Vol. 51, N° 11 Novembre 1970
L'esprit communautaire
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La communauté locale est
le cadre où se réalise la vie de l'individu.
Nous sommes à la naissance des non-valeurs et nous
ne devenons des personnes que lorsque nous nous intégrons
dans un groupe, que nous assumons un rôle dans la vie
et que nous prenons conscience de notre place parmi nos coassociés.
La véritable communauté sociale est celle
qui offre un milieu dans lequel les hommes qui la composent
disposent des moyens et de l'encouragement nécessaires
pour atteindre leur plein épanouissement et qui sait
faire contribuer au mieux-être collectif les possibilités
d'épanouissement qu'on y trouve.
La définition de la société que nous
a laissée saint Augustin est à la fois brève
et complète : un groupe, petit ou grand, de personnes
unies par leur accord quant aux choses qu'elles aiment. Un
tel groupement établit des normes à atteindre,
choisit des chefs pour mettre ses activités en valeur,
met des plans en discussion, pratique la collaboration, la
coopération et la participation.
L'avantage de faire partie d'une communauté paroissiale
ou municipale, c'est de ne plus vivre isolé. Dès
ses premières années, l'être humain aspire
à appartenir à une collectivité, à
être entouré et accepté, à adhérer
à un groupe. Même s'il existait un homme assez
égoïste pour ne rechercher que son propre bien,
il devrait admettre que les intérêts de sa communauté
sont aussi ses intérêts à lui.
David Thoreau lui-même, que l'on cite parfois comme
un grand solitaire, ne pouvait se passer des autres. Un voisin
lui prêta une hache pour abattre les arbres destinés
à bâtir la maison qu'il construisit sur le terrain
d'un autre homme ; quelqu'un lui passa des outils pour
assembler les pièces de bois ; d'autres l'aidèrent
à élever la charpente ; quelqu'un d'autre
lui donna des grains de maïs pour ses premières
semailles ; et il allait de temps en temps « dîner
en ville » avec ses voisins.
Qu'est-ce qu'une communauté
locale ?
C'est en somme une société où la vie
idéale rêvée par tous ceux qui en font
partie est favorisée dans toute la mesure du possible.
C'est une manière de vivre et non pas seulement un
ensemble de maisons, de magasins et de rues. Ses habitants
éprouvent des sentiments de sécurité,
de fierté, de dignité et d'espoir. On y trouve
des courants d'intérêts variés :
spirituels, culturels, politiques, commerciaux, industriels,
éducatifs et sociaux. Peut-être y a-t-il chez
elle un certain nombre de problèmes à résoudre :
maisons de piètre apparence, mauvais éclairage
des rues, écoles et hôpitaux encombrés,
normes hygiéniques médiocres ; mais la
collectivité bien organisée s'efforce d'y remédier
grâce au réaménagement, à la conservation,
à l'expansion industrielle, à l'élévation
du niveau de vie, à la bonne entente sociale, à
une conception de plus en plus vaste de ce qui pourrait être.
Elle transporte sur le plan de l'action les besoins et les
aspirations de sa population.
Que faut-il pour édifier une communauté de
ce genre ? Ses habitants doivent avoir le désir
et la volonté de travailler ensemble à la solution
de leurs problèmes communs ; ils doivent tirer
parti des ressources potentielles qui existent dans la collectivité ;
ils doivent apprendre ensemble à utiliser ces ressources
à leur plus grand avantage.
L'esprit communautaire n'est pas une chose qui nous vient
par hasard. C'est une collaboration réfléchie
entre personnes de mêmes dispositions qui sont résolues
à mener une vie sociale heureuse.
S'il est un fait bien établi dans le monde, c'est
que l'homme est un animal sociable ayant besoin, pour vivre
et assurer son bien-être, de se mêler à
d'autres êtres de son espèce. Ce besoin trouve
sa satisfaction, à des degrés divers, dans la
famille, dans la maison de rapport et même dans la rue.
À leur manière, les enfants qui ignorent qui
est champion du monde au jeu de billes, mais qui se passionnent
pour savoir qui est le meilleur joueur du quartier font preuve
d'esprit communautaire.
Il y a un véritable enrichissement personnel à
trouver dans les activités de la collectivité
qui, comme les réunions locales, tendent à régler
des problèmes ou diffuser des renseignements, dans
les sports et les cercles d'artisanat qui offrent l'occasion
aux talents de s'exprimer, dans les programmes d'études
qui développent l'intelligence et élargissent
les horizons, dans les manifestations spéciales visant
à aider les gens à mieux connaître leurs
voisins.
