Mai 1951 Les besoins impérieux de la jeunesse
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C'est à tort que les jeunes gens
considèrent l'adolescence comme une période
d'attente fiévreuse entre l'enfance et la maturité.
Ceux qui sortent cette année-ci des écoles et
des collèges ne sont pas arrivés au bout de
leur voyage, au but final de la vie. Ils sont trop vieux pour
certaines choses, c'est vrai, mais ils ne sont plus trop jeunes
pour d'autres, voilà tout.
Le jour où ils sortent du collège armés
d'un diplôme, tous les jeunes gens, filles et garçons,
entrent dans la vie et font face à l'avenir. Ce jour-là
ils font le premier pas dans la voie pour laquelle leur vie
jusqu'ici n'a été qu'un préparatif. Ils
s'apprêtent à récolter le fruit de leurs
études.
Chacun d'eux entre dans cette période mouvementée
avec les premiers éléments de ce qui va devenir
sa personnalité. Il a déjà commencé
à acquérir des qualités qui le distinguent
des autres. Son succès dans la vie dépend de
la manière dont il forgera ces traits individuels en
quelque chose de plus fort que la personnalité - le
caractère.
Personne ne désire entreprendre cette deuxième
partie du voyage dans la vie sans une carte pour le guider
vers le port qu'il a choisi. À chacun de décider
ce qu'il désire et calculer le coût. Le seul
fait de préparer un plan de ce genre développe
chez un jeune homme la faculté qui fait le plus défaut
chez les employés au dire des patrons - le sentiment
de la responsabilité. En réfléchissant
clairement à ses propres problèmes, chacun apprend
à analyser les situations et à s'en rendre maître.
Ce sont là de précieuses qualités chez
un employé.
Les jeunes hommes et les jeunes femmes qui ont fini leurs
études cette année ont sans aucun doute l'intention
de formuler quelques principes pour les guider dans la vie.
Libre à eux de fixer le cours de leur vie et le but
qu'ils se proposent d'atteindre, mais encore faut-il qu'ils
acceptent comme évident :
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Qu'il est nécessaire de continuer à s'instruire ; |
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Que la démocratie est la meilleure forme de société ; |
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Que la liberté est indivisible : il faut que chacun soit libre ; |
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Que chacun d'eux fait partie de la société ; |
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Que la largeur d'esprit dépend de l'échange et de la communication des idées ; |
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Que tout ce qu'on entend n'est pas nécessairement vrai et qu'il faut dégager le vrai du faux ; |
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Que la discipline est nécessaire pour surmonter les difficultés, les désagréments, la gêne, la frustration et les épreuves ; |
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Qu'il faut tenir compte des besoins spirituels ; |
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Que rien ne donne plus de satisfaction que le travail bien fait. |
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On trouve plusieurs de ces principes dans les Méditations
de l'empereur romain Marc-Aurèle : « J'ai
appris à me durcir à la fatigue, à me
contenter de peu, à travailler de mes propres mains,
à ne pas me mêler des affaires d'autrui, à
ne pas prêter l'oreille aux mauvais propos, à
ne pas perdre mon temps à des vétilles, à
respecter la liberté de parole et à me familiariser
avec la philosophie. »
Chacun veut réussir
Comme l'éducation, le succès n'est pas un
but en soi. Chaque pas dans la voie du succès est un
commencement. Le succès consiste à s'efforcer
de faire mieux autant qu'à réussir.
Les meilleurs préparatifs ou les meilleurs plans
ne sauraient garantir le succès ; on ne peut que
le mériter. Mais quand on est heureux en faisant son
chemin dans la vie on ne trouve pas la route longue.
Thomas J. Watson, créateur de l'International Business
Machine Corporation, va même plus loin : « Le
moment que nous nous disons que nous avons réussi »,
dit-il, « nous avouons notre échec. L'homme qui
fait chaque jour de son mieux est vraiment plein de vie, mais
celui qui s'arrête commence à dépérir. »
Voici deux conseils au sujet du succès. Ne vous laissez
pas décourager dans une entreprise que vous vous sentez
parfaitement capable de mener à bien, parce qu'on vous
dit que c'est impossible. N'oubliez pas que le monde entier,
y compris les plus grands savants, croyaient jadis qu'il était
impossible que la terre soit ronde, qu'une voiture puisse
marcher sans chevaux, ou que l'homme voyage plus vite que
le son.
