Vol. 48, N° 9 Septembre 1967
L'absurdité du
gaspillage
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Notre siècle se signale
par sa prodigalité. Nous tolérons et nous supportons
le gaspillage. Riches et prospères, nous croyons que
nos moyens nous permettent d'être follement dépensiers.
Nos habitudes de dilapidation se manifestent dans tous les
domaines, depuis les services publics, qui pourraient réduire
leurs frais d'administration en tenant rigoureusement compte
des dépenses et en disciplinant leurs cadres jusqu'aux
particuliers qui gaspillent même leurs moments de loisirs.
Nous dépensons étourdiment notre argent, nos
biens, notre énergie, nos ressources, notre temps et
nos talents.
Il faut que les hommes d'affaires cessent de se laisser
éblouir par l'illusion des années d'abondance,
afin de se rendre compte que la concurrence devient si vive
sur les marchés nationaux et étrangers qu'il
importe de réduire les dépenses. Leur concurrent
le plus redoutable n'est pas le confrère qui exerce
le même commerce, mais le gaspillage.
Qu'il s'agisse de fabriquer des poutres d'acier ou des lacets,
de faire des chèques ou de dicter des lettres, de vendre
des automobiles ou de débiter des tissus, de faire
la cuisine ou de tondre le gazon, il y a des gaspillages qu'il
faut éviter : gaspillages de temps, de mouvements
et de matériaux.
La suppression du gaspillage n'est pas une chose qui est
laissée à notre discrétion. C'est une
nécessité économique, une question de
survie. Elle contribue au succès de façon aussi
certaine que les bénéfices.
Si vous continuez à accroître le matériel
et le personnel pour fabriquer de plus en plus de marchandises,
il se peut que votre balance devienne déficitaire à
cause d'une autre sorte de gaspillage. Il y a un point où
le rendement du capital et la main-d'oeuvre employés
atteint son maximum : au-delà de ce point, l'augmentation
de la main-d'oeuvre et du capital ne sert à rien, car
elle n'entraîne pas un accroissement proportionnel de
la valeur du rendement. Les avantages de la fabrication en
série disparaissent à mesure que ses économies
s'engloutissent dans les frais d'outillage et d'organisation.
Foncièrement, le gaspillage ne consiste pas à
utiliser des matériaux, mais à les utiliser
suivant des méthodes qui produisent moins que la somme
maximale de marchandises ou de services que l'on peut utilement
en tirer.
L'âge où tout se jette
Mais l'âge où tout se jette est déjà
commencé. Son champ de prédilection est la mode,
qui s'affirme de plus en plus comme le principal facteur de
vente là où la qualité était autrefois
la seule chose qui importait. Les femmes certes ont toujours
été influençables sous ce rapport. Les
couleurs, les encolures ou les ourlets de l'année deviennent
soudain démodés 13 mois après leur achat,
et il faut les mettre de côté avec tous les accessoires
de la robe. Quant aux hommes, c'est dans les voitures que
se manifeste leur « sens de la mode » ; celles-ci
n'ont pas tellement changé depuis la guerre, mais les
pare-chocs sont plus hauts ou plus bas, les dispositifs d'éclairage
se multiplient et les garnitures diffèrent d'année
en année.
Ceux qui dépensent pour suivre la mode auraient intérêt
à penser à la loi de l'utilité décroissante.
Nos cellules nerveuses perdent leur énergie en réagissant
continuellement aux mêmes excitations. Nous constatons,
par exemple, que des vacances de trois semaines sont une chose
merveilleuse, mais que des vacances de six semaines deviennent
fatigantes ; quatre morceaux de gâteau non pas
quatre fois plus de saveur qu'un seul. Le degré d'utilité
des choses tend à diminuer au fur et à mesure
de leur consommation.
On gaspille même son temps libre. Être capable
d'occuper ses loisirs d'une façon intelligente, c'est
le dernier exploit de la civilisation, mais, à l'heure
actuelle, peu de gens sont parvenus à ce stade.
Au-delà d'une certaine limite, le fait d'être
moins esclave du travail aboutit à une diminution du
bonheur. Les loisirs ne sont pas simplement un sous-produit
négatif du travail. Ils exigent toutes les ressources
de l'art de vivre. C'est Schopenhauer qui a dit : « Les
gens ordinaires ne pensent qu'à la manière dont
ils utiliseront leur temps ; l'homme de talent s'efforce
de l'utiliser. »
Les ressources nationales
À l'échelon national, nous gaspillons les
largesses de notre pays et nous en dévastons les beautés.