Le sens du progrès
Une collectivité florissante ne reste pas stationnaire.
Les changements qui s'opèrent dans les conditions de
milieu, dans les aspirations et au sein de la population entraînent
la modification des plans, et éventuellement des objectifs.
« L'un des enseignements de l'histoire, écrit
Frank Underhill dans Les valeurs en conflit, est que
chaque génération d'hommes passe nécessairement
par une période de transition douloureuse, critique
et destructive. » L'art de la vie en société
consiste à conserver un code de base et à avoir
le courage de le remettre en question pour satisfaire les
exigences de la raison éclairée.
Les gens qui sont complètement absorbés par
le souci de maintenir un état de choses qu'ils estiment
nécessaires à leur existence ne contribuent
pas de façon valable à la vie de leur collectivité.
Ils sont, comme les poules, trop occupés à observer
l'ordre de « picorement » existant où chaque
oiseau becquète ceux qui sont au-dessous de lui et
est becqueté par ceux qui sont au-dessus de lui.
Le rang social est une piètre façon de juger
de la valeur des citoyens, et personne ne devrait s'affliger
des appréciations superficielles auxquelles il donne
lieu. Souvenons-nous du conseil d'Epictète : « Quelqu'un
passe-t-il avant vous dans une réception ou dans la
vie intime ? S'il est juste qu'il ait ce privilège
il faut vous en réjouir ; si cela est injuste,
ne regrettez pas de ne pas l'avoir. »
Le fait d'appartenir à une classe ou de fréquenter
tel ou tel milieu n'est ni une distinction très originale
ni une preuve de raffinement. Il est permis à un homme
de rehausser sa réputation grâce à la
splendeur de sa maison, mais c'est le maître qui doit
faire honneur à sa magnifique demeure et non pas celle-ci
qui doit faire honneur à son maître. En principe,
c'est par ses oeuvres, son sens des responsabilités
et sa valeur personnelle que la communauté juge un
homme.
Les problèmes communautaires
Certains problèmes peuvent venir déranger
la bonne marche de la collectivité. Beaucoup de ces
problèmes ne se sont pas encore fait sentir au Canada,
car nos citoyens se rendent compte que la population canadienne
est issue de plusieurs pays différents et que l'avenir
du Canada comme lieu où il fait bon vivre dépend
de leur volonté à tous de travailler ensemble.
Les citoyens qui tireront le meilleur parti de la vie sociale
seront ceux qui sauront respecter la personnalité humaine
sans préjugés de race, de couleur, de classe,
de foi ou d'origine nationale. La même aspiration profonde
s'exprime dans les chansons populaires et patriotiques de
la trentaine de groupes ethniques que l'on retrouve dans la
population du Canada : celle de la paix et du mieux-vivre.
Si les paroles et la musique sont parfois différentes,
l'ardent désir de l'épanouissement personnel
et de rapports enrichissants avec les voisins filtre dans
tous ces chants. Chacun d'eux contribue à sa façon
à la joie et à la culture communes.
Pourquoi chaque collectivité n'aurait-elle pas des
drapeaux de tous les pays d'origine de ses habitants qu'elle
hisserait à la mairie à l'occasion des anniversaires ?
Cela servirait à reconnaître la diversité
de l'apport fourni par l'ensemble des citoyens, tous Canadiens
certes, mais avec des antécédents différents.
La réglementation sociale
Il ne suffit pas que les membres de la collectivité
se montrent consciencieux dans l'accomplissement de ce qui
est bien : il doit exister des règles clairement
définies et bien observées. L'exhortation « aime
ton prochain comme toi-même » est si générale,
et peut sembler tellement vague, qu'elle exige d'être
complétée, dans la vie pratique quotidienne,
par des règles de conduite plus précises. Si
certaines lois n'étaient pas formulées et appliquées,
la société retournerait bientôt à
la sauvagerie et à l'anarchie.
Le principe et la base de la collectivité sont le
fait que chacun de ses membres renonce librement à
sa liberté à certains égards en échange
des avantages qu'il attend de son association avec ses concitoyens.
Il s'unit avec ses voisins pour désigner des juges,
des agents de police, etc., comme pour dire : « si
je deviens difficile, je vous prie de me mettre à ma
place. »
Les lois sont nécessaires pour permettre aux hommes
de vivre et de travailler dans une harmonie satisfaisante
et profiter des bienfaits de l'action coopérative.
