Vol. 50, N° 5 Mai 1969
Les bibliothèques spécialisées
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Travailler dans une entreprise ou un établissement
doté d'une bonne bibliothèque spécialisée,
organisée et dirigée par un bibliothécaire
intelligent et dynamique, c'est à la fois un avantage
professionnel et une source d'enrichissement.
Pour l'organisation qui désire se fonder sur des
faits et des renseignements plutôt que sur des conjectures
et des opinions, la bibliothèque bien organisée
représente l'instrument de recherche le plus efficace
et l'économie de temps et d'effort la plus appréciable.
Elle contribue à assurer les trois fonctions fondamentales
de la civilisation : la découverte du savoir,
la conservation du savoir et la transmission du savoir.
Dans le monde d'aujourd'hui, avec son abondance d'information,
son rythme de vie accéléré et ses vastes
horizons, le rôle du bibliothécaire professionnel
est vraiment d'une grande importance. On prévoit qu'au
cours des prochaines années, le Canada aura besoin
de quelque cinq cents nouvelles bibliothèques par an
pour subvenir à la demande toujours croissante de bibliothèques
scolaires, universitaires, commerciales ou techniques, ainsi
que de plusieurs autres sortes de bibliothèques spécialisées.
Mais ce qui permettra à ces bibliothèques d'être
vraiment utiles, c'est le bibliothécaire, car il faut
des connaissances spéciales pour trouver ce que veulent
les lecteurs parmi la masse déroutante des textes imprimés.
Au Canada, l'origine des bibliothèques générales
remonte, semble-t-il, aux premiers prêts de livres faits
par Marc Lescarbot à l'Habitation de Port-Royal en
1606, à l'ouverture de La Bibliothèque du Collège
des Jésuites de Québec en 1635, ainsi qu'aux
dons de livres offerts par John Graves Simcoe à l'Assemblée
législative du Haut-Canada en 1791. Quant aux bibliothèques
spécialisées, destinées par définition
à répondre aux besoins des écoles, des
collèges, du gouvernement et des professions libérales,
l'histoire indique qu'elles firent leur apparition de bonne
heure dans notre pays.
L'Annuaire des bibliothèques spécialisées
du Canada, établi pour l'Association canadienne des
bibliothèques par les soins de Mlle Beryl Anderson,
du Graduate School of Library Science de l'Université
McGill, et publié en juin 1968, fait mention de 640
bibliothèques de ce genre. Un nouveau relevé
fait un peu plus tard par Mlle Anderson indique qu'il en existait
669 en octobre 1968 et qu'il y en avait probablement 250 autres
qui auraient pu être inscrites dans l'annuaire, mais
qui n'y figuraient pas.
L'Association des bibliothèques spécialisées
Le sujet du présent Bulletin mensuel nous
a été inspiré par la Conférence
annuelle de l'Association des bibliothèques spécialisées
qui aura lieu à Montréal en juin. Il s'agit
là d'un organisme international groupant plus de 7,000
bibliothécaires et documentalistes professionnels.
Créé en 1909 en vue de favoriser l'application
des plus hautes normes professionnelles par les bibliothèques
et les bibliothécaires, il compte aujourd'hui 36 sections
régionales, dont deux au Canada : celles de Montréal
et de Toronto.
La section de Montréal a été fondée
en 1932, grâce en grande partie à l'initiative
d'une ancienne bibliothécaire de la Banque Royale,
Mlle Mildred Turnbull. La section de Toronto existe depuis
1940.
La devise assez significative de l'Association - « Mettre
le savoir à contribution » - résume bien
le but que poursuivent les bibliothécaires spécialisés
dans tous les domaines. Loin de se contenter de réunir
des collections de volumes, ils s'attachent sans relâche
à accroître l'utilité et la valeur des
ressources de leurs bibliothèques.
Ce que sont les bibliothèques spécialisées
Les bibliothèques spécialisées ont
pour mission de fournir à leurs usagers des renseignements
détaillés sur un sujet ou un domaine limité.
Elles comprennent notamment les bibliothèques qui se
consacrent à la publicité, aux sciences biologiques,
aux affaires, aux finances, à la géographie,
aux hôpitaux, à l'assurance, à la métallurgie,
aux forces armées, aux musées, à l'édition,
aux sciences et à la technologie, à la religion,
aux sciences sociales, aux transports et à l'enseignement.
