Vol. 47, N° 10 Octobre 1966
Le Canada sur
la scène mondiale
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Le Canada n'est pas seulement un immense
territoire borné par des frontières géographiques.
C'est aussi un État dont l'activité et l'influence
s'exercent partout dans le monde. À notre époque
où les distances se mesurent en heures d'avion à
réaction, l'Inde n'est qu'à deux pas du Canada.
Tous les pays doivent aujourd'hui s'adapter aux conditions
nouvelles, mais le Canada possède des caractéristiques
et des qualités qui, si on sait les utiliser d'une
façon intelligente, lui permettront de jouer un rôle
de premier plan dans l'édification d'un monde meilleur.
Avec sa main-d'oeuvre restreinte, mais sa grande importance
économique, notre pays fait figure de médiateur
entre les grandes et les petites puissances. Il est membre
du Commonwealth britannique et de l'Organisation des Nations
unies, et il a des liens spéciaux avec les États-Unis,
nation avec laquelle il se partage plus des trois quarts du
continent nord-américain.
Les Canadiens ne se laissent pas absorber par leurs affaires
nationales au point de ne pas voir ce qui se passe ailleurs.
Ils ne sont pas toujours d'accord avec ce qui se dit et ce
qui se fait dans les autres parties du monde, mais ils savent
que leur participation est nécessaire. Comme on l'écrivait
dernièrement dans le Manchester Guardian,
« les affamés, les indigents, les abandonnés,
les méprisés, les criminels, font tous partie
de nous-mêmes, partie du grand continent à demi
submergé de l'humanité. »
On a confiance dans le Canada
On dit qu'un homme loyal n'abandonne jamais ceux qui mettent
leur confiance en lui, et il y a peu de pays qui inspirent
autant de confiance, aux petites comme aux grandes puissances,
que le Canada. On le respecte dans les assemblées mondiales
à cause de son empressement bien connu à assumer
des obligations diverses aux quatre coins du globe.
Le Canada contribue d'une façon non négligeable
à la solution des grandes questions de la sécurité
nationale et internationale dans un monde que commence à
effrayer l'ombre de ses propres engins spatiaux.
Dans toutes les crises internationales, notre pays s'en
est tenu au principe de la souplesse et du compromis comme
moyen d'alléger la tension. Ainsi que le disait le
président Johnson au Premier ministre : « Vous
avez suivi la voie ardue de la paix qui peut sauver le monde
et vous avez été l'un des principaux artisans
de cette oeuvre fondamentale. »
Le rôle très remarquable qu'a joué le
Canada dans le maintien de la paix à l'étranger
en est la preuve. Depuis 1948, les Canadiens ont participé
à toutes les opérations de l'ONU pour le maintien
de la paix sauf une. Le général Burns est devenu
le premier commandant, dans le monde, d'une véritable
armée internationale de la paix. Notre pays a exercé
une action de premier plan dans la création de la Force
d'urgence des Nations unies. Le Groupe d'observateurs militaires
des Nations unies en Inde et au Pakistan a été
formé avec la participation du Canada. Le Canada fait
aussi partie des commissions de surveillance établies
au Cambodge, au Laos et au Vietnam, et il rend des services
très appréciés à Chypre et à
la frontière d'Israël et de la R.A.U. Son intervention
lors de la crise de Suez a été d'une importance
capitale. Plus de 15,000 membres de ses forces armées
sont cantonnés dans divers pays du monde.
Les pays sous-développés
Mais le maintien de la paix ne consiste pas uniquement à
fournir des troupes de garde. Plusieurs pays ont été
projetés, du jour au lendemain, de leurs manières
de vivre primitives dans un âge nouveau. Certains de
ces pays ont des idéaux très élevés,
mais pour assurer la survie de leur population, ils doivent
d'abord penser aux besoins matériels : nourriture,
soins médicaux, énergie électrique, production
des denrées.
Un grand nombre de particuliers et d'associations contribuent,
au Canada même, à l'amélioration du sort
des autres pays, qui les uns après les autres s'adressent
à nous pour obtenir de l'aide. L'application, en Asie
et en Afrique tropicales, des méthodes mises au point
dans nos régions septentrionales nous a acquis une
réputation internationale dans le domaine du relevé
des rivières, des sols et des forêts.
