Vol. 56, N° 5 Mai 1975
Viser à la simplicité
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Il nous est toujours agréable d'échapper
aux complications de l'existence en revenant à ce qu'il
y a de plus simple en elle et de trouver dans sa simplicité
même un remède à sa complexité.
Nous ne saurions accuser le progrès scientifique
qui caractérise notre époque de tous nos embarras
et nos difficultés. La science, il est vrai, invente
des appareils compliqués, que nous pouvons utiliser
si nous le voulons, mais elle nous procure aussi des choses
simples, qui rendent la vie plus facile, meilleure et plus
intéressante. Ainsi, il est plus aisé que jamais
d'être propre, de conserver sa santé et de se
déplacer. Ces bienfaits, que représentent le
savon, les désinfectants et les véhicules de
transport, sont des réalisations de la science.
Les gens aiment faire des choses simples : danser,
lire, peindre, construire des maisonnettes pour les oiseaux,
collectionner des timbres-poste, établir leur généalogie.
C'est lorsqu'ils s'adonnent sans nécessité à
des activités complexes qu'ils commencent à
avoir besoin des secours de la psychiatrie.
Une bonne définition pratique de la simplicité,
applicable à la rédaction d'une lettre comme
à la construction d'une installation hydro-électrique,
nous a été donnée par les ingénieurs :
une machine simple est celle qui ne comporte pas de pièces
inutiles.
Il n'est pas d'activité humaine où la simplicité
soit d'une plus grande nécessité que dans la
communication des idées entre personnes. Qu'il s'agisse
de relater une catastrophe ou un voyage de vacances, notre
récit sera plus facile à comprendre si nous
le décomposons en épisodes simples. Écrire
avec simplicité, c'est s'adapter au niveau de compréhension
de ses lecteurs, en évitant à la fois de les
mystifier en surestimant leur capacité et d'employer
le style enfantin de l'abécédaire.
La simplicité exige de la précision. L'auteur
d'un rapport ou d'une lettre doit s'astreindre à un
travail préparatoire. Ses renseignements seront axés
sur le but à atteindre, sinon ils n'auront aucune valeur
informative. Ils doivent être bien exprimés,
autrement ils ne seront pas compris.
Si l'élégance du style n'est pas à
la portée de tous, tout le monde par contre peut écrire
de façon claire et directe. L'art de la rédaction
consiste à présenter son sujet avec précision,
de manière que le destinataire le comprenne facilement
et dans l'esprit même où il a été
conçu.
La simplicité du style et du discours est le signe
extérieur de la profondeur de la pensée. Ceux
qui se forcent pour ajouter du neuf à leurs laçons
de parler s'éloignent du naturel, et leurs paroles
prennent un air d'affectation et de suffisance. Ils s'abaissent
au niveau des chanteurs qui « agrémentent »
leurs chansons de contorsions du corps et du visage.
Celui qui sait manier l'expression verbale n'écrit
pas de lettres et ne prononce pas d'allocutions d'un style
trop pompeux par rapport au genre ou à la somme de
renseignements qu'ils transmettent. Certains pensent que la
profondeur est synonyme d'intelligence. Ils ne parlent ni
ne traitent simplement des choses simples, mais toujours « en
profondeur ». Au lieu de « je suis heureux de vous
dire », ils écriront « j'éprouve un
vif plaisir à vous informer ».
Connaître son sujet
Bien entendu, il faut connaître la question sur laquelle
on écrit. Alors la tâche devient facile :
il suffit de dire ce qu'on sait afin de le faire comprendre
aux autres.
Ce qui se passe chez celui qui parvient graduellement à
écrire non plus avec obscurité, mais avec clarté
et simplicité, c'est qu'il amasse des connaissances,
qu'il les assimile et qu'il les ordonne.
Il n'est pas nécessaire de faire des recherches très
profondes pour résoudre certains problèmes.
Intrigué par l'affluence soudaine des visiteurs, un
musée d'art chargea une équipe d'étudier
ce phénomène. Quelle force culturelle entraînait
la collectivité ? Pourquoi tant d'hommes, de femmes
et d'enfants se présentaient-ils au musée cette
année-là en comparaison des quelques rares personnes
qui y étaient venues l'année précédente ?
La raison en était aussi simple que désillusionnante :
le musée avait fait installer des lavabos.
S'il y a quelque chose que vous ne pouvez pas coucher en
termes simples, c'est probablement parce que vous ne comprenez
pas la question ou que vous n'avez pas tous les renseignements
voulus. Il vous reste encore des choses à apprendre.