Marya Mannes écrit à propos des boîtes
de conserve et des autres déchets qui jonchent nos
routes et nos terrains publics : « Voilà
la marque de la sauvagerie, l'héritage du gaspillage,
la souillure de la prospérité. » « Petit
à petit, ajoute-t-elle, les gaspilleurs et les spoliateurs
appauvrissent notre sol, notre nature et ses beautés,
si bien qu'il n'y aura bientôt plus aucune plage, aucune
colline, aucun sentier, aucune prairie, aucune forêt
où ne se verront pas les débris de l'homme et
le stigmate de son imprévoyance. »
Le gaspillage des terres, des forêts et des minéraux
pouvait se tolérer tant que des accroissements successifs
de terres, de forêts et de mines nouvelles pouvaient
être mis en exploitation, mais la destruction des ressources
naturelles s'est poursuivie avec insouciance en dépit
d'une rareté aussi désastreuse qu'inévitable.
Ceux qui ont participé à l'indifférence
populaire devant cette dilapidation des ressources seraient
fort étonnés si quelqu'un leur disait :
« Vous approuvez cela parce que vous croyez que l'avenir
ne vous concerne pas et que vous vous dites que c'est aujourd'hui
que vous vivez. »
Le gaspillage n'est pas du tout la même chose que
la consommation. Beaucoup de choses sont sans valeur si elles
ne sont pas utilisées. Toute la question est de savoir
les utiliser efficacement.
Le gaspillage dans les affaires
La science des affaires consiste à connaître,
à contrôler et à diriger les forces qui
ont un effet favorable ou défavorable sur le progrès
des affaires. Le but de tout dirigeant est de gagner de l'argent
pour les actionnaires en exploitant l'entreprise avec profit.
Aucun établissement ne peut jouir de la confiance du
public sans démontrer qu'il est bien administré
en réalisant des bénéfices satisfaisants,
et, s'il est incapable de le faire, il aura tôt fait
de perdre du terrain dans l'industrie.
Il n'y a pas de période, si prospère soit-elle,
exempte d'incertitudes, et les maisons de commerce font tout
simplement preuve de prudence en prêtant attention au
succès de leurs opérations. Les hommes indispensables,
comme les chefs de service et de division, les cadres et les
contremaîtres, doivent contrôler convenablement
les dépenses dont ils sont responsables. La suppression
du gaspillage est incontestablement l'une de leurs fonctions.
Il est possible qu'il y ait du gaspillage dans les hautes
sphères de l'administration tout comme dans les ateliers
ou sur le pupitre du bureau ou le comptoir du magasin. Le
propriétaire peut dilapider les investissements ;
les vice-présidents perdre des occasions favorables
par leur vaine complaisance ; le chef du service commercial
gâcher les affaires en négligeant les clients
et les acheteurs éventuels ; le directeur de la
publicité gaspiller l'argent par des campagnes intempestives ;
le directeur de la production restreindre le rendement de
la main-d'oeuvre par la lenteur du travail, les mouvements
inutiles ou l'absence d'instructions ; le chef des achats
saboter les ventes en commandant des mauvais matériaux,
en établissant des devis incomplets, en emmagasinant
mal les marchandises ou en payant inutilement des prix trop
élevés.
Celui qui dirige, que ce soit dans une grande industrie
ou un petit magasin, doit savoir où le gaspillage peut
se produire, percevoir le moment où il se produit et
s'appliquer à y mettre un terme. L'idéal sur
lequel doit se fonder le principe de la bonne administration
à tous les niveaux est la suppression du gaspillage.
C'est là une fonction essentielle, et non pas un rôle
accessoire auquel il faut penser de temps à autre.
La recherche du gaspillage
Pour éliminer le gaspillage, il faut consacrer son
attention à le découvrir. C'est là une
occasion de faire appel à la réflexion et au
calcul.
Sachez où se trouvent les fuites. Recherchez d'abord
les faits relatifs au lieu où se produit le gaspillage
et les causes de son existence. Vous perdrez votre temps si
vous essayez de réfléchir avant d'avoir réuni
des données.
Partez de cette hypothèse : aucun service commercial,
aucun bureau et aucun foyer n'est si bien dirigé qu'il
est impossible en faisant des recherches sérieuses
d'y trouver des fuites à obturer.
