Vol. 31, N° 10 Octobre 1950
De la critique
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Il est important, surtout dans
les affaires, de ne pas perdre de vue que la critique est
une arme à deux tranchants et d'apprendre à
la subir aussi bien qu'à la faire.
En vérité, ni l'un ni l'autre n'est facile.
Nous sommes généralement prompts à critiquer
les autres et nous n'aimons guère être critiqués
nous-mêmes.
Il y a différents genres et plusieurs degrés
de critique. Elle est utile et féconde quand elle revêt,
par exemple, la forme de recommandations pratiques pour améliorer
le rendement d'une usine. Mais elle a peu de mérite
dans le cas du patron qui soulage sa mauvaise humeur sur son
entourage, ou du chef de bureau qui trouve constamment quelque
chose à redire au travail ou à la conduite des
employés sous ses ordres.
Dans certains cas, la critique a un effet bienfaisant sur
ceux qui en font l'objet et elle les pousse à mieux
faire ; dans d'autres cas, l'auteur cherche simplement
à faire montre de supériorité et flatter
ainsi sa propre vanité.
La vraie critique consiste à prendre ce qu'il y a
de beau et de bon dans le monde et à s'en servir comme
modèle pour mesurer nos idées et nos actes.
D'un autre côté, les esprits trop pointilleux
s'attachent aux peccadilles ; ils sont généralement
trop exigeants ou trop difficiles à satisfaire. Ils
cherchent partout la petite bête. Rien ne leur plaît
et rien n'est jamais à leur goût. Pour eux, tout
va de mal en pis dans le pire des mondes.
Cette disposition à toujours trouver à redire
dénote moins de jugement et d'expérience que
nous nous accordons généralement à impliquer
au mot critique. On dirait que l'auteur ne se plaît
qu'à dénigrer et à démolir.
Dans le domaine des arts, de la littérature et de
la musique, il faut distinguer quatre genres de critique.
D'après Hatzfeld et Meunier dans leur préface
des Critiques Littéraires du dix-neuvième siècle,
les uns ne considèrent que la perfection du travail.
Ils estiment que l'écrivain a rempli sa tâche
pourvu qu'il sache éveiller en nous les pures émotions
que donne le spectacle du beau. C'est la critique purement
esthétique.
Les autres demandent à l'écrivain quelles
leçons on peut tirer de son ouvrage pour la conduite
de la vie. Ils veulent que la littérature soit avant
tout un enseignement moral. Son objet est à leurs yeux
de rendre les hommes meilleurs. C'est la critique moraliste.
D'autres recherchent surtout dans une oeuvre d'art ces traits
passagers qui font revivre la physionomie d'une époque,
d'une nation ; ils replacent l'écrivain dans les
circonstances où il a composé son ouvrage et
constatent curieusement l'influence exercée sur lui
par le milieu où il a vécu. C'est la critique
littéraire historique.
D'autres, enfin, s'attachent surtout à la vérité
de la peinture ; ils cherchent de préférence
dans l'oeuvre, d'une part, ces traits permanents et généraux
où se reconnaît l'humanité ; de l'autre,
ces traits particuliers qui dessinent l'individu. C'est la
critique psychologique.
Un essai qui donne l'opinion d'un auteur sur un ouvrage
porte selon le cas le nom de critique, de revue ou de réclame.
Le silence est parfois la plus sévère critique ;
non seulement dans le domaine de la littérature mais
aussi dans celui des affaires.
Comment critiquer
Le meilleur moyen d'apprendre à subir la critique
consiste probablement à apprendre à la faire
intelligemment.
Le bon critique doit s'efforcer de voir les choses clairement
et sous leur vrai jour, de distinguer le bon du mauvais et
de voir l'ensemble tel qu'il est.
La critique a des règles qu'il convient d'observer
dans les affaires comme dans le domaine des lettres. Socrate
s'était fixé un bon principe : Avant de
commencer à critiquer les actions d'une autre personne,
je réfléchis et je mesure mes propres actions
par rapport à celles que je me propose de critiquer.
D'un autre côté, Jésus a dit : « Ne
jugez point, afin que vous ne soyez point jugés ;
car on vous jugera du même jugement que vous jugé ;
et on vous mesurera de la même mesure que vous aurez
jugé ; et on vous mesurera de la même mesure
que vous aurez mesuré les autres ».