Bien des difficultés se révèlent simples
grâce à la méthode de la définition.
De fait, le moyen le plus efficace pour comprendre un mot,
une question, une affirmation ou un ordre, c'est de l'analyser
et de le définir.
Une bonne définition doit indiquer sous quels rapports
un objet se distingue de tous les autres objets de nature
analogue. Si vous dites que l'homme est un bipède sans
plumes, votre définition est peut-être techniquement
juste, mais votre lecteur pensera peut-être à
un poulet plumé.
Les choses seront plus claires et mieux ordonnées
dans votre esprit si vous classez les faits que vous apprenez
et si vous les associez aux autres faits qui se trouvent déjà
dans votre mémoire. Le principe de classement d'un
sujet complexe est parfois assez simple. Les types d'empreintes
digitales, par exemple, sont fondés sur la disposition
variable des arcs, des boucles et des volutes.
Que vos pensées restent simples
Vous constaterez avec le temps que vos pensées peuvent
rester simples si compliquée que soit la question sur
laquelle vous voulez parler ou écrire. Demandez-vous,
en premier lieu, ce qu'est la chose qui fait l'objet de votre
réflexion et fermez la porte de votre esprit à
tout le reste. L'un des moyens les mieux connus d'être
pris de panique est de laisser un problème ou une affaire
simple s'empêtrer dans des questions secondaires.
N'essayez pas de cerner tous les facteurs, car ils sont
illimités. La prise en considération d'éléments
ou de renseignements sans rapport avec votre sujet ne fera
que compliquer votre étude. Rassemblez assez de faits
et de caractéristiques importantes pour justifier votre
thèse et commencez à rédiger.
C'est avant d'écrire qu'il faut penser. Un texte
précis, informatif et dynamique ne va pas sans réflexion.
Ce n'est qu'à mesure que la pensée se clarifie
que la simplicité devient possible, dit un moraliste,
mais on peut aussi affirmer que c'est la simplicité
qui conduit à la clarté de la pensée.
Tout le monde ne peut pas suivre la méthode de résoudre
les problèmes qu'avait adoptée un éminent
ingénieur, bien qu'elle puisse être d'une certaine
utilité à ceux qui en seraient capables. Lorsqu'un
rapport ou un projet l'embarrassait, il se mettait au lit
et y restait tant qu'il n'avait pas imaginé un moyen
de vaincre la difficulté, même s'il lui fallait
deux ou trois jours. Talleyrand, dit-on, utilisait la même
tactique : il prétextait alors la maladie pour
s'absenter de son cabinet de travail.
Que votre pensée reste simple. Les idées brillantes,
les plans ingénieux, les explications enchevêtrées
des phénomènes sont très bien dans une
conversation amicale à l'heure du déjeuner,
mais lorsqu'il s'agit de prendre une décision et de
faire quelque chose, c'est la simplicité sans fard
qui s'impose.
Soyez précis et naturel
La simplicité s'identifie parfois avec la précision.
La nécessité de se faire comprendre facilement
de l'auditeur ou du lecteur incite les hommes d'affaires et
les membres des professions libérales à se donner
un mal exagéré, aux yeux du profane, pour vérifier
jusqu'aux moindres détails. Dire les choses avec simplicité
c'est les dire avec exactitude. Comme l'affirmait un philosophe
grec : « Si un homme se baigne de bonne heure, ne
dis pas que c'est mal, mais que c'est de bonne heure. Si quelqu'un
boit beaucoup de vin, ne dis pas que c'est mal, mais qu'il
en boit beaucoup. »
Les personnes qui sont simples dans leurs habitudes ne tiennent
qu'à passer pour ce qu'elles sont et ne cherchent pas
à paraître ce qu'elles ne sont pas. Dans Alice
au pays des merveilles, la Duchesse ne semble pas avoir
le talent de simplifier, mais sa morale est dans la bonne
voie. Elle dit à Alice : « Soyez ce que vous
désireriez paraître ou, si vous préférez,
dit plus simplement : ne croyez jamais ne pas être
différent de ce qu'il pourrait apparaître aux
autres que ce que vous étiez ou pouviez avoir été
n'était pas différent de ce que vous avez été
qui leur aurait semblé différent. » Et
Alice est forcée d'avouer : « Je pense que
je comprendrais mieux cela si je le voyais écrit ;
mais j'ai peur de ne pas pouvoir vous suivre facilement. »
La simplicité de vie est le propre du vrai philosophe,
dont la mission est de découvrir ou d'établir
des principes. Il est profitable d'exhumer les vieux principes
ensevelis sous des siècles de disputes spéculatives
et d'y retrouver les choses simples qui ont été
la base des progrès de l'humanité.
