Vol. 31, N° 3 Mars 1950
L'eau est essentielle
à la vie
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Nous pouvons vivre sans abri ou
vêtements pendant des mois, sans manger pendant des
jours mais, sans eau, la vie est une question d'heures et
de minutes.
C'est un sujet auquel nous réfléchissons rarement.
L'eau est une chose commune, à la portée de
tous, et bon marché. Meilleur marché que la
terre : l'eau qui coule des robinets dans nos villes
ne coûte que cinq sous la tonne, tandis qu'un tombereau
de terre ordinaire vaut au moins une piastre et le bon terreau
une dizaine de dollars.
Ce n'est qu'en cas de crise que nous nous rendons compte
combien l'eau nous est nécessaire. Même alors,
nous nous contentons de défendre d'arroser les pelouses
ou de couper l'eau pendant quelques heures par jour, ou bien,
comme à New-York, il y a quelques années, de
ne pas nous raser un jour par semaine.
Voici en quelques lignes dix des plus importants usages
de l'eau, dont chacun a fourni le sujet de centaines de traités
techniques : l'humidité de l'air rend la vie organique
possible ; l'eau à boire est le plus grand besoin
de notre corps ; les plantes, depuis les humbles lichens
de la Gorge du Niagara aux gigantesques sapins de la Colombie-Britannique,
ne poussent que dans les endroits où il y a de l'eau ;
la mer nous donne les poissons et autres produits dont nous
nous nourrissons ; c'est la source de la vapeur et de
l'électricité ; les procédés
mécaniques et chimiques de l'industrie ont besoin d'eau ;
depuis l'époque la plus reculée, l'eau a servi
de moyen de transport à l'humanité ; c'est
l'eau qui décide le site des villes et des fermes ;
sous forme de glace, l'eau est universellement employée
pour la réfrigération et, le plus souvent, elle
sert à déterminer les frontières politiques.
Utile à ce point, il n'est pas étonnant qu'il
y ait concurrence entre ses différents usages. Les
autorités municipales, provinciales ou fédérales
sont parfois obligées d'intervenir et interdire l'arrosage
des rues, réduire le montant disponible pour les usines
hydroélectriques, ou rationner les industries.
Notre indifférence en ce qui concerne la pluie et
l'abondance de l'eau est devenue un danger pour notre civilisation.
Elle fausse nos idées économiques, nous induit
en erreur sous le rapport de la colonisation et de l'immigration,
nous aveugle sur les conséquences de construire les
villes de plus en plus grandes, et nous fait faire des erreurs
de jugement par rapport au site et à l'avenir des usines.
L'eau est bienfaisante, quand on en fait usage proprement.
Elle apporte la fécondité et rend les communautés
prospères si son débit est réglé
avec soin. Nos difficultés sont causées par
nos efforts d'adapter notre milieu à nos besoins économiques
et sociaux, sans tenir suffisamment compte des lois de la
nature.
En desséchant les marais et les étangs, nous
avons détruit le nid et le repaire d'utiles oiseaux
et animaux aquatiques. En coupant les arbustes sur les bords
des lacs et des rivières, nous avons exposé
l'eau au soleil qui l'a rendue trop chaude pour les meilleures
sortes de poissons. En déboisant les collines, nous
avons abaissé le niveau de l'eau dans le sol et les
racines des plantes n'arrivent plus à trouver l'humidité
nécessaire. Par faute de précautions, nous sommes
à court d'eau pour nos usines électriques et
pour la navigation.
La beauté de l'eau
Le rôle utilitaire de l'eau ne devrait pas nous faire
perdre de vue la beauté qu'elle apporte au paysage.
Imaginez-vous la banalité d'un monde sans eau !
L'eau est la source de tous les changements que nous observons
dans les nuages et le réflecteur de merveilleuses teintes
d'ombre et de lumière. Elle a modelé la surface
de notre terre, découpé les gracieux escarpements
de nos montagnes canadiennes et, quand vient la saison, les
couvre d'un manteau blanc. Chaque cours d'eau a sa beauté
propre, depuis le mince filet d'eau qui gazouille le long
d'un chemin de montagne en Colombie-Britannique, jusqu'à
la marche imposante et silencieuse du Saint-Laurent autour
de l'Île d'Anticosti.
Les poètes, les philosophes et les tourneurs de films
ont choisi les rives des fleuves pour situer les scènes
d'amour, pour échapper aux banalités de la vie,
et pour mettre en scène des événements
dramatiques. Tout le monde trouve un voyage plus agréable
quand le train suit le cours d'une rivière. Les gens
qui ne font rien ou qui n'ont rien a faire vont généralement
s'accouder au parapet d'un pont pour passer le temps, ou s'asseoient
au bord d'un dock en laissant pendre leurs pieds au-dessus
de l'eau.
