Vol. 45, N° 5 Mai 1964
La famille, fondement
de l'ordre
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La crise que nous traversons aujourd'hui
n'est pas tant une crise des relations intergouvernementales,
où les peuples sont menacés de destruction par
la bombe à hydrogène qu'une crise des relations
humaines, où l'esprit même de l'homme court un
grave danger de désintégration.
La société est assaillie par toutes sortes
de propagandes idéologiques, et l'on dirait qu'elle
a perdu contact avec les principes de la vie humaine. De même,
les bases de la société dans l'Empire romain
croulaient déjà depuis un demi-siècle
quand les citoyens commencèrent à se rendre
compte du péril.
Les jeunes gens d'aujourd'hui vivent depuis leur plus tendre
enfance dans un monde en ébullition. L'incertitude
les écrase ; ils ne voient partout que des adultes
avides de violence et de destruction.
Ce que nous appelons la civilisation a évolué
si rapidement que les forces et les instincts de l'homme n'ont
pu tenir le coup. En plus des conflits d'idées qui
font rage dans le monde politique, les adultes et les jeunes
de notre temps ont encore à faire face aux problèmes
essentiellement personnels de la vie et à la question
capitale des relations réciproques des parents et des
enfants.
Les personnes les plus éclairées ne savent
que penser devant les nombreuses difficultés qui nous
harcèlent, et le moment est venu d'envisager les besoins
des parents et des enfants avec lucidité et persévérance,
et sans lunettes roses.
C'est précisément dans ce but que Leurs Excellences
le Gouverneur général et Madame Vanier ont convoqué,
pour juin prochain, une conférence nationale sur la
famille.
La famille, en effet, est le milieu qui exerce l'influence
la plus décisive sur la vie et l'avenir de l'enfant.
Elle se doit de répondre à la définition
qu'en a donnée saint Augustin : un groupe de personnes
liées par l'amour des choses qu'elles aiment. C'est
dans cette société que les enfants apprennent
que certaines choses sont bonnes et que d'autres sont mauvaises,
qu'ils s'élèvent graduellement de l'âge
de la confiance à celui de l'adresse, de l'affection,
de la compréhension et de la responsabilité.
Elle est le creuset où se façonnent les caractères.
Les temps changent
À côté des tensions causées par
l'alternance des menaces de guerre et des trêves, d'autres
forces sont aujourd'hui à l'oeuvre. La famille a subi
les assauts et les chocs violents des transformations révolutionnaires
qui se sont opérées dans les conditions de vie
matérielles et psychologiques. Les enfants, qui vivent
à l'avant-pointe de la culture du passé, sont
la cire malléable où s'imprime la culture sociale
de demain.
Les modes de comportement changent avec les situations nouvelles.
Les sentiments et les manières d'agir diffèrent
inévitablement de génération en génération.
Les parents et les enfants ne regardent pas avec les mêmes
yeux. Par leur nature et par leur importance, les problèmes
de choix et d'action qui se posent aux jeunes sont bien différents
de ceux qu'ils voient résoudre par leurs parents.
Si parents et enfants savent qu'il en est ainsi, les parents
seront plus indulgents pour les lubies de leurs enfants, et
les enfants comprendront un peu mieux leurs aînés.
Il n'est pas nécessaire qu'ils partagent toujours les
mêmes opinions, les mêmes dispositions et les
mêmes désirs, mais il est essentiel qu'ils se
mettent d'accord afin de bien vivre leur vie, chacun dans
sa sphère.
C'est se montrer bien exigeant pour beaucoup de parents
que de leur demander de croire qu'ils ne peuvent pas élever
leurs enfants comme ils l'ont été eux-mêmes.
Ayant l'impression d'entendre le glas du passé tinter
dans leurs oreilles, ils supportent mal que l'on déroge
aux vieilles coutumes.
Certaines idées et manières de voir en vogue
pendant la première moitié du siècle
ne sont pas assez souples pour s'adapter à la seconde
moitié. À l'analyse cependant, on s'aperçoit
que la plupart des changements ne présentent que des
différences d'expression et non de principes. Il importe
donc d'apprendre comment utiliser les nouveautés sans
couper les amarres avec les vertus fondamentales qui sont
la clef de notre condition d'homme.
La démocratie dont nous sommes si fiers pose en soi
des problèmes. Autrefois, la démocratie n'était
qu'une théorie politique ; aujourd'hui, nous trouvons
la démocratie dans l'industrie, la vie sociale, la
famille et le foyer.
