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Octobre 1946 Canada et les États-Unis
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(Deuxième article sur les relations
entre le
Canada et les États-Unis).
L'histoire canado-américaine n'est pas un récit de guerres
ou une liste de rois et de présidents. Elle se compose du
jeu naturel de forces culturelles, économiques et politiques.
L'agitation soulevée par la loi du timbre proportionnel
et par les droits sur le thé vers 1770 dégénéra en dispute
sur le principe d'autonomie. Cela fut aggravé par la sottise
du roi qui n'apprit qu'à la bataille de Yorktown qu'il fallait
abandonner la lutte. Il apprit en même temps qu'il avait également
perdu sa suprématie sur le parlement, de sorte que la révolution
américaine contribua en grande partie à la victoire du principe
de gouvernement parlementaire en Grande-Bretagne et est en
somme le premier essai d'autonomie coloniale. La révolution
américaine n'a pas seulement donné naissance aux États-Unis,
mais elle a fondé le Canada britannique, et depuis cette époque
les événements aux États-Unis et au Canada ont eu des effets
réciproques.
Le Canada a été envahi deux fois par les Américains (1775
et 1812) quand nos voisins du sud croyaient vraiment qu'ils
allaient conquérir le Canada pour le bien du Canada. Une « invasion
amicale » fut lancée sur Montréal et Québec dans l'idée
d'en faire le quatorzième État de l'Union. Le Château de Ramezay,
qui sert maintenant de musée à quelques blocs du siège social
de la Banque Royale du Canada, était le quartier général du
général américain Montgomery. C'est là que Benjamin Franklin,
armé d'arguments pour une paix permanente, vint essayer de
persuader le ministère de céder Québec aux États-Unis. Un
demi-siècle plus tard, pendant la guerre de 1812, les Américains
brûlèrent York, qui est aujourd'hui Toronto, à une époque
où sur les 80,000 habitants de ce que nous appelons l'Ontario,
35,000 seulement étaient des Loyalistes et 25,000 des colons
américains. Comme tout prêté vaut un rendu, les Anglais brûlèrent
Washington un an plus tard. Tout cela semble bien loin maintenant.
Les Canadiens ont oublié depuis longtemps les sentiments d'inimitié
qui les animaient à cette époque, et les deux pays refusent
de laisser ces vieux souvenirs influencer leurs relations
actuelles. Ils donnent en cela un excellent exemple au Vieux
Monde.
Il a subsisté pendant longtemps chez les Américains une
idée que la « destinée manifeste » du Canada était
de s'unir aux États-Unis, quoique l'humeur belliqueuse ait
fait place à un sentiment d'attente fort irritant pour les
Canadiens devenus conscients de leur nationalité. Cela date
de la formation des États-Unis. Un article de la Confédération
des États-Unis invite le Canada, seul parmi les nations, à
se joindre aux États-Unis : « Le Canada, accédant
à la présente Confédération et se joignant aux mesures des
États-Unis, sera admis dans l'Union et participera à tous
ses avantages, mais aucune autre colonie ne sera admise sans
le consentement de neuf États. » MacCormac dit dans « l'Amérique
et la domination mondiale », les Américains furent « surpris
et même peinés de voir que les Canadiens préféraient les entraves
de la monarchie. » En 1867 le New York Tribune commenta
comme suit sur la confédération des provinces canadiennes :
« Quand l'essai de « dominion » aura échoué,
comme il est sûr de le faire, un procédé d'absorption pacifique
donnera au Canada la place qui lui convient dans la grande
république nord-américaine. »
C'est ainsi qu'ont progressé les relations des deux pays ;
d'un seul souverain à la séparation par la révolution ;
d'essais à main armée pour reconquérir les Loyalistes à des
offres d'union ; de prédictions d'échec pour le Dominion
à l'entente amicale d'aujourd'hui sans aucun besoin de constitution.