Promenez-vous dans votre bureau en jetant un coup d'oeil
sur les armoires à fournitures et les corbeilles à
papier. Examinez le travail accompli par votre personnel de
bureau et le cheminement des documents. Puis, demandez-vous
s'il n'y aurait pas des économies à faire. Faites
un petit tour dans votre atelier. Les matériaux sont-ils
bien rangés, leur manipulation se fait-elle d'une façon
efficace et en aussi droite ligne que possible, les machines
fonctionnent-elles sans frottement ni perte d'énergie,
les pièces manquées ou brisées sont-elles
réduites au minimum et recueillies en vue de leur réutilisation ?
Votre enquête mettra peut-être au jour un amas
confus de problèmes. Il se peut que vos employés
s'en tiennent encore aux méthodes traditionnelles,
qui comportent des mouvements inutiles, des pas perdus, des
déplacements superflus de matériaux et même
l'arrêt des machines. L'aménagement, acceptable
il y a 20 ans, ne convient peut-être plus aux nécessités
du jour. La comptabilité des prix de revient n'est
peut-être pas de nature à vous indiquer où
les frais sont trop élevés.
On ne peut donner que quelques conseils quant aux endroits
où il faut rechercher le gaspillage, car l'ordre d'importance
varie selon l'entreprise et les opérations.
Le matériel. L'efficacité avec laquelle
le matériel est utilisé est un point capital
à vérifier. Le contrôle de la production
doit toujours viser à accroître le rendement
avec le même matériel et le même personnel.
Si le contrôle voulu n'a pas lieu, l'achat de nouveau
matériel ne pourra être qu'un gaspillage de capitaux.
Les machines et l'outillage doivent demeurer en état
d'accomplir à coup sûr la quantité de
travail qu'il est raisonnable d'en attendre. La négligence
de l'entretien provoque des pannes et partant du gaspillage.
Le rendement des machines exige que l'effort mécanique
soit réduit à la proportion la plus faible,
afin que toutes les pièces fonctionnent en harmonie.
Il suffit parfois de réorganiser les opérations
pour économiser du temps, des efforts et des matériaux,
mais il peut être nécessaire d'envisager l'emploi
de machines plus modernes. Le recours sur une grande échelle
au matériel automatique et électronique représente
pour le rendement de certaines usines une aussi grande amélioration
que la mécanisation des usines au XVIIIe siècle
par rapport au travail manuel des artisans du Moyen Âge.
Les principaux points qu'il faut viser sont : l'augmentation
de la productivité, l'uniformisation de la qualité,
le meilleur contrôle du flot de la production et la
réduction des frais d'exploitation. Il n'y a aucun
mérite particulier ni avantage économique à
employer un plus haut degré de mécanisation
qu'il n'est nécessaire. Ainsi, le désir de prestige
que comporte la possession d'une calculatrice peut pousser
un service à s'en procurer une alors qu'un abaque pourrait
tout aussi bien faire les calculs qui lui sont nécessaires.
Le programme. Il y a gaspillage sous forme d'augmentation
des frais lorsqu'on ne suit pas le programme destiné
à amener le travail à la bonne division du service
au moment voulu. Il se peut qu'une division empile des pièces
de fonte ou de la paperasse dont la quantité excède
les capacités de la division voisine, et crée
ainsi un état de confusion. Un simple rajustement,
en systématisant le travail, réussit parfois
à tout remettre dans l'ordre.
La manutention. L'enlèvement et le déplacement
des choses jouent un grand rôle dans la fabrication,
les ventes et le travail de bureau. C'est un élément
important des frais d'exploitation, car il influe à
la fois sur la production et sur les ventes.
Des hommes qui n'auraient même pas l'idée de
gaspiller un dollar en espèces peuvent se montrer négligents
dans la manutention des matériaux et gaspiller, sans
y penser, pour plusieurs dollars de matériaux. Il convient
de considérer les matériaux comme s'ils étaient
de l'argent et de les traiter en conséquence.
Il faut supprimer jusqu'à la moindre trace de manutention
inutile. Une usine, par exemple, a adopté un nouvel
agencement, qui réduisait de 35 p. 100 la distance
parcourue dans la fabrication d'un moteur électrique.
Par rapport à la production normale de l'usine, cela
signifiait une économie annuelle de 13,200 milles.
La compagnie avait versé à un homme le salaire
d'un ouvrier spécialisé pour franchir à
pied la moitié de la circonférence du globe
chaque année.
