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Septembre 1946
Canada et les ÉtatsUnis
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Le Canada et les ÉtatsUnis,
après plus d'un siècle d'amitié cimentée par des marques de
plus en plus nombreuses de respect mutuel et de collaboration,
viennent de donner au monde un magnifique exemple de coordination
en temps de guerre, dont ils profiteront euxmêmes s'ils
en appliquent les leçons pendant la paix. Ils sont aujourd'hui
plus étroitement unis, économiquement et spirituellement,
que n'importe quels autres grands pays, et aucun autre pays
ne peut regarder leurs relations avec indifférence.
Ces deux pays prennent une part active aux affaires mondiales ;
ils occupent 13 pour cent de la superficie terrestre et abritent
7 pour cent de la race humaine. Ils ont remporté de concert
une victoire sur des principes qui menaçaient leurs idées
démocratiques mais cette victoire n'a fait disparaître que
certains dangers. La paix n'est pas seulement la fin de la
guerre : c'est une manière de vivre en bons voisins.
Quoique les Canadiens et les Américains aient une idée de
ce qu'ils veulent accomplir pendant la paix, il est bon d'en
expliquer rapidement les raisons et les moyens, sans trop
de statistiques.
Les chiffres ne sont pas trop nécessaires, en effet, car
malgré qu'ils aiment les statistiques, les Canadiens et les
Américains s'intéressent davantage aux choses actives de l'existence ;
ils sont habitués à penser, sentir et agir. Voici une comparaison
des deux pays en trois lignes :
| Superficie (milles carrés) |
3,695,189 |
3,022,387 |
| Population (1944) |
11,975,000 |
138,100,000 |
| Revenu national (1944) |
$9,685,000,000 |
$168,653,000,000 |
Cela fait un revenu national de $809 par tête pour le Canada
et de $1,164 pour les ÉtatsUnis, mais cela ne signifie
pas que les Canadiens sont des voisins relativement pauvres.
Comme on le verra, le niveau d'existence n'est pas très différent.
Il y a des gens qui vont jusqu'à croire que les Canadiens
ressemblent aux Américains sauf qu'ils n'ont pas eu assez
de bon sens pour s'établir plus au sud où il fait moins froid,
et que leur population est groupée le long de la frontière
pour être plus près des ÉtatsUnis. Il est vrai que 50
pour cent des Canadiens vivent à moins de 100 milles, et 90
pour cent à moins de 250 milles de la frontière, mais il est
également vrai que plus de la moitié des Américains vivent
à moins de 250 milles de la même frontière. La raison est
simple : dans les premiers temps, il n'y avait ni routes
ni chemins de fer et les pionniers étaient obligés de voyager
par eau. Ils s'établirent donc le long des meilleures rivières
et des lacs qui forment la frontière actuelle. D'un autre
côté, les Laurentides dont la masse rocheuse s'étend de la
Baie d'Hudson aux Grands Lacs, opposait une barrière d'une
superficie d'un million de milles carrés à l'expansion des
Canadiens vers le nord. Pour relier l'est du Canada à l'ouest
il a fallu construire presque deux fois plus de voie ferrée
par tête qu'aux ÉtatsUnis. Les obstacles naturels ont
également divisé le pays en régions agricoles et économiques
qui sentent plus fortement l'attrait du sud où les conditions
sont semblables. Sir Robert Falconer, président de l'Université
de Toronto, a dit à ce sujet : « Une ferme résolution
pouvait seule aider les Canadiens à triompher ainsi de la
géographie. »
Le Canada diffère également des ÉtatsUnis sous un
autre rapport. C'est un pays bilingue, dont plus de 30 pour
cent des habitants sont d'origine française. Dans la province
de Québec ils ont conservé une cohésion de coutumes, de religion
et de langage qui les caractérise du point .de vue national
et international. Les CanadiensFrançais sont de bons
cultivateurs, de bons hommes d'affaires et ils réussissent
en politique et dans les professions libérales. Ils sont restés
fidèles à leurs traditions et quand ils se marient avec des
personnes de langue anglaise, c'est pour en faire des CanadiensFrançais,
comme le prouvent les milliers de gens dans la Province de
Québec dont le nom est irlandais ou écossais mais dont la
langue maternelle est le français. Séparé presque entièrement
de l'Europe depuis la guerre de Sept ans, le CanadienFrançais
est fortement attaché à son pays et pour lui le Canada est
réellement la terre de ses aïeux.
