Vol. 38, N° 10 Octobre 1957
La fonction de
chef
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Le besoin de direction est aujourd'hui
plus pressant que jamais dans toutes les sphères de la société.
Toutes les branches de l'activité humaine - gouvernement,
affaires, professions libérales, beaux-arts, arts mécaniques,
etc. - réclament des têtes dirigeantes.
Mais diriger n'est pas synonyme de dominer. Le monde ne
manque pas de gens qui aspirent à la dictature. Le chef ou
le directeur n'entre pas dans cette catégorie. Il recherche
l'action pratique dans une intention salutaire.
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur le passé pour se convaincre
que l'histoire des nations et des industries se fonde en somme
sur les exploits individuels. On retrouve dans chaque événement
important un chef audacieux, un but ou une fin et un obstacle.
Durant fait dire à l'un de ses personnages, dans The Mansions
of Philosophy : « Les masses ne font pas grand-chose...
elles se laissent conduire par les hommes supérieurs. »
Une société florissante est une société où il est permis
aux chefs de percer, dans toutes les classes de la population.
Le mécanicien qui a un aide sous ses ordres est un chef. L'employé
de bureau qui a une secrétaire est un chef. Dans leur sphère,
ces chefs ont les mêmes responsabilités, les mêmes possibilités
de faire valoir leurs talents et les mêmes motifs de contentement
que le chef d'un gouvernement.
Dans un pays comme le Canada, il semble que les qualités
de chef peuvent aussi bien germer dans l'humble logis de l'ouvrier
que dans la somptueuse maison du riche. Le fait de recevoir
son instruction dans une école rurale ou dans une modeste
école urbaine n'empêche pas un homme de devenir un chef. Ce
qui caractérise le chef, c'est l'habileté personnelle, le
jugement et la perspicacité, l'initiative et l'énergie.
Inutile aux fainéants d'ambitionner la fonction de chef.
Il y a des êtres inertes qui se contentent toute leur vie
de compter sur les autres, qui attendent pour agir d'être
forcés de le faire. Ils ne sont pas du bois dont on fait les
chefs.
Les chefs visent haut
Comment les hommes parviennent-ils à se hisser au premier
plan et à y demeurer ? En élevant les normes selon lesquelles
ils se jugent eux-mêmes et dont ils veulent qu'on se serve
pour les juger. Ils visent haut, non seulement pour eux-mêmes
mais pour le groupe qu'ils dirigent. Ils s'emploient énergiquement
à accroître leur savoir et leur compétence afin d'atteindre
les normes qu'ils ont établies.
L'adoption de hautes normes d'appréciation est la base de
tout progrès humain. L'amour de la qualité est essentiel chez
un chef. Il a, ainsi que le disait le Dr Wilder Penfield de
sir William Osier, en mai dernier, « le souci du travail
bien fait, comme l'ébéniste qui promène ses doigts sur une
surface polie ou un joint invisible pour vérifier une dernière
fois l'oeuvre de ses mains. »
Le chef, qu'il soit dans les affaires ou l'administration,
porte en lui ce sens de l'idéal, cette espèce d'intuition
de ce qui pourrait être. Il agit bien parce qu'il a une idée
précise du rôle qu'il va jouer et des résultats qu'il recherche.
Le chef doit aussi être un homme digne de confiance. Il
tient toujours parole. C'est, comme le disait un voyageur
de son compagnon, l'homme avec qui l'on peut chasser le tigre
dans l'obscurité, car à quelque moment que l'on tende le bras,
on est toujours sûr de sentir sa présence.
Mais pour inspirer confiance, il faut accepter des responsabilités.
Le chef prendra conseil de ses collaborateurs, mais il suivra
la ligne de conduite que son esprit considère comme bonne.
Une telle attitude exige naturellement une grande confiance
en soi. Cela suppose que le chef s'est exercé à surmonter
la crainte de faire des erreurs. Il a depuis longtemps perdu
l'habitude de compter sur ses parents, ses professeurs ou
ses contremaîtres pour le tirer d'embarras.
