Mai 1948 L'initiation à la vie
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Les jeunes gens ont à prendre des
décisions de grande importance pour eux et pour le pays. Ceux
qui sortent des écoles cette annéeci devront choisir
immédiatement une carrière ; dans quelques années ils
devront penser à se marier et à fonder une famille ;
et à partir de là ils prennent part dans une certaine mesure
aux progrès du Canada. Tout cela exige que chacun d'eux adopte
une philosophie de la vie, si ce n'est déjà fait.
Les diplômés ont suivi les cours de leur choix : baccalauréat,
sciences, philosophie, lettres, arts et métiers, etc. Vient
ensuite le cours de survivance - non pas la survivance physique
qui est relativement facile à cet âge - mais celle qui permet
de goûter librement aux bienfaits de la vie.
Dans tout le Canada il y a d'autres jeunes gens venus de
pays étrangers qui font leur entrée dans la vie canadienne.
Ils ont passé tout l'hiver à étudier et ils commencent à comprendre
l'anglais ou le français. Aux cours du Y.M.C.A. à Montréal,
les garçons et les fillettes étaient assis sur le bord de
leur chaise, tellement ils étaient empressés de répondre aux
questions et de dire quelques mots en anglais.
Cette initiation offre un aspect à la fois intéressant et
important. Ces enfants ont échappé à l'esclavage dans des
pays opprimés et ravagés. Ils entrent en liberté dans la société
canadienne. Ils seront les parents d'enfants canadiens dans
quelques années d'ici. Par leurs études ils donnent à ces
enfants une meilleure chance de réussir que n'en auront les
enfants de parents qui conservent la langue et les coutumes
de leur pays d'origine.
Et ensuite ?
L'initiation n'est que la fin d'une étape. La plus grande
partie de la vie vient après. Chaque année environ 150,000
jeunes Canadiens cherchent à entrer dans les quelque 20,000
carrières que leur offre le Canada. (Ces chiffres, et beaucoup
d'autres de ce Bulletin, sont tirés d'une intéressante et
utile publication du ministère du Commerce intitulée Données
du recensement canadien sur les professionnels à l'usage des
conseillers. C'est une brochure de 166 pages remplie de
renseignements authentiques, en vente à 50 cents au Bureau
fédéral de la statistique, à Ottawa.)
Le premier problème de ces jeunes diplômés est que les carrières
qui leur sont ouvertes se chiffrent aujourd'hui par milliers.
Au milieu du siècle dernier, il n'y en avait que 300 ;
on en a compté récemment une trentaine de mille, mais elles
ne sont pas toutes au Canada. La première chose à faire est
donc de choisir un emploi.
Il n'y a rien de pire que de prendre le premier emploi venu.
Les jeunes gens qui négligent de choisir la carrière qui leur
donne un but dans la vie et qui leur offre les moyens de réaliser
leur ambition ressemblent aux damnés de Carlyle : « Pas
de point de repère icibas ; pas de point de mire
audelà. »
On peut dire avec raison que tout le monde peut remplir
efficacement plusieurs emplois. Il est également vrai que
presque chacun peut mieux réussir dans la carrière qui lui
plaît que dans n'importe quelle autre.
Les jeunes gens sont trop souvent enclins à prendre un emploi
bien rémunéré sans se demander : « Estce qu'il
me plaira ? » En conséquence, ils se trouvent dans
un poste sans avenir, ils deviennent dégoûtés de la vie, et
ne peuvent pas accomplir ce qu ils désirent.
Le monde a besoin aujourd'hui, et le besoin sera aussi grand
dans dix ans, d'hommes et de femmes prêts à bien faire leur
travail, mais encore fautil qu'ils soient prêts. Les
chefs d'entreprises savent fort bien que de bons postes restent
souvent vides par manque de bons employés, simplement parce
que la plupart des candidats négligent de s'y préparer.
L'occasion se présente sans qu'on la cherche, mais si on
n'est pas prêt à la saisir, un autre s'en empare. Un vieux
proverbe dit que le commun des mortels perd son temps à chercher
les bonnes occasions, tandis que celui qui réussit dans la
vie saisit toutes les petites occasions au fur et à mesure
qu'elles se présentent.