Quelques exemples suffiront pour démontrer l'ampleur
de l'action canadienne en faveur des pays sous-développés.
Le Comité de la lutte contre la faim coordonne les
activités d'une cinquantaine d'organisations non gouvernementales
à l'appui de diverses entreprises d'auto-assistance
visant à accroître la production alimentaire
et à améliorer la nutrition. La Société
de la Croix-Rouge offre deux sortes de programmes d'aide :
l'aide à long terme, qui comprend les vêtements,
les articles de literie confectionnés par les donateurs
et les trousses d'hygiène ; et l'aide d'urgence,
qui consiste dans l'envoi de personnel et de fournitures aux
régions dévastées.
La société CARE du Canada expédie aux
pays économiquement faibles des vivres, des instruments
agricoles et autres, des vêtements, des grains de semence,
des livres et du matériel d'enseignement. Le Programme
des parents adoptifs fournit des fonds pour le soin et l'éducation
des enfants orphelins de plusieurs pays. Le Mouvement Grail
envoie des femmes spécialement formées en Asie,
en Afrique et en Amérique latine pour y accomplir du
travail d'ordre médical, social et culturel parmi la
population féminine.
L'Unitarian Service Committee appuie quatre-vingts
oeuvres ayant trait au soin des enfants, à renseignement,
à l'hygiène et au bien-être social, principalement
dans les pays orientaux. Le National Farm Radio Forum
fournit des radiorécepteurs et organise des tribunes
de discussions radiodiffusées en Inde, en vue d'enseigner
l'hygiène, l'exploitation agricole et le civisme à
la population.
Le service diplomatique
Le ministère des Affaires extérieures a été
créé par une loi du Parlement en mai 1909. Aujourd'hui,
le Canada a des ambassades et des hauts-commissariats dans
plus de 80 pays, et le personnel qui y est affecté
se chiffre à plus de 900 agents. On compte au Canada
76 représentants des pays étrangers et du Commonwealth.
La diplomatie est la conduite des affaires et des rapports
entre les États. Les fonctions d'une mission à
l'étranger consistent à mener à bonne
fin les négociations avec le gouvernement auprès
duquel elle est accréditée ; à tenir
le gouvernement qu'elle représente au courant des événements
importants, politiques et autres, qui se produisent dans le
pays auquel elle est attachée ; à veiller
aux intérêts du Canada dans ce pays ; à
fournir des renseignements sur le Canada ; à venir
en aide aux Canadiens se trouvant dans le pays où elle
est établie. Pendant les périodes de pointe,
notre ministère des Affaires extérieures délivre
jusqu'à 6,000 passeports par semaine.
Le Canada joue un rôle actif dans un grand nombre
de consultations, de réunions, de séminaires
et de travaux qui entrent dans le cadre de l'Organisation
de coopération et de développement économiques.
Une association interparlementaire France-Canada, comptant
dix délégués du Parlement canadien, a
fait récemment une étude des relations économiques
et culturelles des deux pays et de l'émigration des
Français au Canada. En novembre 1965, les deux États
ont signé un accord culturel de portée générale
visant à consolider les liens traditionnels d'amitié
qui unissent le Canada et la France.
Lorsqu'il a été décidé d'instituer
un Secrétariat du Commonwealth, c'est un diplomate
canadien qui en est devenu le Secrétaire général,
poste qui comporte à la fois de lourdes responsabilités
et de très grandes possibilités.
L'Organisation des Nations unies
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Le Canada est un membre très assidu de l'Organisation des Nations unies. Depuis qu'il a participé à l'élaboration de la Charte de cet organisme, en 1945, notre pays a, par l'intermédiaire de son ministère des Affaires extérieures, pris une part active et quelquefois remarquable aux délibérations de l'O.N.U. Le Canada fait partie des treize institutions spécialisées des Nations unies, qui toutes sont revêtues de vastes responsabilités internationales établies par accord intergouvernemental. L'Association canadienne des Nations unies et ses 32 succursales concentrent principalement leurs efforts sur un programme d'éducation à l'intention de la jeunesse. |
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Le Comité canadien du Fonds des Nations unies pour
l'enfance a huit de ses membres qui se dévouent à
cette oeuvre à New York et un à New Delhi. C'est
à cette institution qu'a été décerné
le Prix de la Paix en 1965. Le but du F.I.S.E. est de favoriser
la santé, la bonne alimentation et le bien-être
chez les enfants. La Société canadienne de secours
aux enfants met en oeuvre des programmes d'aide d'urgence
dans le monde entier et apporte son appui à diverses
entreprises d'auto-assistance en matière d'enseignement,
d'hygiène, de santé, de logement et de bien-être.