Et il a ajouté :
« Et pourquoi regardes-tu une paille qui est dans l'oeil
de ton frère, toi qui as une poutre dans le tien » ?
La critique devrait être courtoise et honnête,
accompagnée d'un sentiment de dignité personnelle,
sans oublier de garder les proportions. Il est important de
ne pas perdre l'objectif de vue et de ne pas s'armer d'une
massue pour tuer une mouche.
Quand la critique a pour objet de réformer ce que
nous estimons mauvais, les plus grands soins sont nécessaires.
La réforme met en jeu deux personnes : soi-même
et quelqu'un d'autre. Elle consiste généralement
à faire conformer la conduite d'autrui à notre
propre idée de conduite. La plupart des gens semblent
s'imaginer que leur devoir envers la société
consiste à juger et décider ce que les autres
doivent faire. Il n'y a rien de plus banal que de se demander :
« Que dois-je faire » ?, mais décider
ce qu'un autre devrait faire, voilà qui est intéressant,
romanesque, flatteur, et patriotique en même temps.
Même quand on est très tolérant, il
est difficile de ne pas être irrité par l'air
de supériorité que se donne généralement
le critique social. Si nous ne sommes pas de son avis, nous
manquons de sensibilité. Si nous lui disons qu'à
notre avis la plus noble tâche qu'un homme puisse entreprendre
est de s'instruire, de se mêler de ses propres affaires
et d'élever sa famille, le critique nous dit que nous
manquons d'esprit de civisme.
Un autre genre de critique désagréable est
celui qui fait des compliments à rebours. Son mot favori
est « mais ». Il commence par faire l'éloge
d'un auteur, il trouve son ouvrage bien agencé, la
forme est parfaite, le fonds ne laisse rien à désirer,
mais... Nous trouvons des exemples de ce genre non seulement
dans les livres et les articles, mais dans les conversations
de tous les jours.
La médisance n'est pas nouvelle ; les anciens
n'y ont pas échappé non plus. Voici ce que La
Bruyère en dit dans les « Caractères de
Théophraste » :
« Je définis ainsi la médisance :
une pente secrète de l'âme à penser mal
de tous les hommes, laquelle se manifeste par les paroles ;
et, pour ce qui concerne le médisant, voici ses moeurs.
Si on l'interroge sur quelqu'autre et que l'on lui demande
quel est cet homme, il fait d'abord sa généalogie.
« Son père, dit-il, s'appelait Sosie (c'était
chez les Grecs un nom de valet ou d'esclave), que l'on a connu
dans le service et parmi les troupes sous le nom de Sosistrate ;
il a été affranchi depuis ce temps et reçu
dans l'une des tribus de la ville. Pour sa mère, c'était
une noble Thracienne (par dérision des Thraciennes
qui venaient dans la Grèce pour être servantes,
et quelque chose de pis) : car les femmes de Thrace,
ajoute-t-il, se piquent la plupart d'une ancienne noblesse.
Celui-ci, né de si honnêtes gens, est un scélérat
et qui ne mérite que le gibet » et, retournant
à la mère de cet homme, il ajoute qu'elle ne
vaut pas mieux. Dans une compagnie où il se trouve
quelqu'un qui parle mal d'une personne absente, il relève
la conversation : « Je suis, lui dit-il, de votre
sentiment, cet homme m'est odieux et je ne le puis souffrir.
Qu'il est insupportable par sa physionomie ! Y a-t-il
un plus grand fripon et des manières plus extravagantes ?
Savez-vous combien il donne à sa femme pour la dépense
de chaque repas ? Trois oboles, et rien davantage ;
et croiriez-vous que dans les rigueurs de l'hiver et au mois
de décembre il l'oblige de se laver avec de l'eau froide » ?
Si alors quelqu'un de ceux qui l'écoutent se lève
et se retire, il parle de lui dans les mêmes termes ;
nul de ses plus familiers n'est épargné ;
les morts mêmes dans le tombeau ne trouvent pas un asile
contre sa mauvaise langue ».
La philosophie de la critique
On peut trouver du plaisir dans la critique, qu'on en soit
l'auteur ou l'objet, par exemple, dans une conversation entre
deux hommes qui ont les mêmes goûts et le sentiment
de la justice. On apprend toujours quelque chose, même
quand on est touché.
