention
de la cécité.
Grâce aux ressources financières qui lui proviennent
de la générosité des citoyens soucieux
du bien public, des collectes annuelles et des subventions
gouvernementales, I'INCA offre ses services aux Canadiens
aveugles de tout âge et de toute condition. Il consacre
ses efforts à rendre la vie plus heureuse et plus facile
aux non-voyants, ainsi qu'à faire renaître chez
eux la confiance et l'indépendance.
Son action s'exerce sur quatre plans à la fois :
la prévention, les traitements, l'adaptation et l'éducation.
La prévention consiste, entre autres choses, à
renseigner le public dans le but d'éviter et de combattre
les causes qui provoquent la perte de la vue.
Les traitements comprennent à la fois les conseils
et l'aide matérielle qui est fournie à ceux
dont la vue est menacée.
L'adaptation a pour objet d'aider ceux qui ont perdu les
yeux à s'habituer sans trop en souffrir à leur
nouvel univers sans lumière.
L'éducation comprend les services d'enseignement
destinés à permettre aux aveugles de conserver
leurs qualités essentielles d'êtres humains en
les préparant à occuper des emplois honorables,
agréables et capables de suffire à leurs besoins.
Le but que vise l'Institut est la réadaptation complète
des aveugles. Il leur apporte ce que désigne le plus
grand mot du vocabulaire d'une personne diminuée :
un foyer.
Les services de l'INCA
Même si le bébé aveugle est encore au
berceau, le Service des enfants de l'INCA est prêt à
offrir son aide et ses conseils aux parents.
Les parents des enfants aveugles d'âge préscolaire
reçoivent des directives sur la formation et les soins
particuliers qui sont nécessaires pour assurer leur
développement normal, et l'Institut collabore avec
les écoles pour aveugles et avec les parents à
l'élaboration des programmes d'éducation des
jeunes aveugles.
Des cours spéciaux d'adaptation sont prévus
pour les adultes qui viennent de perdre la vue. Ils ont la
possibilité de faire un séjour de plusieurs
semaines dans un centre de l'INCA, où l'on fait en
sorte qu'ils analysent leurs sentiments à l'égard
de la cécité et qu'ils apprennent à les
maîtriser. On les aide à se fixer des buts réalistes,
à s'adapter à leur famille, à leur foyer,
à leur entourage et à leur collectivité.
Les aveugles âgés et sans foyer peuvent être
hébergés dans l'une des résidences modernes
que possède l'Institut dans vingt et une villes. Sans
être des « foyers » au sens institutionnel
du mot, ces résidences sont conçues pour les
aveugles actifs du troisième âge qui y trouvent
un gîte confortable et à prix modique. Les personnes
qui y séjournent bénéficient d'une aide
organisée, mais on les encourage à prendre eux-mêmes
leur vie en mains.
Grâce à une entente avec deux organismes des
États-Unis, l'Institut offre à tous les aveugles
du Canada qui remplissent les conditions voulues la possibilité
d'avoir un chien-guide gratuitement et de suivre, à
cette fin, un cours de formation spéciale d'une durée
d'un mois.
L'Institut vient aussi en aide aux autres pays. L'O.N.U.
a fait appel, à titre consultatif, aux spécialistes
de l'INCA et a eu recours à la collaboration de certains
membres de son personnel pour organiser des services de rééducation.
Le directeur administratif de l'Institut, Arthur N. Magill,
a passé deux ans au Caire, où il a mis sur pied
un centre pour les aveugles, qui a servi d'organisme-pilote
pour le Moyen-Orient.
Tous les services de l'INCA exigent des connaissances techniques
et des qualités administratives de premier ordre, mais
ils supposent surtout, ce qui leur donne un sens et fait leur
dynamisme, la compréhension et la sympathie des membres
du personnel de l'Institut. Leur expérience de la cécité,
leur respect de la dignité de l'individu, leur attachement
aux meilleurs principes d'assistance et de réadaptation
sont à la base du programme d'action de l'Institut
et constituent le secret de sa réussite.
