Novembre 1949 L'histoire du pétrole
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Ceci est l'histoire du pétrole.
Elle commence de très bonne heure dans les annales
du Canada. La première production de pétrole
en Amérique eut lieu dans le comté de Lambton,
Ontario, en 1858, un an avant le forage du premier puits aux
États-Unis.
Le pétrole a eu des hauts et des bas, mais il est
si fermement implanté dans notre économie qu'il
comptera longtemps parmi nos importantes ressources naturelles.
Aucune autre substance ne démontre aussi bien l'union
de la science et de la technologie pour le progrès
et le confort de l'humanité.
Rien ne peut remplacer le pétrole dans beaucoup d'industries.
C'est une source primaire d'énergie pour les nations
industrielles et, dit un article du New York Times,
malgré l'utilisation maintenant regardée probable
de l'énergie atomique, le pétrole continuera
à conserver son importance.
Notre civilisation est principalement industrielle. L'économie
du Canada repose de plus en plus sur un système d'activité
industrielle qui exige une source constante d'énergie.
Plus favorisés que les autres pays sous le rapport
hydroélectrique, nous avons souffert jusqu'ici du manque
de pétrole domestique.
Jusqu'au milieu du siècle dernier, on ne s'occupait
pas beaucoup d'extraire le pétrole du sein de la terre.
Un jour, James Oakes, en cherchant du charbon en Derbyshire
en Angleterre, rencontra une poche de pétrole épais
comme de la mélasse. Il en parla à son beau-frère,
un savant qui devint plus tard Lord Playfair et qui donna
l'essor au développement de l'industrie pétrolière.
À la même époque, James H. Young, un
chimiste du Renfrewshire, en Écosse, distilla du charbon
le pétrole d'éclairage que les Anglais appellent
« coal oil ». Abraham Gesner, un Canadien, tira
lui aussi de l'huile à brûler du charbon, et
son procédé fut exploité commercialement
en 1850 à Newton Creek qui fait maintenant partie de
la ville de New York. À 14 sous la chopine, l'invention
de Gesner coûtait trop cher pour que les gens économes
de 1850 en fassent usage fort avant dans la nuit.
Aux États-Unis
Le croiriez-vous, les Américains qui creusaient des
puits de sel au début du 19e siècle étaient
fort ennuyés quand ils rencontraient du pétrole.
Ce n'est qu'en 1859 qu'on fora un puits pour trouver du pétrole
en Pennsylvanie.
Dans quelques mois, la vallée fut couverte de derricks.
En 1862, le pétrole avait été découvert
dans quatre autres États et dans ces trois années-là
la production sauta de 2,000 à 3,057,000 barils.
Les chiffres sur les réserves actuelles des États-Unis
varient énormément. Un professeur de géologie
de Harvard a dit il y a deux ans que probablement la production
domestique ne suffira plus aux besoins d'ici 5 ou 10 ans.
Un rapport de l'an dernier dit qu'il existe de vastes champs
pétrolifères qui n'ont pas encore été
explorés suffisamment. Une revue a déclaré
il y a deux ans que les États-Unis devront un jour
s'approvisionner à l'étranger ou faire usage
de sources d'énergie plus dispendieuses. Une autre
revue dit que des géologues compétents estiment
à 50 milliards de barils le pétrole qui n'a
pas encore été découvert.
Au Canada
Sir Alexander Mackenzie, le premier blanc qui traversa le
continent nord-américain de l'Atlantique au Pacifique,
mentionna la présence de pétrole sur les bancs
d'Elk River, à l'extrémité orientale
du Lac Athabasca. C'était en 1789.
L'Annuaire et Almanach du Canada de l'année
après la Confédération dit ceci :« On
peut aujourd'hui considérer le pétrole comme
le plus important produit minéral du Dominion. »
Les chiffres de ce vieil Annuaire ne correspondent
pas à ceux d'une brochure publiée par le Bureau
fédéral de la Statistique en 1945 sous le titre
de Liste chronologique des affaires minières au
Canada de 1604 à 1943. Cette brochure, en effet,
ne mentionne la production du pétrole qu'à partir
de 1881, tandis que le vieil annuaire dit que les « sources »
de pétrole de Lambton donnèrent 4,138,520 gallons
en moins d'un an de 1862 à 1863 et qu'un seul puits
en produisit 2,000 barils en 24 heures. An août 1868,
les stocks de pétrole brut du Canada étaient
de 250,000 barils, plus que suffisants pour deux ans de consommation
domestique.
