Vol. 58, N° 3 Mars 1977
Quelle est l'utilité
de l'histoire ?
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Nous ne sommes pas tous d'accord
sur les avantages que présente l'étude du passé.
Les gens qui pensent qu'il importe de profiter de ses enseignements
et les transmettre en dépôt aux générations
futures coudoient tous les jours ceux qui estiment que les
traditions et les coutumes sont des boulets qui entravent
le progrès.
Quel malheur qu'il en soit ainsi ! Les convictions
essentielles et les bonnes pratiques de notre monde occidental
ont leur point d'appui dans la connaissance de l'histoire.
Qu'est-ce qui peut servir de fondement à notre société
sinon son passé ? Qu'est-ce qui peut guider les
décisions des hommes d'affaires si ce n'est l'expérience ?
Qu'est-ce qui peut nous conférer la maturité
personnelle hormis l'étude réfléchie
des événements d'autrefois ?
Les choses qu'il faut préserver de l'oubli se trouvent
dans les livres, dans la mémoire des parents, dans
les universités et dans les archives des entreprises
commerciales. Que sont les livres sinon l'exposé imprimé
des idées des hommes de l'époque où ils
ont été publiés ? Que nous offre
une université si ce n'est ce qu'elle tire du passé
pour le communiquer, en l'interprétant et en l'adaptant,
à chaque nouvelle génération ? Qu'est-ce
qu'une mère a de plus précieux à transmettre
à ses enfants que la sagesse accumulée par nos
grands-mères et les leçons de sa propre expérience ?
À quoi sert tout le travail de bureau effectué
depuis les tablettes d'argile de Babylone jusqu'au ruban perforé
des machines électroniques d'aujourd'hui, sinon à
écrire l'histoire des affaires ?
Il y a cependant une réserve à faire :
nous ne devons utiliser que ce qui est vrai, important et
approprié. Comme l'a dit le grand orateur français,
Jean Jaurès, il faut « prendre la flamme du foyer
des aïeux... non les cendres ».
Pour une raison quelconque, on a tendance depuis la seconde
guerre mondiale à retourner à l'histoire.
C'est peut-être que nous revenons à l'ancienne
conception de l'histoire comme enseignement de la philosophie
par l'expérience. Nous voulons savoir comment les hommes
se sont comportés dans des circonstances comparables
aux nôtres. Si différents que puissent paraître
les problèmes d'aujourd'hui, on retrouve au centre
des événements humains l'extrême simplicité
de la cause et de certains principes de base.
Il se peut aussi que nous ayons reconnu qu'il n'est nul
besoin de nous imposer des souffrances si nous pouvons nous
servir et profiter de l'expérience des autres.
L'histoire économique nous enseigne comment nos ancêtres
ont créé leurs moyens d'existence ; l'histoire
sociale nous montre les progrès qu'ils ont faits pour
arriver à une vie meilleure.
Notre dette envers le passé
Il se peut que nous soyons déçus par la lenteur
apparente des progrès sociaux que nous avons accomplis.
Nous serons peut-être portés à penser
que l'avancement n'a pas été en rapport avec
nos possibilités. Le premier chapitre de l'histoire
générale de W. P. Collier, publiée à
Édimbourg, en 1868, s'intitule D'Adam à Babel.
On pourra dire avec sarcasme qu'il n'est pas nécessaire
d'y ajouter d'autres chapitres, car nous n'avons pas encore
dépassé l'âge des propos confus.
Mais l'étendue de notre succès ou de notre
échec ne change rien à l'obligation que nous
avons d'utiliser tous les moyens possibles pour garder notre
équilibre en ces temps où il est si facile de
le perdre. Les faits saillants de l'histoire se répètent
tous les jours dans notre vie privée, commerciale ou
nationale. Lorsque nous pouvons cueillir un exemple dans le
passé et en tirer profit aujourd'hui, nous faisons
un usage très pratique de l'histoire.
Les fables et les légendes elles-mêmes ont
leur utilité. L'un après l'autre, nous nous
trouvons nez à nez, dans les péripéties
de notre existence, avec chacune des fables et des légendes
d'Ésope, d'Homère, de La Fontaine, de Florian,
que nous pouvons vérifier dans la réalité.