Personne n'échappe à la critique, et on y
est d'autant plus exposé qu'on est plus en vue. Addison
dit dans son essai sur la Censure que c'est folie d'essayer
de s'y soustraire et preuve de faiblesse d'en souffrir. « Pour
être heureux, vivons cachés » a dit La Fontaine.
Si vous voulez éviter la critique, fuyez les patrons
qui se plaisent à contrôler les qualités
de leurs employés ; entreprenez seulement le travail
que vous pouvez bien faire ; assurez-vous que l'ouvrage
que vous faites est bien celui qu'on vous a donné.
L'employé qui échappe continuellement à
la critique n'est peut-être pas très brillant,
mais il est probablement plus heureux ainsi.
À qui donner le nom de critique ? En vérité,
à chacun de nous. Par exemple, à la femme qui
n'aime pas la robe de sa voisine ou la manière dont
celle-ci élève ses enfants. Au patron qui réprimande
un employé ou à la personne qui tourne le bouton
de son radio pour écouter un autre programme. Ces gens-là
expriment ainsi leurs préférences selon leurs
propres idées.
Cela demande naturellement du jugement. D'aucuns disent
qu'il est ridicule de critiquer l'ouvrage ou les actions des
autres à moins d'avoir fait ses preuves soi-même.
Théophile Gautier dit à un de ses censeurs :
« Vous ne vous faites critique qu'après qu'il
a été bien constaté que vous ne pouvez
être un auteur ». Les autres disent que personne
n'a le droit de se poser comme modèle par lequel juger
les autres. Montaigne a intitulé un de ses essais :
« C'est folie de rapporter le vrai et le faux au jugement
de notre suffisance ».
Dans ce cas, il n'y aurait pas de critique et cela nous
ramènerait aux préceptes de l'Évangile.
Ce serait trop beau !
L'envie est la compagne de l'esprit de critique. Aucun homme
d'affaires n'échappe à l'envie, mais il devrait
être capable de désarmer la critique par ses
bonnes qualités. L'envie, et la critique qui l'accompagne,
sont la revanche de la médiocrité, la seule
source de triomphe pour ceux qui n'ont pas réussi dans
la vie.
La lettre
Ce qui rend la lettre difficile à écrire est
qu'elle est en quelque sorte un exercice littéraire.
Elle sert à communiquer nos idées concernant
les affaires les plus banales ainsi que les sentiments les
plus élevés. Combien de fois nous arrive-t-il
de nous arracher les cheveux et de chercher en vain le mot
qui nous échappe pour rendre exactement notre pensée.
Et quand il est trop tard, un critique ne manque jamais de
trouver le mot juste.
Ce qui complique encore la chose, dans les lettres d'affaires
aussi bien que dans tous les écrits, est que l'auteur
ignore généralement les circonstances qui entourent
le lecteur. L'homme d'affaires, par exemple, écrit
une lettre et passe ensuite à une autre besogne ou
à d'autres lettres sur des sujets différents.
Quand un critique lui signale une faute ou une erreur, il
s'étonne de l'avoir commise. Il se demande comment
il a pu écrire cela. Aujourd'hui, il voit les choses
sous un autre jour. Comment son lecteur pourrait-il savoir
dans quelles circonstances la lettre a été écrite ?
Ceux qui critiquent à la légère ne
voient que ce qu'ils ont sous les yeux et ne prennent pas
la peine de se mettre à la place de l'auteur. Par conséquent,
quand vous recevez une lettre de critique, n'oubliez pas que
l'auteur n'était pas au courant de votre situation,
ou peut-être qu'il l'a écrite pour faire montre
de supériorité.
L'homme d'affaires et tous ceux qui écrivent pour
le public ne doivent se faire aucune illusion. Malgré
tous leurs efforts et toutes leurs qualités, ils s'exposent
à la critique et il n'y a aucune chance d'y échapper.
La critique honnête
La critique honnête implique, de la part de l'auteur,
le désir de juger clairement et d'exprimer honnêtement
ce qu'il croit être vrai. Il s'appuie sur sa propre
expérience, ses déboires et ses croyances. En
même temps, il s'efforce de comprendre le point de vue
des autres et d'être aussi indulgent que possible.
