Vol. 48, N° 11 Novembre 1967
L'avenir du Canada
après le Centenaire
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Certaines réflexions sont
de mise au moment où les fêtes du Centenaire
touchent à leur fin. Les grands capitaines de l'industrie,
les souverains et les chefs d'État, ainsi que tous
nos hôtes de marque, sont repartis après s'être
joints à nous pour commémorer la naissance de
la Confédération.
Il nous faut maintenant prendre garde que notre Centenaire
ne reste un épisode sans lendemain.
Quels enseignements avons-nous tirés de nos efforts
et de nos contacts avec nos millions de visiteurs, du grand
déploiement de culture, d'activité industrielle
et de styles de vie organisé par le Canada et par les
autres pays ?
Nous avons rendu hommage à nos fondateurs et à
nos pionniers, à leur bravoure et à leurs magnifiques
réalisations. Nous avons mis en vue nos réussites
scientifiques et techniques, les produits de nos forêts,
de nos fermes, de nos pêches, de nos mines, de notre
industrie et de notre commerce. Nous avons étalé
au grand jour nos peintures, nos sculptures, notre architecture
et nos arts d'interprétation.
La confédération que nous avons fêtée
est certes une oeuvre remarquable, mais il importe maintenant
de penser à l'avenir. Nous avons accompli des progrès
encourageants. Il n'y a que 475 ans que Colomb s'embarquait,
dans un ancien port situé à 120 milles de Gibraltar,
pour faire voile vers les confins du monde et découvrir
l'Amérique ; il n'y a que 433 ans que Jacques
Cartier pénétrait dans le golfe Saint-Laurent ;
il n'y a que cent ans que les colonies et les provinces du
Canada s'unissaient pour former une nation, mais que de chemin
parcouru dans l'intervalle !
Le gigantesque demi-continent que nous habitons a été
exploré, colonisé et doté d'un vaste
réseau de voies de communication routières,
ferroviaires, fluviales et aériennes. Le Canada est
devenu l'un des plus grands pays producteurs et exportateurs
du monde, et il est un important client pour les autres pays.
Au début du présent siècle, la richesse
était le privilège d'une minorité, alors
que la majorité devait se contenter d'un niveau de
vie inférieur. Mais il n'en est plus ainsi.
Les manifestations du Centenaire nous ont ouvert de nouveaux
horizons. On nous a montré comment les autres pays
font les choses et que certains les font mieux que nous. Leur
exemple a été un stimulant, et nous sommes maintenant
astreints à faire de nouveaux progrès.
Un autre avantage - et il est d'importance - est que l'année
du Centenaire a eu pour effet non seulement de donner confiance
au Canada dans sa capacité de réaliser de grandes
choses lorsque tout le monde pousse à la roue, mais
aussi de révéler que notre pays n'est pas aussi
lourdaud que le sentiment général nous porte
à le croire. Le spectacle que nous avons offert au
monde ne manquait sûrement pas d'éclat.
À l'issue des fêtes du Centenaire, nous sommes
plus confirmés encore dans notre bonne opinion du Canada
en tant que patrie, en tant que nation et en tant que puissance
mondiale, mais ce qui s'est produit dans notre pays en 1967
nous a fourni des motifs plus judicieux de persister dans
cette opinion. Nous avons jeté un regard neuf et valable
sur nous-mêmes en nous comparant au reste du monde.
Nous ne sommes plus un jeune pays
Nous n'avons plus raison maintenant de répéter
la vieille rengaine que le Canada est un jeune pays. La jeunesse
est l'absence d'histoire ou d'antécédents ;
c'est une nomenclature de ressources inexploitées ;
elle compte sur les autres pour découvrir des idées
originales en matière de sciences et de culture. Nous
avons atteint, dans tous les domaines de la vie, des hauteurs
qui feraient l'orgueil de n'importe quel autre pays. Notre
constitution, dont nous avons commémoré l'adoption
en 1967, est beaucoup plus ancienne que celle de plusieurs
autres États.
Y a-t-il quelque chose qui résume toute l'histoire
et la culture du Canada... quelque chose qui évoque
ou représente tout ce qui change et tout ce qui demeure...
une idée forte et vivace ?
Nous passons notre temps à fourgonner dans tous les
coins pour nous trouver une prétendue identité,
à tâtonner pour nous chercher un rôle.