Deuxièmement : Ne répondez jamais à
une question importante : « Je ne sais pas. »
Dites au contraire : « C'est une question intéressante.
Je vais me renseigner. » C'est ainsi que des hommes d'instruction
médiocre sont arrivés au succès. En faisant
preuve de leur désir d'être utiles ils ont en
même temps agrandi le champ de leurs connaissances.
L'ambition est parfois utile
On ne saurait parler de succès sans mentionner l'ambition
et il faut distinguer entre la bonne ambition et la mauvaise.
Au sujet de cette dernière nous citerons simplement
les mots de César. Un jour qu'il traversait un pauvre
hameau de la Suisse, un de ses amis lui demanda s'il pensait
que la rivalité et l'ambition régnaient dans
le coeur d'un peuple si misérable. César répondit :
« J'aimerais mieux être le premier dans ce village
que le second dans Rome. »
La bonne ambition est causée par l'impulsion créatrice.
Nous sentons le besoin d'exprimer en musique, en vers, en
prose, en peinture ou en objet d'art notre capacité
de concevoir et de produire quelque chose de beau, ou tout
au moins qui en vaille la peine. Sous ce rapport, l'ambition
a du bon.
Il faut toutefois faire la place de la prudence dans l'ambition
et, quoiqu'il ne soit pas toujours sage d'attendre, il est
bon de s'armer de patience quand la prudence l'exige, et de
ne pas perdre de vue les besoins immédiats en essayant
de voir trop loin ou de viser trop haut.
La Fontaine nous raconte à cet égard la fable
de l'Astrologue qui se laisse tomber dans un puits :
 |
Un astrologue un jour se laissa choir
Au fond d'un puits. On lui dit : Pauvre bête, |
 |
 |
Tandis qu'à peine à tes pieds tu peux voir
Penses-tu lire au-dessus de ta tête ? |
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et il termine
 |
C'est l'image de ceux
qui bâillent aux chimères,
Cependant
qu'ils sont en danger
|
 |
| Soit pour eux, soit
pour leurs affaires. |
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Dans des cadres raisonnables et si l'intention est légitime,
l'ambition est parfaitement louable. Il faut qu'elle ait un
but concret et précis. William James cite dans son
traité de Psychologie le cas du chasseur qui
tua un ours en visant, non pas à l'oeil ou au coeur,
mais « la bête en général. »
Gardons-nous de viser « en général »
nos buts dans la vie mais choisissons nos cibles une à
une et abattons-les l'une après l'autre.
Choix de travail
Petit à petit, c'est là en somme presque le
seul moyen d'aborder la vie de nos jours. Nous sommes entourés
de difficultés et chaque fois que nous grimpons une
colline nous avons un nouveau paysage sous les yeux. L'instruction,
les connaissances et l'intelligence nous sont d'un grand secours,
mais encore faut-il faire preuve de jugement.
Nous sommes tous portés à nous vanter de ce
que nous nous proposons d'accomplir. Mieux vaudrait nous vanter
de l'énergie que nous consacrons habituellement à
accomplir des tâches utiles. L'important est d'accomplir
quelque chose. Celui qui ne touche jamais un fusil ne peut
pas s'attendre à devenir un bon tireur ; celui
qui tourne le dos à la bataille ne sera jamais un héros ;
et celui qui s'en tient à faire des plans sur le papier
n'arrivera jamais au succès.
Tout l'enthousiasme du monde ne suffit pas à faire
remporter le succès dans les carrières ouvertes
aux jeunes gens. Il faut également de la volonté
et de la persistance. Ceux qui réussiront dans la vie
seront ceux qui accompliront de leur mieux leur tâche
quotidienne, sans se laisser déconcerter par les critiques
des jaloux et des rêveurs.
Il est bon, naturellement, de se fixer un idéal,
mais sans perdre toutefois le sens des proportions. Tout dans
l'ordre des choses procède par transition et rarement
par à-coups. Il vaut mieux accomplir graduellement
notre tâche que de risquer de compromettre notre succès
par des tentatives osées et infructueuses.