Le Canada a décidé de participer à
la réalisation de trois grands programmes d'enseignement
de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation,
la science et la culture, selon lesquels il faut qu'en 1980
au plus tard tous les enfants fréquentent
l'école, dix pour cent d'entre eux bénéficient
de l'enseignement secondaire et 500 millions d'adultes soient
suffisamment instruits pour prendre pleinement part à
la vie de leur collectivité.
L'appel lancé à l'occasion de l'Année
mondiale des réfugiés a rallié l'appui
d'environ 45 organismes bénévoles canadiens,
de même que celui du Haut-Commissariat des Nations unies
pour les réfugiés et de l'Office de secours
et de travaux de l'O.N.U. pour les réfugiés
de Palestine. Les possibilités d'accueil offertes par
le Canada ou par son entremise, surtout aux personnes diminuées,
ont fait l'objet d'une appréciation élogieuse.
L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et
l'agriculture a été fondée à Québec
en 1945. Cette année, 33 Canadiens contribuent à
son travail, à titre de spécialistes, dans 21
pays différents. Le Canada fait également partie
de l'Organisation météorologique mondiale, dont
les stations terrestres et maritimes diffusent des renseignements
sur les conditions atmosphériques aux navires et aux
avions.
Notre pays est bien représenté dans le domaine
du commerce et de l'industrie à l'étranger.
On trouve des délégués commerciaux du
gouvernement canadien dans cinquante pays et des spécialistes
du commerce dans six. De plus, les provinces de l'Atlantique
ont un représentant à Londres, et la Nouvelle-Écosse
a des bureaux d'information à Boston et à New
York. Le Québec a des agents généraux
à Londres, à Paris, à Milan et à
New York. L'Ontario compte cinq bureaux à l'étranger :
à Chicago, à New York, à Londres, à
Milan et à Düsseldorf. La Saskatchewan a un bureau
à Londres ; l'Alberta en a à Londres et
à Los Angeles ; et la Colombie-Britannique à
Londres et à San Francisco.
La division d'outre-mer du Service canadien de l'immigration
emploie 550 personnes dans 37 grands centres du monde ;
sa principale mission est d'aider à pourvoir aux besoins
du Canada en immigrants ayant une formation ou une instruction
satisfaisantes. Le Bureau fédéral du tourisme
possède vingt bureaux aux États-Unis et outre-mer.
Les reporters de la radio, de la télévision
et des journaux canadiens sont à l'affût dans
tous les pays du globe afin de recueillir des nouvelles sur
l'actualité. Le Canada compte quatre satellites ionosphériques,
de conception et de fabrication canadiennes, dont deux sont
actuellement en orbite.
Le Canada, l'OTAN et les États-Unis
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Le Canada a été l'un des douze pays signataires du Traité de l'Atlantique Nord en 1949. Sa contribution militaire à l'OTAN comprend notamment des navires de la MRC, des troupes d'infanterie et une division aérienne. |
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L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord constitue une garantie de la sécurité du Canada au sein de l'alliance occidentale, tout en étant une tribune de consultation sur les questions internationales. Il reste encore à l'OTAN à donner suite à l'article 2 du Traité, inséré à la demande instante du Canada : « Les Parties ... s'efforceront d'éliminer toute opposition dans leurs politiques économiques internationales et encourageront la collaboration économique entre chacune d'entre elles ou entre toutes. » |
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Même s'il est banal d'affirmer que les relations entre
le Canada et les États-Unis sont uniques en leur genre,
il y a dans la situation de ces deux pays des éléments
que l'on ne retrouve nulle part dans les relations des autres
États indépendants du monde actuel.