Entreprendre avec succès une carrière comportant des fonctions
de chef demande aussi du courage. Quand un homme a choisi
le rôle qu'il veut jouer dans la vie, qu'il a la certitude
de faire le travail pour lequel il est le mieux doué et qu'il
est convaincu de remplir une tâche essentielle, il lui faut
posséder le courage nécessaire pour aborder les problèmes
qu'il doit résoudre.
S'il a confiance en lui-même, il sera assez courageux pour
fonder son action sur des probabilités s'il ne peut s'appuyer
sur des certitudes, et employer toute son énergie à en assurer
le succès. L'une des marques du grand chef est de se sentir
suffisamment sûr de lui-même pour consacrer son attention
au bien-être de ses subordonnés et à la perfection de son
travail au lieu de toujours regarder au-dessus de lui pour
s'assurer qu'on l'approuve.
La discipline personnelle
Les chefs doivent naturellement s'astreindre à une discipline
plus sévère que les autres. Ceux qui brillent par leur rang
doivent aussi briller par leur force de caractère.
Aussi n'est-il pas étonnant de voir que la plupart de ceux
qui ont été reconnus comme de véritables chefs étaient des
gens qui avaient d'abord appris à obéir. L'homme qui ne s'est
pas habitué à rendre service aux autres avec empressement
éprouvera de la difficulté à imposer son autorité à ses inférieurs.
Les jeunes gens qui aspirent aux postes de direction feraient
bien, dans leur propre intérêt, de s'exercer à faire face
aux situations désagréables. Un moraliste nous conseille à
tous de faire de temps en temps certaines choses uniquement
parce que nous aimerions mieux nous en exempter.
En plus de bien faire ce qu'il a à faire, le chef doit avoir
de l'initiative, c'est-à-dire être capable d'imaginer et de
réaliser des choses nouvelles. La cible qu'il vise est une
cible mobile.
Dans le domaine de la direction, il est essentiel de toujours
aller de l'avant. Le chef ne peut pas établir un procédé et
s'attarder paresseusement à en regarder l'application. Il
ne saurait se contenter de voir les nouvelles tendances et
d'en tirer parti. Il doit plutôt tenir son imagination bien
en éveil, afin de concevoir des idées et de créer lui-même
des tendances.
Beaucoup de malheureuses histoires viennent s'ajouter, chaque
année, aux annales des affaires parce que des chefs cèdent
à la routine et se contentent d'être des gérants. Lorsqu'un
chef commence à se relâcher ou à suivre le courant, il est
déjà arrivé au terme de son perfectionnement et de sa contribution
à l'expansion de son entreprise.
Le véritable chef est tellement passionné pour son travail
qu'il a peine à attendre le lendemain pour se mettre à l'oeuvre.
Mais il n'est pas impétueux. Il sait équilibrer ses élans
émotifs par une saine réflexion. Son excès d'effort témoigne
de sa conviction du fait que si un homme n'entreprend pas
plus que ce qu'il est capable de faire il ne fera jamais tout
ce qu'il peut faire. Son enthousiasme stimule son énergie.
Voilà pourquoi on trouve tant de chefs d'entreprises commerciales
à la tête des oeuvres sociales. Il faut absolument des chefs
dans tous les domaines de la vie sociale et dans toutes les
organisations sociales, et c'est à cause de leur expérience
et de leur perspicacité que l'on sollicite si souvent les
services des directeurs de compagnie, des cadres supérieurs
et des contremaîtres pour organiser les campagnes locales
ou nationales destinées à opérer certaines réformes ou à recueillir
des fonds.
Le choix des collaborateurs
Quelque variés que soient les aspects de la fonction de
chef, il existe cependant certains principes fondamentaux
dont on s'accorde en général à reconnaître la nécessité. Le
chef doit avoir des convictions sincères au sujet de son entreprise
et de la place qu'il y occupe, et posséder la force morale
nécessaire pour entraîner les autres à le suivre avec confiance.