Ce n'est plus que rarement qu'une voix isolée, et plutôt niaise
aux oreilles des Canadiens, se fait entendre de nos jours
en faveur de l'annexion. Ces aspirations expansionnistes vont
à l'encontre des désirs exprimés par tous les habitants des
États-Unis et du Canada en faveur d'un monde où les petites
nations seront à l'abri des molestations.
La façon dont les deux pays collaborent amicalement, même
quand il s'agit de questions difficiles à résoudre, est démontrée
par leur adoption des principes de consultation et d'arbitrage
dans presque tous les domaines. La longue habitude de règlement
pacifique a consolidé l'amitié d'une manière réaliste autant
pratique qu'idéale. Il existe en outre une étroite liaison
entre les organismes en dehors des cercles administratifs,
qui s'exerce dans toutes les affaires et tous les intérêts
d'ordre économique, intellectuel, professionnel, politique
et esthétique. Ces liens ont encore été resserrés pendant
la dernière guerre au cours de laquelle le Canada et les États-Unis
siégeaient dans les mêmes conseils où ils partageaient les
mêmes problèmes, unissaient leurs connaissances et mettaient
en commun leurs aptitudes et leurs ressources. Quoiqu'un grand
nombre de ces organismes soient maintenant dissous, les deux
pays continuent à se consulter sur les questions d'intérêt
mutuel.
La Commission mixte internationale offre un bon exemple
de la méthode adoptée par les deux pays pour régler leurs
différends. Elle se compose de six membres, trois Canadiens
et trois Américains, chargés de décider toutes les questions
entre le Canada et les États-Unis au sujet des droits, obligations
ou intérêts de l'un ou l'autre pays relativement à la frontière
commune. Depuis 1909, cette Commission démontre abondamment
comment deux puissances inégales peuvent arriver à s'entendre.
Les commissaires ne travaillent pas trois contre trois, mais
tous les six ensemble, résolus à discuter impartialement toutes
les affaires qu'on leur soumet. Le secret de l'amitié continuelle
entre les deux pays est dû en grande partie au fait qu'ils
n'attendent pas le choc d'idées irréconciliables à la frontière.
Ils se mettent en rapport de bonne heure et font preuve de
bon sens, d'ingéniosité et de concessions mutuelles pour aplanir
ou contourner les obstacles.
La collaboration a permis aux deux pays d'obtenir pendant
la guerre des résultats dont la description exigerait de nombreux
volumes. Le Canada n'a pas fait usage du prêt-location des
États-Unis que Churchill a appelé « l'acte le plus humanitaire
dans l'histoire des nations », mais il a payé en marchandises
et en argent. En même temps, les Canadiens ont été surpris
d'être capables d'envoyer pour un milliard de dollars de marchandises
à la Grande-Bretagne comme cadeau. Et de plus, sous le régime
de la Loi de l'aide mutuelle de 1943, ils ont pendant les
deux années suivantes, envoyé pour $2,360 millions d'autres
produits stratégiques à la Grande-Bretagne, l'Union soviétique,
la Chine, la France, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et l'Inde,
sans compter $1,892 millions d'aide financière. Le Canada
a donné 20,000 tonnes de blé à la Grèce tous les mois depuis
1942 et a ainsi permis à presque la moitié des habitants de
ne pas mourir de faim et il en a envoyé 100,000 tonnes à l'Inde
en 1943 pour soulager la famine. Dans le numéro de janvier
de la Quarterly American Review, Lionel Gelber dit :
« Rien qu'à la Grande-Bretagne, le Canada a fourni par
tête d'habitants autant que le programme américain a donné
à tous. L'Aide mutuelle est son système à lui de prêt-location.