Tous les contes et les chansons de geste du moyen âge,
cette prétendue période d'interruption entre
l'an 500 environ et la renaissance des lettres vers la fin
du XVe siècle, sont l'expression déguisée
de ce que les esprits de cette époque s'efforçaient
d'accomplir. Si leurs histoires fantastiques nous semblent
enfantines, bonnes tout au plus à figurer dans les
livres pour la jeunesse, c'est uniquement parce que notre
science a permis à leurs visions - bottes de sept lieues,
subjugation des éléments, utilisation des propriétés
secrètes des minéraux, tapis magique - de devenir
des réalités.
Nous avons une dette éternelle envers le passé.
Il est la véritable source de notre personnalité.
Dans le moment présent, qui change à l'instant
même où nous le vivons, le passé est tout
ce que nous connaissons.
Nos devanciers
En nous apprenant ce qu'ont fait nos aïeux, l'histoire
nous porte à la fois à respecter leur oeuvre,
qui fut grande à leur époque, et à chercher
à imiter leur ingéniosité et leur courage.
Les enfants considèrent beaucoup d'inventions comme
tout à fait normales. Ils ne s'émerveillent
pas devant l'automobile, l'avion, la radio, la télévision,
le téléphone. Bien des choses nous paraissent
très simples parce que quelqu'un a eu l'intelligence
d'y penser il y a quelques années ou quelques siècles.
Ce serait une excellente habitude que de nous arrêter,
de temps en temps, pour évoquer le souvenir des pionniers,
qui ont établi les fondements de notre prospérité.
Ils ont frayé des sentiers dans les forêts et
les montagnes, afin que nous puissions par la suite construire
des grandes routes et des voies ferrées. Ils ont avironné
avec leurs canots sur des cours d'eau et des lacs inconnus,
où nous avons aménagé une voie maritime.
Leurs exploits nous incitent à empêcher la vaillance
agissante des dures années de la naissance du Canada
de se changer en une acceptation passive des avantages acquis.
Bien avant nos ancêtres des deux ou trois derniers
siècles, il existait des peuples qui étaient
déjà de vieilles nations, qui étaient
déjà riches et cultivés à l'époque
où le Canada ne comptait qu'une poignée de tentes
habitées par les chasseurs de l'âge de pierre.
Tous ces siècles passés sont à notre
disposition. Ce que Platon a pensé, nous pouvons le
repenser. Tout a été consigné dans notre
histoire pour nous dire comment nous sommes arrivés
aux agréments et aux maux de notre temps : les
efforts, les actions et les souffrances qui ont fait jaillir
notre civilisation et notre culture du chaos.
Voilà l'un des services que nous rend l'histoire.
Elle est le récit de la vie des sociétés,
des changements que ces sociétés ont subis,
des idées qui ont déterminé leurs faits
et gestes, ainsi que des conditions et des forces matérielles
qui en ont favorisé ou entravé l'évolution.
Selon la théorie formulée par le grand historien
Arnold Toynbee, toutes les civilisations traversent des phases
de transition analogues, et l'étude du passé
nous permet de mieux comprendre notre propre époque.
Nous touchons là au secret du rôle pratique
de l'histoire. Il ne s'agit pas d'observer l'histoire au microscope,
de la découper en tranches pour en faire un examen
critique. Ce qui importe, c'est d'appliquer l'expérience
du passé aux événements de notre temps.
L'étincelle d'un autre âge pourra éclairer
nos problèmes et nous aider à tracer notre route.
La largeur d'esprit
Rien n'est plus précieux et plus utile dans la vie
que la largeur d'esprit. L'homme politique aux vues étroites
ne sera jamais un homme d'Etat ; l'homme d'affaires qui
n'a qu'une seule idée en tête ne saurait devenir
un grand chef d'industrie ; le fanatique ou le sectaire
ne peut goûter à fond la joie de vivre.
L'histoire contribue naturellement à élargir
l'esprit. Elle nous montre comment des gens professant des
opinions très différentes sur les questions
sociales, politiques et religieuses ont mené une vie
honorable et collaboré à l'avancement des arts,
des lettres et des sciences.
L'étude de l'histoire favorise aussi la maturité
du jugement. Celui qui connaît l'histoire est moins
exposé que les autres à croire qu'une opinion
est entièrement juste, qu'un but est parfaitement désintéressé,
qu'un malheur n'a que de mauvais côtés. Il est
moins enclin que ceux qui ignorent l'histoire à déprécier
les autres ; à aviver les désaccords afin
d'exciter les sentiments d'irritation ; à se laisser
guider par des préjugés de race, de croyance
ou de caste dans ses rapports avec les gens de son entourage.
La connaissance de l'histoire engendre la prudence. Il y
a des siècles que l'on nous annonce la fin du monde.
