Vol. 74 N° 5 Septembre/Octobre 1993
Les règles
de la discussion
Formatage
PDF
Vous êtes-vous déjà
demandé si vous savez discuter ? Probablement
pas. Et pourtant, n'espérez pas réussir dans
la vie si vous ne suivez pas les règles de cet art
subtil, fondé sur le respect de l'opinion des autres.
Il arrive bien souvent que les discussions n'aboutissent
à rien parce qu'elles sont confondues avec d'autres
formes d'échanges. La meilleure façon de définir
une discussion est donc peut-être d'expliquer ce qu'elle
n'est pas.
Tout d'abord, une discussion n'est pas une conversation.
Alors qu'une conversation peut porter sur une diversité
de sujets, une discussion a trait à un point ou un
ensemble de points précis. Lorsque l'on s'éloigne
de ces points spécifiques, comme on le ferait dans
une conversation, on fait dévier la discussion.
À l'inverse d'une conversation qui n'a généralement
pas de but particulier, une discussion a un objectif bien
précis : régler un problème, décider
d'un plan d'action ou rapprocher des opinions contraires,
entre autres. Par définition, discuter c'est essayer
de régler une question par un examen mutuel des faits,
des idées et des points de vue.
Bien que les personnes qui participent à une discussion
puissent défendre leur opinion en avançant certains
arguments, une discussion n'a rien d'une dispute. Elle peut
présenter un élément de conflit, mais
pas nécessairement.
Mais surtout, une discussion n'est pas un débat,
une lutte entre deux adversaires cherchant chacun à
l'emporter par son habileté rhétorique et son
agilité mentale. Les participants à une discussion
cherchent plutôt à parvenir ensemble à
une conclusion acceptable pour tous.
Mais pourquoi faut-il définir ce qu'est la discussion
et ce qu'elle n'est pas ? Parce que la discussion joue
un rôle primordial dans notre vie. Nous passons beaucoup
de temps à discuter, sans même nous en rendre
compte. Il suffit que nous posions la question « Qu'allons-nous
faire ? » ou « Que pensez-vous de telle ou
telle chose ? » pour qu'une discussion s'amorce.
Les gens participent à des discussions plus ou moins
officielles au travail ou au sein d'associations, de clubs,
de syndicats, de commissions scolaires, de conseils municipaux,
etc., auxquels ils appartiennent. Mais les discussions les
plus importantes se déroulent souvent autour de la
table de cuisine et peuvent commencer par ces quelques mots
redoutables « Il faut que l'on se parle » d'une
femme à son mari, on d'un mari à sa femme.
Il serait impossible d'élever des enfants sans discuter
de questions très diverses, allant des plus triviales
(finir son assiette, par exemple) aux plus profondes (tout
ce qui touche à la morale). La réussite de notre
vie privée comme de notre vie professionnelle peut
dépendre de la façon dont nous menons à
bien nos discussions.
Pouvons-nous nous perfectionner sur ce plan ? Sans
aucun doute. Pour commencer, il faut bien savoir en quoi consiste
la discussion et toujours se rappeler que le but est de parvenir
à un accord. La devise devrait être : « On
peut toujours arriver à s'entendre. »
Cela ne veut pas dire qu'il faille éviter l'affrontement
à tout prix. Au contraire, il est préférable
de se parler franchement, sans pour autant se montrer brusque,
froisser les autres et nuire à l'esprit de collaboration.
Bien souvent, les discussions révèlent des mésententes
qui, si elles n'avaient pas été mises en évidence,
auraient continué à couver en silence. Une discussion
devrait permettre l'examen de tous les points de vue, même
si certains déplaisent à un ou à plusieurs
participants. Si des opinions ou des faits ne sont pas soulevés
par tact ou par politesse, la question risque de ne jamais
être réglée complètement.
En cas de divergence d'opinions, il faut se garder toutefois
de défendre son point de vue jusqu'à la victoire
totale. Celle-ci risquerait en effet d'être une victoire
à la Pyrrhus, du nom de ce roi de l'Antiquité
qui avait gagné une bataille à un tel prix que
c'était en fait lui le vaincu. Comme l'écrit
Douglas Jerrold dans le contexte de relations entre époux :
« 'Le dernier mot' est la plus dangereuse des machines
infernales; se battre pour l'obtenir, c'est se battre pour
la possession d'une bombe allumée. »
Alors que certains ont recours au martèlement verbal, d'autres préfèrent l'arme de l'esprit.
Il est vrai que l'on participe à une discussion pour
obtenir ce que l'on désire. Dans une société
civilisée, la personne qui obtient gain de cause doit
toutefois le mériter par la valeur de ses arguments.
Dans une discussion productive, il n'y a donc pas de place
pour les ruses déployées dans les débats.