Nous déplorons chez nous l'absence des mythes que possèdent
les pays dont les héros ont reçu les honneurs
des panthéons. Nos exploits ont été modestes.
Nous n'avons pas de Runnymede, comme la Grande-Bretagne, pour
rappeler la signature de la Grande Charte, ni de prise de
la Bastille, comme la France, pour symboliser la suppression
de l'absolutisme. Mais par nos pères fondateurs et
par tous ceux qui nous sont venus par la suite, nous avons
part à tout ce qu'il y a d'amour de la liberté,
de démocratique et de meilleur dans tous les siècles
passés et dans tous les pays, et nous nous sommes illustrés
à notre manière et par nos propres efforts.
Peut-être avons-nous besoin de quelque chose de plus
sentimental qu'une Loi du Parlement, de plus exaltant que
la contrainte de la nécessité. En songeant à
notre Mère l'Angleterre ou à notre Mère
la France ou à toute autre mère-patrie où
sont nés nos ancêtres, pouvons-nous nous représenter
le Canada comme notre Père commun et nous y rattacher
sur le plan affectif ?
Le Canada est un pays rude ; les personnages efféminés
sont rares dans la générique de ceux qui l'ont
développé. S'il éveille en nous l'image
d'un Père, nous pourrons poursuivre la tâche
de notre développement avec un esprit viril, nous rendant
compte de nos véritables possibilités et ayant
l'audace d'être grands.
Voilà le genre de vues sur l'avenir que nous inspire
de prime abord l'examen rétrospectif de l'année
du Centenaire. Le monde a changé d'aspect. Les rêves
idéalistes d'il y a un siècle sont devenus les
réalités matérielles que nous avons admirées
à l'Exposition mondiale. Nos idéaux pour le
second siècle de notre confédération
devraient nous inciter, nous et nos enfants, à leur
faire porter tout leur fruit.
Dans un éditorial consacré à notre
Centenaire, le Manchester Guardian écrivait
que ce centième anniversaire témoigne à
la fois de notre maturité et de notre jeunesse :
« De notre maturité, parce que les traditions
canadiennes de stabilité nationale et de responsabilité
internationale semblent dériver d'un passé constant ;
de notre jeunesse, parce qu'avec une population de 19 millions
seulement, répartie sur un territoire plus vaste que
l'Inde, le Canada promet encore plus que ce qu'il a accompli. »
Les grandes valeurs
Parmi les grandes valeurs de notre vie nationale se trouvent
la liberté et la démocratie, et leur conservation
suppose la tolérance et l'art de transiger.
La liberté comporte la prérogative d'évoluer
et de progresser en conformité avec les nouvelles idées
sociales et individuelles qui se font jour. Elle reconnaît
à l'opposition le droit de s'exprimer, mais elle ne
confère pas une latitude illimitée.
La démocratie est une foi positive qui se traduit
par le respect de l'égalité et des droits des
autres, dont les bornes de la justice pour tous sont la seule
limite. C'est, pour employer les mots d'un manuel scolaire
sur le civisme, « une foi morale qui s'exprime dans la
volonté et le désir des êtres humains
de travailler ensemble à la poursuite du bien commun. »
Malgré toutes les faiblesses dont on peut l'accuser,
la démocratie canadienne possède les instruments
nécessaires pour réaliser d'une manière
plus parfaite la promesse d'égalité et de liberté
qu'elle implique. Tant que les conditions demeureront favorables
à la divergence d'idées et à l'innovation,
tous les maux de la société auxquels il est
possible de remédier pourront être vaincus par
le courage, l'organisation, la coopération et le travail
acharné. Ce qu'il nous importe d'assurer, c'est que
le peuple du Canada adhère et s'intéresse profondément
aux principes sur lesquels repose le gouvernement démocratique.
La méthode démocratique est celle de la persuasion
et de l'éducation : la seule autre voie possible
est ce que Mao Tsé-toung appelle « l'autoritarisme
et la contrainte ». La démocratie suppose le droit
de soulever des questions, d'émettre des opinions et
de critiquer les défauts, mais dès qu'une décision
a été atteinte, elle oblige ses partisans à
donner leur entier appui à la mise en oeuvre de ce
qui a été décidé.