Il se peut cependant que l'on impose trop tôt la démocratie
aux enfants. Gratifier un enfant ou un adolescent d'une liberté
au-dessus de sa capacité véritable de juger
est inéquitable, même si on le fait avec de nobles
intentions. Le privilège de former les enfants petit
à petit jusqu'au point où ils pourront se débrouiller
au milieu du monde déroutant dans lequel ils ont été
placés est le couronnement et la récompense
de la paternité.
Il est d'usage de s'en prendre aux influences du dehors
lorsqu'un adolescent tourne mal, ou d'accuser la télévision,
la radio, les journaux et les revues. Mais tout cela n'influe
qu'en second lieu sur les enfants, et si l'influence primordiale
- l'inculcation du sens de la bienséance par les parents
- a effectivement exercé son action, toutes ces choses
perdront leur pouvoir d'avilissement.
Les tendances au mal ne sont pas tant transportées
dans le plasma germinatif que développées par
la culture dans laquelle nous baignons pendant nos premières
années. Et celle-ci exige quelque chose de mieux que
le cinéma, les revues médiocres, les pièces
de la télévision et l'expérience maladroite
des camarades. Comme le disait un chef de police du Texas :
« Nous veillons à ce que l'argenterie et les verres
soient stérilisés, mais nous laissons nos enfants
nourrir leur esprit avec des déchets. »
La révolte de la jeunesse
Il est normal que les jeunes réclament une certaine
indépendance à la mi-adolescence.
Personne n'a encore réussi à passer d'un genre
de vie à un autre tout à fait différent
sans être en proie à une vive agitation. Hier
encore au stade où l'on a besoin d'aide, les adolescents
ont maintenant atteint le stade où l'on est assez grand
pour se conduire. Il leur faut maintenant apprendre le troisième,
le stade de la responsabilité ; celui où
l'on peut aider les autres.
La période où les enfants commencent à
s'affirmer est une phase de la vie familiale à laquelle
les parents avisés doivent faire face sans laisser
aucune fissure persister dans la solidarité de la famille.
La jeunesse est portée à surestimer la liberté
et à frapper dans toutes les directions pour la revendiquer.
Aux parents incombe le devoir d'enseigner la vérité
incontestable qu'il n'y a, dans la nature, aucun principe
plus évident ni plus rigoureusement appliqué,
dans l'humble fourmilière comme dans les galaxies de
l'espace, que celui-ci : « Ce n'est pas la liberté,
mais la loi qui prédomine. »
Les mots « droit » et « liberté »
ont un son magique pour l'oreille des jeunes gens, qui peuvent
les confondre avec le pouvoir de satisfaire tous ses appétits
et ses caprices. Il importe de rectifier leurs idées
à ce sujet avant que la poussée de leur personnalité
naissante ait créé chez eux des habitudes qu'ils
devront vaincre un jour, soit par leur discipline personnelle,
soit par la discipline de la loi.
C'est un devoir important aussi, pour les parents, de rechercher
et de trouver la cause des écarts de leurs enfants.
Le plus rebelle des garçons ou la moins docile des
filles ne sont souvent que des isolés et des désemparés.
Les révoltés ne font parfois que donner libre
cours à des sentiments refoulés de déception.
Il y a quelque chose dans leur nature qui n'a pas trouvé
de soupape d'échappement disciplinée. Dans leur
ennui et mûs par le besoin incessant d'action de la
jeunesse, ils cherchent à détruire. Un professeur
de nihilisme, Michael Bakunin, soutient que la destruction
est aussi une création. Disons que c'est plus précisément
une contrefaçon de la création.
Cette tendance va parfois jusqu'à l'autodestruction,
ainsi qu'en témoignent les minables adolescents aux
épaules voûtées, aux cheveux gras et au
physique rachitique qui déambulent dans les rues des
villes et qui s'amusent à écrire des grossièretés
à la craie sur les murs et à détruire
les biens publics ou privés.
Un remède à appliquer en attendant que l'on
trouve des solutions définitives à ce problème
est de donner quelque chose de constructif à faire
aux jeunes. À l'ère de l'exploration de l'espace,
le ping-pong ne suffit pas pour tenir l'esprit d'un enfant
occupé. Nous devons fournir aux adolescents la possibilité
de remuer et d'exercer non seulement leurs corps mais aussi
leurs intelligences. S'ils ne se servent pas de ce que nous
leur offrons, c'est que notre organisation et nos encouragements
laissent à désirer.
