Vol. 46, N° 3 Mars 1965
Le Canada et la Décennie
hydrologique
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Parce que l'eau est au centre des
besoins matériels de l'humanité, tous les pays
du monde ont décidé d'unir leurs efforts pour
étudier, au cours des dix prochaines années,
ce que l'on est convenu d'appeler le problème de l'eau.
Cette vaste entreprise vient d'être inaugurée
par l'Unesco sous le nom de « Décennie hydrologique
internationale ».
Il y a certes plus d'eau que l'homme ne peut en utiliser
à la surface du globe. Malheureusement, la majeure
partie de cette eau est salée et par conséquent
impropre à l'alimentation et à l'irrigation.
La faible quantité d'eau douce qui reste disponible
varie selon les régions et les époques. Celle
qui se trouve vraiment à notre portée est le
plus souvent si polluée qu'il faut la soumettre à
un long traitement, même si on ne veut s'en servir qu'à
des fins industrielles.
Si on laissait faire la nature, l'eau de nos rivières
et de nos lacs se chargerait d'assurer elle-même le
perpétuel renouvellement et l'assainissement sans fin
de ses réserves. Mais l'homme est intervenu et il a
perturbé l'équilibre de la nature. Par son insistance
sur la liberté illimitée de peupler la terre
et par sa recherche incessante de produits industriels et
autres toujours plus variés, le « roi de la création »
paraît maintenant menacer la stabilité de sa
propre existence.
La Décennie hydrologique n'est pas essentiellement
une période où il s'agit de construire de gigantesques
services d'eau, mais bien plutôt un délai que
nous nous accordons pour nous renseigner sur les faits fondamentaux
de la situation et pouvoir ensuite édifier quelque
chose de solide et de durable.
Au terme de dix années d'observation, de recensement,
d'expérimentation et de classification de la part des
spécialistes de plus de cinquante pays, on espère
que le gouvernement et les services d'aménagement des
eaux de chaque pays sera en mesure de penser avec clarté,
de juger avec sagesse et d'adopter des moyens efficaces pour
assurer la conservation des masses d'eau qui sont indispensables
à la vie humaine.
C'est là un domaine incomparable de recherches et
de découvertes. Des hommes de science, confirmés
dans cette opinion par leurs études, en sont venus
à la conclusion qu'il fallait immédiatement
faire quelque chose pour que la terre demeure habitable. Jusqu'à
présent, nos problèmes d'eau ont reçu
des solutions provisoires, au niveau municipal, provincial
et même national, mais l'eau ne respecte pas les frontières
faites de main d'homme. Un effort d'envergure mondiale, accompagné
de travaux d'observation et de mesure sur toute la surface
du globe, s'impose maintenant au monde.
Jamais encore une cause n'a réclamé avec plus
d'urgence la collaboration internationale que cette étude
mondiale du problème de l'eau. La présence et
la répartition de l'eau dans un pays, quel qu'il soit,
sont liées à la circulation de l'eau sur l'ensemble
de notre planète. Il nous faut connaître les
lois universelles qui régissent le cycle des eaux non
seulement dans l'espace, mais aussi dans le temps.
Ces lois se fondent sur les effets des rayons du soleil,
l'évolution de la chaleur à l'intérieur
de la terre, les précipitations sur le mont Everest
et le mont Logan, les courants tourbillonnaires de la stratosphère
au-dessus de l'Antarctique, le débit des cours d'eau,
les masses de glace qui se détachent des glaciers,
l'emplacement et l'étendue des gisements de sel souterrains,
le lent cheminement de l'eau à travers les roches poreuses,
la direction et le nombre des grands courants marins, les
inondations qui succèdent à la mousson sur les
bords de l'océan Indien, les vents de sable desséchants
du Sahara et les multiples activités de l'homme.
Ce qui importe avant tout, c'est de ne pas perdre de temps.
La détérioration de nos réserves d'eau
se poursuit à une allure déconcertante. Le pressant
devoir de protéger la vie humaine en sauvant la plus
vitale de ses ressources ne peut plus être remis à
plus tard.
L'hydrologie
On entend par « cycle hydrologique » le mouvement
circulaire de l'eau entre l'atmosphère et le sol par
voie de précipitation d'une part et entre le sol et
l'atmosphère par voie d'évaporation d'autre
part. L'hydrologie est la science de l'eau, de sa formation,
de son écoulement et de sa distribution ; de ses
propriétés chimiques et physiques ; de
l'influence qu'elle exerce ou qu'elle subit par rapport au
milieu ambiant et aux diverses formes d'activité humaines.