La règle d'or de la démocratie est la tolérance,
grâce à laquelle nous reconnaissons et admettons
qu'il existe en toutes choses toutes sortes de vues. Les différences
d'opinion entre citoyens, dans une société de
cette nature, ne sont pas nécessairement cause de conflit :
il n'en est ainsi que lorsqu'elles s'allient à l'étroitesse
du fanatisme.
Il y a cependant une sorte d'intolérance qui devrait
se rencontrer chez tous les Canadiens : c'est l'intolérance
pour les malheurs qui affligent la société.
Ce genre d'intolérance ne dispense personne du devoir
de s'abstenir des centaines d'infractions énumérées
dans le Code criminel. Les prophètes de l'Ancien Testament
ne châtiaient pas seulement leur peuple pour les délits
de ce genre, mais aussi pour les omissions quotidiennes, comme
la tolérance de la pauvreté, de la corruption
et de la subornation. Pour les fautes de cette nature, c'est
toute la nation qui est tenue responsable.
Une patrie pour tous
L'apport de chaque génération et de nombreuses
races a contribué à façonner la physionomie
du Canada de façon à en faire une patrie pour
tous les Canadiens.
À un moment où les autorités françaises
qualifiaient le Canada de « quelques arpents de neige »
et où les législateurs du Parlement anglais
disaient que c'était « un boulet aux pieds de
la mère-patrie », de vaillants pionniers français
et britanniques jetaient les bases d'un grand pays et conviaient
plusieurs autres peuples à participer à son
édification.
En plus des Indiens et des Esquimaux indigènes, la
composition démographique du Canada comprend l'élément
britannique, l'élément français et un
quatrième élément formé de tous
ceux qui ont choisi le Canada pour y établir leur domicile
et s'y faire une carrière.
Environ 27 p. 100 de notre population n'est ni française
ni britannique d'origine. Plus de 180 publications en langues
étrangères paraissent régulièrement
dans 27 langues différentes. En 1966, une Association
d'action civique était organisée sur le plan
national par 33 des groupes ethniques du Canada, soit par
six millions de citoyens de descendance autre que française
ou britannique à la recherche d'un Canada canadien.
Le Canada aide les immigrants à trouver leur place
dans la vie sans perdre leur personnalité. Ceux-ci
sont venus chez nous pour se soustraire à des conditions
économiques défavorables, conserver leur liberté
spirituelle, échapper aux pogroms, respirer librement
sur le plan politique. Tous ont apporté avec eux leur
héritage culturel.
Il est à l'avantage de chacun de veiller à
ce que tous nos citoyens, de l'ouvrier le plus humble jusqu'au
dirigeant le plus élevé, de l'enfant de la douzième
génération né au Canada au dernier nouveau
venu d'un autre pays, aient intérêt à
voir survivre le Canada.
D'autre part, le facteur qui distingue le plus nettement
le Canada des autres pays, et qui pourrait bien constituer
la base de son identité nationale, est l'association
ethnique et culturelle anglo-française sur laquelle
il se fonde. Tant que le dialogue se poursuivra entre personnes
sensées, il y a espoir que les extrémistes qui
prônent la séparation ethnique au sein de cette
association puissent tempérer leurs attitudes. Pour
édifier une communauté ou un pays où
il est possible de vivre heureux, les hommes doivent travailler
de concert et avoir des principes et un but communs.
L'association ne signifie pas la destruction de la personnalité.
L'Angleterre et l'Écosse sont demeurées unies
sous un Parlement unique pendant plus de deux siècles
et demi, mais les Écossais conservent toujours le sens
de leur identité commune. Le peuple de l'Inde, malgré
des distinctions de religion, de langue et de race, fait partie
d'une seule nation, et les différences entre les divers
groupes enrichissent la culture indienne.
Le Canada peut résoudre ses problèmes selon
les règles du jeu. Comme on l'a dit de la Charte des
Nations Unies : « Une charte ou une constitution
qui ne peut être adaptée à des situations
changeantes risque de ne pas remplir les conditions requises
pour être durable. » Et la Reine, s'adressant à
la Législature du Québec, en 1964, affirmait :
« Pour être heureux, un peuple doit vivre dans
un climat de confiance et d'affection. Mais un État
dynamique ne doit pas craindre de repenser sa philosophie
politique. Qu'un accord élaboré il y a cent
ans ne réponde pas forcément à tous les
besoins du présent, cela n'a rien d'étonnant. »
L'unité nationale
Nous devons jouer notre rôle sur la scène provinciale
comme sur la scène fédérale, et jouer
ce double rôle avec la même bonne grâce.