Selon la brochure de l'A.S.L. (Association of Special
Libraries), « une bibliothèque spécialisée
est un monde qui comprend non seulement les ouvrages de référence
traditionnels, mais aussi d'autres textes imprimés,
comme les monographies, les manuels et les revues. Elle est
aussi un monde de quasi-imprimés, comme les documents,
les rapports techniques, les catalogues commerciaux et les
reproductions. Elle devient de plus en plus un monde de documents
non imprimés, comme les photographies, les dessins,
les partitions musicales, les enregistrements et les microcopies,
auxquels s'ajoutent, bien sûr, les cartes et les bandes
perforées, les disques et les tambours magnétiques. »
Il n'est pas nécessaire qu'une bibliothèque
spécialisée soit grande pour être utile
et il n'est pas indispensable non plus qu'une entreprise soit
considérable pour avoir sa bibliothèque. Si
petite que soit une entreprise, il est rare que son chef n'ait
pas besoin d'une bibliothèque, même si celle-ci
ne se compose que de quelques livres de base, de quelques
périodiques, de quelques cartonniers et d'un bibliothécaire
compétent.
La bibliothèque est le centre des nouvelles et de
l'information enregistrées au sujet de l'activité
qu'exerce l'entreprise dont elle fait partie. Elle s'emploie
à recueillir des renseignements sur les autres entreprises
de même nature, ainsi que sur les conditions d'ordre
national, continental et international qui influent sur les
opérations de la société à laquelle
elle est attachée.
Parce que la bibliothèque spécialisée
est un service organisé en vue de mettre à la
disposition de l'entreprise qu'elle dessert toute l'expérience
et la science qui en favoriseront les progrès, elle
se distingue par une particularité fondamentale de
la bibliothèque publique ou universitaire. L'unité
de base de la bibliothèque publique est habituellement
le livre, la brochure, le périodique ou d'autres objets
matériels ; dans le cas de la bibliothèque
spécialisée, cette unité est un élément
particulier d'information, quelle que soit la forme qu'il
revête. Ce sont des renseignements plutôt que
des documents que rassemble ou classe la bibliothèque
spécialisée, et c'est pourquoi elle exige des
techniques spéciales de la part de son personnel.
Mais la bibliothèque spécialisée, si
bien organisée soit-elle, ne pourra réussir
à seconder efficacement la direction, les chefs de
service et les employés dans la conduite de l'entreprise
et la solution de ses problèmes que dans la mesure
où ceux-ci se montreront disposés à recourir
à ses services et à la considérer comme
un centre actif d'échange de documentation et de renseignements.
L'un des sorts les plus malheureux que l'on puisse faire
subir à une bibliothèque spécialisée,
c'est de la laisser dégénérer en simple
collection de livres. Dans une causerie qu'elle prononçait
à l'École de bibliothécaires de l'Université
McGill, Mlle Turnbull affirmait : « Je me dis parfois
que l'emploi même du mot « bibliothèque »
empêche de saisir les véritables fonctions du
bibliothécaire d'entreprise. En plus d'éveiller
une malencontreuse idée d'aridité dans l'esprit
de bien des gens, ce terme donne l'impression que notre devoir
consiste à assurer la conservation des textes imprimés
seulement, plutôt que l'utilisation de toutes les sources
de documentation, qu'il s'agisse de renseignements imprimés,
dactylographiés, photographiés ou recueillis
auprès des spécialistes. »
Un service d'utilité pratique
La bibliothèque spécialisée digne de
ce nom n'est ni un cimetière de livres destiné
à épater les visiteurs de marque ni un temple
dédié à l'érudition et à
la culture. C'est un service pratique appelé à
desservir tous les autres services en mettant rapidement à
leur disposition des renseignements fondamentaux et d'actualité.
Son rôle est de mettre au service de tous ce qu'il serait
impossible à chacun de garder dans son bureau pour
son usage personnel.
Plus la bibliothèque spécialisée sera
indépendante des autres services et plus elle sera
près de la haute direction, mieux elle s'acquittera
de sa fonction essentielle, qui consiste à mettre les
connaissances et les renseignements à la portée
de tous ceux qui en ont besoin dans l'entreprise.
Le travail du bibliothécaire commence dès
la réception de la demande de renseignements, et l'une
des qualités les plus importantes dans son métier
est assurément la faculté de se représenter
ce que le chercheur désire réellement savoir.
Le bibliothécaire doit avoir assez d'imagination pour
saisir d'emblée quelle est la réponse qui sera
la plus utile à celui qui veut se renseigner.