Les hommes avisés choisissent les personnes qui doivent
travailler avec eux, et en particulier leurs collaborateurs
immédiats, en raison de leurs aptitudes spéciales. Ils veulent
que leurs adjoints soient différents d'eux-mêmes, qu'ils soient
capables de faire des choses que le chef ne peut faire lui-même.
Aucun chef, que ce soit dans le gouvernement, les affaires
ou un autre secteur d'activité, ne voudra s'entourer d'exécutants
sans initiative s'il tient à se décharger de la besogne, à
avoir le temps de faire des plans pour l'avenir et à pouvoir
s'absenter quelques jours ou quelques semaines avec la certitude
que ses adjoints réussiront à se tirer d'affaire.
La tâche du chef consiste à faire faire du travail par d'autres
personnes, de telle sorte que le succès de leurs efforts rejaillisse
sur lui-même. Il devine à quel moment un adjoint est prêt
à faire un nouveau pas en avant, et il règle la mise en scène
de façon que l'action de ses subordonnés contribue pleinement
à atteindre la fin qu'il se propose.
Ce qui constitue la mission la plus délicate de celui qui
commande, c'est qu'il doit savoir conduire sa barque de manière
à être mêlé à tout et à prescrire en détail ce que chacun
doit faire, d'une part, et à relâcher suffisamment les rênes,
d'autre part, pour permettre à ses adjoints de se former à
l'école de l'expérience, même au risque de commettre des erreurs.
Une fois qu'il leur a confié le travail, le chef doit faire
confiance à ses collaborateurs. Sa mission exige qu'il ait
le courage et la volonté d'appuyer entièrement ses subordonnés.
Plus un chef est dynamique, plus il lui est nécessaire de
maîtriser l'irritation qui monte en lui lorsque les travaux
subissent des retards, restent en panne ou sont mal faits.
Il doit en rechercher patiemment la cause et être accueillant
aux idées d'amélioration. En tant que pivot de l'entreprise,
il doit savoir écouter avec profit, c'est-à-dire repousser
impitoyablement toute vaine excuse et écarter tous propos
inutiles, mais discerner le point important dans ce que ses
employés ont à dire.
Les rapports avec les employés
Le chef doit traiter avec des êtres humains, dont chacun
a ses caractéristiques et ses particularités propres.
Quel que soit l'angle sous lequel on étudie la fonction
de chef, on en arrive inévitablement à la conclusion que l'art
d'être chef est l'art de former des hommes. Dans sa conception
la plus haute, c'est l'art d'amener les gens à travailler
pour soi lorsque rien ne les oblige à le faire.
Durant toute sa vie active, le chef se voit surchargé de
devoirs envers son entreprise, envers sa collectivité et envers
lui-même. Mais aucun d'entre eux n'est plus important que
ses devoirs envers ses employés. On tient pour une maxime
que quiconque est sous l'autorité d'un homme est également
sous sa protection.
Le contremaître ou le directeur qui tyrannise ses employés
affirme son incompétence. Il applique la discipline à la lettre
parce qu'il ne sait pas faire autrement. Il refuse d'écouter
le point de vue de ses subordonnés de crainte qu'ils n'aient
raison et qu'ils ne lui fassent ainsi perdre la face. Son
attitude arrogante provoque la dissension et dessert son entreprise.
Le chef qui conçoit sa tâche à la façon d'un moniteur ou
d'un entraîneur réussira beaucoup mieux. Il éveillera l'intérêt,
enseignera, aidera, corrigera et enflammera. Il recherchera
le talent particulier de chaque employé. Son personnel collaborera
avec lui au maintien de la discipline pour le bien de l'équipe.
Il fera abstraction de lui-même pour encourager les progrès
de ceux qu'il dirige. Il créera dans son groupe un sentiment
d'effort commun, orienté vers un but déterminé.
Directives et renseignements
Quel que soit son champ d'activité, le chef trouvera un
avantage inappréciable à coucher avec précision sur le papier
ses plans et ses directives. Cela lui évitera de s'écarter
des sentiers de la logique et l'aidera à préciser à ses adjoints
les buts vers lesquels doivent tendre leurs efforts. Ce n'est
qu'après avoir bien façonné ses plans qu'il pourra passer
avec sûreté à l'adoption des méthodes et des moyens appropriés.