Grâce au mélange de deux races et l'immigration d'origine
française et britannique le Canada ne deviendra jamais un
pays d'étroit nationalisme comme l'indiquent les chiffres
suivants :
| Origine |
1871 |
1931 |
1941 |
| |
% |
% |
% |
| Britannique |
60.55 |
51.85 |
49.68 |
| Française |
31.07 |
28.22 |
30.27 |
| Autres |
8.39 |
19.93 |
20.05 |
Le Canada est tout ce qu'il y a de plus tolérant sous le
rapport des convictions religieuses et intellectuelles de
ses habitants. Hugh L. Keenleyside dit dans son livre « Le
Canada et les ÉtatsUnis » - « Les habitants
du Québec savent que si le Canada s'unissait aux ÉtatsUnis,
ils perdraient la plupart, sinon la totalité, des privilèges
dont ils jouissent aujourd'hui. Aucun Congrès américain ne
verrait d'un bon oeil la liberté de langage et de religion
qui règne au Canada. » Il faut reconnaître le génie du
Dominion sous ce rapport, mais il est souvent plus facile
de gouverner démocratiquement des gens qui partagent les mêmes
principes politiques tout en parlant une langue différente,
que des gens de la même langue qui nourrissent des idées opposées.
On en voit la preuve, d'un côté, en Suisse et dans l'Union
de l'Afrique du Sud aussi bien qu'au Canada, et d'un autre
côté dans la Guerre de l'Indépendance et la guerre civile
aux ÉtatsUnis, ainsi que dans la guerre civile en Espagne.
Le reste du monde regarde avec respect, et souvent avec
envie, les .progrès économiques des nations de l'Amérique
du Nord. La vie dans ce continent ne ressemble pas à la simple,
frugale existence des vieux pays, sans conforts ni commodités.
Nos progrès ont été si rapides que nous avons parfois éprouvé
des « douleurs de croissance », mais elles ont vite
disparu après l'adolescence. La géographie et les circonstances
ont contribué à entrelacer étroitement les entreprises du
Canada et des ÉtatsUnis, et par suite du grand degré
de similarité dans l'économie des deux pays, les hommes d'affaires
et les capitalistes ont été attirés par les occasions de faire
de l'argent chez nous, de sorte qu'il en est résulté un grand
nombre d'entreprises « Canadoaméricaines ».
Les placements étrangers au Canada sont d'après les plus récentes
statistiques : ÉtatsUnis $4,190 millions, GrandeBretagne
$2,466 millions, autres pays $270 millions ; Total $6,926
millions. Par contre, le Canada a $1,757,900,000 de placements
à l'étranger, dont plus d'un milliard aux ÉtatsUnis.
Aux yeux des Canadiens, le chiffre des placements américains
au Canada semble naturellement plus gros que le chiffre des
placements canadiens ne paraît aux yeux des Américains, mais
quand on les compare par tête de population, les placements
des Canadiens aux ÉtatsUnis sont quatre fois plus gros
que ceux des Américains au Canada.