Selon l'expression de Churchill, le Canada et les États-Unis
sont intimement liés l'un à l'autre, mais il
existe entre eux des différences fondamentales, et
l'acceptation de ce fait est essentielle au bon fonctionnement
de leur association.
C'est à cause de la profonde interdépendance
des deux pays que le président des États-Unis
et le Premier ministre du Canada ont décidé
dernièrement de charger un groupe de travail de formuler
les principes directeurs qui doivent régir le secteur
complexe de leurs relations économiques. « Ce
mode de collaboration, disait le communiqué, sera d'autant
plus avantageux aux deux parties qu'il est devenu indispensable. »
Les programmes d'aide du Canada
Reconnaissant les besoins pressants qu'éprouvent
les régions du monde qui sont actuellement en voie
de développement, le Canada participe à la mise
en oeuvre d'un certain nombre de programmes d'aide économique,
scolaire et technique.
Ainsi, notre pays apporte une contribution appréciable
au Programme de développement des Nations unies, au
Fonds des Nations unies pour l'enfance et à l'Association
internationale de développement (Banque mondiale).
L'aide fournie directement par le Canada aux pays dans le
besoin a trait à l'agriculture, l'exploitation forestière
et l'industrie de la pêche ; aux transports et
aux télécommunications ; aux ressources
énergétiques ; aux matières premières
industrielles et aux engrais ; à l'alimentation,
à l'enseignement et au logement ; à l'assistance
technique et au développement industriel.
L'aide du Canada est proportionnée à ses possibilités.
Les contrats concernant les projets d'investissements sont
accordés uniquement à des entreprises canadiennes,
les bourses d'études et de perfectionnement doivent
être utilisées au Canada, et les conseillers
et les instituteurs envoyés à l'étranger
ne peuvent être que des ressortissants canadiens.
L'an dernier, le Canada a participé à des
travaux fort variés dans différentes parties
du monde : irrigation et assèchement de terrain
au Ghana ; envoi d'engrais à l'Inde et au Pakistan ;
relevé des ressources en Malaisie ; aménagement
fluvial en Équateur. Il a également accordé
de l'aide aux Antilles, au Kenya, au Nigeria, à la
Zambie et à la Thaïlande dans le domaine de l'exploitation
agricole. Trois cent quarante de nos conseillers sont actuellement
à l'oeuvre outremer, dans les sphères d'activité
les plus diverses : impôts, culture du blé,
pathologie végétale, étude des sols,
géologie, inventaire des ressources forestières,
développement local, transports, neurologie, orthopédie,
formation des infirmières, gestion des entreprises,
comptabilité mécanique.
Activité en Asie
Le but de l'ingénieux Plan de Colombo, dont le Canada
fut l'un des membres fondateurs, est de relever le niveau
de vie des pays du Sud et du Sud-Est asiatiques en accélérant
le rythme et en accroissant l'ampleur du développement
économique de ces régions grâce à
une étude coopérative de leurs problèmes,
notamment en ce qui concerne la production des vivres. Il
diffère de la plupart des autres programmes d'aide
en ce qu'il allie l'assistance technique, comme les bourses
de formation et les services de spécialistes, à
l'assistance financière.
La participation en main-d'oeuvre du Canada se limite aux
secteurs où il est évident que son expérience
technique peut être d'une utilité appréciable,
comme dans le cas, par exemple, de l'aménagement des
eaux de l'Indus et de leur répartition entre l'Inde
et le Pakistan, tandis que ses apports de capitaux visent
à aider les pays assistés à établir
les installations de base qui leur permettront de développer
eux-mêmes leur économie.
Un grand nombre d'associations et de particuliers apportent
par leur collaboration un complément des plus précieux
à l'action du gouvernement canadien en Asie. Ainsi,
des groupements privés de l'Université Laval
et de l'Université de Toronto ont organisé un
programme en vertu duquel des jeunes diplômés
canadiens en médecine, en enseignement, en génie
et en agriculture consentent à aller vivre dans les
villages asiatiques, autant que possible selon les conditions
de vie locales, pour y dispenser leurs services. À
l'occasion du Centenaire, la Saskatchewan se propose de constituer
un fonds de $60,000 en vue de construire un centre de traitement,
d'emballage et d'emmagasinage des denrées alimentaires
à Mysore, en Inde. L'ancien directeur exécutif
de l'Association canadienne pour l'éducation des adultes,
M. Roby Kidd, met actuellement au point un programme d'enseignement
post-scolaire à l'Université de Rajasthan, en
Inde. MM. Edwin et Vivien Abbott, de la société
Canadian Friends, ont passé douze ans dans
les régions rurales de l'Inde, où ils ont réalisé
des machines agricoles, introduit des cultures nouvelles et
améliorées, et mis en oeuvre un programme de
formation à l'intention des Indiens hors caste.