La délinquance
La délinquance ne commence pas la première
fois que la police prend un garçon ou une fille à
commettre un acte illégal. Elle est née bien
avant cela, parce que sa famille a toléré la
désobéissance, l'insolence et le manque de respect.
Comme les sociologues s'accordent de plus en plus à
le dire, c'est généralement chez les parents
qu'il faut rechercher la cause de la mauvaise conduite des
enfants.
Le délinquant est un être qui est incapable
de faire le nécessaire pour s'adapter à son
milieu. Il ne ressent aucun besoin de répondre à
l'attente des autres.
Mais il reflète dans une certaine mesure le monde
qui l'entoure : une société où priment
les choses matérielles et la vitesse, la violence et
l'idée si bien répandue par la fausse réclame
que nous devons obtenir tout de suite ce que nous voulons
et régler plus tard si la chose s'impose.
Le mal fondamental n'est pas de ceux auxquels on peut remédier
par un tour de main philanthropique en instituant des sociétés
et des organismes. Il réside au coeur même de
nos valeurs courantes. C'est la conséquence de ce que
le juge Redmond Roche a appelé lors d'un congrès
des chefs de police, à Montréal, « l'apathie
et le pourrissement moral de la population ».
Voici comment le commissaire George McClellan, de la Gendarmerie
royale du Canada, a posé le problème dans une
allocution prononcée à l'Empire Club de Toronto :
« Ce n'est pas de la délinquance juvénile
dont je veux vous parler, c'est de la délinquance des
parents, car, à mon humble avis, le groupe qui cause
les ennuis dont je viens de parler, est, en très grande
partie, l'oeuvre de foyers inconscients et de parents inconscients.
Il semble bien que le mal ait sa source au foyer et que c'est
en fin de compte au foyer qu'il faudra y porter remède. »
« Combien de fois, a ajouté le commissaire,
n'ai-je pas entendu une mère ou un père me dire
d'une voix angoissée et éperdue : « Comment
mon enfant en est-il arrivé là ? »
Ma foi, la semence du bien et du mal est en chacun de nous,
et le fruit qu'elle produit dépend de notre façon
de la cultiver. »
Règles à suivre pour faire des inadaptés
Au lieu de dresser la liste habituelle des bons procédés
à suivre, le commissaire McClellan a voulu donner encore
plus de mordant à sa thèse en énumérant
les meilleurs moyens à prendre pour qu'un enfant devienne
à coup sûr un être inadapté et antisocial :
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(1) N'établissez aucune règle concernant la conduite et l'obéissance de l'enfant au foyer. Ainsi, l'enfant n'aura aucune notion claire du bien et du mal. |
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(2) Si vous établissez une règle, appliquez-la de façon intermittente. Oubliez-la quand vous êtes de bonne humeur et grondez l'enfant sévèrement s'il enfreint la règle quand vous êtes fatigué ou mal en train. Cela le déroutera complètement. Il ne saura pas ce que l'on attend de lui et finira par détester toute discipline. |
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(3) Offrez à vos enfants le spectacle de vos disputes avec votre conjoint et, mieux encore, dites-vous des injures en leur présence. De cette façon ils n'auront aucun respect ni pour leur père ni pour leur mère. |
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(4) Ne confiez jamais une corvée ni une tâche à un enfant à la maison. Il se convaincra ainsi que le foyer et le monde doivent le faire vivre, sans aucun effort de sa part. |
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(5) S'il est puni par ses maîtres, ne manquez pas de vous rendre à l'école et de critiquer l'instituteur ou le directeur devant l'enfant. C'est un excellent moyen de lui enseigner le mépris de l'autorité. |
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(6) S'il a plus tard des ennuis avec la police, ce qui est fort probable, enguirlandez l'agent ou, mieux encore, le commissaire, en ayant soin de toujours le qualifier d'abruti. Vous confirmerez ainsi votre enfant dans son mépris de toute autorité. |
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(7) Pendant vos promenades en auto avec votre famille, dépassez la vitesse maximale, mais ralentissez si vous apercevez une voiture de police. Hâtez-vous cependant d'accélérer dès que l'agent ne vous voit plus. Cela montrera à l'enfant qu'il ne faut observer la loi que lorsqu'il est dangereux de se faire prendre. |
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(8) Si la police vous arrête pour excès de vitesse et que vous alliez trop vite, niez carrément que vous excédiez la limite de vitesse. Et protestez avec véhémence. Votre enfant en conclura que la tromperie et le mensonge sont permis. |
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(9) Si vous avez réussi à frauder le fisc de quelques dollars, ne manquez pas, le soir, à table, de vous vanter de votre prouesse. Il n'en faudra pas plus pour persuader les jeunes que le vol n'a rien de répréhensible à condition de ne pas se faire pincer. |
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(10) Ne vous inquiétez jamais de savoir où vos enfants passent la soirée. Peu importe à quelle heure ils rentrent. Et jamais, au grand jamais, ne cherchez à vous renseigner sur leurs amis. Cette règle est presque infaillible. |
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Adopter une attitude positive
Les parents qui veulent aider leurs enfants à se
préparer une vie heureuse et convenable n'ont pas besoin
de chercher la solution de leur problème dans les nuages.