Quoiqu'on l'entende dire souvent, il est bon de répéter
que chacun des deux pays est le meilleur client de l'autre
et que le volume de leur commerce dépasse, même en temps ordinaire,
le volume du commerce entre deux autres pays. L'échange de
marchandises a considérablement augmenté durant la guerre,
et point n'est besoin d'être économiste pour dire qu'un pays
est en difficulté quand il est forcé par les nécessités de
la guerre à acheter deux fois plus que d'ordinaire dans un
autre pays. La déclaration de Hyde Park en 1941 a démontré
non seulement l'aptitude de ces deux pays à surmonter les
difficultés mais à les tourner en avantages. Cet accord avait
principalement pour but de fournir au Canada suffisamment
de dollars américains pour acheter toutes les marchandises
américaines dont il avait besoin, tout en coordonnant la production
de manière à éviter le double emploi. À la fin de 1942 ces
mesures de coordination économique avaient été prolongées
jusqu'après la guerre. Le Secrétaire d'État des ÉtatsUnis
définit ainsi le but à atteindre : « ... pour collaborer
à l'élaboration d'un programme commun, auquel sont invités
à participer tous les autres pays qui partagent les mêmes
idées, de manière à accroître, au moyen des mesures internationales
et intérieures jugées nécessaires, la production, l'embauchage,
ainsi que l'échange et la consommation des marchandises, qui
sont les bases matérielles de la liberté et du bienêtre
de tous les peuples. »
La vie n'a pas toujours été rose pour le Canada sous le
rapport économique. C'est un pays riche en ressources et son
peuple est énergique et capable, mais son marché de consommation
est trop petit pour absorber toute la production de ses fermes,
de ses forêts et de ses usines. La guerre a encore aggravé
ce problème. Le Canada a un million de travailleurs industriels
de plus qu'avant. Il a doublé sa production d'acier et occupe
le quatrième rang parmi les nations industrielles. C'est le
plus grand producteur de nickel, d'amiante, de platine, de
radium et de pâte à journal ; il occupe le deuxième rang
dans la production de la pulpe de bois, d'or, d'aluminium,
de mercure et de molybdène ; le troisième dans celle
du cuivre, du zinc, du plomb, de l'argent, de l'arsenic ;
et le quatrième dans celle du magnésium.
Les jours les plus sombres du Canada furent probablement
ceux du milieu du XlXe siècle, quand la GrandeBretagne
adopta le libreéchange, car il perdit ainsi une place
privilégiée dans l'empire colonial. L'avenir paraissait si
noir qu'il fut question de s'annexer aux ÉtatsUnis et
un manifeste fut publié à Montréal en 1849 à cet effet. Cinq
ans plus tard un traité de réciprocité avec les ÉtatsUnis
soulagea les Canadiens de leurs craintes, mais il fut révoqué
en 1866, principalement à cause du ressentiment éprouvé à
Washington au sujet des sympathies britanniques pour le Sud
pendant la guerre civile. En 1897, après maints efforts futiles
pour rétablir la réciprocité, le Canada adopta la préférence
impériale et songea à faire commerce avec l'Empire. En 1911,
un second traité de réciprocité fut rejeté aux élections.
La guerre des tarifs battit son plein en 1922 et 1930 quand
les tarifs de FordneyMcCumber et de SmootHawley
réduisirent l'accès des produits canadiens aux marchés américains,
et les Canadiens augmentèrent les droits d'entrée sur les
produits américains. En 1932 le Canada signa les Accords d'Ottawa
destinés à rendre l'Empire plus capable de se suffire. En
1935 tout le monde était fatigué de la guerre des tarifs dans
laquelle les économistes épuisèrent leur pays et s'épuisèrent
euxmêmes en essayant de lutter contre la géographie
pour empêcher le mouvement naturel du commerce. L'accord de
réciprocité signé cette annéelà fut révisé et renouvelé
en 1938, époque à laquelle la GrandeBretagne conclut
ellemême un traité de commerce avec les ÉtatsUnis.
On peut dire que récemment le Département d'État des ÉtatsUnis
a fait preuve d'une connaissance remarquable de la situation
économique du Canada et qu'il a tenu compte de la grande importance
du commerce extérieur pour notre pays, de nos rapports financiers
avec les ÉtatsUnis, et de nos relations avec la GrandeBretagne
ainsi que du fait que nous appartenons au Commonwealth des
Nations Britanniques. L'importance que peut atteindre l'échange
bilatéral des marchandises ressort de la comparaison entre
1939 et 1944. Quand la guerre a éclaté, le Canada achetait
$497 millions de marchandises américaines, et en 1944 ses
achats étaient de $1,477 ; en 1939 les achats des ÉtatsUnis
au Canada étaient de $380 millions, et en 1944 de $1,301 millions.
Le Canada est le meilleur client des ÉtatsUnis. Il lui
achète plus qu'il ne lui vend. D'un autre côté, il vend plus
qu'il n'achète au RoyaumeUni et il emploie son solde
de sterling pour acheter des dollars américains avec lesquels
il paie sa balance du commerce.