Le travail. Dans beaucoup d'entreprises industrielles,
le faible rendement du travail représente un élément
important de gaspillage. L'idéal n'est pas de faire
travailler l'ouvrier plus ardument et plus rapidement mais
d'augmenter son rendement en économisant l'énergie
qu'il dépense à effectuer des levages, des déplacements,
des rangements, des extensions et des flexions. Le meilleur
ouvrier est celui qui peut accomplir le plus avec le moins
d'effort.
Toute dépense d'énergie qui n'accroît
pas la valeur des matériaux, qui ne contribue pas aux
plans ou aux calculs, qui ne sert pas à diffuser ou
à recevoir des renseignements essentiels constitue
un gaspillage par déperdition.
Une autre forme de gaspillage du travail consiste à
faire exécuter des travaux d'ordre inférieur
par des spécialistes à haute rémunération.
C'est ainsi qu'un expert de $75 par jour pourra être
employé à faire des écritures qui seraient
mieux accomplies par un commis de $60 par semaine. C'est là
imiter Pierre de Médicis, qui avait chargé Michel-Ange
de sculpter une statue de neige.
Les achats. Il ne s'agit pas là d'une fonction
de service, mais d'une activité qui rapporte. Les changements
survenus ces dernières années dans la conception
des achats, l'organisation, le personnel et les méthodes
permettent aux entreprises qui en sont au courant de faire
des économies appréciables.
La bonne et la mauvaise façon d'acheter peut faire
la différence entre le profit et la perte. L'emploi
judicieux des fonds, la préparation soignée
des commandes et l'économie dans l'utilisation sont
tout aussi essentiels à la bonne présentation
du rapport annuel que la compétence dans la fabrication
et le dynamisme dans la vente.
Les déchets. La manutention intelligente des
déchets peut influer sur la rentabilité de l'exploitation
de l'entreprise. La transformation en sous-produits des produits
non utilisés donne plus de valeur aux matières
premières. La science contribue, grâce à
la chimie synthétique, à l'utilisation des produits
accessoires et à la récupération des
matières secondaires, à réduire le gaspillage,
si bien que les boîtes à déchets, les
poubelles, les tas de ferraille ou de rebuts rivalisent avec
l'agriculture, les forêts et les mines en tant que sources
de matières premières.
Dans certaines usines, tous les matériaux avariés
sont rassemblés par un service de récupération
attitré, qui ne fait rien d'autre que de les remettre
en état et les rendre utilisables. Mais il n'est pas
suffisant de récupérer les déchets. Vous
constaterez peut-être que le gaspillage est dû
au mauvais emmagasinage, à l'emploi de stocks trop
considérables, à la médiocrité
de l'exécution, à une manutention défectueuse,
à des machines inadaptées, à une inspection
négligente ou à une fabrication servant inutilement
de trop près les tolérances.
Le temps. Le « Temps » avec une majuscule
est infiniment long ; le « temps » avec une
minuscule est malheureusement trop court. C'est un élément
constitutif du rendement ; il a une valeur à laquelle
on peut attribuer un équivalent en argent ; il
joue un très grand rôle dans le succès
ou l'échec de nos vies.
Nous sommes prodigues du temps limité dont nous disposons.
Nous laissons notre travail se prolonger afin d'occuper le
temps qui nous est imparti pour l'exécuter. Notre manie
de remettre à plus tard engloutit et gaspille une grande
partie de notre temps. Parmi les causes de perte de temps
la mauvaise organisation figure en tête de liste. Nous
nous heurtons à des tâches qui nous font perdre
du temps et de l'énergie, mais qui importent peu à
nos affaires et à notre bonheur, parce que nous ne
prévoyons pas les choses d'assez loin.
Le remède est de dresser la liste des travaux que
vous voulez faire dans l'ordre de leur importance, puis de
vous mettre à l'oeuvre. Inscrivez tout ce que vous
pouvez sur un horaire ; notez-le, puis oubliez-le en
attendant qu'arrive le moment voulu. Définissez vos
objectifs, tracez-vous un programme, établissez un
emploi du temps, concentrez vos efforts sur les choses essentielles
et écartez tout ce qui vous fait perdre du temps dans
la vie. Après avoir terminé un travail, abordez
résolument le suivant.
Le plan d'action
La suppression du gaspillage comporte deux tâches
distinctes : la recherche des faits et l'adoption des
mesures d'amélioration nécessaires.
