Vol. 57, N° 3 Mars 1976
L'art de penser
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La vie est pleine de tracas. Souvent
ce sont de petites choses qui nous irritent, comme l'odeur
d'un cigare au restaurant ou des gens qui bloquent le trottoir.
Mais ce qui est plus sérieux, ce sont les malentendus
causés par notre incapacité de comprendre nos
semblables ou de nous expliquer clairement. Et la tension
monte, notre mauvaise humeur s'aggrave, et nous voilà
tout d'un coup en proie à une foule de désagréments,
pas bien graves sans doute, mais suffisants pour gâter
notre journée.
Le seul fait de penser à nos problèmes personnels
et sociaux ne suffit pas à dissiper nos soucis et nos
craintes, mais en raisonnant nos problèmes,
nos espoirs et nos plans, nous acquérons plus d'assurance,
plus de confiance en nous-mêmes, ce qui nous fait moins
redouter les craintes et les soucis.
Le raisonnement n'est pas simple affaire de logique, mais
il exige le temps de réfléchir. Sans exagérer,
naturellement. Un homme qui passerait trop de temps à
réfléchir deviendrait incapable d'agir, et ses
réflexions risqueraient de n'aboutir à rien.
Il s'agit, comme en toute chose, de tenir le juste milieu.
Il faut nous méfier de tomber dans l'erreur en assemblant
nos pensées. Toute pensée n'est pas nécessairement
exacte. Il se peut que deux idées soient parfaitement
exactes en soi, mais il faut aussi tenir compte de la manière
dont nous les accouplons dans notre pensée. Si nous
disons que « La lune est un gros fromage », nous
avons deux idées distinctes - la lune et un fromage
- mais elles ne vont pas ensemble, et notre raisonnement est
faux.
La logique est la science de bien penser, c'est-à-dire
la science des conditions nécessaires et suffisantes
pour raisonner juste. Ce n'est pas un sujet difficile, à
part les termes qui ne sont pas d'un usage courant.
Les principes du raisonnement
Il y a deux manières d'arriver à une décision.
On peut d'abord observer, peser le pour et le contre et décider
ensuite. C'est la méthode rationnelle. Ou bien on peut
décider sans réflexion consciente, comme nous
le faisons la plupart du temps dans la vie courante.
Nous perdrions la tête s'il fallait toujours réfléchir
profondément et suivre les règles de la logique
au sujet de tout ce que nous faisons dans le cours de la journée.
Ce serait fatigant, nous perdrions beaucoup de notre spontanéité,
nous trouverions de plus en plus difficile d'agir, et, au
lieu d'aller droit au but, nous nous égarerions continuellement
dans des à-côtés. Trop de réflexion
conduit à l'indécision.
Il n'est pas facile de penser. Nous nous imaginons parfois
que nous pensons quand nous assistons simplement à
un défilé panoramique de nos souvenirs dans
notre cerveau. Nous nous abandonnons souvent à la rêverie.
Nous nous proposons de réfléchir à un
problème et, au lieu de concentrer notre attention
sur le sujet, nous perdons notre temps à penser à
un tas de choses, très intéressantes sans doute,
mais qui n'ont aucun rapport avec ce qui nous occupe.
La logique
L'étude de la logique dure toute la vie. Du moins,
de nombreux philosophes y ont consacré toute leur vie
pour rendre cette science au point où elle est aujourd'hui,
mais tout ce que les hommes d'affaires et la plupart d'entre
nous ont besoin de connaître et d'appliquer, consiste
en quelques règles élémentaires.
Voici quatre principes à appliquer à nos jugements :
(1) Le principe d'identité. Toute chose est ce qu'elle
est, c'est-à-dire qu'un jugement est vrai ou qu'il
ne l'est pas. (Inutile, donc, de chercher midi à quatorze
heures.)
(2) Le principe de contradiction. Deux jugements
contradictoires ne peuvent pas tous les deux être vrais.
N'essayez donc pas de prouver qu'une idée peut être
à la fois vraie et fausse.