De nos jours, on est en train de forer des puits à
Fort Norman, à 60 milles du cercle arctique sur le
fleuve Mackenzie. Ils sont trop loin des centres de population
pour pouvoir être exploités économiquement
en temps de paix. Le puits d'essai, terminé en 1920,
indique un réservoir de pétrole d'environ 30
millions de barils, et à la fin du projet Canol en
1945 la production avait atteint 1,977,646 barils.
Aujourd'hui, les provinces des Prairies produisent plus
de pétrole qu'elles ne peuvent en consommer tandis
que le Canada dans l'ensemble est obligé d'en importer.
Nous consommons plus de 250,000 barils par jour et on estime
qu'il nous en faudra 350,000 en 1955. Cela exige des réserves
de 3 à 5 milliards de barils. Nous avons, au cours
de ces dernières années, découvert par
nos forages des poches contenant près d'un milliard
de barils et les experts déclarent qu'il reste encore
de vastes champs inexplorés.
Le Canada n'a pas seulement du pétrole liquide. Notre
gaz naturel peut être converti en excellente essence ;
il y a des schistes bitumineux dans les régions montagneuses
et le charbon bitumineux donne du combustible liquide ;
et enfin il y a les sables bitumineux.
Dans ces sables, l'Alberta possède les plus grandes
réserves de pétrole découvertes jusqu'ici
dans le monde. Les géologues canadiens les estiment
à 100 milliards de tonnes et le Bureau des Mines des
États-Unis à 250 milliards. Le rendement, d'après
l'Annuaire du Canada, est environ d'un baril d'huile
par tonne de sable. Quelques géologues prétendent
que du moment que l'évaporation ne diminue pas leur
teneur en huile, es sables doivent être alimentes par
des couches souterraines.
Ressources mondiales
Dans notre ignorance plus ou moins complète de ce
qui gît sous nos pieds, il est vain d'estimer la quantité
ou la valeur de tel ou tel minéral. Une chose est certaine :
depuis 50 ans, nous avons consommé beaucoup plus de
produits minéraux que l'humanité n'en avait
consommé jusque là.
Et la proportion continue. M. Keenleyside, sous-ministre
des Mines et des Ressources, a fait une comparaison intéressante
au cours de la Conférence scientifique des Nations
Unies sur la conservation et l'utilisation des ressources
en août. Supposons, a-t-il dit, que le désir
d'amélioration du niveau de vie dans le monde entier
augmente au même rythme que l'accroissement de population
qui est de 20 millions par an : qu'arriverait-il si le
taux de consommation des ressources minérales arrivait
à même la moitié de celui des États-Unis ?
Cela signifierait, même en ignorant l'accroissement
de population pour le moment, une demande de 18 milliards
de barils par an.
Comme le fait remarquer M. Keenleyside, la population augmente
tout le temps, et les peuples des autres pays ne se contenteront
pas toujours d'un taux de consommation seulement la moitié
de celui des États-Unis : « Et pourtant,
si la demande augmentait dans ces proportions, elle dépasserait
de beaucoup, autant que nous pouvons en luger actuellement,
la capacité de nos ressources disponibles ou probables. »
Deux des plus grands pays industriels du monde, les États-Unis
et l'Union soviétique, sont les plus gros producteurs
de pétrole et de gaz naturel, mais à part ces
deux cas, la nature a placé l'huile dans des endroits
où sa production et son emploi offrent peu d'intérêt
aux pays environnants. Le Levant contient 30 pour cent des
réserves de pétrole découvertes à
ce jour et ne fournit que 10 pour cent de la demande mondiale.
Il est relativement facile de forer un puits en Alberta
ou au Texas et de construire un pipeline à travers
les prairies ou un pays civilisé pour amener le pétrole
à un marché ou à un port, mais c'est
autre chose que d'amener un baril de pétrole d'un champ
du Levant aux raffineries de la Méditerranée,
comme l'a prouvé l'arrêt des expéditions
dans cette région au mois d'août.
La découverte du pétrole
Ce n'est que récemment que des méthodes techniques
ont été employées pour découvrir
le pétrole et les autres minéraux. Les prospecteurs
se contentaient de forer près des suintements ou dans
des endroits favorables, ou simplement au hasard. Si on avait
continué ainsi, nos réserves et notre production
seraient loin de nous suffire.