Les citoyens ont des droits, mais tout droit comporte une
obligation. C'est vrai non seulement au sens incontesté
que lorsqu'un homme a un droit les autres ont le devoir de
le respecter, mais aussi au sens plus subtil que l'homme qui
possède un droit est tenu de l'utiliser pour le bien
commun de la société. Se dérober à
cette responsabilité sociale est une abdication aussi
grave que celle de renoncer à sa responsabilité
personnelle.
Les institutions de la collectivité
L'orientation sociale est assurée par divers organismes,
dont la mission n'est pas de réglementer la société
en général. Ces organismes contribuent à
façonner les idées sur les questions sociales
et à mouler la vie des gens selon les modèles
communément approuvés. Tels sont les familles,
les églises, les loges, les clubs, etc. Ces institutions
offrent à l'individu des habitudes de vie, des modes
de comportement admis sur lesquels on le jugera, ainsi que
des objectifs et des ambitions qu'il pourra s'efforcer de
réaliser.
Une institution attire ordinairement des membres parce que
ses buts avoués ont un sens pour eux. Elle ne peut
fonctionner efficacement que dans la mesure où elle
offre une possibilité de participation à chacun
de ses membres de même que l'occasion pour eux de ressentir
certains effets bienfaisants de l'action personnelle qu'ils
exercent par leur participation.
L'institution familiale a subi de profonds changements au
cours des dernières années du fait qu'un nombre
de plus en plus grand de ses fonctions ont été
prises en charge par des groupements extérieurs au
foyer et que la diversité de plus en plus grande de
leurs intérêts achemine les parents et les enfants
vers des voies différentes. Pourtant la cellule familiale
offre encore l'occasion de partager une foule d'expériences
très variées et d'acquérir le discernement
des valeurs et la sagacité dont les enfants ont besoin
à mesure que s'étendent et se diversifient leurs
contacts avec la collectivité.
Nos institutions religieuses sont des forces d'une puissance
considérable pour encourager la bonne volonté
dans notre monde troublé. Toutes les grandes religions
enseignent la dignité de l'âme humaine et fixent
des idéaux qui influencent profondément les
gens et les aident à pratiquer les vertus fondamentales.
Les croyances qu'elles prêchent et l'importance qu'elles
attachent à la confiance, l'espoir et l'amour sont
de précieux atouts pour le développement du
civisme.
Outre la loi et les institutions, nous avons les convenances
et les coutumes pour harmoniser nos rapports. La bonne marche
d'une collectivité est liée à l'existence
de certains types de comportement réciproque entre
les individus et les groupes. Le canadianisme bien compris
suppose la pratique des civilités élémentaires,
ces bons procédés sociaux qui rendent le cours
de la vie plus agréable, ces gentillesses qui nous
permettent de manifester notre respect, notre déférence,
notre reconnaissance et notre bienveillance. Les convenances
sont des usages traditionnels généralement admis
concernant le bien, le mal, les devoirs, les privilèges
et les tabous, et transmis au sein de la société
en tant que moyens de vivre commodément avec nos semblables.
La participation
L'une des plus belles choses de la vie consiste à
aimer les gens et à vouloir participer activement avec
eux à la grande aventure humaine. En priant avec les
autres ; en éprouvant de la compassion pour autrui ;
en nous réunissant pour écouter de la musique ;
en nous joignant à nos voisins pour approfondir certaines
questions, pour donner suite à des idées, pour
aider les faibles, pour honorer les magnanimes, pour contribuer
à l'édification d'un monde meilleur, nous nous
comportons d'une façon digne de notre condition d'êtres
humains.
Un bon moyen de mettre en commun l'expérience et
les idées des citoyens est de les réunir pour
examiner les possibilités et étudier les plans
d'action. Ceux qui coopèrent et font des propositions
se sentiront dans l'obligation de veiller à ce que
l'on prenne les mesures voulues. Mais le programme mis en
avant doit avoir un but bien défini et bien compris.
Seuls les gens qui ont le sentiment d'être engagés
renonceront à leurs émissions de télévision
pour assister à une réunion.