Beaucoup d'aspects des relations qui existent entre l'eau
et les autres choses demeurent obscurs, mais on sait que l'action
la plus néfaste de l'homme civilisé sur son
milieu a été le bouleversement du cycle hydrologique.
« Il est possible, dit un hydrologue, que cela réduise
la quantité des précipitations. Ce qui est certain,
en tout cas, c'est que cela réduit, dans une mesure
critique, la quantité d'eau mise à la disposition
de l'homme. » Si ce cycle allait s'arrêter pour
une raison d'ordre cosmique, la totalité de l'eau finirait
par s'immobiliser dans les océans et la vie ne pourrait
subsister que dans les mers.
C'est parce que ces vérités aussi élémentaires
que capitales échappent à l'attention du public
en général qu'il nous a été impossible
de prévoir en temps voulu les funestes effets de l'activité
de l'homme sur l'ordre naturel des choses. Nous ne comprenons
pas encore les forces que nous avons réussi à
maîtriser. Sans le secours de la science, nous nous
acheminons vers des problèmes encore plus graves et
plus nombreux, et même vers notre extinction éventuelle.
La tâche la plus urgente est de recueillir des observations
et des renseignements de base, grâce auxquels les chercheurs
seront en mesure d'établir des principes et d'élaborer
des théories qui permettront de formuler des prévisions
sur l'évolution du problème de l'eau. Des solutions
pratiques contribueront ensuite à nous ouvrir de nouvelles
possibilités et à assurer l'exploitation rationnelle
de nos ressources en eau.
Le travail préliminaire qui s'impose n'est pas facile.
Nous avons trop peu de spécialistes en hydrologie.
Il existe un grand besoin de nouvelles recrues dans cette
branche de la science qui offre un vaste et magnifique champ
d'intérêt et d'action aux hommes de science d'aujourd'hui
et de demain.
La décennie hydrologique
La Décennie hydrologique internationale est née
des délibérations de la conférence de
l'Union géodésique et géophysique internationale
à Helsinki en 1960 ; un an plus tard, le projet
recevait l'approbation de l'Unesco, de l'Organisation mondiale
de la météorologie, de l'Association internationale
d'hydrologie scientifique et d'autres organisations internationales.
La réunion préparatoire, qui s'est tenue à
Paris en 1963, groupait des représentants de 48 pays,
et la conférence de spécialistes, convoquée
en 1964, comptait 57 délégués. Il s'agit
véritablement d'une grande initiative internationale
dans le domaine de la collaboration scientifique.
Les programmes de recherches différeront d'un pays
à l'autre. En Amérique du Nord et en Europe,
l'accent sera mis sur certains travaux compliqués comme
l'effet du transport des sédiments sur la durée
des barrages et le mouvement d'infiltration des eaux de pluie
dans les réservoirs souterrains. Dans les pays moins
développés, les efforts porteront sur la mesure
systématique et continue du débit des cours
d'eau et du niveau des nappes souterraines, de façon
à aligner la consommation sur les ressources disponibles.
Tout cela ne saurait se faire du jour au lendemain ;
c'est pourquoi on s'est réservé dix années
pour mener la tâche à bonne fin. Les précipitations
et le ruissellement de l'eau varient d'année en année
dans chaque pays, et une décennie, c'est déjà
trop peu pour effectuer toutes les mesures nécessaires.
Les renseignements recueillis suffiront cependant pour que
cette période marque l'un des grands tournants de l'histoire.
Tout comme l'Année géophysique internationale
a révélé l'existence de forces spatiales
et de phénomènes qui seront des plus utiles
à la science, la décennie de recherches sur
les ressources en eau du globe et l'ensemble des besoins apportera
des connaissances nouvelles et encore insoupçonnées,
d'une importance vitale pour la continuation de la vie humaine.
La contribution du Canada
Le Canada participera aux travaux à la fois par intérêt
et par devoir de solidarité internationale. Il y a
dans notre pays des régions qui souffrent de sécheresses
périodiques, tandis que d'autres sont exposées
aux inondations. Notre économie industrielle est en
grande partie tributaire de l'énergie hydro-électrique
à bon marché, ce qui nécessite un approvisionnement
d'eau sûr et stable. Dans l'Alberta et la Saskatchewan,
1,500,000 acres de terrain sont actuellement soumises à
l'irrigation.