Les sources de renseignements
Selon Mlle Turnbull, le bibliothécaire compétent
qui disposerait d'un téléphone, d'un Annuaire
du Canada, d'un almanach, d'un Larousse et d'un
quotidien aurait plus d'utilité pour son entreprise
qu'une collection de milliers de volumes dont personne ne
serait chargé de diriger l'utilisation. La liste de
titres qu'elle mentionne aurait sans doute besoin d'être
allongée, mais la catégorie de livres qu'elle
recommande, les ouvrages de référence, est toujours
d'actualité : annuaires de toutes sortes, dictionnaires
techniques, répertoires géographiques, encyclopédies,
manuels, aide-mémoire, etc.
Le bibliothécaire doit tous les jours se référer
aux bibliographies et aux index que publient régulièrement
les maisons d'édition, les revues et les organismes
spécialisés, ainsi qu'à une foule d'autres
guides de recherche et de documentation. Ces instruments de
travail lui permettront de mettre le doigt sur les textes
qui ont le plus de chances de se révéler utiles.
Dans beaucoup d'entreprises, la documentation conservée
dans les classeurs a parfois plus d'importance que les livres
rangés sur les rayons. Les lettres, les coupures de
journaux, les dépliants, les périodiques commerciaux
et techniques, les bulletins comme ceux du Bureau fédéral
de la statistique, offrent des renseignements d'actualité ;
ils indiquent non seulement la situation du moment, mais aussi
les tendances qui se dessinent. Heureux le chef qui peut compter
sur son bibliothécaire pour suivre de près les
périodiques et signaler rapidement à son attention
les études et les renseignements les plus récents
sur les questions qui l'intéressent.
Feuilleter ce que reçoit la bibliothèque spécialisée,
sélectionner ce qui est utile ou peut le devenir, en
informer les intéressés éventuels, mettre
sur les rayons ou classer ce qui mérite d'être
conservé, afin que le tout soit aisément accessible,
voilà tout l'art du bon bibliothécaire.
L'un des services les plus importants de la bibliothèque
d'entreprise est celui de la circulation des périodiques.
À chaque périodique doit correspondre une liste
de ses lecteurs habituels, mais ce n'est là que la
moitié de l'opération. Le bibliothécaire
prend connaissance des périodiques au fur et à
mesure qu'il les reçoit et, sachant quels sont les
besoins et les centres d'intérêt des membres
du personnel, il en réunit les sommaires dans un bulletin
de diffusion générale de la bibliothèque.
Les articles portant en particulier sur des sujets qu'il sait
être l'objet d'une étude spéciale de la
part d'un employé de l'entreprise, sont envoyés
sans retard à la personne en cause. Lorsque ce service
de diffusion sélective devient trop considérable
pour pouvoir être assuré par le personnel dont
il dispose, le directeur de la bibliothèque spécialisée
peut recourir à l'aide du centre de calcul de l'entreprise
et faire établir un service de traitement par ordinateur
pour faciliter les choses.
Au Canada, aucune bibliothèque commerciale ne saurait
se passer des publications du Bureau fédéral
de la statistique. Il y a intérêt aussi à
recevoir les brochures et les bulletins que diffusent les
gouvernements provinciaux ainsi que diverses associations
et grandes entreprises. On y trouve souvent des renseignements
intéressants sur différents aspects de la vie
économique et culturelle de notre pays.
La bibliothèque de la Banque Royale
Comment la bibliothèque de la Banque Royale du Canada
pourvoit-elle à tous ces besoins et services ?
Cette bibliothèque, dont la bibliothécaire,
Mlle Miriam Tees, présidera la Conférence de
1969 de l'Association des bibliothèques spécialisées,
compte 50,000 volumes et est abonnée à 800 périodiques.
Elle se spécialise dans la documentation relative à
l'argent et aux opérations de banque, aux finances
internationales, aux conditions économiques régnant
au Canada, aux Antilles et en Amérique latine.
Voici la tâche qui était assignée à
cette bibliothèque dans une circulaire qui en annonçait
la création au personnel le 17 septembre 1913 :
« Une bibliothèque a été établie
au Siège social en vue d'encourager le personnel, et
en particulier les jeunes cadres, à lire les ouvrages
classiques sur la banque, les finances, le change et les sujets
connexes. » Le catalogue qui l'accompagnait renfermait
398 titres ; le budget se chiffrait à $2,000 ;
une étagère pouvant contenir 1,200 livres représentait
une dépense de $265.