Pour avoir du succès, une réunion destinée
à promouvoir les intérêts de la collectivité
doit être conduite de telle sorte que tous les participants
y seront traités avec justice et courtoisie. Il faut
que ses membres se montrent disposés à tenir
compte du point de vue des minorités tout en respectant
les décisions de la majorité. Discuter une question
ce n'est pas seulement en parler. Cela veut dire l'examiner
en détail, la débattre, l'approfondir. Le fait
d'agiter une idée dans une discussion en groupe aide
à la formuler clairement et permet ainsi aux membres
de décider avec une certaine assurance s'il s'agit
d'une opération valable pour la collectivité,
s'il est possible d'y donner suite pour le moment, si les
citoyens peuvent s'en charger ou s'il convient de la déférer
à une autorité quelconque et quel en est le
degré d'urgence.
Toute entreprise exige un chef, et chaque membre de la communauté
est intéressé en pratique et de la façon
la plus concrète par cette nécessité.
Les idées au sujet de la fonction de chef se sont quelque
peu embrouillées parce que trop de gens s'empressent
de prêter foi aux symboles extérieurs plutôt
que de rechercher des preuves concluantes de compétence.
On voit dans les grands airs, la force de la voix et autres
apparats oratoires le témoignage que celui qui en est
doué possède aussi les qualités vraiment
fondamentales. Le chef compétent hausse la discussion
en groupe à un niveau supérieur à la
moyenne. Son véritable rôle consiste à
amener les gens à donner le meilleur de leurs idées
et de leur énergie, et à unir leurs efforts
pour atteindre un but commun.
La collaboration
Pour accomplir quelque chose de valable, les hommes doivent
travailler ensemble et avoir des principes et des objectifs
semblables. C'est Marc-Aurèle, le roi philosophe, qui
nous dit : « Nous sommes faits pour collaborer,
comme les pieds, comme les mains, comme les paupières. »
La vraie collaboration est l'harmonie grâce à
laquelle toutes les parties, si différentes puissent-elles
nous sembler, concourent au bien-être général
du tout.
L'étude et l'élaboration des plans mènent
à l'action. La vocation de l'homme est de vivre avec
toute l'ardeur dont il est capable.
L'action revêt les formes les plus diverses. Elle
peut favoriser et aider les mouvements qui visent à
accroître la culture ; elle peut encourager le
véritable esprit démocratique et la tolérance ;
elle peut donner à la jeunesse l'espoir et la confiance
dans la vie que la désorganisation actuelle du monde
a fortement ébranlés ; elle peut faire
renaître le sens de l'appartenance chez une humanité
qui vit à l'âge de la spécialisation et
de l'isolement qui en résulte.
Au coeur de la petite collectivité se trouvent les
nombreux organismes bénévoles qui se consacrent
au service des autres. Leurs membres s'inspirent de la maxime
qui dit que la vie est une longue participation. Ils croient,
comme le Dr William Mayo, que tout homme doué d'une
force physique extraordinaire, d'une capacité intellectuelle
remarquable ou d'un talent particulier a une dette envers
la société. Il est tenu de mettre à la
disposition de ses semblables les fruits de son savoir, les
résultats de ses recherches, bref sa compétence
et son art.
Dans une grande société, beaucoup ont à
souffrir sans que ce soit précisément de leur
faute, et c'est un devoir, non pas un acte de charité,
pour les plus fortunés de faire tout ce qu'ils peuvent
pour aider les autres. Il y a du vrai dans la maxime « Noblesse
oblige ». Nul citoyen digne de ce nom ne veut qu'on lui
applique la question accusatrice du prophète Jérémie :
« Cela ne vous fait-il rien, ô vous tous qui passez
par le chemin ? »
Le bon citoyen
Faire partie d'une société suppose un certain
engagement. Nous ne pouvons jamais nous soustraire à
notre rôle de membre de l'espèce humaine, pas
même en prétextant l'impuissance ; pas non
plus en disant que tout ce que nous pourrons faire ne changera
rien ; ni en alléguant que nos obligations morales
sont limitées parce que nous ne représentons
après tout que le point culminant dans l'évolution
d'une espèce de singes à qui il arriva par hasard
de descendre des arbres ; ni enfin en broyant du noir
dans notre coin comme le fait Achille dans l'Iliade d'Homère
en se retirant dans sa tente et en y demeurant jusqu'à
ce que la bataille soit presque perdue et que son ami soit
tué.
Si les risques sont grands d'avoir à mettre la main
à la pâte pour le bien de la collectivité,
les récompenses sont à l'avenant, car c'est
un fait fondamental dans la vie humaine qu'il faut se donner
pour atteindre sa plénitude.