(Si l'on veut un exemple de la façon de ne pas mener
une discussion, il suffit de regarder les débats télévisés
de la Chambre des communes ou d'autres assemblées législatives.
Triste à dire, ce qui intéresse trop souvent
les participants à ces débats, c'est de marquer
des points, sans égard à la logique ou à
la vérité.)
Bien sûr, l'être humain n'est pas parfait et
il est tentant d'avoir recours à certaines tactiques
pour prendre l'avantage. La plus courante consiste probablement
à attaquer directement l'autre ou simplement à
parler plus fort que lui.
Les gens qui emploient cette méthode agressive tendent
aussi à contredire les autres avant qu'ils aient fini
d'exposer leur point de vue. Cette intervention sape la discussion
et rend le règlement logique de la question particulièrement
difficile.
Bien souvent, ces gens manifestent aussi de l'indignation
et de la colère, feinte ou non. Cette véhémence
peut être contagieuse et pousser la personne attaquée
à réagir de la même façon. Dans
ce cas, le point de vue de l'agresseur se trouve perdu dans
le feu de l'échange, même s'il a raison.
Ceux qui voient dans la discussion une bataille à
gagner essaient bien souvent de l'emporter par l'usure. Constamment,
ils avancent le même argument pour essayer de lasser
leur adversaire. Même si celui-ci semble abandonner
la lutte par fatigue, l'effort n'en vaut pas la peine. Le
point contesté refera surface dès que l'adversaire
apparemment vaincu aura retrouvé son énergie.
Alors que certains ont recours au martèlement verbal,
d'autres préfèrent le mépris, le sarcasme
et la moquerie. Un peu d'humour peut détendre l'atmosphère
de délibérations sérieuses, mais il y
a une différence entre la plaisanterie et la raillerie.
La discussion ne devrait pas être l'occasion de faire
parade de son esprit ou de ses connaissances supérieures.
Un humour inoffensif peut toutefois mettre de l'huile dans
les rouages. Owen Feltham, écrivain anglais du 17e
siècle, a bien exprimé cette idée :
« Une plaisanterie est de bon goût lorsqu'elle
permet à tout le monde d'en tire; mais elle est déplacée
lorsqu'elle blesse l'une des personnes présentes. »
Comment éviter que la discussion prenne un caractère
personnel ? Un sarcasme ou une critique s'adresse le
plus souvent à un individu, et il est plus que probable
que la personne froissée par une raillerie cherchera
à se venger. Il existe parfois une telle antipathie
entre certaines personnes qu'elles ne peuvent s'empêcher
de se lancer des pointes. Mais l'incompatibilité de
caractère n'est pas forcément un obstacle à
la discussion. W.S. Gilbert et Sir Arthur Sullivan se détestaient;
pourtant ils ont formé l'une des associations les plus
fructueuses de l'histoire de la comédie musicale. Il
faut croire qu'ils respectaient tous deux les règles
de la discussion logique car, ensemble, ils ont réalisé
des choses extraordinaires.
Nous avons tous tendance à nous éloigner du
sujet de la discussion pour attaquer les points faibles de
l'autre. Cette réaction instinctive devrait être
contrôlée. Même dans les discussions critiques
qui commencent par la phrase « Il faut que l'on se parle »,
on ne doit jamais oublier que c'est le comportement de la
personne qui est en jeu et non pas la personne elle-même.
Il y a une grande différence entre dire « Tu as
eu tort d'agir de cette façon » et « Tu es
mauvais ». Cette dernière remarque atteint directement
l'opinion que la personne a d'elle-même; c'est-à-dire
de quelqu'un de foncièrement bon, mais dont la conduite
peut parfois laisser à désirer.
Lorsque la discussion prend un caractère personnel,
les participants peuvent avoir recours à des moyens
indignes : proférer des injures et des accusations,
rappeler des querelles anciennes, insister lourdement sur
l'erreur commise (« Je te l'avais dit »), attribuer
à l'autre des motifs malveillants, faire exprès
de ne pas comprendre ce qu'il dit et le confronter à
des faits gênants. Bien des ruses utilisées dans
les débats, et que les logiciens des temps anciens
qualifiaient de sophismes, ont pour but d'écarter la
discussion du sujet pour la reporter sur la personnalité.
Sous leur nom latin imposant, ces ruses reviennent en réalité
à intimider, faire chanter, essayer d'acheter les autres,
tirer parti de leur vanité, exploiter leur instinct
de conformisme, les tourner en ridicule et faire des comparaisons
inappropriées, par exemple « Tu es pire que moi ».
(Pour une explication plus complète des règles
de logique, voir le bulletin de la Banque Royale de mai-juin
1992 intitulé Apprendre à penser.)
Dans les années 1940, le professeur américain
Irving Lee, auteur de l'ouvrage How to Talk with People, a
étudié de façon systématique les
causes de l'échec des discussions en surveillant le
comportement de 50 groupes placés dans diverses situations.
