Vol. 53, N° 10 Octobre 1972
L'ambulance Saint-Jean
au Canada
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Au Canada, des milliers de personnes
bénéficient, chaque année, des services
offerts par les institutions groupées sous le signe
de la croix blanche, emblème de l'Ordre vénérable
des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Cet ordre
est aujourd'hui mieux connu du public sous le nom d'Ambulance
Saint-Jean.
Les hommes et les femmes en uniforme, portant à l'épaule
la croix à huit pointes, que l'on voit circuler lors
des défilés, des compétitions sportives
et des réunions publiques, perpétuent par leur
dévouement une tradition vieille de quelque neuf cents
ans. Ce sont des bénévoles, formés et
équipés en vue d'assurer les premiers soins
à quiconque pourrait être blessé ou se
sentir souffrant. Ils accomplissent cette oeuvre humanitaire
sans autre récompense que la satisfaction de porter
secours à autrui.
Leurs services pacifiques sont le prolongement d'un mouvement
d'ordre militaire né il y a plusieurs siècles
sur les bords de la Méditerranée orientale.
Les chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean combattirent en Terre-Sainte
pour la défense de la liberté et de la chrétienté,
et, installés successivement à Chypre, à
Rhodes et à Malte, ils dominèrent pendant quatre
cents ans la Méditerranée.
L'histoire de l'Ordre, depuis sa création en Terre-Sainte
jusqu'à sa participation au Centenaire de la Confédération
canadienne, est retracée en détail dans La
Croix blanche au Canada, Montréal, Harvest House,
1967. Ce volume, fort bien illustré et dont s'inspire
largement le présent Bulletin, est l'oeuvre
du colonel G. W. L. Nicholson.
Les chevaliers de la Croix
Le dévouement pour les oeuvres de compassion que
manifestent les membres de l'Ambulance Saint-Jean sur les
pistes de ski, parmi les foules, en cas de sinistre et dans
la vie de tous les jours ne saurait être apprécié
à sa juste valeur sans faire un retour sur l'histoire
des plus colorée et des plus palpitante d'intérêt
de l'ordre dont cette association est issue.
À divers moments de leur existence, les membres de
l'Ordre prennent le nom de chevaliers hospitaliers, de chevaliers
du saint sépulcre et de chevaliers de Malte. Leur origine
se situe en Palestine, au milieu du XIe siècle ;
ils ont alors pour mission de secourir et de protéger
les pèlerins qui visitent le tombeau du Christ.
Dans la Cité sainte, les croisés blessés
et malades sont soignés dans un ancien hôpital
fondé en l'an 600 en tant qu'hospice pour les pèlerins.
Cet établissement est détruit quatre cents ans
plus tard par le calife fanatique El Hakim. De pieux marchands
de la république d'Amalfi, puissant État maritime
du moyen âge, qui n'est plus qu'une petite ville, reconstruisent
et agrandissent cet hôpital. Les moines qui le desservent
adoptent l'emblème d'Amalfi, une croix blanche à
huit pointes sur fond noir, que l'Ordre de Saint-Jean conserve
toujours comme insigne.
Les croisés délivrèrent le directeur
de l'hôpital des mains des musulmans en 1099, et, sous
son autorité, la garde de l'hôpital passa à
un groupe de chevaliers qui, las de répandre le sang,
se consacrèrent aux oeuvres de charité. Ils
se constituèrent en une congrégation monastique,
liée par les voeux de pauvreté, de chasteté
et d'obéissance.
L'hôpital de Jérusalem prend place, en 1882,
dans l'histoire moderne en se transformant, par les soins
de l'Ordre, en une institution appelée « Hôpital
ophtalmique de Saint-Jean de Jérusalem » et dont
la spécialité, comme son nom l'indique, est
le traitement du trachome et d'autres maladies des yeux fréquentes
dans les pays du Moyen-Orient.
Détruit de nouveau à deux reprises - au cours
de la première guerre mondiale et pendant les troubles
israélo-arabes qui suivirent la seconde - l'hôpital
dispose maintenant d'un immeuble entièrement moderne,
parachevé en 1960. On y traite en moyenne 63,000 malades
par année, et le nombre des grandes opérations
y est de quelque 5,000. L'hôpital possède une
banque des yeux ainsi qu'une école pour les médecins
et les infirmières arabes.
Les soins y sont toujours gratuits. L'Ordre de Saint-Jean
reste fidèle à son engagement de secourir tous
les nécessiteux « sans distinction de race, de
classe ou de croyance ».