Nous avons toujours le sentiment qu'une crise est sur le point
d'éclater. Au lieu de nous exaspérer, ne ferions-nous
pas mieux de jeter un coup d'oeil sur le passé ?
Cet examen nous montrera comment certains peuples ont vaincu
leurs difficultés en dirigeant et en unissant leurs
efforts, tandis que d'autres ont été écrasés
parce qu'ils ont refusé de les reconnaître ou
compté sur quelqu'un d'autre pour les résoudre.
Culture et maturité
L'histoire est indispensable à l'activité
intellectuelle d'une personne cultivée. C'est un élément
essentiel de la maturité.
Pour le prouver, il suffit de songer combien il est difficile
d'entretenir une conversation avec une personne qui n'a dans
le passé aucun point de repère ou de comparaison
pour parler d'une question d'actualité. Rien n'est
plus pénible, dans le commerce des gens instruits avec
ceux qui ne le sont pas, que cette impossibilité de
converser imputable au manque de culture.
Notre culture canadienne plonge ses racines dans plusieurs
pays. Lorsque nous remontons à la source de ces racines,
nous nous apercevons que ce que nous sommes aujourd'hui fait
partie intégrante du patrimoine de l'humanité.
Seule notre histoire peut nous permettre de prendre pleinement
conscience de nous-mêmes.
Mais pour en tirer le maximum de profit, nous devons lire
l'histoire à travers les frontières au lieu
de lire notre histoire en tant que nôtre et l'histoire
des autres pays comme quelque chose qui ne nous concerne pas.
Nous devons admettre le fait qu'il existe aussi d'autres modes
de comportement que celui qui nous est propre et que ces façons
d'agir répondent aux besoins d'autres êtres humains.
Beaucoup de problèmes canadiens ne peuvent se comprendre
que dans un contexte général et même mondial.
Les directives officielles formulées par l'Organisation
des Nations Unies pour l'éducation, la science et la
culture nous engagent à améliorer l'enseignement
de l'histoire dans les écoles afin qu'il contribue
davantage à la compréhension internationale.
On ne cherche pas à exclure l'enseignement de l'histoire
nationale, mais à l'expliquer à la lumière
de l'histoire générale de l'humanité.
L'histoire nationale acquiert un nouveau sens lorsqu'on la
place dans un cadre plus étendu.
La vérité dans l'histoire
L'histoire se compose des questions d'actualité de
l'époque où elle se fait. Son laboratoire est
le monde où nous circulons. Elle se grossit chaque
jour d'une foule de banalités. Le problème est
de choisir entre les hypothèses et les probabilités
de l'histoire.
Comme toutes les sciences, l'histoire cherche la vérité.
Elle doit être aussi fidèle aux faits que le
permet la faillibilité humaine. Ce n'est plus de l'histoire
si elle est écrite par des colporteurs de potins et
des propagandistes. Si les actions qu'elle rapporte sont honorables,
elles n'exigent rien de plus que la vérité.
Lorsque l'embellissement transparaît, soyez sur vos
gardes.
Certaines pages qui se veulent de l'histoire ont été
écrites pour défendre une cause ou appuyer certaines
opinions. Leurs auteurs ont demandé à l'histoire
de corroborer leurs positions en leur servant d'arme dans
des luttes partisanes.
Pour dire la vérité en histoire, il n'est
pas nécessaire d'être terne ou ennuyeux. Les
grands historiens s'appliquent à relater les événements
tels qu'ils les voient. Tout en étant bien documentées,
les oeuvres historiques d'Hérodote, de Thucydide et
de Michelet ne laissent pas de charmer le lecteur par leur
style et leur vivacité. Elles n'ont pas la sécheresse
ni le laconisme d'un journal de bord.
L'homme est plus qu'une machine à accomplir des actions.
L'histoire de sa vie ne doit pas être une morne chronique
d'événements sans rapport, mais un drame merveilleux
de pensées, de sentiments et d'activité. Marc-Antoine
et Cléopâtre ont pris un intérêt
palpitant à faire l'histoire ; il serait injuste
de raconter leurs aventures avec indifférence.
La vulgarisation à l'échelon élémentaire
offre encore d'excellentes possibilités. Sir Walter
Scott dans ses romans et Jane Porter dans The Scottish
Chiefs ont utilisé les fragments de vérité
que les historiens rejetaient derrière eux avec dédain.