Deux faits montreront la valeur humanitaire de l'oeuvre
féconde qu'accomplissent les Canadiens à l'étranger.
Il y a deux ans, des ingénieurs de notre pays rêvaient
d'aménager la petite rivière Kundah et ses affluents,
en Inde, afin d'assurer le développement économique
de l'État de Madras. Aujourd'hui, leur projet s'est
réalisé dans le béton. Un barrage fournit
l'énergie nécessaire pour faire fonctionner
100,000 installations de pompage et irriguer 400,000 acres
de terrain, ce qui permet de produire 600,000 tonnes de céréales
vivrières par an ; il assure en outre l'électricité
requise pour la fabrication des textiles, des produits chimiques,
du ciment, du sucre et du fer.
Le second fait est la construction du barrage de Warsak
dans la passe de Khyber. Dix mille Pakistanais ont été
employés pour exécuter des travaux et ont eu
ainsi l'occasion de faire partie pour la première fois
d'une équipe organisée de travailleurs, avec
ses services de loisirs, de bien-être et d'hygiène.
Plus de trois mille d'entre eux reçurent une formation
spéciale et devinrent des ouvriers spécialisés
ou semi-spécialisés.
Activité en Afrique
La vague d'indépendance politique qui déferle
sur l'Afrique tropicale depuis 1960 a laissé derrière
elle une vingtaine de nouveaux États souverains qui
n'ont malheureusement pas les connaissances voulues pour faire
face à leurs responsabilités. L'Afrique est
aujourd'hui une terre d'espoirs irréalisés,
de dangers qui menacent de toutes parts, de charges politiques
souvent trop lourdes pour les épaules de ceux qui les
ont assumées dans des pays d'une extrême pauvreté.
Le temps presse. Il faut acquérir beaucoup d'expérience
en peu de temps. Ce que les Canadiens ont appris en un siècle,
les Africains doivent l'apprendre en un an.
Parce qu'un grand nombre d'Africains sont portés
à concevoir le Canada comme un pays plutôt différent
des autres puissances blanches du fait qu'il a été
lui aussi une colonie et qu'il n'a jamais pratiqué
le colonialisme, c'est à nous qu'ils s'adressent pour
obtenir de l'assistance.
L'aide du Canada a été consacrée en
majeure partie au développement des services d'enseignements.
Au Ruanda, un des pays les plus populeux de l'Afrique, doit
s'ouvrir une université nationale non confessionnelle
et accessible à tous les citoyens. Vingt-trois professeurs
canadiens de langue française ont quitté le
Canada pour aller enseigner dans cette université.
Lorsque le Nyassaland a accédé à l'indépendance,
sous le nom de Malawi, en 1964, le Premier ministre de cet
État a écrit au gouvernement canadien pour lui
demander son aide. Ce pays ne comptait alors que trois médecins
diplômés, y compris le Premier ministre lui-même.
Aujourd'hui, huit infirmières et trois médecins
canadiens exercent leur profession au Malawi.
Le Canada participe en outre au Programme spécial
d'assistance aux pays africains du Commonwealth. Vingt-deux
gouvernements des pays du Commonwealth ont créé,
en juillet 1966, un sous-comité d'aide à la
Zambie, chargé d'élaborer un programme d'assistance
technique, financière et alimentaire. Il y a en Tanzanie
trente membres bénévoles du Service universitaire
canadien outre-mer (CUSO), qui travaillent dans l'enseignement,
la médecine, l'agriculture et l'administration. L'Université
de Toronto collabore à la création d'un service
d'anesthésie à l'école de médecine
de l'Université de Lagos, au Nigeria.