Un chef d'entreprise doit s'efforcer de voir d'abord le
bon côté d'un homme ou d'une affaire avant de
se prononcer sur ses défauts. La critique honnête
n'implique pas invariablement le désir de trouver des
fautes. C'est là le rôle de la censure qui implique
toujours une correction, un blâme, une autorité
qui prononce un jugement.
La critique honnête ne juge pas sans preuves. Elle
considère l'événement qu'elle doit juger
à la lumière de ces facteurs : Qu'a-t-on
fait ou dit ? Quelle était l'intention de la personne
en faisant ou disant cela ? Quelles sont ses raisons ?
Quels sont les effets de ses paroles ou de ses actions ?
Pourquoi me déplaisent-elles ?
La critique honnête n'exagère pas. Il y a naturellement
des gens et des choses qui nous irritent plus que d'autres
mais il n'est pas juste d'accuser un adversaire d'être
« fou à lier » parce que nous ne partageons
pas ses idées.
La bonne critique
Après avoir défini la mauvaise critique, il
convient de mentionner les qualités de la bonne critique.
Nous devons être sûrs de nos jugements, sans
nous laisser influencer par les compliments ou la censure.
Nous devons être parfaitement au courant du sujet et
nous demander, non pas si le point en question est bon ou
mauvais, mais s'il est appuyé sur les faits.
Le critique idéal est donc au courant du sujet, il
pèse le pour et le contre sans parti pris, il est capable
de voir clairement la conséquence des faits, il ne
craint pas de réviser son jugement, si cela est nécessaire,
et il a le courage de ses convictions. Il ne dédaigne
pas pour cela les conseils et il possède au plus haut
degré le sentiment de la vérité.
Le critique idéal épargne les sentiments d'autrui.
La courtoisie est une qualité qui élève
les hommes - même les critiques - au-dessus de la foule.
Les bonnes manières font vite des amis. Pourquoi
rudoyer et injurier les gens quand on peut obtenir le même
résultat au moyen de la persuasion ?
Le bon critique ne pousse pas trop loin les personnes qu'il
critique. Il est toujours bon de leur permettre de sauver
les apparences.
Comment prendre la critique
Si nous sommes l'objet de la critique, nous devons apprendre
à l'accepter de bon coeur et à en tirer profit.
Rien de plus naturel, quelquefois, de songer à nous
défendre, mais pas avant de nous être soigneusement
demandé si elle est juste.
Il y a des gens qui s'imaginent être en proie à
la persécution quand ou les critique. La critique ne
se mesure pas par la douleur qu'elle cause, ou par les motifs
des critiques, mais par sa justesse.
Nous avons tous des « endroits sensibles ». Nous
acceptons sans broncher les plus lourds reproches dans certains
cas, mais la critique la plus légère nous blesse
dans d'autres. Au procès de Nuremberg, Goering ne s'est
pas ému le moins du monde quand il a été
accusé d'avoir commandé le massacre de plusieurs
millions de personnes, mais il est entré en fureur
quand il a été accusé de mentir.
Nous devrions nous estimer heureux que ceux qui nous critiquent
ne connaissent pas tous nos défauts.
Lettres de plainte
Il est nécessaire de répondre avec soin à
toutes les plaintes des clients dans les affaires, parce que
chaque plainte est une critique à laquelle il faut
faire face.
Il y a une différence entre une critique et une plainte :
Je puis critiquer votre manière de conduire parce que
vous n'observez pas les règles de la route, mais je
me plains quand vous passez sur ma pelouse et vous écrasez
mes fleurs.
Les commerçants aiment mieux recevoir des plaintes
de leurs clients que perdre leur clientèle. Toutes
les maisons de commerce ne sont pas d'avis que « le client
a toujours raison », mais presque toutes estiment « qu'il
a le droit d'être traité avec justice »,
et il y a toutes les chances qu'il devienne un client satisfait
quand on fait droit à ses plaintes.
Il y a deux manières de répondre aux plaintes
des clients : (1) s'emporter et grogner ; (2) tirer
parti de la plainte.
Inutile d'en dire long sur la première. Les insultes
n'ont jamais rapporté de commandes et vous n'arriverez
jamais à satisfaire un client en lui disant, aussi
poliment que possible, qu'il est un imbécile.