Au début, même l'exploration scientifique était
une combinaison de chance et de superstition. Le prospecteur
partait à l'aventure sans autre outil qu'un marteau
et une pelle. Quelques-uns choisissaient leur emplacement
a pile ou face ou en jetant leur chapeau en l'air et en forant
à l'endroit où il tombait. L'un d'eux cassa
la roue de sa charrette à moitié chemin. Furieux
de ce retard, il décida de creuser sur place et, vous
le devinez, il trouva du pétrole.
Mais la vérité est qu'il est impossible de
découvrir le pétrole au sein de la terre au
moyen des instruments scientifiques dont nous disposons aujourd'hui.
Même avec les instruments les plus précis et
les plus modernes, tout ce que peut faire le géologue
est de découvrir les formations rocheuses susceptibles
de contenir des dépôts de pétrole. C'est
du moins ce qu'a dit le président de la Shell Oil Company,
dans un discours a la Newcomen Society de St-Louis.
Il y avait cet été près de 80 expéditions
géophysiques à la recherche de formations pétrolifères
sur les plaines de l'Ouest, dont 70 en Alberta. (La géophysique
est la science qui traite des caractéristiques et propriétés
physiques de la terre.)
Ces explorations coûtent cher. Un économiste
américain estime qu'il faudrait au moins un milliard
de dollars pour payer la découverte, le transport et
le raffinage du pétrole nécessaire pour suffire
aux besoins du Canada.
Quelles que soient les méthodes d'exploration, la
seule façon de trouver du pétrole est de forer
un puits. On peut avoir à dépenser $200,000
pour explorer un terrain de 200,000 actes avant d'ériger
une seule foreuse, mais quand le président de la Shell
Oil Company dit qu'un puits coûtera $500,000 au bas
mot, l'avantage de la précaution est apparent. Les
géologues ont une bonne idée des couches souterraines
et vous disent au moins où vous avez les meilleures
chances de trouver le pétrole.
Conseils aux débutants
Si vous avez l'intention de vous lancer à la recherche
du pétrole, voici quelques conseils. En choisissant
votre emplacement, demandez-vous s'il existe des preuves qu'au
cours d'une ère lointaine, il y a quelques centaines
de millions d'années, certaines matières organiques
furent déposées au fond d'océans et de
lacs qui ont depuis surgi sous forme d'un continent à
l'endroit où vous allez forer ; demandez-vous
si la nature a installé un réservoir consistant
en roches sédimentaires ou bancs de corail capables
de retenir le pétrole un peu comme une éponge
retient l'eau ; demandez-vous si le pétrole est
enveloppé de roches dures qui l'empêchent de
suinter sur le sol ou de s'étendre trop loin au sous-sol,
et de plus, si la formation est favorable pour avoir résulté
en poches de pétrole.
Une fois sûr de votre emplacement, envisagez le coût.
Il dépendra de la dureté du sous-sol et de la
profondeur. Au pied des Montagnes Rocheuses, il faut presque
toujours aller a 10,000 pieds tandis qu'on dépasse
rarement 6,000 pieds sur les Prairies. M. Fowler, statisticien
de James Richardson and Sons, estime qu'il est possible de
forer et d'outiller un puits d'environ 5,300 pieds dans le
champ de Leduc pour à peu près $85,000 ;
ceux des champs de Redwater vont à environ 3,100 pieds
et coûtent dans les $60,000 ; dans la Vallée
Turner, ils vont plus bas et coûtent jusqu'à
$200,000 tandis que ceux de Lloydminster sont moins profonds
et ne dépassent pas $25,000.
Si l'emplacement est bien choisi et vous avez l'argent nécessaire,
songez aux résultats. Il faut à ce point tenir
compte des droits à payer au gouvernement, parce que
les terrains miniers du Canada sont administrés par
le gouvernement fédéral ou par les provinces.
Il y a des redevances à payer : le gouvernement
de l'Alberta prélève 12½ pour cent sur le pétrole
des terres de la Couronne, ou bien vous donne le choix de
payer à raison d'une échelle mobile de 5 à
15 pour cent par pied carré de débit moyen par
jour.
Les dépenses et le risque font de l'exploration et
de l'exploitation pétrolières un domaine éminent
d'entreprise, mais il est réservé aux esprits
aventureux. Ce conseil de prudence est nécessaire,
parce qu'il semble facile de faire de l'argent dans les spéculations
de pétrole.
Raffinage et transport
Les plans pour le raffinage et l'expansion permettront à
l'Ouest de se suffire à la fin de l'année de
sorte qu'il n'y aura plus besoin d'envoyer le pétrole
brut aux raffineries de l'Est.