Qui trop embrasse mal étreint, dit le proverbe, mais
qui n'embrasse pas du tout étreint plus mal encore.
Nous sommes revenus des doctrines de loisir et de récréation
qui avaient cours il y a quelques années. Nous avons
appris que le but de la vie est d'agir et non pas de flâner.
Il est doux d'avoir des loisirs, mais tous les grands hommes
de l'histoire ont travaillé de longues heures.
Avec beaucoup moins de loisir que n'en offrent les emplois
modernes, des hommes du passé ont trouvé le
temps de faire de grandes choses. Spinoza meulait des verres
de lunettes toute la journée, mais il écrivit
le soir une des plus grandes oeuvres de philosophie. Churchill
a toujours été très occupé, mais
il a réussi à se faire connaître comme
bon peintre et encore meilleur écrivain. Lord Keynes
a succombé au labeur de ses fonctions publiques, mais
il faisait en même temps autorité en matière
de ballet et d'opéra.
Décisions
Ces gens-là ont choisi ce qu'ils devaient faire avec
certains points à l'esprit. Ils n'ont pas accepté
d'anciennes maximes ou décidé au hasard. Ils
ont mis leurs idées à l'épreuve. Il est
toujours sage de peser soigneusement les conseils ou les idées
dont dépend le cours de notre vie. N'allez pas, par
exemple, suivre aveuglement les conseils de ce Bulletin sans
vous demander si leur raisonnement est juste, non pas au dire
de vos amis ou de proverbes ou maximes souvent contradictoires,
mais d'après la manière dont ils s'appliquent
à votre propre cas.
C'est simplement une question de bon sens. Quelqu'un a dit
que le bon sens consiste à dire « non » aux
choses inutiles, mais il consiste également à
dire « oui » à celles qui comptent.
Mais comment dire oui ou non sans savoir exactement ce qui
compte et ce qui ne compte pas. Cela implique la connaissance
de vos capacités, de vos goûts et de vos ambitions
ainsi que des exigences de votre carrière.
Une importante décision demande une intelligence
intègre, l'oubli de vos désirs, et un grand
respect de la vérité. Voici un moyen d'y arriver :
1. Énoncez votre problème ou votre ambition
- par écrit pour plus de clarté.
2. Quels sont les choix ? Écrivez-les, même
si quelques-uns vous paraissent ridicules.
3. Quelles sont les qualités et les défauts
de chacun ? C'est ici qu'il faut faire preuve d'honnêteté
envers vous-même et envers les faits.
4. Quand vous en serez là, quelques choix auront
déjà été automatiquement éliminés.
5. De ce qui reste, quelle est la meilleure décision
(a) pour vous aujourd'hui, et (b) pour vous et votre famille
(ou votre future famille) dans l'avenir ?
Tenez compte, en faisant vos choix, en ce qui concerne la
question, de vos faiblesses et de vos forces, de l'importance
de l'échec ou du succès.
Lecture et réflexion
Pour tout ce que le présent Bulletin recommande nous
trouvons des exemples dans l'antiquité. Si nous voulons
savoir en quoi consiste le succès, le bonheur et le
contentement, recherchons l'opinion des anciens. Nous trouverons
dans n'importe quelle bibliothèque les problèmes,
les découvertes, les succès et les déboires
des grands hommes. Les historiens et les écrivains
sont morts depuis longtemps mais ils continuent à vivre
dans leurs oeuvres.
La lecture nous aidera à étendre nos connaissances
dans un monde qui devient de plus en plus spécialisé.
Elle nous aidera à penser clairement et à nous
exprimer de manière à nous faire comprendre.
Nous vivons dans une époque de confusion intellectuelle.
Notre esprit est encombré d'un tel nombre de devises,
de cris de ralliement, de bribes de connaissances que nous
nous sentons incapables de raisonner simplement.
Nos jeunes Canadiens ont besoin d'une bonne tête et
d'un coeur chaud. Ce qui se passe dans leur tête et
dans leur coeur est plus important pour l'avenir du Canada
que ce qui se passe dans nos laboratoires et nos usines.
Il faut qu'ils soient capables de faire bon ménage
avec leurs concitoyens. Le succès coûte trop
cher s'il est acquis aux dépens de la bonne harmonie.