La supériorité et la compétence ne connaissent
pas de frontières provinciales ou régionales.
Nous en avons vu un magnifique exemple dans la tâche
herculéenne que représentait l'organisation
de l'Exposition mondiale. En janvier 1963, la convention officielle
de l'Exposition était signée par les représentants
des gouvernements fédéral et provincial et de
la ville de Montréal. Le maire Jean Drapeau, qui présidait
à la cérémonie, disait notamment :
« Il est du devoir de chacun de nous de marquer de toutes
les façons possibles la réalité tangible
que représente le Canada, sa véritable personnalité. »
Les Canadiens ne doivent pas grandir éloignés
les uns des autres régionalement dans leurs contacts
journaliers non plus que dans leurs grandes manifestations.
Nous sommes étroitement reliés par des intérêts
et des idéaux communs.
Si certaines provinces du Canada éprouvent des difficultés
économiques, les autres provinces ne doivent pas rester
indifférentes, car la santé économique
du Canada intéresse toutes les provinces. Les incendies
de forêt en Colombie-Britannique, une sécheresse
dans les provinces des Prairies, un effondrement de la production
manufacturière dans les provinces centrales, un ralentissement
du développement industriel sur le littoral de l'Atlantique,
tout cela a des répercussions sur la vie dans toutes
les parties du pays.
La collaboration
Autour de la table de la confédération se
trouvait rassemblée une des plus brillantes équipes
d'hommes pratiques que l'on puisse réunir dans l'univers.
Ceux-ci croyaient fermement que la responsabilité nationale
ne pouvait se réaliser que par la solidarité
nationale. Ils ont démontré à un monde
sceptique comment deux peuples d'origine et de foi différentes
pouvaient vivre ensemble, non pas sans désaccord, mais
sans scission ni lutte. Ils ont réussi à créer
l'unité par la transaction, le raisonnement et l'effort
énergique. Comme le dit Tacite au sujet de Rome dans
ses Histoires, leur oeuvre « ne peut être
déliée sans détruire ceux qui la délient. »
Il est vrai que le Canada se trouvait pressé, à
cette époque, par de fortes contraintes économiques
et d'autodéfense. La confédération fut
à l'origine une fructueuse tentative pour éviter
la révolution intérieure ou la conquête
par l'étranger. Elle représentait une détermination
collective de vivre ensemble dans l'harmonie. Et le 1er juillet
dernier, 100 ans plus tard, la leçon biblique lue par
le Premier ministre, au cours de la cérémonie
nationale qui se déroulait sur les pelouses des édifices
du Parlement, renfermait cette exhortation : « Vous
tous, en esprit d'union, dans la compassion, l'amour fraternel,
la miséricorde, l'esprit d'humilité, ne rendez
pas le mal pour le mal, ni l'injure pour l'injure... »
La confédération a commencé par l'unité
négociée, et au moment où nous entrons
dans notre second siècle, nous devons continuer à
résoudre les différends par la critique, la
correction et les concessions. Cette attitude de collaboration,
orientée vers la solution des problèmes communs,
n'est possible qu'entre les hommes éclairés
et réfléchis.
Nous en avons eu un excellent témoignage en 1967.
Notre pays a connu un regain de vie, d'un océan à
l'autre, grâce aux efforts collectifs de citoyens de
toute origine ethnique. Le fait qu'ils ont inclus dans leur
commémoration du Centenaire du Canada des exemples
aussi nombreux que variés des coutumes de leur pays
natal démontre bien que la confédération
a réalisé l'unité politique nationale
sans imposer l'uniformité raciale, culturelle et linguistique.
Sur le plan international
Les fêtes du Centenaire ont fait briller une lueur
d'espoir dans le monde. Le Canada a acquis une nouvelle prestance.
Tout en réaffirmant notre solidarité en tant
que pays indépendant, nous avons montré que
nous reconnaissions l'interdépendance des nations les
unes vis-à-vis des autres.