Ce retour aux sources nous fait acquérir de l'équilibre,
et cela est important. L'équilibre permet d'avoir une
juste vue des choses, ce qui nous évite de tomber dans
la complexité et l'erreur.
Dites clairement ce que vous devez dire
Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement,
disait Boileau ; efforcez-vous d'observer cette règle
dans tous vos écrits. Vous avez sans doute remarqué
que l'humour est essentiellement simple. Même s'il nous
est impossible de donner un tour amusant à tout ce
que nous écrivons, nous pouvons toujours nous inspirer
de la manière de l'humoriste. Il reste près
des faits. Les saillies de son sens commun amarrent nos idées
des choses aux réalités qu'elles représentent.
Certains textes manquent tellement de mouvement et de couleur
que l'on n'essaie même pas de les comprendre, mais la
lourdeur du style n'est pas toujours la conséquence
de la paresse de l'esprit. Elle est parfois imposée
par le sujet. Si les documents juridiques sont difficiles
à suivre, c'est qu'ils multiplient les détails
pour éviter l'ambiguïté. C'est un excellent
exercice que de prendre un passage d'un texte de ce genre,
un bail ou un contrat de vente par exemple, et d'essayer de
changer les mots et les phrases pour les rendre plus élégants,
sans toutefois changer le sens ni laisser d'échappatoires.
Le type de lourdeur qu'il convient d'éviter est celui
des idées confuses. Comme l'a montré si magistralement
la Duchesse, certaines personnes en tentant d'expliquer les
choses qui semblent très claires, réussissent
à les faire paraître compliquées. D'autres
croient donner un cachet de profondeur à leur pensée
en l'enveloppant d'obscurité.
Une autre cause de confusion consiste à employer
des mots abstraits sans en élucider le sens par le
contexte. L'abstraction est une faculté de l'intelligence
qui distingue l'homme des autres animaux. Ce serait un grand
désavantage que de ne pouvoir former des idées
abstraites et de toujours être astreint à se
référer aux choses concrètes.
Il y a des esprits qui en creusant une notion abstraite
arrivent à des vérités fondamentales,
alors que les personnes dites « pratiques » sont
incapables d'élever leur pensée au-dessus du
terre-à-terre. Dans l'introduction de son livre Du
rêve à la découverte, Hans Selye
écrit : « Dans la recherche, nous avons tôt
fait d'apprendre que les abstractions sont souvent aussi bonnes,
sinon meilleures, que les faits réels et particuliers. »
Ce genre d'abstraction n'a rien à voir avec l'attitude
de la personne qui s'absorbe dans sa pensée ou son
rêve chimérique et ne fait pas attention à
ce qui se passe autour d'elle. Il s'agit de l'opération
de l'esprit qui considère quelque chose comme une qualité
ou un élément général isolé
de toute réalité matérielle, de tout
objet particulier ou de tout cas concret. Ainsi, personne
n'a jamais vu la blancheur ; nous avons vu des nuages
blancs, des draps blancs, des maisons blanches, des chevaux
blancs, mais jamais la blancheur en soi. Nous avons abstrait
cette qualité de divers objets blancs.
Tout le monde n'a pas la capacité de saisir facilement
les abstractions. C'est pourquoi il est du devoir de celui
qui écrit d'en préciser le sens en les rattachant
à des choses réelles et concrètes.
Des gens plus collet monté que compréhensifs
affirment qu'il y a une règle pour chaque chose. Le
style écrit est si variable que la seule règle
fixe en cette matière est de garder la plus grande
simplicité possible compte tenu des circonstances.
Le bon style a dépouillé son engouement de jeunesse
pour l'emphase, le brio et la parade littéraire. Ses
adeptes ont appris à écrire avec art sans qu'il
y paraisse.
Précisez votre pensée
Après avoir écrit une lettre ou un article
et l'avoir relu avec ravissement, appliquez-vous à
simplifier votre texte. Éliminez les parasites. Le
« récepteur » du destinataire n'est peut-être
pas réglé pour capter les fines modulations
de votre message. Dégagez les points essentiels et
faites-les clairement ressortir. Exposez les faits et les
renseignements selon leur importance relative.