En Europe, les chevaliers de l'Ordre ne réussissent
pas en tant que force militaire à s'adapter aux conditions
de combat du XIXe siècle, mais leur réputation
de bravoure au feu et leur dévouement au service des
blessés et des malades les amènent à
se distinguer dans un autre rôle. Les champs de bataille
européens ont besoin de services de santé organisés,
et le service d'ambulance de campagne fourni par l'Ordre de
Saint-Jean pendant la guerre de Crimée et la guerre
franco-prussienne est salué par des acclamations.
En 1888, la Reine Victoria accorde une charte royale à
l'Ordre, dont elle assume le titre de chef souverain. Ce titre
appartient aujourd'hui à la reine Elizabeth II, et
le grand prieur de l'Ordre est S.A.R. le duc de Gloucester.
Depuis la fin du XIXe siècle, l'Ordre s'est étendu
à plusieurs pays du Commonwealth, où il poursuit
son oeuvre humanitaire grâce aux activités de
ses trois organismes : l'Association ambulancière
Saint-Jean, la Brigade ambulancière Saint-Jean et l'Hôpital
ophtalmique de Saint-Jean. C'est le plus ancien ordre de chevalerie
du Commonwealth.
Au Canada
La croix à huit pointes de l'Ordre de Saint-Jean
s'est portée au Canada dès le XVIIe siècle.
Il fut même un temps où toutes les colonies françaises
d'Amérique étaient gouvernées par des
chevaliers de Malte.
C'est en 1883 toutefois que l'Ordre inaugura son oeuvre
d'assistance. Aujourd'hui, il existe des branches de l'Ambulance
Saint-Jean dans la plupart des localités, et la Brigade
compte plus de 12,000 membres.
Un grand pas fut accompli en 1934 avec la création
de « La Commanderie canadienne du Grand Prieuré
du Royaume britannique de l'Ordre vénérable
de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem »,
bureau destiné à prendre en charge toutes les
branches de l'oeuvre de la Saint-Jean au Canada. En 1946,
l'organisation canadienne, élevée au rang de
Prieuré, devenait la plus haute branche de l'Ordre
hors de la Grande-Bretagne.
Au-dessous du niveau du siège national, les éléments
de l'Ordre sont administrés par des conseils provinciaux.
Ceux-ci sont chargés de dispenser l'instruction par
l'entremise de l'Association et d'assurer les services bénévoles
par l'entremise de la Brigade.
Plusieurs organismes patronnent les activités de
l'Ordre. Citons entre autres la Confrérie canadienne
des dames de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem,
fondée en 1937, et le Fonds Margaret MacLaren, établi
en mémoire de Margaret MacLaren, surintendante en chef
de la Brigade ambulancière Saint-Jean de 1946 à
1963.
Les deux guerres mondiales
En août 1914, l'Association ambulancière Saint-Jean
se voyait confier la tâche d'organiser et de former
des détachements d'aide bénévole pour
le service de guerre, avec le concours d'un personnel recruté
parmi les membres de la Brigade ambulancière Saint-Jean.
À la fin des hostilités, 200,000 membres du
Corps expéditionnaire canadien avaient été
initiés aux importants principes des premiers soins
et plus de 61,000 personnes au Canada avaient reçu
l'instruction préparant au certificat de la Saint-Jean.
Un hôpital de 520 lits, pourvu en personnel par la
Brigade, fut mis sur pied par l'Association canadienne à
Étaples en France. C'est au Dr Cluny Macpherson, membre
distingué de l'Ordre, que nous sommes principalement
redevables de l'invention du premier casque respiratoire efficace,
qui protégeait le combattant contre les gaz sans l'immobiliser.
Lorsque la guerre éclata de nouveau, en 1939, des
milliers de personnes affluèrent aux cours de premiers
secours et de soins à domicile en vue d'acquérir
la préparation nécessaire pour participer à
la défense passive ou à d'autres activités
du temps de guerre.
Il avait été entendu, dès la déclaration
des hostilités, que la Société de la
Croix-Rouge se chargerait de la collecte et de la distribution
des fonds et des fournitures alors que l'Ordre de Saint-Jean
assurerait la formation aux premiers soins de tout le personnel
masculin requis pour le service de guerre. Une liaison encore
plus étroite devait s'établir entre les deux
organismes, en 1943, année ou se réunit pour
la première fois, sous la présidence de Morris
W. Wilson, président de la Banque Royale du Canada,
la Commission mixte de l'Ambulance Saint-Jean et de la Croix-Rouge.