(3) Le principe de l'absence du moyen terme dans
la conclusion. Le moyen terme, n'étant qu'un point
de comparaison, ne doit se trouver que là où
se fait la comparaison, c'est-à-dire dans les prémisses
d'un raisonnement. Un exemple fera mieux comprendre :
Tout bien est aimable ; Or la vertu est un bien } Prémisses
Donc la vertu est aimable. Conclusion
Aucune équivoque possible. La vertu est un bien ou
elle ne l'est pas. Si elle est un bien, elle est par conséquent
aimable, attendu que l'attribut ou qualité d'un bien
est d'être aimable.
(4) Le principe de raison d'être. Il y a une
raison pour tout. (Par conséquent, si les choses ne
tournent pas à votre gré, dites-vous qu'il y
a une raison pour cela.) Certains logiciens estiment que ce
principe n'appartient pas à la logique formelle, mais
il est tout de même utile dans les affaires et pour
tous ceux qui cherchent à raisonner juste.
L'emploi de la logique ne nous fera pas toujours découvrir
la vérité, mais il nous mettra sur la voie.
Apprendre qu'on peut arriver à découvrir la
vérité par le raisonnement et que la vérité
n'est pas toujours conforme à nos plus chères
croyances, est le commencement de la sagesse.
Le bon sens
« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée,
dit Descartes dans le Discours de la méthode,
car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même
qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre
chose n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils
en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent ;
mais plutôt cela témoigne que la puissance de
bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement
ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement
égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité
de nos opinions ne vient pas de ce que les unes sont plus
raisonnables que les autres, mais seulement que nous conduisons
nos pensées par diverses voies, et ne considérons
pas les mêmes choses.
Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal
est de l'appliquer bien. »
Et il est important, si on veut découvrir la vérité,
de ne pas se laisser aveugler par les préjugés.
Pour raisonner juste
On pourrait trouver étrange de s'appuyer sur un « système »
pour penser. Nous sommes généralement habitués
à croire que la pensée est une faculté
vagabonde qui, à notre étonnement, tombe souvent
juste. L'objet du présent Bulletin est de vous fournir
une méthode qui, sans prétendre vous inspirer
des idées, aidera votre pensée à tomber
juste plus souvent.
Empruntons à cet égard la règle élémentaire
des scouts pour trouver un objet égaré. Elle
consiste à déterminer la place approximative
de l'objet et à commencer à décrire tout
autour des cercles qui vont en se rétrécissant.
Vous ne trouverez pas toujours l'objet au centre - car alors
il ne serait pas égaré - mais vous arriverez
à de meilleurs résultats qu'en marchant au hasard.
Et cela nous suggère une autre règle :
n'essayez pas d'envisager dans son ensemble une affaire compliquée.
Étudiez-en soigneusement tous les détails. Ne
vous laissez pas distraire par ce qui ne touche pas à
la question.
Donnez libre jeu à votre imagination dans le cadre
que vous avez fixé. La marque d'un bon chef d'entreprise
est de laisser son imagination, concentrée sur un problème,
faire usage de toutes les connaissances acquises au sujet
du problème ou d'autres du même genre. C'est
par une combinaison d'idées anciennes et nouvelles,
fusionnées par la réflexion, qu'on arrive à
la solution des problèmes.
Nous avons souvent, dans ces Bulletins, recommandé
de prendre des notes par écrit, et en aucun cas cela
n'est plus utile pour voir clair dans les idées.
Les idées et les pensées qui paraissent se
heurter confusément dans notre esprit deviennent claires
et ordonnées quand nous les mettons sur le papier.
Le seul fait de prendre un crayon semble mettre fin au désordre.
En prenant des notes nous avons les faits sous les yeux,
et cela nous donne une chance de les étudier minutieusement.
Nous percevons les rapports entre eux. Et cela nous permet
de vérifier l'exactitude de notre raisonnement.
Le raisonnement appuyé sur les
faits
Le choix des faits sur lesquels appuyer notre raisonnement
offre parfois des difficultés. L'important est de considérer
la chaîne de nos idées et de ne prendre que les
faits qui nous sont essentiels.
Les faits sont la matière du raisonnement et ils
sont tirés de quatre sources principales : l'observation
directe ; nos souvenirs ; les informations qui nous
sont procurées par d'autres personnes et les vérités
évidentes.