La bibliothèque a élargi son champ d'activité
à une vitesse accélérée. Au lieu
d'avoir sur ses rayons des volumes se rapportant entre autres
choses aux coopératives de crédit, comme il
y a plus d'un demi-siècle, elle offre aujourd'hui à
ses lecteurs des livres sur l'informatique et les ordinateurs.
On envisage même la possibilité de faire appel
au calculateur électronique dans certains cas pour
répondre aux impératifs de la rapidité.
En plus d'accroître l'étendue de ses collections,
de façon à y inclure l'automation, la commercialisation,
la direction du personnel, le perfectionnement et les techniques
de la gestion, la bibliothèque a connu une expansion
matérielle appréciable. « Notre service
a pris beaucoup d'ampleur, dit la bibliothécaire. Nos
bureaux régionaux et nos succursales du Canada et d'outre-mer
recourent maintenant aux services de notre bibliothèque.
Les trois quarts environ de nos succursales du Canada s'adressent
à nous pour obtenir des renseignements. »
Le bibliothécaire
Il serait puéril de confier une bibliothèque
bien équipée à un homme qui n'a jamais
vu plus que quelques douzaines de livres réunis en
un même lieu. Les trésors dont il disposerait
seraient trop riches pour qu'il puisse en tirer pleinement
parti. Il ressemblerait au naufragé mourant de soif
au milieu de l'océan.
La personne la mieux en mesure d'aider l'homme d'affaires
à trouver les renseignements qu'il désire, soit
dans un livre ancien, soit dans le journal d'hier, ne peut
être que le bibliothécaire diplômé.
Il est l'agent de liaison entre celui qui cherche à
se renseigner et la source de renseignements.
Ce qu'il faut à la bibliothèque spécialisée,
ce n'est pas tant un personnel rompu à toutes les finesses
de l'art que des bibliothécaires capables de flairer
la demande imminente de certains documents et de faire en
sorte qu'ils soient prêts et accessibles en tout temps.
Le bibliothécaire est une personne bien informée
et cultivée, qui a reçu la formation professionnelle
nécessaire pour constituer et enrichir un fonds de
bibliothèque, ainsi que pour aider les individus et
les groupes à repérer et à obtenir les
documents qui s'y trouvent. Il doit bien connaître l'entreprise
dont il fait partie, ainsi que ses objectifs et son personnel.
Peu de gens se rendent compte de la grande diversité
des fonctions qu'exerce le bibliothécaire. Il doit
certes avoir une connaissance exacte du contenu de sa bibliothèque.
Mais il lui faut aussi savoir comment trouver un document,
si étrange soit-il, et comment s'y prendre pour se
le procurer auprès des éditeurs, des ministères
gouvernementaux, des associations professionnelles, des autres
bibliothèques, des journaux ou des particuliers.
Sa vivacité d'esprit, son intérêt pour
les affaires humaines, son instinct du travail d'équipe,
tout doit concourir à faire du bibliothécaire
de la bibliothèque spécialisée un excellent
chercheur. Grâce à sa patience, à son
intuition, à son imagination et à son esprit
méthodique, il saura renseigner le lecteur de façon
complète, rapide et exacte sur la question qui lui
est soumise ou encore prendre l'initiative de signaler de
la documentation aux intéressés.
Celui qui dirige une bibliothèque spécialisée
doit surveiller tout particulièrement les événements
qui peuvent influer sur son entreprise. Comme le dit Mlle
Tees, le bibliothécaire n'est pas un ermite enfermé
dans une tour d'ivoire, mais une personne qui s'intéresse
aux gens et aux choses et qui a conscience de la responsabilité
qui lui incombe en tant que partie intégrante d'un
organisme en activité. Il doit avoir un goût
prononcé pour la solution des problèmes, la
curiosité intellectuelle de suivre la situation mondiale
et un tempérament avide de découvertes. Il est
nécessaire qu'il sache faire face avec enthousiasme
aux problèmes qui se posent et qu'il ait assez de souplesse
d'esprit pour passer facilement d'un sujet à un autre.
Acquisitions et diffusion
Une bibliophile à qui l'on demandait si elle achetait
ses livres en consultant les catalogues ou après les
avoir vus faisait cette réponse : « On entre
dans une librairie et on en sort avec un livre. » Le
bibliothécaire d'une bibliothèque spécialisée
frémit à la seule pensée d'une telle
désinvolture dans l'exercice de l'une de ses fonctions
les plus importantes. Sa réputation, en effet, ne tient
pas à la richesse des collections qu'il a réunies,
mais bien à son art de choisir, à son jugement
et à sa perspicacité.