Le succès de l'oeuvre qu'accomplit l'INCA est attribuable
en grande partie aux efforts actifs et dévoués
de ses administrateurs régionaux qui, eux-mêmes
privés de la vue, n'hésitent pas à se
rendre partout où il y a un aveugle à secourir.
La rééducation est inscrite au programme de
l'Institut depuis son origine. Elle est confiée à
des moniteurs aveugles. Ceux-ci encouragent et aident, en
les dirigeant avec patience et bienveillance, les personnes
nouvellement frappées de cécité à
supporter la troublante transition entre un monde centré
sur la vision et la vie de l'ouïe et du toucher. Ils
les initient à la lecture et l'écriture de l'alphabet
Braille, aux métiers d'artisanat, comme le tricotage,
la confection des tapis, le travail du cuir, ainsi qu'à
certaines activités relatives à la conduite
d'une maison.
Éducation et emploi
Il existe des écoles pour aveugles à Brantford,
à Halifax, à Vancouver et à Montréal,
qui en compte trois. Plus de 250 étudiants aveugles
sont inscrits dans les diverses universités du Canada.
L'introduction de l'électronique dans le commerce,
les sciences et l'enseignement devait donner naissance, en
1965, à un cours-pilote de programmation sur ordinateur
à l'intention des jeunes aveugles. Sous le patronage
commun de l'Université du Manitoba, des gouvernements
provinciaux et de l'INCA, des opérateurs aveugles apprennent
le métier de programmeur qu'ils iront ensuite exercer
dans les firmes et les établissements utilisant les
techniques de l'informatique.
C'est à l'INCA que revient le mérite d'avoir
créé le premier centre d'enseignement entièrement
consacré à la formation des aveugles :
le Centre national Arthur V. Weir, à Toronto. Ce centre
préparera des aveugles de toutes les provinces à
l'exercice de carrières profitables dans une société
de plus en plus complexe.
Le programme d'études de ce centre offre plus de
cent cours à domicile aux aveugles.
Pendant des années, le grand public a associé
la cécité à l'incapacité de travailler.
L'emploi des handicapés était pour ainsi dire
inexistant, et les vendeurs de crayons au coin des rues étaient
nombreux parmi les anciens combattants aveugles.
Il en fut ainsi jusqu'au moment où l'Association
d'Ottawa pour les aveugles commença à offrir
aux adultes aveugles des cours d'apprentissage et du travail
dans une fabrique de balais. En 1918, l'INCA prenait la tâche
en main. Dès 1920, on comptait 138 travailleurs dans
les ateliers du service des hommes et 45 travailleuses chez
les femmes, celles-ci étant occupées à
la confection de paniers de jonc, à la couture à
la machine, au tricotage mécanique et au tissage sur
métier.
En 1928, un petit comptoir casse-croûte, tenu par
un aveugle, était ouvert dans une usine de Welland,
en Ontario. L'année suivante, le comptoir de tabac
devenait une autre source d'emploi. Et bientôt les comptoirs
casse-croûte et de tabac se multiplièrent dans
les établissements industriels et les immeubles du
gouvernement.
Aujourd'hui, l'INCA compte parmi les principaux fournisseurs
de main-d'oeuvre industrielle au Canada. Des aveugles ou des
personnes partiellement voyantes, travaillant comme administrateurs,
caissiers, conducteurs de machine à laver la vaisselle,
réceptionnaires et manutentionnaires, apportent leur
concours à l'industrie, à l'État et aux
universités à travers le Canada.
Les aveugles accèdent aujourd'hui à de nombreux
métiers spécialisés. Le service de placement
de l'INCA, dont le personnel se compose de spécialistes
aveugles, visite les établissements et met au point
de nouvelles sortes d'emplois pour les candidats aveugles.
Plus de 2,000 Canadiens non voyants occupent des postes à
plein temps dans l'industrie, les carrières libérales,
le service d'alimentation de l'Institut et les bureaux de
direction.