Le bon citoyen apprendra à connaître ses voisins
et à participer avec eux à la vie de la communauté ;
tout en aidant et soutenant l'institution religieuse de son
choix, il accordera aux personnes d'une autre croyance la
même considération que celle qu'il souhaite de
leur part ; il se respectera lui-même et se comportera
de façon à mériter le respect des autres ;
il se familiarisera avec les problèmes importants qui
se posent à ses représentants auprès
des pouvoirs municipaux, provinciaux et fédéraux,
et il se servira de ses connaissances au moment de voter ;
il fera en sorte que sa maison fasse honneur à son
quartier.
Le savoir, l'intérêt et l'action des citoyens
sont l'âme même de notre société
démocratique. Un citoyen bien renseigné ne se
laisse pas induire à appuyer des causes de pacotille ;
il sait se garder de la crédulité et de la myopie
de l'opinion populacière, qui sont le commencement
de la passion, de la panique, du fanatisme, de l'illusion
et de la violence.
Ceux qui détiennent l'autorité dans la collectivité
et dans ses institutions ont le devoir de tenir le citoyen
informé de leurs plans et de leurs buts. Il serait
peut-être possible d'adapter l'idée de l'ombudsman
à la petite collectivité en créant un
service central chargé d'indiquer aux gens où
s'adresser pour obtenir de l'aide lorsqu'ils ont des problèmes
à résoudre, des crises à surmonter, ou
quelque chose à entreprendre en vue d'améliorer
la collectivité.
Les écoles pourraient devenir des centres de stimulation
intellectuelle. L'enseignement des adultes devrait être
l'une des premières préoccupations de chaque
localité. Les études postscolaires développent
le pouvoir de réflexion et la capacité d'action
rationnelle des citoyens. Elles leur confèrent une
notion réaliste de ce qu'est la manière de vivre
canadienne et l'art de la pratiquer de façon à
en tirer le plus grand avantage.
Beaucoup de collectivités considèrent le conseil
des citoyens qu'elles ont établi comme un moyen efficace
pour permettre à leurs habitants de participer à
l'orientation de la vie collective ; pour favoriser la
collaboration parmi les organismes et les institutions ;
pour mobiliser, au besoin, toutes les forces de la collectivité
pour affronter et résoudre les problèmes ;
pour intéresser et former les citoyens, et les préparer
à assumer leur rôle de chefs ; pour leur
offrir l'occasion d'exprimer leurs idées en faveur
des changements positifs à adopter.
La collectivité idéale
La collectivité idéale est plus que l'ensemble
de ses membres. Elle peut concevoir des idées auxquelles
les citoyens agissant individuellement n'auraient jamais pensé.
Les membres de la collectivité idéale établissent
entre eux des liens de solidarité. Ils réunissent
les multiples filaments de leurs intérêts en
un faisceau de rapports qui tendent à réaliser
pour chacun la vie optimale.
Voici quelques-uns des critères qui permettent de
juger si une collectivité s'acquitte de sa fonction
envers les individus dont elle se compose. Si l'un de ces
critères est absent, ce sera une occasion pour le bon
citoyen de créer un mouvement en vue d'améliorer
les choses. L'organisation de la société qui
remplit sa mission doit offrir : des possibilités
d'épanouissement personnel ; la certitude d'un
environnement sûr, à l'abri de l'inquiétude
et des menaces ; l'occasion pour le citoyen d'étendre
le champ de son expérience grâce à un
effort de coopération destiné à instaurer
une vie meilleure ; l'assurance d'être respecté
et aimé par ses voisins.
Il ne fait aucun doute que la société moderne
s'achemine vers la désintégration. Elle est
assaillie d'une part par toutes sortes de propagandes idéologiques
alors que d'autre part, elle est peu sûre d'elle-même,
indécise dans ses buts et incertaine de la façon
de s'y prendre pour remédier à la situation.
Comme nous l'ont dit les atomiciens, le monde sera un ou
il ne sera pas. Il devra être un monde pacifique où
les hommes s'entraideront ou il finira par ne plus être
un milieu de vie convenable.
La communauté mondiale est la somme de toutes les
petites sociétés qui en font partie, et elle
ne peut exister que si nous conservons les valeurs que représentent
les rapports de bon voisinage.
Ces valeurs comprennent notamment l'affection qui ne peut
naître que de l'intimité de ceux qui travaillent
ensemble à une bonne cause, l'appréciation de
la personnalité, la suprématie de la probité
et le sens de la solidarité.
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