Ils doivent seulement s'efforcer d'atteindre leur idéal
en épurant et en raffermissant les anciennes institutions.
Il importe que toute la culture intellectuelle de l'humanité
repose sur le roc pour ainsi dire inébranlable que
représente une solide éducation fondée
sur les principes moraux, c'est-à-dire sur les normes
de conduite généralement acceptées qui
doivent régir les relations entre les individus. La
meilleure loi qui soit, a dit Socrate, est une conscience
bien formée.
Les jeunes ont besoin de règles pour se guider et
de critères pour se juger. Le foyer joue le rôle
éminent qui lui revient dans la préparation
des enfants à la vie quand les principes fondamentaux
sont enseignés avec calme et fermeté, et surtout
vécus. Ce qui compte en définitive c'est de
savoir, non pas combien les jeunes gens seront dociles aux
contraintes de la loi ou de l'ordre, mais dans quelle mesure
on peut espérer qu'ils obéiront aux lois qu'ils
s'imposeront eux-mêmes.
La famille est un mode de vie commune, où l'on apprend
ce qu'il faut faire et ne pas faire par le précepte,
par l'exemple et par la pratique. Les enfants qui y voient
le jour sont à leur naissance les êtres les plus
impuissants et les plus inconscients qui soient ; les
moins doués d'instincts immédiats pour soutenir
la concurrence vitale ; les plus lents à développer
leurs possibilités d'autonomie ; mais aussi les
plus réceptifs, les plus imitateurs, les plus éducables
et les plus richement dotés.
Pour l'enfant, avec son horizon borné, toute la vie
se limite à son entourage immédiat, à
ceux qui sont appelés à le faire manger, à
le porter, à le dorloter ou à le punir. Ces
personnes ont la responsabilité non seulement de son
bien-être du moment mais aussi de toutes les années
de sa vie, car elles ne peuvent nourrir et protéger
son corps sans en même temps former sa personnalité.
Dans une bonne famille, l'enfant grandit dans une atmosphère
de respect mutuel et apprend à respecter les autres ;
il acquiert des habitudes saines, généreuses
et démocratiques, qui ne pourront avoir qu'un effet
salutaire sur sa vie d'adulte.
La discipline
La discipline familiale n'a rien de commun avec la rigidité
de la maxime militaire : « les ordres s'exécutent,
ils ne se discutent pas ». Le mot discipline reprend
ici son sens premier et étymologique d'enseignement
dispensé par le maître à son disciple.
Votre enfant fait-il une action bonne, noble et généreuse ?
Félicitez-le. Mais a-t-il en même temps manqué
de prudence ? Réprimandez-le. Quand un Spartiate
avait une conduite héroïque au combat, les premiers
magistrats posaient une couronne sur sa tête, mais ils
lui imposaient aussitôt une amende de mille drachmes
pour être allé au combat sans armure.
L'enfant ne tient pas à vivre dans un monde où
tout est permis. Cela le rend perplexe et malheureux. Il veut
qu'il y ait autour de lui un mur solide et stable, à
l'intérieur duquel il jouisse d'une large liberté,
mais qui marque également les limites exactes qu'il
ne doit pas franchir.