Charles Darwin, le grand naturaliste auteur de l'Origine
des Espèces écrivit un jour à sa
femme qu'il s'était endormi au bord d'un ruisseau.
« Quand je me suis éveillé, un choeur d'oiseaux
chantait autour de moi ; les écureuils se poursuivaient
dans les arbres et quelques piverts étaient en train
de rire. Je n'ai jamais rien vu de plus rustique et plus agréable,
et il ne m'est pas venu à l'idée de me demander
d'où descendaient les oiseaux ou les animaux. »
C'est là l'effet des ruisseaux sur les gens observateurs.
Ils vous chuchotent une vieille histoire ou en inventent une
nouvelle ; ils accompagnent de leur murmure le chant
des oiseaux, ou bavardent bruyamment le long des pentes.
Mais laissons là le côté poétique
pour considérer les aspects plus sérieux et
plus utilitaires de l'eau.
À l'origine
Toute l'eau au service des hommes est dérivée
de la vapeur condensée dans l'atmosphère. La
science de l'hydrologie, qui traite des différentes
espèces et propriétés des eaux, a fait
un grand progrès ces dernières années.
Elle a découvert que la distribution et le transport
de l'eau obéissent à une loi fondamentale d'équilibre.
Le rapport qui existe entre (1) les océans, les lacs,
les cours d'eau et les eaux souterraines, (2) la partie solide
de la terre, et (3) l'atmosphère, est appelé
le cycle hydrologique.
L'eau circule continuellement de la terre à l'atmosphère
et de l'atmosphère à la terre. Quand elle s'évapore
des étangs, des lacs, des cours d'eau et des océans,
elle forme une vapeur dans l'air ; cette vapeur se condense
en nuages et tombe sur la terre sous forme de pluie.
La pluie qui tombe sur la terre disparaît d'une des
quatre manières suivantes : une partie s'évapore
immédiatement ; une autre reste sur le sol pour
être plus tard évaporée par les plantes ;
une autre partie s'infiltre dans le sol jusqu'aux couches
rocheuses, et le reste s'en va dans les cours d'eau. La quantité
de pluie au service de l'humanité est déterminée
par la température, la nature du sol, la végétation
et autres caractéristiques géographiques.
La partie absorbée par le sol a une très grande
importance. Elle va rejoindre le vaste réservoir souterrain
qui s'étend sous presque toute la surface du globe.
C'est cette eau souterraine qui alimente les sources, les
puits et les rivières. Elle fournit l'eau aux plantes
par capillarité. Elle dissout les matières chimiques
du sol et nourrit ainsi les plantes.
La seule manière d'avoir plus d'eau est de l'empêcher
de s'écouler, et c'est le premier pas de la conservation.
Évidemment, il ne sert à rien de souhaiter
la pluie si nous la laissons couler à travers nos champs
et s'en aller à la mer par une rivière. Notre
ignorance a gaspillé des millions d'arpents de terre,
diminué considérablement le rendement des récoltes,
affamé les bestiaux, répandu les déserts
sur la face de la terre et dévasté les régions
industrielles.
Les eaux du Canada
Quelques autorités croient que nos eaux diminuent.
Leur opinion est basée sur les résultats d'enquêtes
en Ontario il y a quelques années. Depuis cent ans,
entre 80 et 85 pour cent des cours d'eau qui coulaient continuellement
à pleins bords sont devenus intermittents et sont à
sec au moins une fois chaque été.
Mais la quantité d'eau terrestre est permanente et
indestructible ; elle change seulement de place. La demande
augmente en proportion de l'accroissement de population, des
progrès industriels et de la hausse du niveau de la
vie. Les perfectionnements tels que la climatisation et l'électrification
rurale exigent de grandes quantités d'eau.
Ce sont là des changements légitimes. E. Newton-White
dit dans son traité Canadian Restoration qu'ils
auraient pu être effectués sans perte ou dommage
grâce à un peu de sagesse et de soins. Mais en
détruisant les barrières naturelles nous avons
accéléré le mouvement des eaux au point
qu'elles n'arrivent pas au réservoir souterrain. L'eau
coule si rapidement de la surface qu'elle emporte le sol hors
de toute portée économique.