C'est en faisant appel à l'imagination que Parkman
a évoqué avec tant de réalisme le dispositif
de bataille de Wolfe sur les Plaines d'Abraham. Il a su résumer
en une phrase étincelante tout le drame de la capitulation
de Vaudreuil : « La moitié du continent venait
de changer de mains d'un trait de plume. »
L'histoire ne consiste pas uniquement à rapporter
les grands événements qui ont marqué
les années et les siècles, mais aussi à
retracer les pensées qui ont guidé et inspiré
les esprits.
On peut apprendre l'histoire d'une façon très
agréable par la lecture des biographies, qui sont de
véritables drames de la vie humaine. Il arrive parfois
que certains hommes ou certaines femmes se frayent un chemin
jusqu'au premier rang des événements, mais le
plus souvent ils s'y trouvent tout simplement au moment propice,
tout comme le petit Hollandais qui saura la digue en bouchant
un trou avec son doigt. La connaissance de ce qui les a amenés
à l'avant-scène, de ce qu'ils ont fait, des
sentiments qui les animaient et de ce qui en est résulté,
cette connaissance c'est l'histoire.
L'histoire gravée dans les monuments
Nous sommes beaucoup trop portés à négliger
l'histoire qui se trouve en dehors des livres et des manuels,
l'histoire écrite dans nos bâtiments, nos arts,
notre artisanat, nos chansons populaires. Songez, par exemple,
aux multiples aspects de leur histoire que nous ont transmis
les Grecs : histoire politique, poésie épique
et lyrique, théâtre, philosophie, architecture,
sculpture. Tout cela - une ode de Pindare, un centaure en
marbre, les imposantes colonnes du Parthénon - révèle
la mentalité et la vie d'un peuple. Chacune des plaques
de cuivre de l'Abbaye de Westminster, chacun des bustes de
l'Académie française rappelle quelque chose
ou quelqu'un qui a influé sur la préparation
du milieu dans lequel nous vivons actuellement.
L'histoire du Canada a été écrite dans
les ceintures de coquillages, les monticules de terre, les
tas de pierres et les totems ; dans le fort Chambly et
le fort Garry ; dans la poésie, les chansons de
folklore et les légendes ; dans les sentiers des
forêts et les portages ; dans les églises,
les mairies et les maisons.
Il faut les yeux de l'imagination pour voir tout cela. Toynbee
nous dit que vers la fin du XVIIIe siècle, « la
génération contemporaine du Moyen-Orient était
assise sur les ruines merveilleuses des civilisations éteintes
et ne se souciait pas de rechercher ce qu'étaient ces
monuments ».
Il serait bon, dans l'intérêt même de
notre pays, de nous assurer qu'aucune construction ancienne
ne puisse être démolie, ni aucun document ou
carte des temps passés être détruits,
avant que des personnes compétentes n'en aient examiné
la valeur du point de vue de notre histoire.
L'histoire du Canada
Il est temps que le Canada commence à s'intéresser
activement à son histoire. Nous ne pouvons atteindre
la maturité politique sans avoir une connaissance intelligente
de notre passé. Pourtant, écrit Hilda Neatby
dans un mémoire rédigé pour la Commission
royale d'enquête sur l'avancement des arts, lettres
et sciences au Canada : « Nous n'avons à
l'heure actuelle aucune histoire nationale ni aucune conscience
véritable de notre passé ». Notre biographie
politique elle-même est peu abondante, parce que « les
hommes d'État canadiens ont réussi à
s'ensevelir dans l'obscurité ».
Le travail accompli jusqu'ici par les lettrés est
de premier ordre, mais il est fragmentaire et épars.
Deux choses sont nécessaires : synthétiser
notre histoire sur le plan scientifique et littéraire,
afin que nous possédions un récit cohérent
de notre passé, et combler le vide qui sépare
l'histoire savante de l'homme ordinaire.
Le professeur W. L. Morton a résumé ainsi
ce qui nous est nécessaire dans sa communication à
la Commission royale : « Ce qu'il faut, dit-il,
c'est une direction positive de la part des organismes nationaux
dans tous les domaines des travaux historiques, des archives,
des bibliothèques, de la publication, de la présentation
et de la commémoration ». Cette direction peut
être assurée par les lois, les subventions et
les sociétés nationales.
Il conviendrait, d'autre part, que les manuels soient exempts
d'interprétations partiales et qu'ils indiquent ce
que tous les Canadiens ont en commun. L'honorable Ernest Rinfret
disait dans une allocution, il y a quelques années,
qu'il est inconcevable que l'on enseigne des histoires du
Canada différentes dans les écoles de langue
française et de langue anglaise. « Nous élevons
en fait nos enfants dans les préjugés, ajoutait-il...