Le raffinage est rendu nécessaire par le fait que
malheureusement les hydrocarbures contenus dans le pétrole
brut ne conviennent pas aux moteurs à combustion interne.
Nous sommes obligés d'en modifier la structure.
Le raffinage moderne a commencé en 1918 par le procédé
Burton qui faisait rendre 25 pour cent d'essence au pétrole
brut. Il y avait cette année-là moins de 200
techniciens engagés en recherches dans l'industrie
pétrolière : il y en a plus de 10,000 aujourd'hui.
Ils avaient réussi à obtenir plus de 45 pour
cent d'essence en 1941 et ont trouvé une foule d'autres
usages pour les dérivés du pétrole.
Le raffinage ne consiste plus simplement à isoler
quelques propriétés générales
du pétrole, comme l'essence, le kérosène,
l'huile de graissage et la cire. Il est devenu un procédé
de synthèse chimique par lequel une foule d'hydrocarbures
différents possédant des propriétés
spéciales peuvent être manufacturés à
volonté. Cela est accompli par « fission »,
c'est-à-dire en séparant les gros et lourds
molécules en molécules plus petits et plus légers
au moyen de hautes températures et à haute pression.
L'industrie n'a jamais trouvé le transport du pétrole
facile. Nous en avons pour preuve le fait que nous exprimons
encore la production du pétrole en barils, quoiqu'on
le mette rarement en barils aujourd'hui. Il est expédié
par tuyaux, wagons-réservoirs, bateaux-réservoirs
et autres moyens de transport en gros.
L'Alberta, malheureusement, n'a pas de port de mer et il
est désavantagé à cet égard par
rapport aux ports du Golfe du Mexique des États-Unis,
du Venezuela et des autres champs de pétrole. Un pipeline
de 20 pouces va être construit des champs de pétrole
du centre de l'Alberta à Regina et un autre de 16 pouces
conduira le pétrole à la tête des Lacs.
Ces projets de pipeline coûteront $100 millions.
La perspective au Canada
Considérons maintenant les perspectives au Canada
à la lumière des événements de
ces dernières années.
Le premier boom du pétrole en Alberta remonte à
une cinquantaine d'années quand Kootenai Brown et Lafayette
French aperçurent des Indiens en train de recueillir
un liquide épais et brun sur un marécage près
de Pincher Creek. Ils troquèrent un cheval de bât
pour le marécage, obtinrent des capitaux à Calgary
(qui fit ainsi ses débuts comme capitale du pétrole
au Canada) et en 1901 il y avait sur les lieux une forêt
de tentes et une foule de foreurs. Mais pas de pétrole.
Ce n'est que de nombreuses années plus tard que Gulf
Oil réussit à en découvrir à 12,000
pieds de profondeur.
En mai 1914 le pétrole jaillit du premier puits dans
la Vallée Turner. Jusqu'au printemps de cette année-ci,
la Vallée a produit près de 100 millions de
barils de pétrole et environ 1,500 milliards de pieds
cubes de gaz naturel. On estime qu'elle a encore 25 millions
de barils de pétrole et 400 milliards de pieds cubes
de gaz, que sont en train d'extraire 278 puits.
Les champs hors de la Vallée Turner ont pris de l'importance.
Les champs Conrad et Taber ont figuré parmi les gros
producteurs de 1946. Lloydminster est devenu un centre d'intérêt
vers la fin de l'an dernier. Ce champ, en travers de la frontière
Alberta-Saskatchewan, possède des réserves estimées
de 50 à 300 millions de barils. Le pétrole,
épais comme la mélasse, fait un bon combustible
à l'état naturel pour les chemins de fer et
les navires. Il y a probablement du pétrole et du gaz
en Saskatchewan à partir de la frontière des
États-Unis jusqu'à 365 milles au nord.
En 1946, des arpenteurs, armés d'un sismographe,
observèrent des réflexions encourageantes à
Leduc. En novembre, un puits d'essai fut foré, et le
13 février 1947, le puits Discovery de la Imperial
Oil Company, donna un débit de 1,000 barils par jour.
En juin, quatre puits étaient en production et Leduc
était reconnu comme champ pétrolifère.
En 18 mois le Canada devint le plus grand producteur de pétrole
dans l'empire britannique et détrôna Trinidad.
En juillet 1949, il y avait près de 250 puits productifs
dans la région et 30 en cours de forage.