De sorte que, malgré que le Canada soit richement
doté sons le rapport des eaux, il n'y a pas lieu de
nous endormir sur les deux oreilles. Nous avons 283,000 milles
carrés d'eau douce dans notre pays. Le lac Supérieur,
qui forme notre frontière sud, est la plus grande masse
d'eau douce au monde. Nous avons de gros fleuves. Le Mackenzie,
qui est le plus long, mesure 2,514 milles depuis le Grand
Lac de l'Esclave jusqu'à l'océan arctique ;
le Saint-Laurent et les Grands Lacs sont navigables sur 2,338
milles depuis le détroit de Belle-Isle jusqu'à
la tête du Lac Supérieur, au centre même
du continent. Notre rivage est un des plus longs au monde,
14,820 milles pour le continent et 34,650 milles pour les
îles.
Assez, direz-vous pour tous les besoins humains. Assez pour
nous donner l'humidité qui dissout l'oxygène
que nous respirons, pour liquéfier nos aliments et
les rendre digestibles, assez pour notre santé et nos
besoins industriels.
Mais regardez un peu tout ce qu'elle a à faire. Il
faut 300 tonnes de pluie bien utilisées pour faire
pousser une tonne de maïs, et 700 gallons d'eau par jour
pour les besoins alimentaires et autres de chaque personne.
C'est une tâche énorme d'amener l'eau dans
les villes. Rome avait onze aqueducs qui apportaient chaque
jour 40 millions de gallons d'eau à un million d'habitants ;
à peu près la même quantité qu'à
Montréal en 1869, mais aujourd'hui il faut à
Montréal une moyenne de 120 gallons par jour par personne,
à peu près comme à Toronto. Il faut 1,200,000,000
de gallons par jour à New-York.
Quand nous manquons d'eau
L'eau pose incontestablement un grand problème dans
de nombreux endroits. Le manque d'eau potable ou utilisable
arrête de plus en plus l'expansion de l'agriculture
et de l'industrie et la croissance des collectivités.
Beaucoup de villes qui avaient assez d'eau autrefois trouvent
qu'elles n'en ont plus assez depuis que leur population a
augmenté. Le cultivateur se trouve obligé de
creuser des puits plus profonds. Dans les endroits où
l'eau est tirée de réservoirs artificiels, la
vase apportée par les érosions comble peu à
peu le fond des réservoirs et en réduit la capacité.
Mais nous ne nous inquiétons guère. Il est
difficile d'intéresser les gens à conserver
l'eau. Nous ressemblons un peu sous ce rapport à la
souris qui venait tous les jours se mettre sous un robinet
fermé, dans l'espoir qu'un jour ou l'autre il en tomberait
une goutte d'eau.
Ce qui est arrivé à New-York, il y a quelques
années, n'est remarquable que par le fait que cela
s'est produit sur une si grande échelle. Beaucoup d'autres
villes en souffrent à un moindre degré seulement
parce qu'elles sont moins grandes.
Aux environs de Baltimore le niveau de l'eau souterraine
a tellement baissé qu'il faut creuser les puits 146
pieds plus profondément qu'en 1916. William Vogt, auteur
de Road to Survival, dit qu'il n'y a rien de plus stupide
dans l'histoire que la mise en valeur de la Santa Clara Valley
en Californie. Des puits artésiens furent creusés
mais sans essayer de préserver la source de l'eau,
et ils furent à sec au bout d'une trentaine d'années.
Le dernier tarît en 1930. Une fois l'eau partie, le
sol de la vallée s'affaissa de 5 pieds en 20 ans, ce
qui causa des millions de dollars de dégâts.
Mais on ne fit rien pour y porter remède. En 1922,
les colons votèrent $4,000,000 pour un plan de conservation
et dans les vingt années suivantes dépensèrent
$16,000,000 en nouveaux puits et installations. Ce n'est que
lorsque l'eau salée de la baie de San Francisco commença
à couler de leurs pompes qu'ils s'occupèrent
de chercher à retenir l'eau de pluie dans le sol.
Au lieu de creuser des puits et d'amener l'eau des montagnes
dans les villes par des aqueducs, des gens proposent des moyens
fantastiques. L'eau ne manque pas dans les océans,
disent-ils, pourquoi ne pas la distiller ? Un mémoire
soumis au Conseil économique et social des Nations
Unies dit que le coût est prohibitif et va de 25 cents
à $1.25 par mille gallons. Prenez la moyenne, et cela
coûterait $328,500,000 par an à New-York.
D'autres conseillent de recueillir la rosée. Le procédé
était employé anciennement en Angleterre où
l'on trouve encore des étangs pour cela dans les collines
de craie. La proposition a été soumise sérieusement
au Conseil économique et social des Nations Unies,
et le représentant des États-Unis a été
forcé d'admettre que la rosée n'était
pas comptée comme source d'eau potable même dans
les régions arides de l'Ouest.