Aux yeux de certains, ce nombre peut paraître bien
modeste, surtout si on le compare à la population totale
des aveugles au Canada, mais il s'explique du fait de la répartition
par tranches d'âge des aveugles. Quelque 46 % d'entre
eux ont perdu la vue après 65 ans ; 1,800 sont
des jeunes de moins de 20 ans qui fréquentent encore
l'école ; 7,500 sont des femmes ayant des obligations
ménagères.
Les auxiliaires matériels
Les recherches sur les auxiliaires sensoriels ont fait de
grands progrès depuis 1629, date où Charles
1er d'Angleterre octroya une charte à la Guilde des
lunettiers, et depuis 1760, année où Benjamin
Franklin, de Philadelphie, inventa les lunettes bifocales.
Plusieurs appareils destinés à transformer
les caractères imprimés en signes sonores sont
en cours de mise au point à l'heure actuelle, afin
de permettre aux aveugles de lire par l'ouïe. Le Lexiphone,
fabriqué grâce à une importante aide financière
de l'INCA, par le Dr Michael Beddoes, de l'Université
de la C.-B., est un instrument conçu pour transformer
en sons la page d'écriture ordinaire. Les mots écrits
de la page passent devant un analyseur, les diverses formes
des lettres produisant des phrases musicales que le lecteur
aveugle doit apprendre à interpréter. On s'applique
maintenant à réduire la machine de 42 livres
à des dimensions plus pratiques.
L'inconvénient de ne pouvoir lire l'imprimé
normal a donné lieu à l'invention d'un certain
nombre de moyens, dont les plus courants sont le Braille,
le livre parlé et les enregistrements sur bande.
Le livre parlé est utilisé depuis 1935, et,
aujourd'hui, la bibliothèque nationale de l'INCA compte
10,000 livres sur bandes (1,800 titres) et 25,000 disques
(900 titres). Il existe dix revues en Braille, dont deux en
français. Tous les jours, plus de trois tonnes de livres
en relief ou enregistrés sont expédiés
par la poste au Canada.
Avec la collaboration du Comité consultatif national
de la musique, la section de la musique de l'INCA a rendu
une multitude de services aux musiciens aveugles. Le catalogue
de musique en Braille en huit volumes de l'Institut renferme
15,000 titres, dont la variété s'étend
depuis Bach jusqu'au blues. De nombreux aveugles ont connu
le succès comme maîtres de chapelle, organistes,
professeurs de musique, concertistes, amuseurs de boîte
de nuit, artistes de télévision et accordeurs
de pianos.
« Qu'est-ce au juste que le Braille ? » demanderont
peut-être certains. En 1829, un jeune Français,
Louis Braille, aveugle lui-même depuis l'âge de
5 ans, imaginait un alphabet dans lequel les caractères
sont formés au moyen de combinaisons de points saillants
sur le papier. Les signes de cet alphabet sont purement arbitraires
et n'ont pas la forme de lettres. Ils se composent de six
points groupés en rectangle de 3 points de haut sur
2 de large. Il existe 62 combinaisons possibles de ces six
points.
Louis Braille, dont la plaque commémorative porte
ces mots : « Il a ouvert les portes du savoir à
tous ceux qui ne voient pas », est inhumé au Panthéon,
à côté des autres hommes illustres de
la France.
Le Braille a été adapté à toutes
les langues et dialectes, même au chinois. Le Bulletin
mensuel de la Banque Royale est publié en Braille,
en langue anglaise et en langue française, et il est
diffusé par les soins de l'INCA à 825 aveugles.
Le Conseil canadien des aveugles est une association de
cercles d'aveugles dont l'inauguration date de 1944 ;
il compte maintenant 80 cercles et 4,500 membres.
Travaillant de concert avec l'INCA, ce conseil a les objectifs
suivants : favoriser le bien-être des aveugles
en leur assurant une éducation supérieure, des
emplois profitables et des contacts sociaux ; créer
des liens plus étroits entre les aveugles et leurs
amis voyants ; encourager l'adoption de mesures pour
la conservation de la vue et la prévention de la cécité.