Grâce à son biculturalisme, le Canada devait
se montrer particulièrement apte à organiser
un programme d'aide à l'enseignement dans les États
africains de langue française. En plus de construire
des écoles et de fournir du matériel scolaire
et des films d'enseignement dans huit de ces États,
notre pays y a expédié du papier pour faire
imprimer des manuels scolaires. Vers la fin de 1965, il y
avait 155 enseignants canadiens en Afrique francophone, et
41 élèves africains poursuivaient leurs études
au Canada.
Les ouvriers sont nombreux
Le Répertoire des Canadiens employés outre-mer,
publié en 1964 par l'Overseas Institute of Canada,
renferme les noms de près de 1,200 Canadiens, répartis
dans plus de cent régions et pays différents.
C'est le dynamisme des étudiants d'université
qui a été à l'origine du service outre-mer :
Cette initiative a pris une envergure nationale le 6 juin
1961 avec la fondation du Service universitaire canadien outre-mer.
En septembre, c'est-à-dire longtemps avant l'institution
du Peace Corps des États-Unis, dix-sept jeunes
Canadiens se trouvaient à Ceylan, en Inde et à
Sarawak, où ils se dévouaient dans l'enseignement,
les soins infirmiers, les ouvrages de génie, etc.
Ces jeunes gens ne prêtent pas leurs services dans
un esprit de prosélytisme, mais uniquement dans le
but pratique d'être utiles. Le Bulletin du CUSO fourmille
d'anecdotes sur le travail, les aventures et les succès
de nos étudiants dans des endroits qui ne sont pour
la plupart des Canadiens que des noms sur la carte. Et l'impression
qui s'en dégage est que tous y vivent la plus belle
aventure de leur existence.
Ces travailleurs bénévoles ne sont pas tous
des jeunes. En fait, il n'y a pas de limite d'âge. Le
plus âgé parmi les membres du CUSO qui se trouvent
actuellement outre-mer a 53 ans et le plus jeune 20 ans.
L'enseignement
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En 1965, il y avait à l'étranger, dans le cadre des programmes d'aide à l'enseignement du Canada, 874 instituteurs et conseillers, ainsi répartis : 130 en Asie du Sud et du Sud-Est, 130 aux Antilles et 614 en Afrique. |
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Grâce à l'aide canadienne, de nombreuses écoles secondaires ont reçu du matériel scolaire, trois instituts d'arts et métiers ont été construits, et une école normale et des écoles de comptabilité ont été mises sur pied. Quatre écoles secondaires, construites, équipées et pourvues du personnel nécessaire par le Canada, ont ouvert leurs portes dans les Petites Antilles, et deux autres doivent y être construites. |
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L'Ordre impérial des filles de l'Empire a offert des
bourses à des étudiants des autres pays du Commonwealth
et fait bénéficier de son programme d'aide aux
bibliothèques un certain nombre d'écoles des
Antilles, du Honduras Britannique et de la Guyane. La Fondation
pour les étudiants africains supporte les frais de
scolarité d'une centaine d'étudiants des pays
d'Afrique dans les universités canadiennes.
Le Canada, la province du Manitoba et la Malaisie ont établi
en collaboration un programme de formation destiné
à fournir des instituteurs diplômés aux
villes et aux villages de la Malaisie où l'on a construit
de nouvelles écoles. Cinquante-quatre de ces écoles
ont reçu pour trois millions de dollars de matériel
d'enseignement d'origine canadienne.
Il est évident que l'on obtient ainsi d'excellents
résultats en faisant venir au Canada des étudiants
des autres pays, à condition de veiller avec soin à
choisir des jeunes gens que leur séjour parmi nous
ne détachera pas de leur patrie. L'année dernière,
2,500 programmes d'études ont été arrêtés
au Canada à l'intention d'étudiants et de stagiaires
venant d'Asie, d'Afrique et des Antilles.
Un grand nombre d'étudiants sont placés dans
l'industrie privée pour y accomplir leur formation
pratique. En vertu du programme d'assistance technique, 842
étudiants de l'Inde avaient suivi des cours au Canada
à la fin de la dernière année scolaire,
et on en comptait en outre 533 du Pakistan, 191 de la Birmanie,
103 de Singapour, 398 de la Malaisie et 145 de Ceylan.