Ce mur pourra, par exemple, être celui du respect
des biens et des droits d'autrui, du respect des aînés,
de l'observance des conventions qui sont les lubrifiants de
la vie en société. Ne pas enseigner ces principes
aux jeunes, c'est leur infliger un désavantage, car
la vie se chargera de leur apprendre brutalement qu'il y a
des choses que l'on ne peut pas faire.
Il n'est pas du tout nécessaire de créer chez
les enfants un complexe de culpabilité pour leur enseigner
la discipline et le respect de l'ordre. Les lois ne sont pas
édictées pour faire le malheur de quelques citoyens,
mais plutôt pour fournir à tous la possibilité
d'être heureux sans gêner les autres ni être
gênés par eux.
La loi canadienne règle notre conduite les uns par
rapport aux autres. Elle nous dit jusqu'où vont nos
droits et où commencent nos devoirs. Ainsi que l'énonçait,
en l'an 533, l'empereur Justinien, les règles de la
loi nous commandent de vivre honorablement, de ne léser
personne et de rendre à chacun son dû.
L'observation des préceptes de la loi découle
de notre amour du bien et du bon. La bonté ne consiste
pas simplement à éviter le mal ou l'injustice,
mais bien à aimer les choses qui sont justes et honorables.
C'est aux parents qu'appartiennent incontestablement le
privilège et la mission de faire germer ces sentiments
dans le coeur de leurs enfants. En s'acquittant de ce devoir,
ils contribuent à leur propre bonheur, car pour être
heureux, surtout quand on n'est plus jeune, il importe d'avoir
l'impression d'être encore dans le mouvement de la vie,
et le meilleur moyen de le faire n'est-il pas d'inculquer
à ses enfants les principes qui les guideront, eux
et leurs enfants, à travers les vicissitudes d'un avenir
lointain et inconnu.
Certains parents se sentiront peut-être confondus
et paralysés par le sentiment de leur impuissance devant
les difficultés de la tâche. Qu'ils n'hésitent
pas à demander conseil aux personnes compétentes.
Ce n'est pas un signe de faiblesse que de faire appel au concours
des spécialistes pour résoudre un problème
important, dont la solution peut être capitale pour
le bien et le bonheur de leurs enfants et indispensable pour
leur propre tranquillité d'esprit. L'église,
l'école et les services sociaux se feront un plaisir
d'aider de leur savoir et de leur expérience les parents
indécis ou inquiets.
Il ne s'agit pas ici d'un plaidoyer en faveur de l'assistance
sociale, qui ne remplacera jamais la famille en tant que fondement
de l'ordre. L'enfant ne peut se passer de la jupe accueillante,
des douces mains et du tendre regard de sa mère ou
de sa grand-mère.
Il va sans dire que s'ils veulent faire respecter leur autorité
les parents doivent, comme le dit le principe de la loi d'équité,
avoir les mains nettes. Les enfants ont tôt fait de
déceler le manque de sincérité. Leurs
meilleurs maîtres seront les parents qui ont démontré
par l'exemple qu'ils sont capables de prendre des responsabilités
et de diriger leur vie avec succès.
Quant au devoir des enfants, l'ancien commandement donné
au milieu des éclairs et du tonnerre sur le Sinaï
n'a pas changé. « Honore ton père et ta
mère », dit le décalogue.
Le plus bel héritage
On peut procéder à de longues enquêtes,
recueillir force statistiques et opinions, et en tirer une
masse impressionnante de renseignements et de conclusions,
mais tout cela se résume en fin de compte à
quelques vérités aussi modestes qu'élémentaires.
Dans l'oeuvre éminemment importante de la transmission
de la culture et des idéaux, de la formation du caractère
et de l'acquisition des qualités nécessaires
dans notre monde en transformation, la famille d'aujourd'hui
a un rôle de pilier et de pionnier à jouer. Elle
doit considérer les enfants comme plus importants que
les choses, les idées comme plus précieuses
que le confort matériel et la dignité personnelle
comme la pierre de touche de toutes les valeurs.
Chaque génération offre au monde une nouvelle
occasion de consolider ces valeurs. Les parents de notre époque
doivent faire en sorte que leurs enfants aient plus tard des
souvenirs pour se guider dans l'existence : souvenir
d'une vie de famille où la justice était observée ;
souvenir d'une affection généreusement accordée ;
souvenir d'une discipline expliquée avec douceur et
tendresse ; souvenir, enfin et surtout, du bon exemple,
donné avec joie et persévérance.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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