L'autre extrême
Trop d'eau ne vaut guère mieux que pas assez. Les
climats pluvieux des tropiques et les marécages sont
impropres à la colonisation. Même les inondations
temporaires causent des malheurs dans les villes et les campagnes.
Certaines inondations, comme celles de 1936 et 1937 à
Port Hope, et de 1937 à London, le débordement
de la South Sydenham et autres rivières, et surtout
les crues de 1947 dans le sud-ouest de l'Ontario, ont causé
de grands dégâts, sans compter les souffrances
et l'arrêt des communications.
Dans certaines parties des États-Unis, l'équilibre
de la nature a été bouleversé du sommet
des montagnes au creux des vallées, et les pertes dues
aux inondations et à la sédimentation se chiffrent
en moyenne à $300,000,000 par an. L'épuisement
du sol, le déboisement à outrance et le manque
de précautions pour arrêter l'érosion
ont contribué à faire déborder les cours
d'eau.
Même quand il y a de l'eau en abondance, sans y en
avoir trop, les hommes semblent se plaire à la gâter.
Ils y jettent des millions de tonnes de saletés et
de détritus. On voit sur nos rivages et sur les bords
de nos rivières de belles plages avec l'avis « Défense
de se baigner ; eau contaminée. »
On ne trouve de l'eau potable « à l'état
naturel » que dans quelques parties de nos 3,690,000
milles carrés, surtout dans les hauts plateaux et les
montagnes loin des endroits habités. Ce n'est que là,
où l'eau a été filtrée en passant
à travers des couches de sol vierge, ou qu'elle provient
de la fonte des neiges, qu'on peut boire en toute sûreté
à une source, un étang, un lac ou un torrent.
On peut classer en trois catégories l'effet nuisible
de l'eau corrompue : dangers pour la santé, pertes
économiques et tort aux ressources touristiques. La
plus importante des impuretés est naturellement la
présence de microbes.
C'est là un problème national dont l'importance
varie selon le bassin des rivières et les localités.
Dans certains bassins d'écoulement, le tout-à-l'égout
contribue principalement à contaminer l'eau, et ailleurs
ce sont les exploitations minières et industrielles.
Évidemment, nous ne pouvons pas rester sans rien
faire pendant que des montagnes de détritus pleins
de microbes sont déversés dans nos cours d'eau.
Ce n'est pas seulement nous qui en souffrons, mais aussi le
gibier et les poissons. L'eau d'irrigation tirée de
canaux contaminés peut communiquer des germes aux produits
du sol et répandre des maladies.
Notre devoir
Il est temps de nous rendre compte que les lois naturelles
nous imposent des restrictions et des devoirs. Que cela nous
plaise ou non, du point de vue personnel ou politique, l'eau
continuera à suivre la pente des collines et sa force
destructive à augmenter selon le degré de pente ;
elle continuera à être impure si nous y jetons
des impuretés ; le niveau des eaux souterraines
diminuera si nous continuons à les épuiser sans
leur donner le moyen de se renouveler.
Même si la nature était bienveillante au lieu
d'être strictement et logiquement impartiale, elle ne
pourrait pas remplacer le sol gaspillé sans recourir
au procédé infiniment long qui a formé
le sol en premier lieu au moyen des roches primitives, et
elle ne peut pas non plus par ses doux procédés
remédier au violent empoisonnement causé si
impitoyablement par les hommes.
L'histoire nous offre des exemples classiques de civilisations
détruites par l'emploi abusif de l'eau et du sol ;
ce sont les villes enterrées sous le sable de la Chaldée
et de l'Assyrie, et les vastes régions, autrefois riches
et prospères, du nord-ouest de la Chine. L'érosion
a détruit ou sapé toutes les civilisations de
la Méditerranée, anciennes et modernes, depuis
Athènes et Rome jusqu'à l'Italie et l'Espagne,
sans compter les plaines fertiles de l'Afrique du Nord où
florissait autrefois Carthage.
Nous vivons aujourd'hui à une époque où
l'agriculture n'arrive pas à nourrir une population
sans cesse croissante. Tout dépend de la façon
dont nous arrivons à nous débrouiller quand
nous avons trop d'eau ou pas assez.
La méthode de la nature
Nous étudierons un autre mois la question de l'irrigation.
Elle a beaucoup d'importance dans l'Ouest du Canada. On y
fait des prodiges, non seulement dans le cas de grands projets
comprenant des milliers d'arpents mais pour les petites fermes.
L'irrigation offre la perspective d'une vie nouvelle aux cultivateurs
des plaines de l'Ouest, et nous y consacrerons prochainement
un Bulletin mensuel.