Il est très important de se poser la question « Pourquoi ? »
lorsqu'il s'agit de trouver les moyens de supprimer ou de
réduire le gaspillage. Trop souvent, l'administration
perd beaucoup de temps à étudier les améliorations
possibles sans se demander pourquoi l'opération elle-même
est accomplie. Ainsi, on a cru un certain moment qu'il était
nécessaire d'avoir deux exemplaires de la liste d'envoi
du présent Bulletin mensuel : une au bureau et
une autre à l'imprimerie. Un jour quelqu'un a demandé
« pourquoi ? », et l'on a supprimé un
travail qui faisait perdre du temps en éliminant l'un
des exemplaires.
Si l'opération ne peut pas être éliminée,
il faut alors examiner les possibilités d'amélioration.
Dressez la liste des diverses mesures à prendre :
combinaison, uniformisation, meilleur enchaînement,
simplification.
L'ordre permet de prévenir certaines sortes de gaspillage.
Toute bonne caissière de banque sait que la disposition
des objets sur son comptoir est très importante pour
bien servir les clients.
Beaucoup de pertes de temps, d'espace, de matériaux
et d'énergie sont dues à l'irréflexion.
Nous laissons les choses s'accumuler pêle-mêle,
et il faut ensuite fouiller partout avant de trouver ce qu'il
nous faut.
Le budget
L'un des plus graves reproches que l'on fait à la
direction des entreprises est de ne pas parvenir à
instituer une méthode convenable de contrôle
budgétaire. Il en résulte un gaspillage déplorable,
qui se manifeste dans les états des profits et pertes.
Il est impossible d'élaborer des plans précis
sans savoir ce que l'on peut raisonnablement attendre de chaque
phase d'activité de l'établissement et sans
mesurer les résultats obtenus. L'art de contrôler
les dépenses atteint son plus haut point de perfection
lorsque l'administration dispose d'une mesure sûre pour
jauger le montant des dépenses nécessaires pour
exploiter l'entreprise. On peut dire que le contrôle
budgétaire consiste tout simplement dans la prévoyance
méthodique et la comparaison entre ce qui est et ce
qui devrait être.
Le budget servira de guide pour utiliser au maximum les
installations et les avoirs ; il offrira un moyen de
coordonner tous les achats et les dépenses de façon
à en obtenir le meilleur rendement possible ;
il jouera le rôle de signal de sécurité
en indiquant l'écart qui existe entre ce que l'on désire
et ce que l'on obtient ; il empêchera le gaspillage.
Des dossiers sûrs, précis et immédiatement
disponibles sont essentiels. Accordez une grande attention
au relevé mensuel, qui indique le rapport des frais
directs de main-d'oeuvre avec les prévisions budgétaires
et le rendement productif. Ce sommaire peut être un
signal de danger, qui incitera l'administrateur à rechercher
combien de temps utile a été perdu à
attendre les matériaux, les pièces ou l'outillage.
Une divergence entre la production et les ventes l'amènera
dans certains cas à découvrir l'existence malsaine
de stocks pléthoriques.
Le gaspillage est de l'incompétence
Le gaspillage dans les affaires ou au foyer est une preuve
d'incompétence. C'est une habitude qui s'introduit
furtivement dans nos vies ; il faut la combattre et nous
accoutumer à économiser.
L'économie consiste essentiellement à supprimer
le gaspillage. Les livres sur la science économique
ne portent pas de jugement sur la façon dont les entreprises
ou les hommes dépensent leurs revenus, mais ils insistent
sur le fait que l'économie bien comprise consiste à
en avoir pour son argent.
Le Canada connaît actuellement une des grandes périodes
d'abondance de son histoire, mais notre complaisance dans
l'état d'opulence auquel nous nous sommes élevés
ne doit pas nous encourager à mener une vie effrénée.
Il y a des limites de sécurité et de fatigue
à observer dans les affaires financières de
toute entreprise et de tout foyer.
Avant de pouvoir tracer les plans qui nous permettront de
diriger nos affaires avec succès et de trouver le bonheur
dans notre vie personnelle avec tant soit peu de certitude,
nous devons renoncer complètement et une fois pour
toutes à l'idée même de tolérer
le gaspillage. Partout où nous acceptons le gaspillage,
nous limitons nos chances de réussite et nous restreignons
nos possibilités de profiter des bienfaits que la vie
nous offre.
L'idéal est d'en arriver à ne plus être
obligés de toujours nous demander si nous sommes gaspilleurs
ou économes ; il faut être vigilant par
habitude et tout naturellement.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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