La Semaine bien connue de la canne blanche, patronnée
par le Conseil et l'INCA, vise à renseigner les voyants
sur les possibilités et les limites des aveugles.
Des carrières remarquables
Les aveugles font souvent preuve de qualités d'esprit
sans commune mesure avec celles des clairvoyants, notamment
en ce qui concerne l'imagination visuelle et la fidélité
de la mémoire.
L'aveugle doit livrer une longue lutte pour se soustraire
au découragement de la cécité définitive,
mais beaucoup, sinon la plupart, de ceux qui en sont frappés
remontent la pente, et certains même avec gaieté
de coeur. Devenu aveugle, à 44 ans, John Milton, dont
l'ouvrage en prose le plus célèbre, Aeropatica,
est un vigoureux plaidoyer en faveur de la liberté
de presse, dicta son poème immortel à sa fille.
« Sois assurée, lui disait-il, que je n'éprouve
ni regret ni honte de mon sort. »
Le cas de Helen Keller a soulevé l'admiration et
l'émerveillement de toute l'humanité. La société
ne s'attend pas à voir ceux qui perdent la vue et l'ouïe
avant l'âge de deux ans surmonter leurs difficultés
de façon aussi remarquable. À sept ans, Helen
Keller n'avait encore jamais rien appris. Mais elle parvint
en quelques mois à connaître certains mots grâce
à l'alphabet tactile, puis elle apprit à parler.
Elle se signala par sa prodigieuse intelligence et écrivit
quelques livres.
Au Canada, l'exemple du lieutenant-colonel Edwin A. Baker
mérite d'être cité : blessé
au combat, en Belgique, en 1915, ce jeune ingénieur
électricien devint aveugle des deux yeux. Très
intéressé par les oeuvres en faveur des aveugles,
il devait être l'un des fondateurs de l'INCA en 1918.
Le colonel Baker contribua à l'organisation de la
première enquête générale auprès
des écoliers de Toronto, enquête qui aboutit
à l'établissement de cours sur la protection
de la vue ; il fut aussi l'un des instigateurs de la
première étude nationale sur la fréquence
et les causes de la cécité. Cette initiative
eut notamment pour effet d'amener le ministère de la
Santé nationale et du Bien-être social à
rendre les soins oculaires obligatoires chez tous les nouveau-nés.
Aussi la maladie qui frappait autrefois les yeux des bébés
n'existe-t-elle à peu près plus aujourd'hui.
Pour perpétuer la mémoire du regretté
colonel Baker, l'INCA a créé la Fondation E.
A. Baker pour la prévention de la cécité.
Cette institution poursuivra l'oeuvre à laquelle le
colonel se dévoua pendant 42 ans, en attribuant des
bourses d'études et de perfectionnement et en fournissant
l'aide financière nécessaire aux ophtalmologistes
et aux services qui leur sont attachés pour faire des
recherches ou se procurer du matériel et des installations
qu'ils ne pourraient obtenir par d'autres moyens.
La prévention de la cécité
L'éducation du public en ce qui concerne le soin
qu'il faut prendre des yeux a progressé à pas
lents. La vue est le sens le plus précieux de l'homme,
mais chacun sait combien on en abuse et combien on le néglige.
L'INCA a établi récemment de nouvelles données
statistiques, qui intéresseront le monde entier et
dont devraient tenir compte tous ceux qui jouissent encore
de la vue. Le service de prévention de cet organisme
a fait une analyse nationale des causes de la cécité
chez les 2,033 clients qui s'y sont inscrits en une année.
Cette étude révèle que chez 225 d'entre
eux, soit onze pour cent, la perte de la vue est imputable
au glaucome, maladie insidieuse caractérisée
par une déficience du système circulatoire du
fluide de l'oeil et entraînant la destruction de la
vue à l'insu du malade. Voici la répartition
des cas par groupes d'âge : jusqu'à 39 ans,
2 ; de 40 à 49 ans, 9 ; de 50 à 64
ans, 27 ; de 65 à 80 ans, 109 ; 81 ans et
plus, 78 cas. Le document fait amplement ressortir la nécessité
de l'examen périodique des yeux à partir de
l'âge mûr. Si le glaucome est dépisté
à temps, il est possible d'en circonscrire les effets
par voie de traitement.