Les hommes d'affaires américains ne considèrent pas le Canada
comme un territoire étranger, mais comme le prolongement septentrional
de leur marché intérieur, et cette familiarité est un facteur
incalculable dans la destinée des deux nations. Il y a au
Canada des centaines d'usines, de mines, etc., appartenant
à des Américains et situées chez nous, les unes parce que
le Canada avait établi des tarifs et qu'il fallait construire
des usines dans le Dominion pour éviter les droits de douane ;
les autres pour profiter des tarifs préférentiels dans l'Empire.
Un grand nombre d'usines ont été construites par de jeunes
Américains à la recherche de nouveaux territoires à conquérir.
Les banques canadiennes ont des agences aux ÉtatsUnis,
non pas pour solliciter des dépôts ou pour faire des affaires
sur place, mais pour servir ceux qui font du commerce entre
les deux pays. Les compagnies d'assurance de chaque pays font
des affaires dans l'autre.
On voit donc que les échanges de capitaux et le volume de
commerce bilatéral ont atteint des proportions importantes
pour chaque pays. Tout cela est venu naturellement, sans forcer.
Les plans d'aprèsguerre indiquent une tendance à continuer
dans cette voie et à donner au monde un exemple de ce que
peuvent faire deux nations voisines si elles décident de mettre
en pratique les principes de la Charte de l'Atlantique en
facilitant l'échange et la consommation des marchandises « qui
sont les bases matérielles de la liberté et du bienêtre
de tous les peuples ».
Des problèmes ont surgi, naturellement. Les ÉtatsUnis
peuvent retourner, maintenant que la paix est rétablie, à
une situation économique presque normale, mais le Canada a
été complètement transformé. Ce n'est plus simplement un producteur
de matières premières. Sa production manufacturière qui était
de $3,400 millions en 1939 a atteint $9,074 millions en 1944.
Que vatil en faire ? Il n'est pas étonnant
que notre ministre des Finances ait annoncé qu'il est prêt
à discuter avec le gouvernement des ÉtatsUnis, du RoyaumeUni
ou de tout autre pays « des accords commerciaux réciproques
de plus grande portée et de plus longue durée que tous les
précédents. » Bien sûr, attendu que de 25 à 35 pour cent
de son revenu national provient de ses exportations et des
touristes, le Canada fera tout son possible pour conclure
des accords réciproques, et les pourparlers commerciaux entre
le Royaume Uni, les ÉtatsUnis et le Canada ont une grande
importance pour lui. Un article paru il y a trois ans dans
« Fortune » disait : « Si le RoyaumeUni
et le Canada peuvent vendre une quantité raisonnable de produits
aux ÉtatsUnis, ils ne parleront plus jamais de commerce
avec l'Empire. » Bien plus, si le groupe angloaméricain
de nations est résolu à rendre le commerce plus libre dans
le monde, et permettre à chaque nation un accès normal aux
matières premières et aux moyens de production, il fera disparaître
la plupart des différends économiques entre les nations. L'échange,
à conditions égaies, des produits de ces deux pays de l'Amérique
du Nord, sera grandement à l'avantage de chacun et donnera
au monde un autre exemple de bon sens en matière de relations
internationales.
Les échanges de marchandises sont facilités par les excellents
moyens de transport entre le Canada et les ÉtatsUnis
et le reste du monde. La voie navigable du SaintLaurent
et des Grands Lacs pénètre le continent sur 2,350 milles.
Les océaniques vont à 1,000 milles à l'intérieur jusqu'à Montréal
et les plus petits vaisseaux jusqu'à la tête des lacs. D'autres
cours d'eau aux ÉtatsUnis et au Canada transportent
des marchandises jusqu'au Golfe du Mexique au sud et jusqu'à
la Baie d'Hudson au nord. À 50 points de la frontière, les
chemins de fer d'un pays pénètrent dans l'autre pays, ceux
du Canada pour parcourir plus de 8,000 milles aux ÉtatsUnis,
et ceux des ÉtatsUnis pour exploiter plus de 1,500 milles
de voie au Canada. Ce réseau relie tous les points des deux
pays, sans se soucier aucunement des différences de pays.