Des spécialistes prévoient que l'on dépensera
au Canada, pendant les dix prochaines années, plus
de 3,000 millions de dollars dans le domaine de l'aménagement
hydro-électrique, de la lutte contre les inondations,
de la conservation de l'eau et des travaux d'irrigation. Les
recherches internationales effectuées au cours de la
Décennie hydrologique ne pourront que favoriser l'étude
et la bonne exécution de toutes ces entreprises.
Notre collaboration consistera notamment à établir
un inventaire national de nos ressources et de nos besoins
en eau, à créer des stations pour réunir
les données, à assurer la classification des
renseignements météorologiques et à accroître
nos services d'observation. Des recherches spéciales
seront entreprises sur la formation et la fonte de la glace
dans les lacs et les cours d'eau, l'effet de la glace sur
le débit des fleuves, l'application des informations
recueillies par les satellites météorologiques
au calcul des couches de neige et de glace dans les régions
éloignées, les techniques de localisation des
nappes d'eau souterraine dans les prairies et les méthodes
d'étude de l'écoulement de l'eau, des précipitations
et de l'évaporation.
Le soin de coordonner les travaux a été confié
au Comité canadien de la Décennie hydrologique
internationale créé par le Conseil national
de recherches. Ce comité se compose de représentants
de divers organismes fédéraux et provinciaux
ainsi que des universités. Pour élaborer le
programme de travail du Canada, il a fait appel à l'aide
du sous-comité de l'hydrologie du Conseil de recherches,
de même qu'à celle du sous-comité de glaciologie
étant donné que les glaciers forment une partie
importante de nos réserves d'eau.
Pour remplir les devoirs que lui impose la Décennie
hydrologique et pour assurer la bonne administration de ses
ressources, le Canada doit disposer d'un réseau de
stations d'observation considérablement accru. D'après
un rapport présenté au Conseil national de recherches,
il n'existe aucune région tant soit peu étendue,
au Canada, qui soit dotée de services suffisants d'observation
hydrométéorologique. En matière de pluviographes,
par exemple, le Canada accuse un retard notable par rapport
à d'autres pays ayant à peu près le même
niveau de développement économique. La Nouvelle-Zélande
compte 14.2 pluviographes par 1,000 milles carrés de
territoire habité, alors que le Canada n'en a qu'un,
et 6.1 appareils pour 10,000 habitants contre 1.1 pour notre
pays. Avec le Royaume-Uni, l'U.R.S.S, et les États-Unis,
la comparaison est beaucoup plus défavorable encore.
Une autre entreprise importante consistera à choisir
75 bassins hydrographiques de dimension moyenne et représentant
toutes les variétés de climat, de sols, de qualité
d'eau et de végétation que l'on trouve au Canada.
Des instruments spéciaux seront ensuite utilisés
pour mesurer les précipitations, l'écoulement
de l'eau, les nappes souterraines et l'évaporation
dans ces bassins.
Environ six petits bassins hydrographiques serviront à
déterminer les effets des changements apportés
par l'homme dans l'équilibre hydrologique des bassins
naturels. On fera des études sur l'assèchement
des marécages, les conséquences de la coupe
des arbres, l'irrigation et l'érosion. Certains bassins
seront choisis comme « milieux naturels ». Rien
n'y sera dérangé, sauf l'installation des instruments
nécessaires pour obtenir une base permanente de comparaison
avec les bassins soumis aux dépradations de l'homme.
Il est manifeste, d'après cette liste partielle des
travaux, que le Canada aura beaucoup à faire pendant
la Décennie hydrographique internationale. L'une de
ses premières tâches essentielles sera d'encourager
la formation d'ingénieurs et de spécialistes
en hydrologie et dans les sciences connexes. Une série
de cycles d'études a été organisée
en vue de préparer une partie du personnel qui sera
nécessaire.
L'urgence des recherches
On ne saurait trop répéter que l'eau douce
est une matière d'une importance critique et que la
conservation et l'usage rationnel de l'eau auront une influence
décisive sur le bien-être futur de l'humanité.
Personne n'ignore l'état de pollution croissante
de nos lacs et de nos cours d'eau, et les hydrologues ont
conscience du danger qui menace l'ensemble de notre économie
hydraulique. Ce que l'on a tendance à oublier, c'est
que la consommation en eau propre à l'alimentation,
aux besoins industriels et à l'irrigation se rapproche
du point critique du non-retour.