Faut-il s'étonner alors que les Canadiens ne soient
pas unis comme ils devraient l'être. »
Selon l'opinion du Comité d'étude sur les
manuels d'histoire du Canada, comité qui a fait rapport
à l'Association d'éducation canadienne en 1944,
les faits essentiels exposés dans les manuels d'histoire
du Canada devraient être les mêmes dans toutes
les provinces.
Les réalisations provinciales et locales y occuperaient
sans doute la place qui leur revient, mais chaque manuel devrait
signaler les grands événements historiques qui
intéressent tous les Canadiens. Il n'y a rien dans
la vie de Wolfe et Montcalm, de Champlain, Cartier et Mackenzie,
de Dollard et Cornwallis, qui ne soit notre bien à
nous tous. Nous trouverions sans doute avantage à inclure
dans tous les manuels les exploits des explorateurs anglais,
des loyalistes, de la compagnie de la baie d'Hudson aussi
bien que ceux de Madeleine de Verchères, d'Iberville
et des marchands de pelleteries français.
Une grande partie de la documentation qui servira de base
aux ouvrages sur l'histoire du Canada sera puisée aux
Archives, organisme créé en 1872. C'est là
que se trouvent les manuscrits, les cartes, les gravures et
les documents originaux qui relatent notre histoire à
partir de l'époque préconfédérative.
Des efforts continuels sont accomplis pour extraire des dossiers
inactifs des administrations toutes les pièces qui
méritent une attention incessante.
Le but à atteindre est de réunir tous les
dossiers inactifs des documents publics en un lieu unique,
où ils seront accessibles aux fonctionnaires, aux chercheurs
et au public.
L'histoire ne doit pas nous décourager
Certaines personnes évitent peut-être de lire
l'histoire sous prétexte que la lenteur des mouvements
ascendants qu'ils discernent dans les annales des affaires
humaines les décourage. Mais s'il y a beaucoup de folies
dans ces annales, il y a aussi beaucoup de grandeur ;
si l'on y voit beaucoup d'erreurs, on y découvre aussi
beaucoup d'actions nobles et exaltantes.
Nous devons nous attacher surtout aux choses importantes
et éviter de chicaner sur des vétilles. Même
si nous constatons que nous avions tort de fixer la création
du monde à l'an 4004 av. J.-C., il vaut mieux de toute
façon se reporter à une époque aussi
reculée que ne pas voir plus loin derrière nous
que la Confédération. Si notre esprit se brouille
devant les cinquante raisons différentes que mentionnent
divers livres pour expliquer les deux guerres mondiales, nous
avons tout de même une meilleure idée de leur
cause que si nous supposons qu'il n'y a qu'une seule raison
ou qu'il n'y en eut aucune autre que le Destin.
La lecture de l'histoire de l'humanité nous révèle
qu'il n'existe pas de période qui n'ait pas été
considérée comme critique par certains de ses
contemporains. On dirait que l'histoire n'est qu'une longue
suite de crises. Celles de notre temps paraissent plus graves
parce que nous y sommes plongés.
Les refrains bien connus au sujet de l'effondrement de la
civilisation occidentale pourront, si nous ne lisons pas l'histoire,
voiler à nos yeux l'extraordinaire puissance créatrice
qui a fait de cette civilisation l'oeuvre la plus riche et
la plus dramatique de l'histoire. Elle s'est maintenue, dit
Herbert Muller, à un haut niveau d'activité
créatrice durant une plus longue période que
les sociétés antérieures. Nous avons
hérité de connaissances, de méthodes,
d'arts, d'idées et d'idéaux, de choses durables
que nous ne devons pas abandonner volontairement, mais que
nous sommes portés à oublier parce que nous
les considérons comme des dons gratuits.
Un homme qui ignore l'histoire est comme un somnambule qui
trouve devant lui, le matin, ce qu'il a fait dans son sommeil.
Le pays qui néglige d'apprendre sa propre histoire
n'a pour tout horizon que le bref présent de la génération
du moment. L'entreprise commerciale sans dossiers ni archives
est obsédée par l'urgence de faire face à
une évaluation que des archives lui auraient permis
de prévoir.
Sur le plan le plus vaste, l'histoire est au genre humain
ce que la raison est à l'individu. Grâce à
la raison, l'homme n'est pas, comme la brute, limité
à l'étroit domaine du présent, mais il
a l'avantage de pouvoir contempler le champ infiniment plus
étendu du passé auquel il est relié et
dont il procède.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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