L'une des tâches du bibliothécaire est de mettre
tous les usagers éventuels en contact avec les ressources
dont il dispose. Pour s'acquitter de cette mission, le bibliothécaire
est amené à établir et à diffuser
des documents assez divers : listes polycopiées
des nouveaux livres et résumés de leur contenu
ou listes des périodiques avec mention des articles
d'intérêt particulier. À l'occasion, il
enverra un livre approprié à une personne qu'il
sait être intéressée par le sujet traité.
Souvent, et de plus en plus, il devra faire appel aux méthodes
propres à l'art de la vente et de la publicité,
ainsi qu'aux contacts personnels avec les employés
pour mettre chacun au courant de la documentation disponible.
L'usage d'une bibliothèque comporte des obligations.
L'usager obtiendra un service plus rapide s'il a soin de se
demander ce qu'il cherche exactement et de formuler une demande
précise au lieu de rester dans le vague. Il rendra
service au bibliothécaire, comme à lui-même,
s'il se donne la peine de téléphoner ou de se
présenter en personne plutôt que de faire transmettre
sa demande par un autre, ce qui est, souvent préjudiciable
à la clarté.
Pourquoi utiliser la bibliothèque ?
Si la bibliothèque spécialisée fait
sans cesse le point, comme toute bonne bibliothèque
est tenue de le faire, afin de savoir si elle remplit pleinement
son rôle, il ne peut être qu'avantageux en retour
que le chef d'entreprise examine de son côté
s'il fait le nécessaire pour tirer le parti maximum
de la bibliothèque. Peut-être s'épuise-t-il
dans les affaires de tous les jours à rechercher des
réponses à des problèmes dont son bibliothécaire
pourrait lui offrir la solution s'il s'adressait à
lui. Edison expliquait sa vaste érudition en disant
qu'il avait voulu commencer à travailler où
les autres s'étaient arrêtés au lieu de
refaire ce qu'ils avaient accompli.
On dit et on écrit beaucoup de choses sur la nécessité
pour l'homme d'affaires ou le technicien de prendre soin de
sa santé physique ; mais il est tout aussi nécessaire
pour lui de veiller sur sa santé intellectuelle et
de cultiver son esprit.
Une heure par jour consacrée à la lecture
organisée et orientée vers un but fait souvent
la différence entre un spécialiste et un amateur,
entre le succès et l'échec dans l'acquisition
du savoir et de l'intelligence essentiels à la vie.
C'est un piètre administrateur de ses loisirs que celui
qui ne peut trouver le temps nécessaire à ce
fructueux exercice de l'esprit.
Recherche de la culture personnelle
Il existe d'autres raisons pour que les hommes d'affaires,
et notamment les cadres supérieurs, fassent usage de
la bibliothèque. Ces motifs n'ont rien à voir
avec les questions de bénéfices, d'équipement
ou de formules chimiques. Ils ont trait à la culture
personnelle.
Certains hommes peuvent savoir manier tous les boutons d'un
ordinateur et pourtant être complètement sourds
à la culture. D'autres, au contraire, envisagent les
ordinateurs dans leurs rapports avec la vie et les grandes
questions du perfectionnement de l'homme. Comme le disait
Nietzsche, la culture les distingue des chevriers.
Un large éventail d'activité intellectuelle
stimule, rafraîchit et enrichit chacune des autres qualités
de l'homme ; il contribue également à l'acquisition
d'une riche philosophie personnelle.
Les ouvrages de base qu'il faut lire ne doivent pas nécessairement
se limiter à l'histoire des produits de l'entreprise.
Des livres de portée plus universelle vous fourniront
peut-être les éléments dont vous avez
besoin pour vous former une conception de l'univers. L'Iliade
est une grande oeuvre parce que toute vie est un combat ;
l'Odyssée, parce que toute vie est un voyage ;
le livre de Job, parce que toute vie est une énigme.
Les livres de ce genre allègent le poids du travail
quotidien et nous font participer à des siècles
et des millénaires de civilisation. Ils élargissent
notre expérience et nous permettent de discerner les
rapports des choses. En brisant les murs de la spécialisation
étroite et en nous ouvrant mille mondes inconnus, leur
lecture révèle à nos yeux de nouveaux
aspects de la vie.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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