Cette découverte stimula l'exploration dans une nouvelle
région. Elle révéla la présence
de formations du type de bancs de corail similaires à
celles des riches régions de l'Ouest du Texas. Redwater,
second en importance, fut découvert par Imperial Oil
en septembre 1948. Les parois calcaires des réservoirs
dans cette dernière région ont 144 pieds d'épaisseur
par rapport à 35 dans le champ Leduc. Le champ de Woodbend
produit du pétrole de deux lits différents,
et juste à l'ouest de Woodbend se trouve le Golden
Spike qui a plus de 500 pieds de calcaire poreux. Au sud,
une nouvelle bande très large a attiré l'attention
par la découverte de pétrole à Stettler
par la Canadian Gulf Oil Company. Les possibilités
de ce puits sont indiquées par le débit de 3,000
barils de pétrole brut léger par jour pour une
zone productrice d'environ 100 pieds.
Au début de l'année, ces résultats
avaient permis d'estimer au bas mot les réserves de
pétrole brut léger de l'Alberta à 600
millions de barils. La capacité de production est maintenant
de 100,000 par jour, c'est-à-dire environ 40,000 barils
par jour de plus que la demande dans les provinces des Prairies.
Les avantages pour le Canada
Il n'est pas possible d'estimer à présent
la valeur pécuniaire de ces nouvelles découvertes
de pétrole pour le Canada, ni même leurs nombreux
avantages. On peut dire toutefois qu'elles comptent parmi
les plus importantes pour notre pays.
Les matières premières ont toujours été
essentielles pour le Canada et chaque nouvelle source augmente
nos chances de prospérité continuelle. Ces matières
premières nous ont permis d'édifier un système
qui procure des emplois dans les domaines de production, technologie,
manufacture, transport et distribution.
Ces découvertes nous procurent un avantage immédiat.
Le Canada a toujours été obligé d'importer
la plus grande partie des produits du pétrole dont
il se sert. Il y a deux ans, quand nous importions 60 pour
cent de notre pétrole des États-Unis, cela nous
a coûté $258 millions, à même notre
petit montant de fonds des États-Unis. Le pétrole
de l'Alberta pourra nous économiser $50 millions par
an des dollars des États-Unis que nous dépensions
pour le pétrole. Si nous pouvions tripler la production,
nous serions indépendants des États-Unis. Il
faudrait cependant pour cela vendre une partie de notre pétrole
de l'Ouest aux États-Unis pour payer celui que nous
importons de chez eux dans l'Est. Cela devrait être
facile quand les Américains comprendront mieux nos
difficultés de change.
Les économies de dollars des États-Unis seraient
un grand avantage national. L'Alberta retire naturellement
de gros revenus par suite de ces découvertes. Les recettes
du gouvernement ont été grossies par la vente
de terres de la Couronne et par les redevances sur la production.
L'embauchage a augmenté et les grosses dépenses
d'exploration et d'exploitation ont rendu les affaires prospères.
Les aciéries et les manufactures ont du travail sur
la planche pour fabriquer les plaques d'acier et les tuyaux
nécessaires pour mille milles de pipeline.
Quant aux capitaux nécessaires à l'exploitation
de nouveaux champs, rapportons-nous à ce que Joseph
E. Pogue, vice-président de la Chase National Bank
de New York a dit à ce sujet l'an dernier. En supposant
que les frais d'immobilisation d'ici dix ans se chiffrent
à un milliard de dollars et que les revenus d'exploitation
en fournissent la moitié, il faudra encore emprunter
$500 millions sur les marchés financiers. « Si
les emprunts sont partagés entre le Canada et les États-Unis,
il faudra tout de même que les marchés financiers
du Canada fournissent $250 millions, » a-t-il fait remarquer.
L'industrie pétrolière fait des plans à
longue haleine et non pas de mois à mois. Les analystes
prévoient que la demande pour le pétrole ira
en augmentant. Ils disent que comme combustible et comme matière
première pour les industries chimiques, le pétrole
demeurera le principal minéral pendant de nombreuses
années. La fission des molécules de pétrole
en presque toutes les combinaisons possibles de ses parties
constituantes a ouvert de nouveaux horizons à l'exploration
scientifique, et l'industrie ne peut même pas calculer
où cela s'arrêtera.
Et le Dr Theo. A. Link a dit au début de l'année
à l'Institut canadien des Ingénieurs des Mines
et de la Métallurgie : « Je pense qu'au cours
des dix années prochaines l'exploration et la découverte
de nouvelles poches de pétrole et de gaz dans l'Ouest
du Canada feront de tels progrès que les plus enthousiastes
parmi nous en resteront rêveurs. »
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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