Le Canada aurait ou recevoir, mais n'a pas demandé, l'aide
réciproque ; il a lui-même fourni, au lieu de recevoir,
ce genre d'aide et n'a rien obtenu des États-Unis sous le
régime de prêt-location. Il a payé ses importations américaines
au moyen de fournitures et de matériel de guerre. »
Sous le rapport des effectifs, sur une population de moins
de 12 millions, le Canada avait 1,031,000 personnes sous les
drapeaux. Il occupait le troisième rang comme puissance navale
parmi les Nations unies, et c'est lui qui protégeait en grande
partie les convois du nord de l'Atlantique. Il occupait le
quatrième rang en aviation, et de plus, une foule de ses pilotes
servaient dans l'aviation britannique.
Ce que les deux pays ont fait en temps de guerre et leur
désir naturel de collaborer en temps de paix ne signifient
pas que, s'ils se ressemblent beaucoup sous certains rapports,
il n'existe pas moins de grandes différences entre eux. La
principale est celle de la population, parce qu'elle rend
les Américains un peu oublieux et les Canadiens très susceptibles.
On peut dire que les Canadiens ont une tendance à l'introversion
et les Américains à l'extroversion et c'est peut-être pour
cela qu'ils s'accordent si bien. Sous le rapport du tempérament,
les Canadiens sont lents autant que les Américains sont vifs,
mais il faut admettre qu'à la longue ils arrivent au but sans
souffrir autant de désagréments que leurs voisins. Ils sont
habiles à faire des compromis qui sont plus près de la réalité
que les théories les plus ambitieuses. Ils prennent leur travail
avec calme et ils sont plus sérieux dans leurs plaisirs. John
McCormac dit dans son livre « Le Canada : le problème
de l'Amérique » qu'une réunion politique aux États-Unis
ressemble autant à une réunion politique au Canada qu'une
maison d'aliénés à un cimetière. Et il ajoute : « Il
n'y a pas d'associations de voleurs et de bandits, et des
bandes encapuchonnées ne terrorisent pas le pays pendant la
nuit. La loi est plus simple et administrée de façon beaucoup
plus expéditive. Il y a moins d'assassins parmi les Canadiens
et beaucoup plus de pendus parmi les assassins. Les procès
par voie des journaux ne sont pas tolérés. La loi sur la diffamation
est appliquée beaucoup plus sévèrement. »
Dans une lettre à la Banque Royale, Arthur W. Calhoun, de
Sterling College, Kansas, dit ceci : « Il me semble
que les gens des États-Unis prennent le Canada comme une chose
naturelle, sans s'y intéresser ou chercher à le comprendre.
Il est pourtant très important que nous reconnaissions qu'il
est notre égal comme nation et que nous estimions et mettions
à profit les progrès culturels de nos voisins. » Les
principaux auteurs, acteurs et artistes des États-Unis sont
bien connus des deux côtés de la frontière, mais il est probable
que même au Canada on ne connaît pas très bien les noms des
Canadiens qui ont excellé dans les mêmes domaines, et le grand
public américain est loin de se douter que le Canada a lui
aussi des auteurs, des acteurs et des artistes. Grâce à leur
supériorité numérique et à leurs immenses ressources, les
Américains envahissent les programmes de radio et de cinéma.
Le Canada s'est fait une place incontestée dans le domaine
du film documentaire dont son Office national du film est
devenu le plus gros producteur au monde. Ses acteurs et ses
actrices, y compris Walter Huston, Walter Pidgeon, Mary Pickford,
Raymond Massey et Deanna Durbin font les délices du public
américain aussi bien que canadien. Les romans de Mazo de la
Roche, les poèmes de Robert Service, et la légère ironie de
Stephen Leacock sont familiers aux Américains qui lisent également
les oeuvres de Hugh MacLennan et de Gwethalyn Graham. Une
brochure du Syndicat canadien des associations de professeurs
de musique nomme 122 compositeurs canadiens, parmi lesquels
Healey Willan qui est l'auteur de près de 200 compositions
originales ainsi que de plus de 100 arrangements de musique
populaire et de mélodies grégoriennes.