L'ancien Grand Tronc allait de Portland, Maine, à Chicago
par le Canada ; même à présent, la plus courte route
de Montréal à SaintJean, NouveauBrunswick, passe
par le Maine, et les trains américains de Détroit à Buffalo
prennent un raccourci à travers l'Ontario. Il n'y avait que
66 milles de voie ferrée au Canada en 1850 et 9,000 milles
aux ÉtatsUnis ; aujourd'hui il y en a respectivement
43,000 et 257,000 qui ont coûté $3,400 et $18,800 millions.
Le Canada n'a que le douzième de population et de volume de
trafic des ÉtatsUnis, mais il en possède le sixième
de voie ferrée et presque le sixième des immobilisations.
Il en est de même pour les routes quoique le Canada soit loin
d'en avoir autant de pavées et de si larges et qu'il n'ait
pas encore de route pavée de l'est à l'ouest. Dans le domaine
aérien, le Canada est un des carrefours du monde, sur le plus
court chemin des ÉtatsUnis à l'Europe ou l'Asie. C'est
le quartier général de l'Organisation temporaire de l'aviation
civile internationale qui représente les gouvernements du
monde dans la régie de la circulation aérienne, et de l'Association
internationale des transports aériens composée de compagnies
de transport aérien. Cette dernière comprend 31 pays et a
pour objet de rendre les transports aériens sans danger, réguliers
et économiques et d'établir la collaboration entre les compagnies
de transport faisant un service international.
Après avoir mentionné la finance, la manufacture et le transport,
il convient de parler de l'agriculture qui occupe 23 pour
cent de la population des ÉtatsUnis et 27 pour cent
de celle du Canada. Dans les deux pays, l'industrie agricole
est entre les mains de familles de cultivateurs ; il
n'y a pas de paysans. Le climat des ÉtatsUnis permet
la culture de fruits semitropicaux et de coton dans
le sud ; de maïs, blé et autres grains dans les vallées
du Mississipi et de la Colombie, et d'arbres vivaces dans
le nordouest. Au Canada, du blé de la meilleure qualité
est cultivé en abondance dans les prairies abritées par les
Rocheuses ; la basse péninsule de l'Ontario produit du
tabac et des pêches ; les provinces du centre et de l'Est
s'adonnent à l'industrie laitière et à la culture mixte ;
sur les côtes de l'Est et de l'Ouest il y a des vergers dont
les pommes sont fameuses dans le monde entier, et des pêcheries
qui produisent $100 millions par an et donnent du travail
à 50,000 personnes et qui emploient 33,000 bateaux ;
tandis que dans le Nord, il y a des forêts apparemment inépuisables.
On peut se faire une idée des différences de climat au Canada
par le fait que la région du Niagara produit des raisins et
le cercle arctique des fourrures.
Malgré l'activité manufacturière pendant la guerre, qui
n'avait laissé que trois hommes sur les fermes où il y en
avait quatre en 1939, la production agricole a doublé et les
expéditions de vivres ont quadruplé. Les exportations alimentaires
durant la guerre se sont chiffrées à $3,772 millions, dont
$1,886 pour la GrandeBretagne et $1,186 millions pour
les ÉtatsUnis. Pendant les trois dernières années, le
Canada a expédié un million de boisseaux de blé chaque jour
ouvrier de la semaine, c'estàdire assez pour donner
du pain à 80,000,000 de personnes en plus de ses propres habitants.
Par rapport à la population, le Canada a exporté plus de vivres
que n'importe quel autre pays. Cela était en temps de guerre.
Mais à l'avenir, il faudra que le Canada s'entende avec les
ÉtatsUnis pour éviter le travail inutile, le gaspillage
des aliments et la baisse du niveau d'existence chez les cultivateurs
par suite d'une vaine concurrence.