Il est nécessaire, toutefois, de tirer du présent
article sur l'importance de l'eau dans notre vie, une leçon
et peut-être l'idée d'un plan pour la conserver.
La méthode que nous avons en vue est celle de la nature.
Le plus grand dommage causé par l'homme civilisé
sur son milieu est le bouleversement du cycle des eaux. Dans
le Canada vierge, avant l'arrivée des blancs, il existait
une société mutuelle d'équilibre entre
l'eau, le sol, l'herbe, la forêt et la faune.
Son fonctionnement est expliqué dans le livre Canadian
Restoration par Newton-White : À cette société,
chaque membre contribuait une mesure de maîtrise et
de protection, et en retour il jouissait d'une mesure de maîtrise
et de protection. En conséquence, les cours d'eau étaient
limpides, frais et constants, et emportaient, sans causer
le moindre désordre, l'eau qui restait après
avoir pourvu aux besoins des réservoirs naturels et
de la vie animale et végétale.
Mais nous avons brisé notre contact avec la nature
et nous nous abritons derrière nos trucs mécaniques
avec un faux sentiment de sécurité. Nous récoltons
le grain, faisons de la farine et du pain avec des machines
et par l'électricité, mais nous oublions que
pour faire un pain d'une livre il a fallu employer presque
deux tonnes d'eau. Nous plantons des milles carrés
de maïs pour notre table ou pour les bestiaux, sans songer
que pour faire pousser un arpent de maïs, il faut 3,000
tonnes d'eau, ou environ 15 pouces de pluie.
Quand nous pensons aux aliments, commençons par l'ingrédient
essentiel : l'eau. Quand nous pensons à la conservation
du sol, commençons par l'élément qui
est le plus grand ami ou le plus implacable ennemi de la formation
du sol : l'eau. Et quand nous pensons à l'eau,
commençons non pas par le robinet ou l'embouchure du
fleuve, mais remontons à la source, sur le sommet des
montagnes et au versant des collines.
L'objectif en vue
Le contrôle et la conservation des eaux de nos plaines
de l'Ouest - la corbeille à pain du monde, comme nous
nous flattons de les appeler - commencent au versant des montagnes
Rocheuses. Leur déboisement cause de plus grandes crues
au printemps et envoie dans les rivières l'eau qui
devrait filtrer dans le sol pour alimenter nos réservoirs
souterrains.
Rien ne sert de dépenser des millions pour endiguer
les rivières et mettre en valeur les vallées,
à moins d'adopter en même temps des méthodes
efficaces pour enrayer la dévastation inutile des forêts.
Les forêts bien aménagées sont le meilleur
moyen de conserver l'eau et le sol. Les statistiques de 100
orages dans les monts Appalaches pendant deux ans révèlent
que l'écoulement de l'eau dans les régions déboisées
au plus fort des crues est de dix à vingt fois plus
gros que dans les régions boisées. Les petits
cours d'eau coulent généralement d'une manière
continuelle dans les forêts, mais sont souvent à
sec entre les pluies dans les régions sans arbres.
Les forêts font fonction de soupape de sûreté.
Pendant les saisons de sécheresse, l'eau emmagasinée
dans le sol dégoutte dans les sources et les cours
d'eau, et le niveau hydrostatique est maintenu dans les terrains
adjacents. Les forêts n'augmentent peut-être pas
le montant de pluie, mais elles aident certainement à
la distribuer plus avantageusement que les terrains déboisés.
Cela ne signifie pas que nous devrions pousser les choses
au point de reboiser des terrains consacrés à
l'agriculture, quoique cela soit nécessaire dans certains
cas. Contentons-nous de faire sagement usage de chaque terrain
selon ses aptitudes naturelles.
Il y a lieu d'admirer les gros barrages et les immenses
réservoirs. Ces masses monumentales de béton,
comme A. H. Carhart les appelle dans un article publié
dans The Atlantic, sont destinées à servir
à l'irrigation, à contrôler les crues
et à produire de l'énergie - admirables objectifs.
Mais si l'eau manque en amont, leurs jours sont comptés.
Conserver l'eau par la méthode de la nature n'est
pas une petite affaire. Il faudra le concours éclairé
de toutes les sciences naturelles pour déchiffrer la
subtile énigme des rapports entre le sol, l'eau, les
animaux et les végétaux. Les sciences sociales
auront une noble tâche à faire comprendre aux
hommes la sagesse de collaborer et de ménager leurs
ressources pour le bien commun. Et les gouvernement devront
déployer leurs meilleurs efforts pour contenter les
divers besoins actuels de l'agriculture et de l'industrie
sans empiéter sur l'avenir.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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