Les accidents qui causent des blessures aux yeux sont plus
fréquents qu'il ne le faut. Le Wise Owl Club,
patronné par le CNIB depuis 1961, groupe un certain
nombre de personnes qui en constituent la preuve. Il s'agit
de ceux qui ont sauvé leurs yeux en portant des lunettes
de sécurité au travail ou dans leur atelier
de bricolage domestique.
La Banque des yeux du Canada, créée en 1955
par l'INCA en collaboration avec la Société
ophtalmologique du Canada, offre la possibilité d'enlever
le tissu cornéen d'un oeil devenu inutilisable et de
le greffer sur un oeil auquel il peut redonner la vue. Sur
plus de 2,000 greffes de la cornée effectuées
jusqu'ici, 80 % l'ont été avec succès.
L'aide bénévole
Ce sont les bénévoles qui ont suscité
la création de meilleures conditions de vie pour les
aveugles du Canada, et aujourd'hui encore le bénévolat
continue de jouer un rôle important dans ce domaine.
Des milliers d'hommes, de femmes et d'adolescents se dévouent
pour les aveugles.
Certains apprennent à transcrire l'imprimé
en Braille et à enregistrer des livres et des textes
pour aider les élèves et les étudiants
aveugles. D'autres se rendent périodiquement dans les
centres et les cercles de l'INCA pour faire la lecture, coudre
ou offrir le thé, ou pour servir de guides, de moniteurs,
de chauffeurs ou de personnes de compagnie.
Quelque 7,000 voyants bénévoles oeuvrent au
sein des commissions, des comités et des services auxiliaires
de l'Institut, et participent ainsi activement à la
vie quotidienne des aveugles du Canada.
Les femmes ont toujours été le bras droit
de l'INCA. En 1917, elles constituaient l'Association des
femmes canadiennes pour la protection des aveugles, organisme
qui, en 1919, s'unissait à l'INCA sous le nom de « Femmes
auxiliaires ».
Une leçon de courage
Malgré tous tes progrès accomplis, il reste
encore beaucoup à faire.
Si les aveugles abordent leurs problèmes et leurs
difficultés avec courage, ils ont besoin de la compréhension
de leurs familles et leurs amis et de leurs concitoyens.
L'amitié envers un aveugle va plus loin que la délicatesse
de sentiments. Elle comporte l'effort nécessaire pour
comprendre les privations et les difficultés de l'aveugle
et l'obligation de l'aider à les atténuer.
Une chose par-dessus tout que peut apporter la famille,
c'est l'encouragement. Il faut éviter que l'aveugle
en vienne à se sous-estimer. Parmi les tragédies
les plus poignantes se rangent celles des infirmes qui ont
crié trop tôt à l'impossibilité
et qui ont renoncé à lutter. L'appui de la famille
et des amis est pour l'aveugle un encouragement d'une valeur
incalculable à acquérir de nouveaux talents
et de nouvelles aptitudes.
À travers les âges, la vie humaine a été
marquée par un sens instinctif du devoir de la part
de ceux qui sont les mieux partagés envers leurs frères
handicapés.
Il ne s'agit pas là d'une obligation fondée
sur la nécessité ou imposée par les pouvoirs
publics. C'est un sentiment d'ordre moral et humanitaire qui
permet de comprendre le terrible anéantissement des
espoirs, la lente soumission à l'inévitable
vérité chez celui qui voit descendre petit à
petit le rideau des ténèbres ou qui est subitement
frappé de cécité.
À la pitié se substitue la sympathie, c'est-à-dire
la participation active à la détresse et à
l'effort d'adaptation de l'infortuné. Elle pousse à
ne rien négliger pour offrir à l'aveugle les
moyens de s'affirmer comme personne indépendante et
membre de la société.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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