Dans le royaume des sports, les deux pays ont à peu près
le même répertoire, mais les Canadiens n'y montrent pas l'exubérance
des Américains. Un fameux athlète américain a dit à son retour
d'une visite au Mexique qu'il n'y avait aucun plaisir à jouer
chez ces gens-là parce « qu'ils acclamaient aussi bruyamment
les adversaires que leurs concitoyens. » Il pourrait
en dire autant des Canadiens qui ont hérité l'instinct sportif
des Anglais.
Pour terminer cette nomenclature, disons quelques mots des
progrès scientifiques et techniques du Canada. Le Mercury
Digest a cité récemment quelques-uns des hommes illustres
du Canada : Lord Rutherford, ancien professeur de McGill,
qui a été un des premiers désingrateurs de l'atome ;
sir Frederick Banting et le Dr Charles Best, qui ont découvert
l'insuline ; sir Charles Saunders, qui a produit le blé
Marquis contre la rouille ; Gilbert Labine qui a découvert
la pechblende de la mine d'Eldorado au cours d'une exploration
aérienne ; Ben Chaffey, bien connu pour ses travaux d'irrigation
en Californie et. en Australie, et sir William Osier, dont
les contributions à la médecine ont eu lieu « aussi bien
à McGill qu'à Johns Hopkins ou Oxford. »
Telles sont donc les caractéristiques des deux pays. Ni
l'un ni l'autre n'est parfait, et leurs chefs n'ont pas toujours
été sans reproche. Chacun d'eux est enclin à considérer ses
fils comme plus sobres, plus industrieux et plus honnêtes
que ceux des autres nations. Mais les gens sensibles savent
fort bien qu'aucun pays ou aucun parti n'a jamais produit
la perfection et qu'il y a toujours un peu de bon chez les
autres.
Le Canada et les États-Unis se ressemblent sous de nombreux
rapports. Leur plus grand lien est la communauté de leur vie
quotidienne. Ils partagent les mêmes convictions et aspirations
démocratiques dans les mêmes conditions et dans la même ambiance,
et cette ressemblance est basée sur de solides principes.
Le bien le plus précieux que les deux pays ont en commun est
la démocratie ; leur commun héritage est la Grande Charte,
fondation de la démocratie. Leur manière de vivre dérive des
mêmes sources, et quoique le Canada n'ait pas d'imposant document
comme la Déclaration d'indépendance, il en adopte les principes.
Les deux pays partagent l'idée du progrès humain ; ils
estiment que l'homme est capable de perfectionnement continuel,
et ils reconnaissent que chaque individu, même le plus humble,
a le droit de faire son chemin dans la vie dans toute la mesure
de ses capacités.
Ce ne sont pas seulement les gens nés au pays qui jouissent
de ces droits et de ces aspirations. Le Canada et les États-Unis
repoussent tous les concepts de ceux qui invoquent la « pureté
de la race pour inciter à la guerre. On a appelé l'Amérique
un « creuset » dans lequel entrent toutes sortes
de gens qui finissent par devenir les bons citoyens d'un nouveau
pays. Pour s'en rendre compte, il n'y a qu'à consulter la
liste des noms de n'importe quelle entreprise depuis une équipe
de hockey jusqu à une aciérie. Cette partie du monde contient
150 millions d'habitants qui tout en étant différents les
uns des autres peuvent cependant être de bons américains ou
de bons canadiens grâce à la connaissance et à la pratique
de bons principes de morale et de conduite.
Les autres nations commencent à s'apercevoir que ces deux
voisins de l'Amérique du Nord doivent jouer dans les affaires
mondiales un rôle digne de leur importance et de leurs ressources
pour préserver la démocratie. Alors que certaines nations
préfèrent adopter une politique vacillante basée sur leurs
intérêts immédiats, ces deux pays doivent faire des plans
à longue portée dans l'intérêt du monde entier. Chacun a des
aptitudes spéciales et ils font une excellente équipe. Ils
ont besoin du monde extérieur comme client et comme fournisseur,
mais de plus ils ont besoin de prendre part aux affaires politiques
internationales, non pas comme arbitres, mais comme participants.