Il est clair que le problème ne concerne pas uniquement
les terres arides. En réalité, plus le niveau
de vie sera élevé, plus on demandera d'eau pour
subvenir aux besoins des foyers, des industries et de l'agriculture,
et pour nous débarrasser de nos déchets. D'après
les prévisions du Département de l'Intérieur
des États-Unis, la consommation d'eau s'établira
à la moyenne journalière de 359,000 millions
de gallons en 1965, ce qui représente une augmentation
de 100,000 millions par jour pendant la dernière décennie
et de près de 320,000 millions depuis le début
du siècle. En 1980, la consommation sera de l'ordre
de 600,000 millions de gallons.
Le Sud-ouest de l'Ontario, situé entre deux des plus
grands lacs du monde, a déjà subi les atteintes
d'une sécheresse qui réduit sa récolte
de blé d'hiver et nuit à l'industrie laitière
et à la production du boeuf de boucherie. À
Dallas, au Texas, les habitants de la ville ont fait la queue
pour acheter de l'eau à cinquante cents le gallon ;
à New Jersey, un robinet qui fuit peut valoir trente
jours de prison à son propriétaire ; dans
d'autres parties du pays, on a fermé des écoles,
limité des industries, suspendu des constructions et
interdit les lavages d'autos à cause de la rareté
de l'eau.
L'effort international inauguré par l'Unesco n'est
donc pas un simple exercice spéculatif. La nécessité
absolue d'atteindre à un plus haut degré d'aménagement
rationnel des ressources en eau, fondée sur des connaissances
détaillées et authentiques, est un fait reconnu.
Nous avons besoin de renseignements sûrs, afin de pouvoir
élaborer sur une base solide les mesures voulues pour
tirer le maximum d'utilité de l'eau destinée
à l'agriculture, au foyer, à la production d'énergie
électrique, à la navigation et à l'industrie,
tout en nous appliquant à réduire au minimum
les conséquences funestes des inondations, de la pollution,
de la salinisation et de la dégradation des cours d'eau.
Le dessalement de l'eau de mer
L'eau de mer contient environ une once et demie de sel par
pinte, et personne encore n'a découvert une méthode
de dessalement vraiment économique. Les recherches
se poursuivent dans plusieurs voies assez prometteuses, mais
la solution pratique ne s'annonce pas pour bientôt.
Seules des situations économiques ou géographiques
d'un caractère spécial ont pu justifier jusqu'ici
la création de grandes usines de dessalement. Il en
existe une à Koweït, sur la côte du golfe
Persique. D'immenses installations de distillation, alimentées
au gaz naturel ou au pétrole y ont été
construites ; elles produisent aujourd'hui plus de dix
millions de gallons d'eau douce par jour.
Certains chercheurs sont d'avis qu'il y a une autre solution
qui peut avantageusement remplacer le dessalement. Les habitants
du désert ont habitué certains animaux, comme
le chameau et le caracul, à boire de l'eau à
forte teneur en sel, et leurs troupeaux engraissent et se
reproduisent normalement. On affirme d'autre part qu'il serait
possible d'irriguer les terres agricoles avec de l'eau aussi
salée que l'eau de mer.
L'idéal serait naturellement d'organiser l'emploi
de nos ressources en eau douce de telle sorte que nous ne
soyons pas forcés de faire appel à l'eau dispendieuse
des océans, et d'assurer la protection de nos nappes
d'eau souterraines contre la contamination par l'eau salée.
Les réservoirs souterrains
Le Service des levés géologiques des États-Unis
a dressé une liste de trente problèmes relatifs
aux eaux souterraines, où des recherches s'imposent
sans retard. Un spécialiste va même jusqu'à
dire qu'il n'y a eu en réalité aucun progrès
fondamental dans la connaissance de l'hydrologie souterraine
et des principes de l'hydraulique au cours des vingt-cinq
dernières années.
La plupart des roches, de même que les couches de
sable, de gravier, de glaise et de boue qui forment le sol,
comportent des parties poreuses. Leur degré de porosité
est cependant très variable : presque nul dans
le cas des roches très dures qui ont fait éruption
de l'intérieur embrasé de la terre, elle atteint
jusqu'à 35% dans certains terrains très meubles.
Si les pores sont reliés les uns aux autres, l'eau
peut s'infiltrer dans l'écorce terrestre, et l'on dit
alors que la roche est perméable.
Telle est l'origine de la réserve d'eau que nous
sommes portés, à tort, à considérer
comme un don gratuit et inépuisable. Elle est 3,000
fois plus importante que la masse d'eau qui peut se trouver
à un moment quelconque dans l'ensemble des cours d'eau
de notre planète, vingt fois plus grande que la quantité
d'eau que renferment toutes les mers intérieures et
d'eau douce du globe. On peut en estimer le volume à
un million de milles cubes. Certaines eaux ainsi emmagasinées
dans le sous-sol datent de plusieurs milliers d'années.