Après avoir recueilli et emmagasiné les faits
et décidé quels sont ceux qui sont utiles et
véridiques, il s'agit de les mettre sous une forme
qui produira une conclusion valable. Un des meilleurs moyens
est de les réunir en un syllogisme, qui n'est qu'un
raisonnement composé de trois propositions. Les deux
premières énoncent des faits connus ; ce
sont les prémisses ; et la troisième est
la conclusion. L'exemple ordinaire donné par tous les
traités de logique est le suivant :
Tout homme est mortel
Or Pierre est homme ;
Donc Pierre est mortel.
La première proposition est d'ordre général
(Tout homme est mortel) ; la deuxième énonce
un cas particulier (Pierre est homme) qui est contenu
dans le plus grand, et cela nous donne la conclusion (Pierre
est mortel).
Remarquez bien que le syllogisme ne produit pas la
vérité, mais ne fait que la démontrer.
Il faut que les prémisses soient vraies. Si les faits
énoncés dans les prémisses sont exacts
et si le syllogisme est conforme aux règles, la conclusion
est forcément juste.
Intuition et expérience
Beaucoup de gens se moquent de la logique, ou du moins prétendent
s'en passer facilement. Ils préfèrent se fier
à leurs intuitions et s'exposer ainsi à invoquer
des « raisons que la raison ne connaît pas ».
L'intuition n'en joue pas moins un rôle important
dans la vie. Il y a des vérités que l'esprit
humain perçoit sans effort. Nos sciences, notre philosophie
et notre commerce sont basés sur des vérités
perçues intuitivement. La science les appelle « axiomes »,
la philosophie « idées innées », et
les hommes d'affaires « simple bon sens ».
En y réfléchissant un instant, nous nous apercevons
que les raisonnements sont fondés sur des axiomes.
Les axiomes d'Euclide forment le point de départ de
ses Éléments de géométrie.
Les axiomes servent de fondement à des structures dans
lesquelles l'observation, l'expérience, la preuve et
la démonstration trouvent nécessairement place.
Il est bon de limiter notre emploi du mot « intuition »
à deux cas : notre sens instinctif de la vérité
des axiomes et notre perception de la validité des
conclusions.
La plupart des chefs d'entreprise sont plus portés
à s'en remettre à l'expérience qu'à
d'autres moyens. La vie est une longue suite de leçons,
et, comme les écoliers, nous sommes punis quand nous
commettons des fautes et récompensés quand nous
faisons bien. Experientia docet. C'est peut-être
un dur moyen de s'instruire, mais c'est certainement le meilleur.
Point n'est besoin cependant de nous en tenir à notre
propre expérience. Pensez donc s'il fallait que chaque
enfant apprenne par expérience qu'on se brûle
les doigts en touchant le feu, si personne ne lui enseignait
à attraper et faire cuire son dîner, et à
se défendre contre les animaux sauvages.
Celui qui se fie seulement à sa propre expérience
n'a pas beaucoup d'outils à sa disposition. C'est ce
qui fait l'utilité des traités techniques et
des magazines du commerce : ils nous offrent la connaissance
des procédés inventés ou employés
par d'autres. Quelqu'un avant nous a fait bouillir des oeufs,
et nous savons que dans cinq minutes ils deviennent durs.
Cause et effet
L'analyse de notre propre expérience et de celle
des autres nous permet de découvrir la cause des résultats.
Nous arrivons ainsi à trouver de nouvelles combinaisons,
introduire de nouveaux facteurs et peut-être inventer
de nouvelles applications.
En faisant cela, nous nous apercevons que les résultats
ne sont pas toujours attribués à leur cause
réelle. C'est là une des erreurs les plus communes
du jugement humain.
Quelques conseils à ce sujet ne seront pas inutiles.
Il est bon de chercher un troisième facteur dans tous
les rapports entre cause et effet. Il se peut que la cause
apparente et l'effet apparent subissent une même influence
externe. Cela est particulièrement vrai dans l'analyse
des statistiques commerciales, dans la comparaison des résultats
de deux services au cours d'un exercice financier, ou encore
en comparant les fluctuations du volume monétaire au
Canada avec les chiffres des États-Unis.