Les Américains doivent se rappeler que, si puissants qu'ils
soient, ils ne forment qu'une partie relativement faible de
la population terrestre. Dorothy Thompson a dit quelque part :
« Nous ne sommes que 132,000,000 dans un monde qui contient
plus de deux milliards d'habitants, tous capables de fabriquer
des chars de combat et des canons et de former des coalitions,
et doués de la tendance historique de se grouper contre toute
nation qui se montre trop supérieure. »
Le Canada a ses propres problèmes. En ce moment tout lui
sourit, mais le fait d'être une petite nation avec assez de
richesses pour un grand pays lui impose des responsabilités
et l'expose à certains dangers. Aux yeux de ceux qui ont appris
à regarder le globe du sommet, il est clair que le Canada
est au centre de la puissance aérienne et qu'il est entouré
par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie. Sa situation
offrait autrefois la sécurité, mais la stratégie de la guerre
aérienne menace d'en faire un champ de bataille en cas de
conflit. Son intégrité politique est assurée, ses relations
extérieures sont dénuées de toute aspiration égoïste, et il
a de nombreux amis dans le monde. Son conservatisme inné le
garde des excès politiques ; le mélange des deux races
lui inspire la tolérance et lui fait mieux comprendre les
problèmes étrangers ; son sentiment national et la fierté
que lui inspire le rôle qu'il a joué dans le domaine industriel,
agricole et militaire, l'empêchent d'enrayer la marche du
progrès. Il prend part aux conférences internationales et
aux affaires mondiales. Ses plans de stabilisation monétaire
et de contrôle de l'aviation civile ont facilité l'accord
entre la Grande-Bretagne et les États-Unis sur ces questions
épineuses. Il siège dans neuf congrès de la paix ; PICAO
et ILO ont élu domicile à Montréal ; la première conférence
des Nations Unies sur l'alimentation et l'agriculture a eu
lieu à Montréal sous la présidence d'un Canadien ; c'est
le plus gros fournisseur de vivres à UNRRA et le troisième
comme contributeur financier ; et quand la bombe atomique
est tombée sur Hiroshima le monde a appris qu'il était l'associé
des États-Unis et de la Grande-Bretagne dans cette entreprise.
Tout cela indique que le Canada occupe parmi les nations
une place beaucoup plus importante qu'on ne saurait attendre
de sa faible population et qu'il joue sous ce rapport un rôle
autonome. Il a atteint l'âge adulte en 1931, quand il a accompli
pacifiquement ce que la Guerre de l'Indépendance avait fait
155 ans plus tôt pour les États-Unis. Son indépendance a été
prouvée par le fait qu'il a déclaré la guerre à l'Allemagne
sept jours plus tard que la Grande-Bretagne ; il a déclaré
la guerre au Japon avant la Grande-Bretagne et les États-Unis,
et il aurait pu ne déclarer la guerre à personne s'il avait
voulu. Il est si indépendant qu'il refuse de permettre même
aux autorités britanniques de s'établir chez lui pour y entraîner
leurs troupes ; il consent toutefois à recevoir les forces
armées des nations amies sous son propre contrôle, comme dans
le cas du plan d'entraînement des aviateurs pendant la dernière
guerre. Comme l'a dit Lionel Chevrier, ministre des Transports,
au cours d'une réunion de Kiwanis International à Atlantic
City : « Le Canada est une nation avec la même indépendance,
les mêmes droits et les mêmes obligations que les États-Unis. »
En même temps, le Canada fait partie du Commonwealth des
nations britanniques, qui est unique au monde sous le rapport
des institutions politiques. Il est remarquable qu'un petit
pays comme la Grande-Bretagne, à peine visible sur la carte
du monde, inspire une loyauté si tenace chez des nations lointaines
comme le Canada, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et l'Afrique
du Sud malgré la forte attraction des alentours et les différences
de coutumes. Les membres du Commonwealth jouissent de tous
les éléments de liberté tout en étant liés par leur allégeance
à la Couronne.