Il convient d'observer 3 points principaux en répondant
à une plainte :
Faites sentir à votre client que vous prenez sa plainte
au sérieux ;
Efforcez-vous aussi honnêtement que possible de faire droit
à sa réclamation ;
S'il a tort, faites-le lui comprendre aussi poliment et
sincèrement que possible. Neuf fois sur dix il acceptera vos
explications.
Une bonne réponse à une lettre de plainte
prouve que la maison ne voit pas d'inconvénient à
recevoir des plaintes et qu'elle en profite pour mieux servir
ses clients.
Examinez la plainte en détail, citez les faits, et
rendez-vous autant que possible aux désirs de votre
client. Même quand sa plainte est mal fondée,
il vous sera reconnaissant de lui donner le bénéfice
du doute et cela fera plus que compenser le coût du
règlement.
Si le tort est de votre côté, admettez-le franchement
dans le premier paragraphe de votre lettre, avec une expression
de regret.
Quand le client a tort, dites-lui que vous avez soigneusement
étudié sa plainte. Montrez-vous raisonnable
et conciliant, sans servilité. Expliquez-lui l'affaire
en détail, de manière à lui faire comprendre
qu'il a tort, sans le lui dire. Dites-lui ce que vous avez
l'intention de faire et montrez-lui comment il pourra éviter
les ennuis de ce genre à l'avenir.
Il y a, naturellement, des gens qui se plaignent tout le
temps. Ils trouvent à redire à tout. Si vous
réglez une réclamation, ils en font immédiatement
une autre. Il est difficile de traiter avec ces gens-là,
mais il ne faut pas que cela nous fasse fermer l'oreille à
toutes les plaintes.
Nos ennemis eux-mêmes nous sont
utiles
On peut dire que la critique nous déplaît parce
qu'elle est parfois juste, ou qu'elle offense notre dignité.
Mais c'est parce qu'elle contient généralement
un grain de vérité qu'elle nous est utile.
Aucun de nous n'est parfait et la critique est un bon moyen
de découvrir les défauts.
Il est ridicule de se laisser décourager par la critique,
mais d'un autre côté il ne faut pas avoir la
peau dure au point de ne pas apprendre ce qui déplaît
aux gens dans nos paroles ou nos écrits.
Celui qui accepte les critiques pour avoir une idée
plus claire de sa conduite est exactement le contraire de
celui qui soupçonne tout le monde de lui en vouloir.
Ce dernier n'a qu'une idée : ramasser les pierres
qu'on lui jette et les renvoyer ; l'autre s'en sert pour
bâtir sur des bases plus solides.
On ne se rend pas toujours compte que la critique d'un ennemi
ou d'un concurrent est souvent plus utile que celle d'un ami
ou d'un collègue. Peu importe qu'il cherche à
se venger de sa propre infériorité en nous humiliant.
Même quand il essaie de nous nuire, il nous rend service
si nous profitons de sa critique, et une blessure d'amour-propre
a son utilité si elle nous corrige de la fatuité.
Un chef d'entreprise intelligent préfère la
censure aux compliments trompeurs.
Il ne faut pas oublier non plus la critique de soi-même.
Comme la charité, la critique devrait généralement
commencer par soi. Sans aller trop loin, cependant. L'introspection,
nous disent les psychologues, est bonne à petites doses.
L'homme qui fait montre de trop d'humilité et qui
se dérobe aux compliments se présente sous un
faux jour. Ses amis le contrediront peut-être quand
il parle de lui-même ou de ses affaires en termes peu
flatteurs, mais ils s'en souviendront. Peu à peu, même
ses meilleurs amis se feront une idée, d'après
sa propre attitude, qu'il ne vaut pas grand'chose.
--- O ---
La société ne saurait exister sans la critique.
Le mécontentement est le premier pas dans le progrès
d'un homme ou d'une nation. La critique utile, accompagnée
de recommandations pratiques, accélère le progrès.
La critique est l'essence de la démocratie. Les régimes
sociaux rigides comme le communisme ne la toléreront
jamais. Une fois que la critique a trouvé une fente
dans le mur, la forteresse de la tyrannie commence à
s'écrouler.
Mais tous les critiques, dans n'importe quel domaine, feront
bien d'étudier tous les côtés de chaque
question avant de juger, et de se mettre à la place
de ceux qu'ils critiquent avant de les condamner.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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