Mais il ne suffit pas de connaître l'existence des
nappes souterraines pour savoir dans quelle mesure nous pouvons
compter sur cette réserve. Nous ignorons ce qui se
passe exactement dans les entrailles de la terre. Quelle forme
(liquide ou gazeuse) l'eau revêt-elle dans les profondeurs ?
Quelles forces agissent sur elle ? Combien de temps va
durer cette humidité qui fait vivre les plantes ?
Quel rôle joue la forêt dans l'acheminement de
l'eau vers les réservoirs souterrains ? Voilà
autant de problèmes qui demeurent mystérieux
et auxquels on peut espérer que la Décennie
hydrologique internationale apportera une solution plus ou
moins définitive.
L'eau souterraine n'est pas une ressource naturelle perpétuellement
renouvelable. Si l'on veut la faire durer pour le plus grand
bien de l'espèce humaine, il importe d'en reconstituer
les stocks. Comme on l'a dit, l'homme est le seul élément
de désordre dans un monde par ailleurs bien ordonné.
C'est à lui qu'il incombe, par conséquent, de
remédier à ses pillages. À l'heure actuelle,
ses prélèvements sur la réserve souterraine
excèdent à coup sûr les possibilités
de réapprovisionnement.
L'homme et la nature
Il est temps que l'homme commence à se montrer plus
respectueux envers le milieu dans lequel il vit. Plus la technique
évolue, plus nous nous adonnons, semble-t-il, à
des activités nuisibles pour la nature.
Quelles sont ces activités ? Nous changeons
les conditions climatiques et hydrologiques en construisant
des ouvrages de génie hydrauliques ; en bâtissant
des villes, en défrichant des terres, en asséchant
des marais, nous modifions la quantité et la qualité
de l'eau de nos bassins fluviaux, de nos gisements souterrains
et du sol ; enfin, nous dénaturons trop souvent
l'eau en l'utilisant à des fins industrielles, agricoles
et domestiques.
Nous en avons un exemple typique dans la pollution des eaux
courantes par les déchets des grandes villes et le
ruissellement empoisonné des insecticides. On connaît
la valeur de l'eau propre dans l'alimentation humaine, et
pourtant les municipalités continuent de voter contre
le traitement approprié des eaux d'égout et
les autorités supérieures du gouvernement hésitent
à imposer l'interdiction à ceux qui déversent
des matières nuisibles dans les rivières et
les fleuves. La Décennie hydrologique internationale
aura accompli une oeuvre éminemment utile même
si elle ne parvient qu'à faire comprendre leur responsabilité
à ceux qui peuvent quelque chose pour remédier
à cette désastreuse situation.
La pollution n'est pas un problème nouveau, mais
c'est un problème qui fait boule de neige en raison
des besoins de plus en plus artificiels de la société.
Le tourbillon des progrès techniques et de l'expansion
urbaine devait accroître le volume et la multitude de
plus en plus nombreuse des déchets industriels et ménagers
qui contaminent nos eaux : détergents, insecticides,
composés chimiques et résidus radioactifs des
fabrications atomiques. Les nappes d'huile que répandent
les cargos sur les mers intérieures aggravent encore
la menace, car elles ont pour effet de retarder le processus
naturel d'autoépuration du milieu en diminuant le pouvoir
de réoxygénation de l'eau, c'est-à-dire
la capacité que possède l'eau d'absorber l'oxygène
de l'air.
Nous n'avons plus le choix
Qu'adviendra-t-il si nous négligeons de recueillir
des renseignements et de les utiliser à bon escient ?
La réponse à cette question est inscrite dans
les ruines des civilisations anciennes, qui étaient
à leur époque aussi évoluées que
la nôtre à l'heure actuelle.
La solution du problème de l'eau consistait autrefois
à émigrer vers des régions dont les ressources
étaient encore intactes. Aujourd'hui la chose n'est
plus possible et la civilisation risque de mourir de soif.
S'il ne s'agit pas, comme le dit Raymond Furon, dans Le
Problème de l'eau dans le monde, de prévoir
le genre de mort promis à nos successeurs immédiats,
il faut bien reconnaître que l'eau commence à
manquer et qu'en l'an 2,000 il ne nous restera peut-être
plus que la mer à boire.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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