Le rôle que les États-Unis et le Canada peuvent jouer dans
le monde est facilité par ces rapports du Canada avec l'empire,
mais il y a des gens qui s'étonnent que le Canada soit le
seul pays de l'Amérique qui ne fasse pas partie de l'Union
Pan-américaine. Heureusement, il est généralement admis que
les attaches du Canada avec l'ancien monde ne sont pas seulement
indéracinables, mais qu'elles ont certains avantages pour
les Amériques. Quand le Canada parle dans les conseils de
famille du Commonwealth, sa voix est celle de l'Amérique.
Il ne se borne pas à servir d'interprète. Il remplit cette
fonction en jouant son vrai rôle qui n'est pas celui d'intermédiaire
mais de principal. Sa place dans le Commonwealth britannique
ne l'empêche aucunement d'être une nation américaine et de
collaborer amicalement dans le domaine culturel et économique
avec tous les pays américains.
Une chose fait grand défaut : l'information. La publicité
canadienne n'a pas brillé énormément. Les politiciens et les
fonctionnaires ne comprennent pas quelquefois que si le public
n'accepte pas volontiers certains changements ou certaines
nouvelles idées, ce n'est pas par entêtement mais faute de
les comprendre. Il serait plus réceptif si on lui expliquait
les choses logiquement à l'avance sans faire appel aux sentiments
ou à l'esprit de parti. Il faut que les deux pays apprennent
à penser continentalement avant de penser internationalement.
Mais pour cela il faut que les nouvelles sensationnelles qui
amusent et distraient temporairement cèdent la place à des
articles d'une plus grande utilité pour l'avenir.
En plus de la publicité, il ne faut pas négliger l'enseignement.
Il y a plus de 30,000,000 d'enfants qui vont à l'école dans
les deux pays, et ce seront des adultes demain. On ne peut
s'empêcher de regretter qu'on néglige de les mieux renseigner
sur le pays voisin. En 1944 le Conseil américain de l'éducation
avec l'appui de la Fondation Carnegie pour la paix internationale,
prit l'initiative de convoquer un groupe d'éducateurs du Canada
et des États-Unis. Un comité permanent d'éducation canado-américain
en résulta. Ce comité bilatéral, dont on espère beaucoup,
a l'appui de nombreux instituteurs et de nombreuses associations
pédagogiques.
Il n'est pas facile d'arriver à une concordance parfaite
d'efforts entre ces deux pays pour leur propre avantage et
celui du monde entier, mais il existe dans les coeurs et les
esprits de leurs habitants de puissantes impulsions qui n'attendent
qu'à être éveillées pour accomplir des merveilles. Le besoin
de secouer les entraves est plus impérieux que jamais. La
collaboration internationale dans laquelle le Canada et les
États-Unis sont engagés avec les autres nations embrasse toutes
les affaires humaines et concerne tous les citoyens ;
ce n'est plus la seule prérogative de ministres plénipotentiaires.
La prospérité interne de ces nations du nord de l'Amérique,
par suite du contre-coup de leur économie sur les affaires
internationales, intéresse le monde entier. Il y a peu de
sceptiques dans ces deux pays parmi les gens intelligents
et patriotes, parce qu'il serait peu américain (dans la grande
acception du mot qui comprend le Canada) d'avoir le moindre
doute que notre continent puisse se tirer d'affaire. Mais
il faut se rendre compte que cela n'arrivera pas sans rien
faire. Imbus du même idéal depuis des siècles, et conscients
du but à poursuivre dans une époque passionnément réaliste,
il sied maintenant aux peuples des États-Unis et du Canada
de faire face à la réalité, de penser intelligemment et de
parler clairement, de poser solidement les bases de l'avenir
et de travailler sans relâche.
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