Des étudiants de cinquante autres pays sont venus
au Canada pour suivre des cours d'animation sociale à
l'Institut international Coady, tandis que vingt membres du
personnel de cet institut se sont dévoués à
l'étranger en faveur du Mouvement d'Antigonish. Un
jeune homme qui avait étudié à l'Université
Saint-François-Xavier est devenu vice-ministre chargé
de l'agriculture et des forêts en Corée.
Les universités ne tiennent pas toutes un registre
des carrières de leurs anciens élèves,
mais plusieurs d'entre elles possèdent des archives
que l'on peut considérer comme représentatives
de la façon dont ces institutions de haut savoir contribuent
à faire connaître le Canada dans le monde.
Par exemple, l'Université Queen's sait qu'il y a
750 de ses diplômés, qui se trouvent outre-mer.
Cette université a mérité des félicitations
pour les candidats qu'elle a fournis au service diplomatique :
elle compte actuellement 44 de ses anciens élèves
dans les ambassades et parmi les représentants du gouvernement.
À un moment donné, l'Université de
Toronto avait à son actif 17 diplomates canadiens du
rang de chef de mission. Des membres de son personnel se sont
rendus en Inde afin d'établir un collège régional
de génie à Mangalore, et d'autres sont à
l'oeuvre en Tanzanie, au Nigeria, au Sierra Leone, en Rhodésie,
en Nyassaland, en Grèce et en Inde orientale.
Quatre des six candidats de l'Université de Windsor
ont été acceptés par le CUSO cette année,
et des représentants de cette université occupent
des postes importants en Guyane et en Zambie. L'Université
Carleton a des anciens élèves qui enseignent
dans des universités, comme dans des collèges
et des écoles de village en Israël, au Liban, au Nigeria,
au Kenya, en Zambie, en Malaisie, en Tanzanie, à Trinidad,
au Ghana, en Égypte et au Japon. L'École d'administration
publique de cette université de même que les
cours spécialisés qu'offre l'Université
d'Ottawa dans ce domaine, contribuent à former des
fonctionnaires pour les pays en voie de développement.
Un diplômé de nationalité japonaise de
l'École de journalisme de l'Université Carleton
vient de rentrer dans son pays, où il se propose d'écrire
un livre sur le Canada à l'intention de ses compatriotes.
Plusieurs des diplômés de l'Université
de Waterloo sont au nombre des travailleurs bénévoles
du CUSO qui enseignent à Trinidad et en Afrique. L'Université
de la Colombie-Britannique a été choisie par
l'Organisation des Nations unies comme siège du premier
centre de formation régional institué pour préparer
des administrateurs et des technologues des pays sous-développés
à remplir des postes supérieurs. Cinq des professeurs
de la faculté de commerce de cette université
ont organisé des cours de comptabilité et de
gestion des entreprises à Singapour et en Malaisie.
L'Université du Manitoba a elle aussi fourni des professeurs
en vue d'établir des facultés de génie
et d'agriculture en Thaïlande. L'Université Laval
a envoyé cet automne treize étudiants à
l'étranger dans le cadre du CUSO.
L'Université de Guelph occupe une place particulière
dans le domaine du service à l'étranger à
cause de ses collèges spécialisés en
sciences agricoles et vétérinaires. On doit
à ses professeurs et à ses diplômés
des écoles et des programmes d'enseignement au Ghana
et en Jamaïque ; un programme d'horticulture en
Turquie ; une étude de sociologie au Pérou ;
des services remarquables dans les ambassades du Canada.
Les églises à l'étranger
L'Overseas Missionary Fellowship signale que l'année
dernière 104 de ses membres accomplissaient du travail
d'ordre médical et religieux à l'étranger.
À l'heure actuelle, cette société exerce
son activité au Japon, à Formose, aux Philippines,
en Indonésie, à Singapour, en Malaisie, en Thaïlande
et au Laos. La section des missions d'outre-mer des Pentecostal
Assemblies of Canada compte 119 missionnaires à
plein temps en Amérique du Sud, aux Antilles, en Orient
et en Afrique, ainsi que vingt missionnaires associés.