En tête des causes identifiées venait le glissement
de la discussion sur la personnalité. Beaucoup d'autres
avaient leur origine dans l'orgueil : «... quand une
discussion est ponctuée de remarques témoignant
d'un ego très fort comme « Vous avez absolument
tort », « J'ai des années d'expérience
dans le domaine », « Je sais de quoi je parle »,
etc.; lorsque la personne s'identifie tellement au sujet qu'elle
interprète toute critique de celui-ci comme une attaque
personnelle; lorsqu'un participant omet de répondre
à une question ou à un argument soulevé
par un autre, qui ne cesse de le faire remarquer; lorsqu'il
y a accusation d'inexactitude ou de falsification... »
Une accusation de malhonnêteté, en fait quelque
accusation que ce soit, met tout de suite fin à la
collaboration de l'autre personne. Il se peut qu'une confrontation
s'impose lorsque l'un des participants cherche à esquiver
la question ou à cacher une information embarrassante;
en règle générale, elle devrait toutefois
être évitée. Mais il arrive parfois que
les gens mentent ou du moins exagèrent. Que faire dans
ce cas ? Le mieux est d'exiger avec tact une nouvelle
preuve de ce qu'ils avancent, en leur donnant le temps de
penser à une façon de sauver la face.
La situation ridicule où chacun reste sur sa position
doit être évitée.
Sans aller jusqu'à mentir délibérément,
les gens peuvent faire des affirmations qu'ils croient sincèrement
exactes, mais qui sont en fait très contestables. Lorsque
l'on met en doute ces affirmations, ils peuvent se retrancher
dans leur orgueil et refuser de collaborer. Si l'on a le temps,
on peut éviter ce genre de rupture dans la discussion
en laissant la question de côté jusqu'à
ce que tous les faits puissent être vérifiés.
Autrement, on se retrouvera dans la situation ridicule off
chacun reste sur sa position.
L'une des règles fondamentales de la discussion est
de ne pas confondre les faits et les suppositions. Un fait
peut être vérifié par démonstration.
Une supposition est une conjecture qui ne peut être
démontrée. Si l'on n'est pas sûr qu'un
fait est vrai ou faux, mieux vaut le reconnaître. Il
ne faut jamais prétendre, par orgueil ou pour éviter
le ridicule, connaître quelque chose qu'en réalité
on ignore.
Si l'on ne doit pas faire de suppositions, on ne doit pas
non plus déformer les faits à son avantage.
Bien souvent, on s'en rend coupable involontairement. Même
si l'on se croit objectif, on se laisse influencer par ses
antécédents et ses intérêts. Il
faut donc tenir compte de ses préjugés et de
ses réactions émotives. La discussion est justement
l'occasion de mettre ses convictions à l'épreuve
des faits et de la logique de ses interlocuteurs.
Mieux vaut bien écouter que répéter mentalement ce que l'on va dire.
Certaines personnes sont tellement limitées à
leur vue personnelle du monde qu'elles s'expriment constamment
par des déclarations. « Je ne veux pas discuter
avec vous, je veux seulement vous expliquer », disent-elles.
Convaincues de détenir la vérité, elles
ne songent pas à réviser leur point de vue à
la lumière des faits et des idées soulevées
par les autres. Lorsque l'on parle aux gens de cette façon,
on transforme un dialogue en diatribe. Comme le suggère
le titre du livre du professeur Lee, mentionné plus
haut, il faut parler avec les gens si l'on veut obtenir des
résultats.
Que la discussion se déroule entre deux personnes
ou au sein d'un groupe plus important, elle suppose d'écouter
et de parler en alternance. Pour bien discuter, il faut donc
savoir bien écouter. Ce n'est pas aussi facile qu'il
le semble. Une étude réalisée il y a
quelques années a révélé que le
personnel des entreprises américaines ne comprenait
que la moitié de ce qu'on lui disait au travail.
Pour bien écouter, il faut apprendre à se
concentrer sur ce qu'expliquent les autres au lieu de répéter
mentalement ce que l'on va dire. En suivant attentivement
la discussion, on pourra faire des remarques pertinentes quand
viendra son tour de parler.
On peut aussi poser des questions lorsque l'on n'est pas
très sur de ce qu'avance quelqu'un, et résumer
ce que l'on a compris pour en vérifier l'exactitude.
Il faut généralement le faire après que
la personne a fini son exposé, mais si celui-ci est
tellement long que l'on risque d'en oublier le début,
il est permis d'interrompre et de dire : « Attendez.
Je ne suis pas sûr d'avoir bien suivi ce que vous venez
d'expliquer. »
Pour bien écouter, il faut aussi veiller à
ne pas se laisser influencer par ses préjugés
et ses idées préconçues. Le danger est
de prendre ses désirs pour des réalités
et d'interpréter à sa façon ce qui est
dit.