Les causes réelles nous échappent le plus
souvent. Nous avons observé que, dans certains cas,
tel événement est suivi par tel autre. Il faut
toutefois nous garder de penser que, parce que l'un vient
après l'autre, le second est le résultat du
premier. Le même résultat peut avoir plusieurs
causes. Par exemple, il est probablement vrai que la sauce
n'est pas bonne quand plusieurs cuisiniers s'en mêlent,
mais il est également vrai qu'un seul cuisinier suffit
pour la gâter.
Il est important de définir exactement ce qu'on examine
pour éviter la confusion. La logique enseigne qu'il
faut « définir les termes » qu'on emploie,
et cela est tout aussi utile à l'homme d'affaires qu'au
philosophe. Mais la définition est difficile ;
elle exige un grand effort intellectuel que nous trouvons
souvent fatigant.
Définir, c'est limiter, c'est circonscrire, du latin
de-finire. Définir une chose, ce n'est pas définir
la chose elle-même telle qu'elle existe dans la réalité,
c'est énumérer et grouper les éléments
qui la constituent. Définir une idée, c'est
en déterminer le contenu, c'est circonscrire les limites
qui la séparent des autres idées.
De la définition au jugement
Après avoir recueilli les faits, observé les
événements, passé en revue nos propres
expériences et celles des autres, et défini
notre objectif et les termes que nous employons, nous passons
au raisonnement.
Nous procédons à cet égard par induction
et déduction. La méthode inductive est celle
par laquelle l'esprit conclut du particulier au général,
c'est-à-dire des effets aux causes : ce qui est
vrai d'un individu est vrai, en conséquence, de la
classe à laquelle il appartient. La méthode
déductive est celle par laquelle l'esprit conclut du
général au particulier, c'est-à-dire
des principes aux conséquences, des causes aux effets.
Après avoir raisonné par l'une des deux méthodes,
nous formons une hypothèse, qui n'est qu'une supposition,
une théorie que nous nous proposons de démontrer.
Du moment, disons-nous, que telle cause produit tel effet,
le même résultat se produira dans tous les cas
semblables. Quand nous constatons que notre hypothèse
est vraie, dans tous les cas qu'il nous est possible d'observer,
et que le résultat n'est produit que dans les conditions
que nous avons jugées nécessaires, nous en concluons
que nous avons trouvé la vérité. Même
quand notre hypothèse est fausse, le fait d'en avoir
fait la preuve réduit le champ de nos recherches et
nous met parfois sur le bon chemin.
Le danger à éviter dans ce genre de raisonnement
est de trop nous attacher à une hypothèse et
d'y tenir malgré tout. Les méthodes de raisonnement
n'admettent pas les sentiments ; ce sont simplement des
procédés intellectuels pour arriver à
la vérité.
En énonçant des propositions, qui sont à
la fois la première preuve d'une hypothèse et
le premier pas vers la vérité dérivée
d'une hypothèse, nous commençons à raisonner
clairement. Nous employons quatre formes de propositions dans
la méthode déductive de raisonnement, et quand
nous avons exprimé nos idées sous une de ces
formes, nous avons éliminé presque toutes les
possibilités d'erreur. La logique classe ces quatre
propositions comme suit :
A ... Universelle affirmative (Tout A est X)
E ... Universelle négative (Nul A n'est X)
I ... Particulière affirmative (Quelque A est
X)
0 ... Particulière négative (Quelque
A n'est pas X)
La proposition offre à notre esprit ou à l'esprit
des autres le résultat d'un jugement dans lequel nous
avons accouplé deux idées. Elle nous offre toujours
deux choix et deux seulement à la fois.
Obstacles à la pensée
Le premier ennemi de la pensée créatrice est
la rêverie. On appelle songe-creux celui qui nourrir
constamment son esprit de chimères et qui fuit la réalité.
Viennent ensuite les préjugés, qui ferment
la porte à la vérité et aux connaissances.
L'homme instruit a toujours l'esprit ouvert. La forme la plus
commune de préjugé est de trop tenir à
nos opinions. Certains préjugés sont causés
par nos sentiments, qui nous font préférer les
incidents favorables à nos opinions et ignorer ceux
qui militent contre elles, de sorte que la conclusion s'impose
en notre faveur.
Nous concluons parfois à la légère.
Nous avons à l'esprit une idée qui nous plaît,
et nous présumons qu'elle est vraie ; nous nous
en servons ensuite comme point de départ pour en démontrer
la vérité.