La collaboration et l'affabilité ont une valeur commerciale
aussi bien que personnelle. L'homme qui réussit dans
les affaires est celui qui fait preuve de bonnes dispositions,
qui s'applique à son travail et qui met de la bonne
volonté à apprendre.
Le rôle de la persuasion
La société a commencé quand les hommes
ont cessé d'être individualistes et ont reconnu
qu'ils avaient des intérêts communs. L'homme
avisé d'aujourd'hui cherche à faire son chemin
par la persuasion au lieu de la force, et les hommes intelligents
ne se battent que lorsqu'il ne leur reste plus d'autre moyen
d'atteindre leur but.
Parmi les tentatives de faire du Canada une nation dans
laquelle un peuple éclairé pourra vivre dans
la paix et la dignité, il faut citer premièrement
les efforts de l'Église pour mieux faire comprendre
aux hommes et aux femmes le sens de la vie et la nécessité
de participer spirituellement et matériellement aux
nobles entreprises de notre époque.
La deuxième consiste à admettre les jeunes
gens dans la direction des affaires scolaires, religieuses
et communales. Ce n'est là qu'un modeste début,
mais la tentative a déjà porté des fruits
en certains endroits. Le secrétaire du Comité
mixte de l'Association canadienne pour l'éducation
des adultes dit ceci : « Les jeunes gens doivent
avoir une part, si petite qu'elle soit, dans les décisions
qui influent sur leur vie. L'opinion de la jeunesse devrait
être recherchée et respectée dans tous
les conseils, publics ou privés, qui délibèrent
sur les questions intéressant la jeunesse. »
Il n'est pas nécessaire pour les adultes de s'efforcer
dans ces assemblées de parler le langage des jeunes.
Ce qu'il importe est d'apprendre ce qu'ils pensent. Pour cela
il faut les écouter d'abord et ensuite les comprendre.
Les adultes d'aujourd'hui ne sauraient s'appuyer sur l'expérience
de leur propre jeunesse pour prendre des décisions
au sujet des jeunes d'aujourd'hui, parce que tout est différent.
Mais ils peuvent faire profiter les jeunes de leurs conseils
et de l'expérience acquise au cours de longues années.
On ne saurait trop appuyer sur la nécessité
de cette collaboration entre les jeunes gens et les adultes.
Nous avons besoin de connaître leurs idées et
leurs aspirations pour guider intelligemment leurs premiers
pas dans la vie, et il n'existe pas de meilleur moyen pour
cela que de les admettre dans nos comités.
Vertus civiques
Aristote définit comme suit la société :
« L'État tire son origine du besoin de subsistance :
il continue grâce à notre désir de vivre
en bons citoyens. » Le Canada et beaucoup d'autres pays
ont passé le stade où les hommes s'associent
pour tirer leur subsistance du sol. Nous savons tous que le
bien-être du Canada n'est pas fondé sur la science,
l'industrie ou la politique, mais sur les vertus et la sagesse
de ses citoyens.
Trois de nos institutions contribuent puissamment à
inculquer en nous ces vertus ; ce sont l'Église,
l'école et la famille. Le caractère est formé
d'abord au sein de la famille où l'enfant grandit au
milieu de l'affection et des soins de ses parents. L'enfant
apprend ensuite les rudiments de la vie sociale à l'école
où il s'associe avec un grand nombre d'enfants appartenant
à d'autres religions et d'autres milieux. À
l'église, on lui enseigne que tous les hommes sont
frères et que pour gagner le Royaume du Ciel il faut
observer les Commandements de Dieu.
Vivre en bon citoyen ne consiste pas à mener une
vie oisive et égoïste. C'est une vie pleine de
labeur et de responsabilités. Le bon citoyen cherche
autant que possible à rendre service à ses semblables
et à se rendre de plus en plus utile à la société.
Liberté et collaboration
La liberté est un important ingrédient de
la vie du bon citoyen. Nous devons tous être prêts,
de nos jours, à défendre notre pays et à
aider les nations libres à défendre le leur,
mais pas seulement contre les attaques de l'extérieur.