Une citation anonyme qui circule dans les bureaux depuis
quelques années illustre de façon comique la
difficulté de bien écouter : « Je
sais que vous croyez comprendre ce que d'après vous
j'ai dit, mais je ne suis pas sur que vous vous rendiez compte
que ce que vous avez compris n'est pas ce que je voulais dire. »
La confusion vient bien souvent du fait que les gens pensent
que les autres attribuent aux mots le même sens qu'eux.
« La plupart des controverses prendraient vite fin
si les participants commençaient par définir
exactement les termes qu'ils emploient et ensuite à
respecter leurs définitions », a écrit
le théologien américain Tryon Edwards. Au risque
de se disputer sur des questions de sémantique, les
personnes qui entament une discussion sérieuse devraient
s'entendre dès le départ sur la signification
des principaux mots qu'elles vont utiliser, ou du moins déterminer
ceux sur lesquels elles ne sont pas d'accord.
En règle générale, une définition
des termes employés conduira à l'emploi d'un
langage plus spécifique. En remplaçant le général
par le particulier, on s'expose moins à des erreurs
de logique comme tirer des conclusions hâtives, déclarer
coupable par association, juger de façon catégorique,
ou s'appuyer sur des « faits » imaginaires ou présumés.
Dans la discussion, les bonnes habitudes semblent contraires à la nature humaine. Et pourtant...
En fait, l'emploi de termes plus spécifiques permet
de mieux préciser sa pensée. La plupart des
grands mots utilisés en politique, comme « droits »,
« liberté » et « justice », sont
basés sur un jugement subjectif des réalités
correspondantes. Pour que la discussion aboutisse aux bonnes
conclusions, il faut absolument éviter les jugements
précipités. Les spécialistes de la sémantique
conseillent donc de se laisser guider non par les jugements
mais par les descriptions de la situation à l'étude.
Imaginons par exemple que l'on songe à engager Jean,
mais qu'une personne du groupe estime que son air morne et
triste ne le destine guère à un poste où
l'on a affaire au public. Un autre membre du groupe, qui a
toujours trouvé la personnalité de Jean très
agréable, demande à la première personne
de justifier son opinion. Elle explique qu'elle a rencontré
Jean dans la rue et qu'il s'est contenté de grommeler
en la croisant. Où était-ce ? Juste devant
le cabinet du dentiste. Quand ? Jeudi dernier. Une troisième
personne se rappelle alors que Jean devait avoir ce jour-là
un traitement de canal chez le dentiste. Vous auriez aussi
l'air maussade, fait-elle remarquer, si vous veniez de subir
un tel traitement. En passant du niveau du jugement à
celui de la description, on découvre que l'hypothèse
au sujet de la personnalité peu attrayante de Jean
n'est pas du tout justifiée. On décide donc
de l'engager, ce que l'on n'aurait pas fait si le jugement
initial avait été accepté du premier
coup.
Une discussion efficace exige de la rigueur et de la discipline.
Idéalement, on doit vérifier l'exactitude des
affirmations, présenter ses idées une à
la fois, soumettre ses arguments étape par étape,
poser des questions pour s'assurer qu'on a bien compris, et
ne pas s'écarter du sujet. Il faut par ailleurs que
la structure soit suffisamment souple pour favoriser la synergie
créative qui se produit lorsque, dans le cadre de l'échange
verbal, une idée donne naissance à une autre.
Malheureusement, dans la vie réelle, les discussions
se déroulent rarement selon ce modèle idéal.
Les gens parlent pour ne rien dire, se chamaillent, refusent
de suivre un ordre d'idées logique, se basent sur des
hypothèses erronées, s'interrompent et parlent
trop longtemps, si bien qu'ils oublient où ils voulaient
en venir. Ils peuvent être de mauvaise humeur, se détester,
être en colère ou blessés par les paroles
des autres. Ils peuvent rester butés sur une position
même si on leur a montré qu'elle était
illogique. Ils peuvent aussi laisser leurs préjugés
et leurs intérêts dominer leur pensée.
Discuter de façon systématique semble contraire
à la nature humaine. Pourquoi donc faudrait-il essayer
de s'améliorer sur ce plan ? Pour répondre
à cette question, on peut s'inspirer de Thomas Carlyle :
« Devenez honnête, et il y aura un vaurien de moins
dans le monde. » Dans le même esprit, on pourrait
dire : apprenez à bien discuter, et il y aura
un raisonneur médiocre de moins. Et si vous vous débarrassez
de vos mauvaises habitudes, votre exemple pourra inspirer
les autres.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
site web à l'adresse www.rbc.com/responsabilite/bulletin.
Notre adresse électronique est rbcletter@rbc.com.
Also available in English.
[ Retour à la
page d'accueil du Bulletin RBC ]
|