Il ne s'agit pas de vouer un culte à une série de règles
ni d'obliger les employés à en faire autant. Les règles, les
directives et les plans ne peuvent servir de guides que pour
les cas généraux et les circonstances ordinaires. Tout en
tirant parti des avantages des directives écrites, le chef
surveillera tout particulièrement les cas spéciaux et les
circonstances qui font exception à la règle. Cela entre dans
ses attributions de chef.
Les directives et les plans sont plus ou moins inutiles
s'ils ne sont pas connus de tous les intéressés. Il faut que
chacun sache quelle est sa position et ce qu'on attend de
lui. Les adjoints doivent avoir une idée précise du travail
à faire, ainsi que de leur rôle particulier dans l'exécution
de la tâche. En sa qualité de commandant de la VIIIe Armée,
lord Montgomery établit la règle qu'il convenait de faire
connaître le plan de campagne à chaque soldat.
La solution des problèmes
Le chef compétent ne sombre pas dans le désarroi lorsqu'un
problème surgit, car il a appris certains principes généraux
qui lui permettent de faire face à une difficulté sans s'affoler.
Comme dans tout travail bien conçu, la simplicité a ici
une grande importance. Il s'agit d'abord de bien saisir le
problème et d'en ordonner les parties sans tarder, puis de
rechercher les renseignements requis pour en trouver la solution,
de faire le nécessaire, selon l'importance et la complexité
du problème, d'en analyser les éléments et enfin d'esquisser
et de vérifier dans son esprit les diverses réponses.
Pour régler un problème de main de maître, le chef doit
à la fois voir les choses dans leur ensemble et dans leurs
diverses parties. Le fait de mettre stupidement l'accent sur
un élément quelconque constitue l'une des pratiques les plus
funestes des chefs de gouvernement comme des chefs d'entreprise.
La compagnie qui pousse la production et néglige la mise sur
le marché verra ses stocks augmenter et ses bénéfices de vente
diminuer. L'usine qui concentre ses efforts sur les ventes
et ne s'occupe pas assez de la production perdra des clients
parce qu'elle ne pourra pas satisfaire leurs désirs. En matière
de production comme de distribution, le chef doit équilibrer
la qualité et les frais.
Le chef dirige l'entreprise tout entière. Il lui faut donc
la largeur de vues nécessaire pour envisager les choses sous
leur vrai jour et bien saisir leurs rapports. Plus un homme
occupe un haut rang dans la direction, plus il doit accroître
son envergure et développer sa faculté de pénétration. Il
ne doit pas s'attacher aux détails ni se contenter de gratter
l'écorce des arbres sans jamais regarder la forêt dans son
ensemble. Il doit surveiller de près ses bêtes noires et ses
dadas.
Il va sans dire que, pour les détails comme pour la conduite
générale de l'entreprise, le chef fondera ses appréciations
sur des faits exposés avec précision et exactitude. Il exigera
des analyses et non des généralités ; des réalités et
non des opinions. Ramenant les problèmes les plus complexes
à leur plus simple expression, il verra immédiatement ce qui
est important et écartera l'accessoire. Cette capacité d'enlever
la gangue pour découvrir les véritables valeurs constitue
l'une des qualités essentielles du chef.
Les décisions
L'administration consiste à prendre des décisions après
avoir analysé certains problèmes. Chaque décision comporte
un élément de risque. Le chef doit avoir l'audace d'affronter
les aléas de son propre jugement.
Il s'apercevra souvent qu'il est plus important de mettre
les choses en branle que de s'assurer qu'elles réussiront
parfaitement. Il constatera également qu'il faut prendre bien
des décisions en se basant sur des données incomplètes. Après
avoir fait de son mieux pour organiser le service de renseignements
qui s'impose et l'avoir exploité dans la plus grande mesure
possible, il devra quand même assumer la responsabilité de
prendre des décisions et s'aventurer dans des sentiers inconnus
en se guidant sur les lumières de son jugement et de son expérience.