Nous devons également défendre la liberté
des gens. Le peuple qui perd sa liberté vit réellement
dans l'esclavage, malgré le nom de république,
démocratie ou dominion. Un peuple sans liberté
n'a plus le droit de penser et l'homme qui cesse de penser
cesse en même temps d'être un homme.
Il ne suffit pas d'être prêt à collaborer,
il faut que chaque citoyen prenne une part active aux affaires
de la collectivité. Une collectivité dans laquelle
chacun s'occuperait de ses propres affaires sans se soucier
des affaires de son voisin ne serait une collectivité
que de nom seulement. La démocratie implique la fraternité
et la collaboration pour le bien commun. Quand on fait passer
l'unité au-dessus de la liberté, on tombe dans
le totalitarisme, mais quand on fait passer la liberté
par-dessus tout, on tombe dans le chaos.
Nous sommes à la fois des individus et solidaires
les uns des autres : nous sommes un peuple qui marche
dans la même voie vers une destinée commune,
et un groupe d'individus qui suivent la route tracée
par leurs antécédents ou dictée par leur
fantaisie. Le Comité de Harvard dit dans son rapport
sur l'instruction en général dans une société
libre : « Un individualisme alerte et militant est
essentiel chez les bons citoyens, et la bonne société
est composée d'individus à vues indépendantes
et capables de se débrouiller tout seuls, tout en étant
prêts à subordonner leur bien individuel au bien
commun. »
Tout ce qui précède revient à dire
qu'il faut que la jeunesse marche de l'avant. Elle n'est pas
arrivée à une halte mais à un point de
départ.
Les jeunes et les adultes doivent marcher la main dans la
main dans la voie du progrès intellectuel, moral et
spirituel. Il ne suffit pas d'être instruits, il faut
faire usage de notre instruction pour réaliser nos
rêves et forger les outils pour accomplir notre tâche.
Il faut continuer à apprendre mais, ce qui est plus
important, adapter nos connaissances aux réalités
du présent. Il faudra pour cela oublier quelques-unes
des choses que nous avons apprises et en étudier de
nouvelles. Autrement, nous entrerons dans les années
futures comme un aveugle dans une chambre familière
dont on a transposé les meubles.
Vers un monde meilleur
Nos vastes programmes de mobilisation économique
et militaire transformeront nécessairement les perspectives
de la jeunesse. Essayons donc, tout en nous préparant
à combattre pour ce que nous jugeons utile à
notre bonheur, de ne pas perdre de vue ce que nous nous proposons
de défendre.
Un écrivain anglais a dit que la pratique constante
de la vertu par la race humaine pendant seulement une dizaine
d'années répandrait sur la terre, d'un pôle
à l'autre, la paix, la prospérité, la
santé, la joie et le bonheur. C'est là un rêve
difficile à réaliser, mais nous pouvons, malgré
toutes les difficultés et toutes les incertitudes,
cultiver les vertus fondamentales de la démocratie
- l'égalité, l'intégrité, la liberté
intellectuelle, la liberté politique, les procédés
de démocratie et de bien-être général,
et nous pouvons pratiquer dans notre vie quotidienne les préceptes
de la religion.
« Ce sont là de belles phrases », dira
quelqu'un, « mais contentons-nous de cultiver notre champ. »
L'avis est bon. Nous devons, tout d'abord, cultiver notre
propre champ. Mais il est à notre avantage, aussi bien
qu'à celui de nos voisins, de collaborer pour l'arroser,
ou bien de nous entendre pour perfectionner nos connaissances
ou bâtir une nouvelle école.
La liberté et le bonheur de l'humanité dépendent
de la manière dont les hommes libres se conduiront
pendant la présente crise. Les jeunes gens d'aujourd'hui
sont parfaitement capables de préserver la liberté
et d'accomplir d'encore plus grands progrès que leurs
aînés.
Quelques-uns d'entre eux se diront peut-être qu'ils
ne sont pas responsables de l'avenir. Mais il en restera assez
pour ne pas laisser la crise passagère dégénérer
en chaos et laisser enchaîner la liberté par
de cruels tyrans. Ces jeunes gens s'embarquent dans la vie
adulte avec de hauts idéals et la volonté de
travailler et de réussir. C'est là une excitante
et noble perspective.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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