Sur quoi nous appuyons-nous pour prétendre à
l'attention mondiale ? Peut-être dans une certaine
mesure sur le fait que nous avons vécu, d'une façon
plus intense que d'autres pays, la victorieuse épreuve
de la transition entre le stade de l'inexploitation géographique
et politique et celui d'une certaine stabilité économique
et de l'unité de citoyenneté. Nous avons survécu
à quatre reprises à l'invasion ; nous avons
ouvert nos portes aux exilés de plusieurs pays ;
nous avons mis notre sol et nos richesses à la disposition
des affamés et des misérables.
Nous ne nous sommes pas désintéressés
des grandes questions qui agitent le monde, bien que nos efforts
aient constamment tendu à réprimer l'agitation
ou à l'empêcher de se répandre. Notre
participation au maintien de la paix mondiale a été
remarquée, et le maintien de la paix demeure notre
plus sûre protection contre l'agression.
L'évolution des temps nous oblige à repenser
nos anciennes idées. Une direction imaginative de la
part de nos gouvernants, à tous les niveaux, est nécessaire
pour faire face aux problèmes de notre époque.
Lord Hailsham disait au cours d'une réunion du Fonds
pour la République que « parmi toutes les théories
politiques que l'on propose à l'heure actuelle, il
n'en est aucune qui ne soit implicitement de caractère
pré-darwinien et qui n'appelle par conséquent
une révision énergique. »
Le second siècle du Canada
Il est anti-canadien de se satisfaire de la stagnation ou
de nous contenter de nous regarder et de penser : « Nous
sommes très bien. »
On a retrouvé parmi les ruines de Pompéi une
peinture murale représentant un adolescent qui commit
exactement la même erreur. Il s'agit de Narcisse, présenté
sous les traits d'un beau jeune homme admirant le reflet de
son image dans les eaux d'une fontaine. Il s'éprit
de lui-même et son amour de soi l'entraîna à
sa perte.
Toutes les belles paroles prononcées par les dignitaires
qui nous ont rendu visite, toutes les magnifiques constructions
érigées, tous les défilés, les
manifestations et les fêtes du Centenaire ne doivent
pas nous faire tomber dans le narcissisme. Nous devons aborder
notre second siècle de confédération
en tant que Canadiens confiants et optimistes, et non pas
éblouis par le passé, ni désemparés
par le présent, ni effrayés par l'avenir.
Les perspectives qui s'offrent au Canada commandent l'enthousiasme.
Nous pouvons redire avec les Athéniens : « Nous
avons exalté nos ancêtres, comportons-nous maintenant
en braves. »
Pendant notre second siècle d'existence, nous pourrions
nous appliquer à faire une plus large place aux qualités
et aux valeurs humaines dans notre vie nationale et à
en reconnaître l'importance. Ce serait là un
excellent moyen de nous améliorer en tant qu'êtres
humains et citoyens canadiens sans trait d'union.
Il n'est pas nécessaire de demeurer les yeux fixés
sur un avenir extrêmement lointain, mais nous devons
avoir le sens de l'orientation pour discerner clairement la
tournure des événements et en tirer le meilleur
parti possible. Tout en discutant des fins à atteindre,
nous devons mettre en action les moyens qui y conduisent.
L'avenir dépend de nous
Nous ne rêvons pas simplement d'un brillant avenir
pour le Canada, mais nous nous rendons compte que cet avenir
c'est à nous de le faire et d'en bénéficier.
Ce serait une erreur de ne pas étaler les exemples
du passé sous les yeux des générations
montantes, ainsi que nous l'avons fait en 1967. Nous avons
considéré et loué ceux qui ont eu l'initiative,
la ténacité, le courage et le bon sens d'affronter
le sort et toutes ses vicissitudes, et qui par leur esprit
de transaction et de tolérance ont réussi à
vivre en bonne intelligence les uns avec les autres. Il appartient
aux Canadiens du second siècle de faire fructifier
ce riche patrimoine. Il n'y a rien dans la masse imposante
du chêne qui ne se trouvait tout d'abord en puissance
dans le gland.
Même si le Canada n'est pas le pays utopique que l'on
vante dans les chansons et la légende, il peut être
grand dans le coeur de ceux qui y vivent.
Chacun nourrit le désir d'appartenir à quelque
chose de grandiose. Le demi-continent qu'est le Canada, avec
sa fédération politique où subsistent
la liberté culturelle, la diversité régionale
et l'initiative individuelle, est sûrement assez grand
pour satisfaire les aspirations les plus ambitieuses.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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