Plus de trente hôpitaux et centres de convalescence
d'Angleterre et d'Écosse comptaient des « ambulanciers »
canadiens au sein de leur personnel pendant la guerre ;
les membres de l'Association ont aussi apporté leur
assistance bénévole aux hôpitaux installés
sur les côtes canadiennes, où étaient
acheminés des centaines de marins ; des chauffeurs
de camions recrutés au Canada servirent dans plus d'une
douzaine d'unités ambulancières en Grande-Bretagne,
et vingt jeunes filles de l'Ambulance Saint-Jean furent affectées
à divers services de transport en France, en Belgique
et en Allemagne.
Au Canada, l'Ordre connaît dans le même temps
une expansion constante. Halifax et Vancouver sont les deux
principaux centres d'activité, le premier à
cause de la nécessité de donner des soins aux
victimes de la bataille de l'Atlantique, le second en raison
de la guerre en Extrême-Orient.
Actions remarquables en temps de paix
Les Canadiens ont tout lieu d'être impressionnés
devant les interventions aussi rapides qu'efficaces des ambulanciers
Saint-Jean dans les cas de sinistre. Les membres de la Brigade
se sont distingués par la qualité de leurs services
à l'occasion des explosions, des blizzards, des ouragans,
des incendies, des effondrements de bâtiments, des collisions
ferroviaires, des inondations et des calamités de toutes
sortes.
L'explosion d'Halifax, en 1917, causée par l'abordage
d'un transport de munitions et d'un cargo, dévasta
un demi-mille carré de la ville, faisant 1,630 morts
et 5,000 blessés. Toutes les salles, écoles
et églises se transformèrent alors en hôpitaux
de secours ou en postes de premiers soins, dotés d'un
personnel composé de chirurgiens et d'infirmières,
ainsi que de membres des divisions de l'Ambulance Saint-Jean.
Parmi les sinistres où l'assistance de la Saint-Jean
s'est révélée particulièrement
précieuse, il convient de citer la tornade qui rasa
un grand nombre de maisons dans la région de Windsor
et qui laissa dans son sillage dix-sept morts et une centaine
de blessés ; l'explosion qui démolit un
silo à grain à Port-Arthur, faisant vingt morts
et de nombreux blessés ; l'incendie qui détruisit
un bateau de croisière à Toronto et dans lequel
121 personnes perdirent la vie ; l'incendie à
bord d'un navire, à Sarnia, où 150 personnes
furent blessées ; l'explosion dans une mine de
Springhill, qui entraîna la mort de cinq employés
et en laissa 118 ensevelis sous terre ; la tempête
de pluie qui prit par surprise 150,000 personnes réunies
sur l'île Sainte-Hélène, à Montréal,
et parmi lesquelles 1,425 durent recevoir des soins ;
l'écrasement d'un avion près de l'aéroport
de Toronto, où les secouristes et les infirmières
arrivèrent sur les lieux 20 minutes après l'accident ;
l'affaissement de terrain de Saint-Jean-Vianney, où
il ne fallut qu'une heure pour dépêcher dix ambulanciers
sur place.
Dans tous ces cas, les spécialistes de la Brigade
et de la Division infirmière, fidèles aux principes
de leur Ordre séculaire, se montrèrent infatigables
dans leur mission de charité, sauvant des vies, dispensant
premiers secours et soins infirmiers et réconfortant
les survivants.
Les unités de l'Ordre
L'Ordre de Saint-Jean, tel que le connaît l'homme
de la rue, assure fondamentalement deux sortes de service.
Celui de la Brigade, composée de membres portant l'uniforme
lorsqu'ils sont de service. C'est un groupe discipliné
et bien exercé d'hommes et de femmes. Le second service
est celui de l'Association ambulancière, qui forme
chaque année 250,000 personnes recrutées parmi
le public à l'art du secourisme des soins à
domicile, des soins aux enfants, ainsi qu'à diverses
activités connexes. La Brigade quant à elle
comprend des divisions ambulancières (hommes), des
divisions infirmières (femmes) et des divisions cadettes
(jeunes).
Les membres des divisions infirmières se souviendront
peut-être qu'au XVIIe siècle les chevaliers de
Malte connaissaient une certaine forme de service infirmier.
Les infirmières d'alors avaient pour mission d'accompagner
les chevaliers dans leurs tournées, d'apporter des
provisions aux malades et aux pauvres, de veiller à
ce que les malades reçoivent les soins et les médicaments
voulus et que les médecins chargés de les visiter
accomplissent leurs devoirs.