Les Canadian Friends patronnent actuellement trois
oeuvres outre-mer : en Inde, dans le Pakistan occidental
et en Algérie. Les missions étrangères
de l'Église Baptiste ont au Congo quinze missionnaires
qui s'occupent de formation médicale, scolaire, agricole
et biblique, ainsi que d'orientation.
L'Association chrétienne des jeunes gens (Y.M.C.A.)
possède un service mondial qui en est maintenant dans
sa 77e année. Elle envoie des secrétaires d'expérience
dans les pays d'outre-mer, de même que des spécialistes,
des étudiants et des travailleurs bénévoles.
Le directeur national de l'oeuvre missionnaire de l'Église
catholique au Canada, Mgr N.-A. LaBrie, nous dit qu'il y a
4,700 Canadiens dans les missions catholiques à l'étranger,
soit 1,900 en Afrique, 1,400 en Amérique latine, 1,100
en Asie et 230 en Océanie. Mgr LaBrie souligne que
les peuples des pays évolués ont des choses
à apprendre de ceux à qui ils enseignent. Quant
au but de la vaste action missionnaire entreprise par l'Église,
il précise « qu'à l'heure actuelle plus
que jamais, l'effort culturel de l'Église en mission
ne consiste pas à apporter aux peuples seulement des
valeurs d'Occident en même temps que la foi chrétienne
et les lois ecclésiastiques. »
L'organe de l'Église Unie du Canada, Outreach,
a publié en 1966 un supplément de 92 pages sur
les oeuvres missionnaires qui se poursuivent dans 16 pays.
Le budget global des missions en 1966 atteint près
de 3 millions ½ de dollars.
Les qualités requises
Comme le service individuel à l'étranger exerce
un grand attrait sur les jeunes Canadiens, il est bon de s'interroger
sur les qualités qu'il exige. Autrefois, un des moyens
les plus en vogue d'échapper à l'ennui d'un
univers trop restreint et de donner un sens plus profond à
sa vie consistait à aller en pèlerinage dans
un lieu saint. Le pèlerin moderne cherche par l'action
profane à tisser les liens qui serviront à réunir
les hommes dans une même communauté.
Les hommes et les femmes qui quittent le Canada dans le
cadre des divers programmes d'assistance, nationaux et internationaux,
doivent être des gens qui saisissent toute l'importance
de la place qu'occupe notre pays dans le monde ; ils
doivent avoir l'esprit souple et s'adapter aux circonstances ;
ils doivent être capables d'utiliser les connaissances
qu'ils ont acquises dans des circonstances complètement
différentes.
Il faut de la patience et de l'humilité : de
la patience au sens occidental de la persévérance
lorsque la route est rude et au sens oriental de l'art d'attendre ;
de l'humilité pour comprendre que l'on n'est pas envoyé
à l'étranger en tant que colporteur pharisaïque
des valeurs et des manières de faire de l'Occident.
Les enseignements de la Confédération
La Confédération dont nous célébrerons
le centenaire en 1967, a été un témoignage
national de maturité émotive. Elle comportait
l'union des provinces du Canada dans un effort destiné
à leur permettre de collaborer harmonieusement au bien
du pays tout entier, d'un océan à l'autre.
Le Canada d'aujourd'hui est un État indépendant,
qui élabore sa politique, négocie et signe ses
traités, accrédite ses diplomates et décide
de son propre chef des questions de paix et de guerre. Il
a fallu cent ans de travail, de compréhension et de
discipline pour forger cette entité nationale.
Au moment de franchir le seuil de son second siècle
d'existence en tant que nation unifiée, le Canada a
choisi pour ligne de conduite d'aider les pays sous-développés
à s'affranchir de l'ignorance, des difficultés
économiques et de la maladie, et à devenir des
États vraiment démocratiques.
Beaucoup de Canadiens ont la ferme conviction que notre
pays peut faire énormément pour « favoriser
le bien-être de l'humanité. Ils sont persuadés
que le Canada se doit de contribuer à assurer la réalisation
du noble idéal formulé par l'historien Arnold
J. Toynbee : « Notre époque restera mémorable
non pas à cause de ses crimes horribles ou de ses inventions
étonnantes, mais parce qu'elle aura été
la première génération dans l'histoire
où l'homme a osé juger pratique de mettre les
avantages de la civilisation à la disposition de toute
la race humaine. »
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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