Pour vous aider à rester simple, ayez le culte de
la précision. Il se peut que vos jugements diffèrent
de ceux de votre lecteur, mais vous avez le devoir d'énoncer
les vôtres de façon précise.
Il n'est pas toujours souhaitable de vouloir atteindre à
la simplicité et à la clarté d'une annonce
publicitaire. On peut obscurcir une peinture, un alinéa
ou une grande pensée non pas par défaut mais
par excès de lumière.
Certains obsédés de la simplicité nous
ennuient par leurs élucidations inutiles sur des banalités.
Ils mettent deux points sur tous les « i », afin
que personne ne les confonde avec une autre lettre de l'alphabet.
Cette peine exagérée ne contribue qu'à
rendre leur prose, ou leurs vers, insipides et ternes.
On parle généralement de la peinture et de
la sculpture en fonction de leur beauté. Le style,
lui aussi, a ses qualités esthétiques. Le lecteur
admire parfois un passage d'un grand écrivain parce
qu'il s'en dégage, malgré la simplicité
de sa facture, un rythme agréable à l'oeil,
à l'oreille et à la langue. En matière
de style, la clarté et la simplicité peuvent
atteindre à la grâce du sublime.
Il y a des personnes qui se gardent d'employer un mot ordinaire.
Elles se croient tenues de n'être rien moins que simples
dans leur langage : de se montrer piquantes, spirituelles
ou fleuries. Il ne faut jamais obnubiler en l'embellissant
un texte dont l'unique but est de communiquer des faits. Sa
beauté est dans sa simplicité.
La langue d'un pays est une corne d'abondance remplie de
mots de toutes sortes. Mais ils y sont pêle-mêle
comme dans une corbeille à linge sale, et il faut s'appliquer
à chercher, afin de trouver des termes si justes et
si simples qu'ils ne mettent aucun obstacle au flot de notre
pensée ou de nos sentiments. Écrire simplement,
c'est offrir à son lecteur des mots qu'il comprend
sans avoir à les traduire en d'autres mots.
Ces quelques règles élémentaires favoriseront
la simplicité de votre style : préférez
un mot concret à un mot abstrait ; préférez
un mot direct à celui qui est hors de propos ;
employez des verbes actifs ; préférez les
mots brefs aux mots longs. Voici, à titre d'exemple,
quelques paires de mots différents mais qui signifient
la même chose dans la langue quotidienne : payer/rémunérer ;
commencer/débuter ; acheter/acquérir ;
environ/approximativement.
Élaguer et abréger
On réclame de toutes parts de la brièveté.
Nous voulons des diamants de plus en plus gros et des voitures
de plus en plus longues, mais tout ce qui est écrit
doit être court.
Il importe pourtant de concilier l'objet de la concision
avec la nécessité d'en dire assez long pour
communiquer l'information désirée sous une forme
facile à comprendre. Ne vous représentez pas
la longueur par opposition à la brièveté,
mais la prolixité par opposition à la sobriété.
Tout ce qui s'ajoute au nécessaire est de trop.
Contrairement à ce que certains prétendent,
la brièveté du style ne s'obtient pas toujours
au moyen de phrases courtes et vives, économes de leurs
mots comme un avare qui dicterait un télégramme.
Cette façon de procéder ne contribue guère
à la simplicité de votre papier s'il s'agit
d'un sujet complexe, car certaines choses ne peuvent s'exprimer
brièvement qu'aux dépens de l'exactitude. Dans
les sciences comme dans les affaires, la brièveté
doit souvent céder le pas à la précision.
La règle à retenir est celle-ci : supprimer
tout ce qui ne se rapporte pas à la question ou qui
n'en accroît pas l'intérêt ou l'intelligibilité.
La substance de votre pensée proviendra de l'expérience
de toute votre vie, mais votre texte ne doit pas reprendre
tout ce qui vous est arrivé. Si l'on vous charge de
présenter un rapport sur l'état de la productivité
dans votre usine ou votre bureau, ne profitez pas de l'occasion
pour parler des difficultés imputables aux grèves
du zèle, à la rareté des matériaux
et aux pannes mécaniques. Dites simplement ce qu'on
vous demande : quelle est la productivité optimale ;
quel est le volume hebdomadaire des expéditions ;
quel pourcentage est mis en stock ; quel est le taux
des malfaçons.
La prolixité est stérile et auto-neutralisante.