Aujourd'hui, les fonctions de la division infirmière
ont changé, mais elles n'en sont pas moins éprouvantes.
Lorsque les explosions de l'arsenal maritime secouèrent
Halifax et Dartmouth, ce fut l'alarme générale,
et les divisions infirmières durent se surpasser pour
calmer l'effroi de la population. L'histoire officielle des
services de santé canadiens leur rend cet hommage :
« Le rôle joué par le personnel infirmier
de l'Ambulance Saint-Jean parmi les femmes et les enfants
fut remarquables. C'est une nouvelle preuve de son mérite
persistant que ses services aient été mobilisés
sans délai au moment où le besoin était
le plus pressant. »
Par suite de la rareté des lits d'hôpital,
qu'il faut conserver pour ceux qui en ont le plus besoin,
l'Ambulance Saint-Jean s'occupe aussi activement à
l'heure actuelle du soin des malades à domicile. Un
manuel très pratique, intitulé Le soin des
malades à domicile, a été publié
par l'Ordre il y a quelques années.
Les premiers secours dans les entreprises
industrielles
L'Ambulance Saint-Jean assure l'enseignement des premiers
soins dans les entreprises industrielles. Dans les camps de
bûcherons de la Colombie-Britannique des cours de premiers
soins sont donnés non seulement aux hommes, mais aussi
à leurs femmes et à leurs enfants. Les équipes
de forage de puits de pétrole reçoivent aussi
cette formation. Des milliers d'employés en bénéficient
dans l'industrie minière, et les cours sont également
dispensés aux membres de la marine marchande.
Beaucoup de grandes industries et de services publics importants
possèdent depuis plusieurs années leur propre
centre de l'Ambulance Saint-Jean. C'est le cas du National
et du Pacifique canadiens, de la Bell Canada, de la Northern
Electric, de la Gendarmerie royale du Canada, des Forces armées
et du gouvernement fédéral. Au Pacifique canadien,
par exemple, où ce service a été inauguré
il y a 63 ans, avec une classe de 23 personnes, 14,414 employés
ont suivi les cours en 1971.
Des enquêtes ont révélé que les
cours de premiers soins donnés dans les entreprises
industrielles étaient d'une grande utilité pour
les familles des employés.
Ainsi, les employés des deux sexes de la Bell Canada
qui avaient suivi les cours de l'Ambulance Saint-Jean ont
connu moins d'accidents en dehors des heures de travail que
le reste du personnel. À Orillia, les recherches indiquent
une importante augmentation du sens de la sécurité
à la maison et dans la rue.
« Sauvez une vie »
De toutes les initiatives prises par l'Ambulance Saint-Jean
au Canada, aucune n'a frappé aussi vivement l'imagination
du public ni eu autant de succès que le programme « Sauvez
une vie ». Lancé en mai 1954 pour encourager les
gens à apprendre la respiration artificielle à
titre de précaution contre les dangers de noyade, ce
cours spécial a été dispensé à
un million et demi de personnes. Il consiste en leçons
de deux heures sur les méthodes de respiration artificielle,
qui sont offertes dans les petites et les grandes villes du
Canada.
Les connaissances ainsi acquises sont particulièrement
utiles dans les accidents causés par les chocs électriques,
les noyades et les émanations d'oxyde de carbone. Dans
de telles éventualités, il existe ordinairement
un court intervalle où la respiration spontanée
ayant cessé, la vie peut être sauvée grâce
au recours rapide à la respiration artificielle. Le
cours établi par l'Ambulance Saint-Jean a contribué
à montrer à des milliers de personnes à
administrer ce genre de premier secours et à sauver
de multiples vies.
Là où s'assemblent les
foules
L'une des principales fonctions de la Brigade ambulancière
Saint-Jean est de maintenir un groupe d'hommes et de femmes
bien exercés à assurer les premiers secours
aux malades et aux blessés. La vue des membres en uniforme
de la Brigade est devenue un spectacle familier dans tous
les lieux ou les circonstances où se réunissent
de grandes foules.