Le chef doit être un créateur et un innovateur. Mais ses
fonctions ne s'arrêtent pas là : il doit aussi mener
les projets à bonne fin et, grâce à son imagination, à son
ingéniosité et à son courage, surmonter les difficultés inattendues
et imprévisibles.
Récapitulation
Il ressort de ce qui précède qu'une certaine prudence s'impose
dans l'évaluation des qualités de chef par l'analyse mécanique
ou les questionnaires dits « papier-crayon ».
Aucune énumération de caractéristiques ne saurait donner
une juste idée de la puissance de pénétration qui jaillit
dans l'esprit d'un grand chef en présence des problèmes, des
dangers et des conflits idéologiques.
Le jeune homme qui entre dans la vie active avec l'idée
de devenir un chef dans une carrière ou une entreprise quelconque
trouvera de précieux conseils dans le classique bien connu
des professions commerciales, Business and the Man,
premier volume de la série de l'Alexander Hamilton Institute.
Au temps de l'adolescence des hommes qui occupent aujourd'hui
des hauts postes de direction dans tous les milieux, les histoires
des enfants pauvres qui devinrent célèbres avaient une grande
vogue. Il se peut que ces récits ne disent plus rien à notre
génération blasée, mais il n'en demeure pas moins que c'est
encore avec les principes qui ont permis à ces jeunes garçons
de se distinguer que l'on fait des chefs.
Aucune puissance au monde, que ce soit à l'école, à l'université
ou ailleurs, ne peut prendre un commis à son pupitre ou un
mécanicien à son établi et en faire un chef de service. L'avancement
personnel s'obtient par l'initiative et la persévérance. L'homme
doit encore aujourd'hui s'élever par ses propres moyens, même
s'il jouit à notre époque de beaucoup d'avantages que ne connaissaient
ni son père ni son grand-père.
Les sacrifices nécessaires
Nul ne devra s'engager dans la voie qui conduit à la carrière
de chef sans faire le compte de ce qu'il lui en coûtera. Certes
le métier de chef offre de nombreuses compensations - il attire
même irrésistiblement certains hommes - mais c'est un métier
difficile et où l'on se sent souvent bien seul.
Il suffit d'entrer, un jour de travail, dans le bureau d'un
chef industriel, politique, religieux ou autre pour perdre
l'illusion que la fonction de chef est une sinécure. Mais
le grand patron n'a pas l'impression de se sacrifier lorsqu'il
travaille seize ou dix-huit heures par jour. C'est de cette
façon, plutôt que d'une autre, qu'il a décidé d'employer son
temps.
Les attaques dont le chef est victime, dans les affaires,
la politique ou la vie sociale, sont vieilles comme la nature
humaine. Elles émanent, comme autant de petites voix malveillantes,
de la peur, de l'envie, de l'ambition et de l'égoïsme. Le
seul moyen de les éviter est de rester dans l'obscurité.
Le chef doit avoir le courage et la force de surveiller
attentivement la concurrence et de tenir le volant de l'organisation
d'une main ferme quand la route est malaisée et le succès
incertain. Les échecs font partie du métier, à condition qu'on
en reconnaisse l'utilité formatrice. Un philosophe a dit avec
bonheur que le plus important dans la vie n'est pas de faire
fructifier ses bénéfices. N'importe qui peut en faire autant.
Le tout est de savoir profiter de ses pertes.
En dernière analyse, il appartient à chacun, jeune ou vieux,
de décider s'il veut être un chef. Un esclave romain, qui
devint l'un des grands maîtres de l'école stoïcienne disait
ceci : « C'est vous, et non pas moi, qu'il importe
de faire entrer en ligne de compte dans l'examen de la question,
parce que c'est vous qui savez qui vous êtes, quelle est votre
valeur à vos propres yeux et à quel prix vous vous évaluez,
car les hommes s'évaluent à divers prix. »
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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