Nous commettons aussi des erreurs de jugement. La plus commune
est de partir d'une prémisse trop générale
pour démontrer un cas trop particulier ; ou bien
nous généralisons sans tenir compte que nul
terme ne peut être plus général dans la
conclusion que dans les prémisses.
La vie quotidienne
L'habitude du raisonnement nous est d'une grande utilité
dans nos relations sociales. Il nous aide à nous exprimer
beaucoup plus efficacement et à comprendre les idées
et les actions de nos semblables.
Grâce au raisonnement, nous arrivons à voir
les choses du point de vue d'autrui et à nous mettre
en quelque sorte en terrain neutre, d'où nous nous
apercevons que nos opinions ne sont pas entièrement
vraies ou fausses et que rien n'est complètement bon
ou mauvais. Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son.
Un juge ne condamne pas un accusé avant d'avoir entendu
sa défense.
À mesure que nous raisonnons mieux nous apprenons
l'importance des mots. Ce sont les instruments de la pensée ;
sans eux nous serions aussi ignorants que les animaux. Ce
sont les filets avec lesquels nous attrapons ces papillons
qui sont nos pensées et nos idées ; ce
sont les briques avec lesquelles nous édifions nos
idéals.
Efforçons-nous donc de comprendre clairement les
mots dont nous revêtons nos idées et d'en communiquer
exactement le sens à ceux à qui nous nous adressons.
Les avantages du raisonnement
Nombreux sont les avantages du raisonnement. Il nous aide
à calmer nos irritations, à adoucir nos désappointements,
à mettre fin à notre indécision, à
raffermir notre courage.
Notre mauvaise humeur s'apaise quand elle trouve une voie
d'écoulement, et comment saurions-nous mieux détourner
notre esprit qu'en l'occupant à la solution d'un problème ?
Souvent, en réfléchissant, à la fin de
la journée, aux décisions que nous avons prises
et en les analysant à la lumière de quelques
règles élémentaires de logique, nous
trouvons la tranquillité d'esprit à l'idée
que nous avons fait preuve de bon jugement, ou, au cas contraire,
en prenant la résolution de faire amende honorable.
Au lieu de nous laisser abattre par les désagréments,
efforçons-nous d'en raisonner clairement les causes.
Le désappointement même peut être salutaire
s'il nous enseigne à nous aguerrir contre les surprises
de la vie.
La méditation
La plupart de nos lecteurs, tout en admettant qu'il y a
du bon dans les principes énoncés dans ce Bulletin,
diront qu'ils n'ont pas le temps de les appliquer. Ils admettront
également, toutefois, qu'il est beaucoup moins facile
de réparer une erreur que de la commettre ;
qu'on perd beaucoup plus de temps à prendre une décision
quand on a les idées embrouillées que lorsqu'on
raisonne juste et droit au but ; que la fatigue intellectuelle
cause l'épuisement nerveux et physique.
En apprenant à raisonner méthodiquement au
sujet de nos affaires quotidiennes, nous nous mettons en mesure
d'avoir plus de temps pour penser aux choses qui nous plaisent
et qui nous reposent.
Il n'y a pas de solitude pendant la journée ;
on a beau fermer la porte, il y a toujours quelqu'un qui vient
frapper. Mais nous pouvons toujours fermer notre esprit aux
intrus et éprouver le même contentement que,
lorsqu'au cours d'une promenade, nous entrons sous un bois
ou dans un vallon. Dans une atmosphère de calme et
de sécurité notre esprit s'ouvre à d'aimables
idées, et en communiant avec nous-mêmes, nous
réparons nos forces morales et intellectuelles.
L'homme ne désire pas toujours être seul avec
ses pensées. Il est bon parfois de les échanger
et de recevoir les pensées des autres. Les bons penseurs
ne cherchent pas l'isolement, mais ils fuient la tension et
le tumulte de l'âge moderne. Rien n'est meilleur et
plus sain que d'avoir un ami avec qui parler et penser.
Heureux celui chez qui la faculté de réfléchir
et de s'émerveiller ne s'émousse jamais, et
qui a des amis pour partager ses trésors intellectuels.
Les choses qui comptent le plus dans la vie ne lui manqueront
jamais. C'est grâce à ses pareils, que par l'art
de penser, le monde renaît sans cesse.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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