Le Festival de Stratford nous révèle des détails
intéressants sur le travail du secouriste. Après
avoir énuméré 38 sortes d'accidents,
l'auteur d'un rapport rédigé à cette
occasion ajoute : « Nous avons beaucoup de cas d'évanouissement
chaque année. En faisant notre diagnostic, nous nous
demandons s'il s'agit d'une pièce sanglante. Certains
spectateurs, naturellement émotifs, sont fortement
impressionnés par le jeu des acteurs. D'autres deviennent
totalement envoûtés ; s'identifiant à
un comédien en particulier, ils réagissent à
tout ce qu'il fait, jusqu'au point de s'effondrer avec lui. »
Deux membres de l'Ambulance Saint-Jean furent blessés
et 68 malmenés, au Forum de Montréal, par des
adolescents déchaînés qui cherchaient
à s'approcher des « Rolling Stones ». Tout
de même, les ambulanciers traitèrent trente personnes
victimes d'incidents divers depuis l'hystérie jusqu'aux
coupures et aux contusions, et contribuèrent à
conjurer ce qui aurait pu dégénérer en
une grave bagarre.
Au Festival de Rockhill, en Ontario, trois unités
mobiles comprenant 12 membres de la Brigade travaillèrent
24 heures par jour et s'occupèrent de 500 personnes.
Durant le festival « Pop » de Manseau, au Québec,
soixante membres de la Brigade demeurèrent de service
trois jours et trois nuits et traitèrent 135 malades.
À la Brigade de Montréal revient l'honneur
d'avoir inauguré un nouveau champs d'action, en 1928,
en dépêchant des équipes, durant les fins
de semaine, dans les stations de ski des Laurentides pour
assurer les premiers secours aux skieurs blessés sur
les pistes. En plus de leur certificat de secourisme, tous
les membres de la patrouille de secours aux skieurs possèdent
une excellente connaissance du ski et de la façon de
s'y prendre pour manoeuvrer, sur les pentes les plus raides,
un traîneau transportant un blessé. Le tout dernier
service créé par la Brigade est la mise sur
pied de divisions de motoneiges.
Du moyen âge aux temps modernes
Comme l'emblème original de l'époque médiévale,
l'esprit de dévouement de l'Ordre et sa considération
pour la vie humaine ont survécu jusqu'à nos
jours ; seuls les moyens et les circonstances ont changé.
Le colonel Nicholson nous dit dans son ouvrage que les quatre
branches de la croix blanche représentent les vertus
chrétiennes de prudence, de justice, de tempérance
et de force. Les huit pointes symbolisent les huit béatitudes
du sermon sur la montagne, qui découlent de ces vertus.
Tout en demeurant convaincus que les principes de l'ancienne
Fraternité sont valables encore aujourd'hui certains
membres de l'Ordre désirent en adapter davantage la
pratique au cadre de la vie quotidienne. Le premier lauréat
d'un concours de composition organisé chez les adolescents
du Manitoba posait la question suivante : « Pourquoi
la Saint-Jean ne deviendrait-elle pas une des choses dans
le vent pour les étudiants ? » Le second
lauréat affirmait que des réunions plus amicales,
comme la pratique du tobaggan, le patinage ou la dégustation
de fondues pourraient renforcer les liens de camaraderie.
Ainsi que le signalait un article des Nouvelles de la
Saint-Jean, publication officielle de l'Ambulance Saint-Jean
au Canada, on s'accordait à dire que si l'Ordre de
Saint-Jean veut continuer à prospérer, il doit
aller vers les gens et leur apporter des programmes intéressants
spécialement conçus pour des couches bien déterminées
de la population.
Parmi les suggestions des concurrents figuraient :
des cours spéciaux de soins aux enfants pour les futures
ou les nouvelles mères ; un cours spécial
de premiers soins pour les jeunes mariés ou les couples
ayant des enfants en bas âge et partant exposés
aux accidents ; des cours de soin d'urgence pour les
chauffeurs de taxi, les voyageurs de commerce, les employés
d'hôtel, les garagistes des grandes routes et les camionneurs ;
l'enseignement des notions élémentaires du soin
des malades à domicile par l'entremise des grands moyens
d'information.
Il conviendrait d'accorder plus d'attention, écrivaient
les jeunes rédacteurs, à la nécessité
de sensibiliser le public en général à
l'oeuvre de la Saint-Jean. Le formalisme, disaient-ils, doit
disparaître, si l'on veut encourager le libre jeu de
la communication au sein de l'organisation.
Une chose est évidente : il se manifeste chez
les jeunes un vif désir de rendre service aux autres,
et ces jeunes trouvent dans la Saint-Jean une occasion d'exprimer
leur bonne volonté, leur dévouement et leur
civisme.
Par les services qu'il offre au public, l'Ordre de Saint-Jean
est assurément de notre temps. Il fournit aux citoyens
de tout âge, du louveteau et de la jeannette jusqu'à
l'octogénaire, la possibilité à laquelle
chacun aspire : celle d'être utile aux autres hommes.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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