Pendant la seconde guerre mondiale, les journalistes qui accompagnaient
les forces d'invasion n'avaient d'autres moyens d'expédier
leurs communiqués que les pigeons voyageurs. Hélas,
ces messagers étaient si surchargés que beaucoup
retombaient au sol.
La simplification du travail
Pour réaliser quelque chose, il faut détourner
son esprit de la fin et commencer au commencement. Quel est
le moyen le plus simple de bien s'acquitter de cette tâche ?
Supposons deux personnes discutant avec véhémence
sur la meilleure manière d'éplucher un sac de
pommes de terre. Le travail s'effectuera lorsque surviendra
une bonne âme qui tirera un tubercule du sac et commencera
à l'éplucher.
Les méthodes de travail sont prescrites par les règles
de procédure, les règlements ou les instructions
en général. Si l'on veut les améliorer
ou les simplifier, il faut commencer par examiner ces directives
en regard du travail accompli. Les mauvaises habitudes, les
méthodes inconsidérées et les courts-circuits
rendent les instructions inefficaces.
Voici quelques questions à se poser sur chaque aspect
d'une tâche que l'on désire simplifier :
Pourquoi cette opération est-elle nécessaire ?
Sert-elle à une fin utile ? Où, quand et
par qui peut-elle être le mieux exécutée ?
Fait-on tout ce qui est nécessaire ? Y a-t-il
quelque chose que l'on fait sans nécessité ?
Il n'est pas suffisant de répondre à la question
« Pourquoi cela est-il nécessaire ? »
en disant : « C'est la règle de la maison » ;
« le patron le veut ainsi » ; ou « nous
le faisons de cette façon depuis Dieu sait combien
d'années ». Cela n'est pas de la simplification
du travail, mais une manière paresseuse de se soustraire
à ses responsabilités.
Tant que les tâches restent simples ou sont décomposées
en parties simples à entreprendre une par une, elles
s'accomplissent avec facilité. Selon une opinion répandue
chez certains types de travailleurs, plus on fait croire que
son travail est difficile, plus on passe pour compétent.
Si vous exagérez la difficulté de votre travail,
à vos yeux ou à ceux des autres, vous êtes
sur la pente du défaitisme.
Conseils aux cadres
« L'organisation » et la « simplicité »
vont généralement de pair. Elles se complètent
l'une l'autre.
Certains chefs s'embourbent dans des complications inutiles.
Lorsqu'une question importante se pose, la manière
la plus simple de procéder comprend cinq étapes
qui ont fait leurs preuves : établir en quoi consiste
le problème ; s'assurer que ce problème
est réel ; entreprendre les recherches ;
disposer les renseignements sous une forme utilisable ;
résoudre le problème.
Il y a avantage à faire comprendre sans l'ombre d'un
doute les directives verbales ou écrites. Si vous dites
une chose simple, vos auditeurs vous croiront volontiers sur
parole, mais si vous vous étendez trop, vous ouvrirez
la porte à des à-côtés qui seront
accueillis avec circonspection. Pour captiver l'attention,
pour entraîner à l'action, pour gagner l'appui
des gens, parlez et écrivez « noir sur blanc ».
Donnez vos ordres avec clarté et décision, afin
que personne n'ait des doutes sur vos intentions et vos exigences.
Ne soyez pas féru de recherches approfondies au point
de négliger les petites choses qui réclament
votre action. Faites de votre mieux avec ce que vous avez
sous la main. Les frères Wright ne se sont pas assis
à une table de dessin pour tracer le détail
d'un réseau mondial de transport aérien. Ils
ont construit un aéroplane.
La simplicité s'envole par la fenêtre lorsque
l'habitude de remettre à demain passe le seuil de la
porte. Les choses que l'on tarde à faire paraissent
avec le temps plus difficiles, et beaucoup de problèmes
qu'on laisse dormir parce qu'aucune solution immédiate
ne nous vient à l'idée font boule de neige.
Il est profitable d'être simple
Ne craignez pas d'être simple. C'est en accomplissant
avec énergie et de la façon la plus simple les
petites choses que l'on parvient souvent à en faire
des grandes. Quiconque se donne la peine de réduire
un problème difficile à ses éléments
les plus simples peut en entreprendre la solution avec confiance.
Agir avec simplicité ne signifie pas concentrer ses
efforts sur l'évidence et la facilité. Ce n'est
pas éviter les choses difficiles, mais les simplifier
et éliminer le superflu. La simplicité qui assure
le cours tranquille de la vie quotidienne consiste en grande
partie à se soustraire à la tyrannie des vétilles.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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