On ne peut pas nier qu'un pays ressent le contrecoup des
programmes économiques de l'autre dans son économie et le
niveau d'existence de son peuple. Il n'y a pas de sujet plus
délicat en ce moment que les prix et il ne serait ni poli
ni discret de la part du Canada de se vanter déjà de son contrôle
des prix mais nous pouvons cependant citer ce que dit Lawrence
Hunt, avocat et auteur de New York : « Les Canadiens
devraient éprouver un certain sentiment de satisfaction en
lisant dans les journaux américains et en entendant dire aux
Américains 'Le Canada fait ceci ou le Canada fait cela, et
ça marche' »
Les mesures de dollars ne sont pas toutes de la même longueur
quand on les applique à des nations ou à des époques différentes,
mais le prix des mêmes articles aux mêmes époques indique
assez bien les différences entre deux pays dans les transactions
ordinaires de la vie. Sous ce rapport les ÉtatsUnis
ont envié le bon marché de la vie au Canada sous le régime
du contrôle des prix qui existait pendant la guerre et qui
continue en partie. Il va sans dire que le mouvement de hausse
dans les prix aux ÉtatsUnis exerce une grande pression
sur le plafond des prix au Canada. À ce sujet il convient
de citer ce que disent les hommes d'affaires belges :
« les affaires avec les Américains dans les circonstances
actuelles sont plus difficiles qu'avec le Canada où les prix
sont stables. »
Nous ne saurions terminer cette partie de l'article sans
un mot de louange à l'égard de la « frontière sans défense »
dont on fait constamment mention. Autrefois, nos deux peuples
étaient ennemis et maintenant ils sont amis. Le changement
n'a pas été causé par de profondes et obscures pensées sur
la fraternité des hommes, mais en apprenant dans la dure école
de l'expérience qu'il est plus profitable d'être amis et bons
voisins. Les deux pays sont fiers d'avoir entre eux la frontière
la plus artificielle du monde, ce qui donne souvent lieu à
des choses amusantes. À Rock Island, par exemple, on peut
se faire couper les cheveux au Canada pendant qu'on vous cire
les souliers aux ÉtatsUnis ; et pas loin de là,
si on parcourt la route en auto de l'est à l'ouest, on est
au Canada, mais si on va de l'ouest à l'est on est aux ÉtatsUnis.
Cette frontière donne passage à plus de commerce, de voyageurs,
de touristes, d'argent, d'émissions radiophoniques, de trains,
d'autos, de journaux, de hockey et de bon vouloir que n'importe
quelle autre frontière au monde. Les Canadiens et les Américains
font à peu près les mêmes choses et ils les font souvent ensemble.
Si l'on veut se rendre réellement compte du peu d'importance
de la frontière il n'y a qu'à aller sur la ligne de Niagara
à Buffalo le premier ou le quatre juillet. Pour la fête de
l'Indépendance comme pour celle de la Confédération, la bannière
étoilée et l'Union Jack flottent au même vent et les touristes
vont et viennent sur les ponts internationaux. Malone, N.Y.,
a célébré la fête de l'amitié canadoaméricaine le 1er
juillet. Les habitants de l'île Campobello, NouveauBrunswick,
où le président F. D. Roosevelt avait une maison de campagne,
ont dédié cette année une pierre tombale à sa mémoire. Pendant
l'automne, des machines canadiennes ont moissonné les champs
de blé américains, et donnent ainsi une démonstration pratique
de la politique de bon voisin. La Saskatchewan à elle seule
avait envoyé 375 machines qui ont aidé à récolter le blé du
Texas au Dakota en passant par l'Oklahoma et le Kansas, et
plus tard quand le temps de la moisson arrivera chez nous,
ce sont les machines américaines qui viendront parcourir les
Prairies.
Il a fallu cent ans pour établir cette frontière d'environ
3,300 milles entre le Canada et les ÉtatsUnis et de
1,540 milles entre le Canada et l'Alaska. Cela ne s'est pas
fait sans erreurs dont quelquesunes nous font rire aujourd'hui,
mais qui semblaient graves à l'époque. Par exemple, après
que les Américains eurent fini de bâtir un fort à grands frais
près de Rouse's Point, on découvrit en 1818 qu'il était en
territoire canadien. Estce que les deux pays entrèrent
en guerre au sujet du fort ? Ils trouvèrent une solution
beaucoup plus simple ; ils rectifièrent la frontière
de manière à mettre le fort aux ÉtatsUnis ! Dans
le nordouest, au point de jonction de l'Ontario, du
Manitoba et du Minnesota, une erreur de dessin fit comprendre
dans la frontière 10 milles sur 12 de terre ferme et une centaine
d'îlots. Cette section contient le bureau de poste le plus
septentrional des ÉtatsUnis et une centaine d'habitants.
(Voir au prochain numéro pour la fin de cet article.)
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