Le Canada offre des occasions
À part toutes les occasions de se créer une place respectable
dans la vie, le Canada offre aux esprits aventuriers des milliers
de domaines encore vierges de découverte et d'exploitation.
Une édition spéciale du New York Herald Tribune, publiée
en janvier, contenait parmi ses rubriques : Une des plus
grandes sources de minerai ; Nouveaux approvisionnements
de charbon ; La plus grosse usine d'aluminium au monde
est prête à seconder le plan Marshall ; Le rendement
de la pulpe et du papier excède de 50 pour cent celui d'avantguerre ;
La production d'énergie électrique aide l'industrie ;
Beaucoup plus de nouvelles industries depuis 8 ans ;
Plus de 2,000 nouvelles industries dans la province de Québec
depuis 1945 ; Le Dominion conserve facilement la troisième
place dans le commerce international ; L'Ontario occupe
le premier rang dans la construction d'usines industrielles ;
L'expansion de l'industrie chimique ; Les Canadiens ont
plus d'assurancevie par tête d'habitants que n'importe
quel pays par rapport au revenu national ; Les banques
à charte jouent un rôle important dans le domaine économique.
Ces rubriques d'un journal des ÉtatsUnis renseignent
les Canadiens aussi bien que nos voisins sur le fait que notre
pays offre d'excellentes occasions aux jeunes hommes et aux
jeunes filles qui sortent cette annéeci des écoles et
des universités.
On entend parfois parier des merveilleuses occasions de
réussir dans d'autres pays. La publicité accordée à « l'exode »
des jeunes Canadiens a, pour ne pas dire plus, exagéré les
faits. Les articles à ce sujet étaient vagues et bornés à
des généralités. Voici des chiffres précis.
Le Service national de placement a obtenu du ministère des
Affaires des anciens combattants le nom et l'adresse de 1,127
anciens combattants qui suivent des cours aux ÉtatsUnis.
Chacun a reçu une lettré lui offrant des renseignements sur
les conditions et les chances de réussir dans n'importe quelle
partie du Canada, et de l'aider a trouver une bonne situation
quand il aura fini ses études. Le Service a reçu des réponses
à la moitié des 900 premières lettres, et d'autres réponses
arrivent chaque semaine à mesure que les anciens combattants
finissent leurs cours. La plupart expriment le désir de revenir
au Canada ; sur 450 des premiers qui ont répondu, un
seul dit qu'il n'a pas l'intention de revenir. Presque tous
ceux qui ont fini leurs cours sont revenus au Canada.
La valeur de l'éducation
Il n'y a probablement pas de pays au monde où le progrès
dépende si peu du « piston » et de la « protection ».
Il n'y a pas de pays où un jeune homme ait une meilleure chance
de faire son chemin, par sa propre initiative et sa propre
énergie. L'éducation n'est pas réservée aux plus brillants
élèves, elle est à la portée de tous.
Quelquesuns des membres les plus proéminents des professions
et de l'industrie ont gagné leur vie pendant leurs études
universitaires en conduisant des taxis, en lavant la vaisselle
dans des restaurants et en tenant des écritures. Les psychologues
en sont arrivés à la conclusion que l'étudiant qui paie les
frais de sa propre éducation réussit mieux dans ses études,
et plus tard dans la vie, que celui qui est aidé par sa famille.
Mais le Canada n'exige pas une instruction supérieure. L'enfant
qui quitte l'école secondaire pour travailler, a lui aussi
la chance de réussir, et après tout, Shakespeare, Burns, Carlyle,
Scott et Darwin sont devenus célèbres sans diplômes, et bien
peu des chefs d'entreprise dans l'industrie ou la finance
au Canada possèdent des diplômes, sauf parfois des diplômes
honoraires.
Cela ne veut pas dire que la plus grande instruction possible
ne soit pas souhaitable pour un jeune homme ambitieux, si
elle lui permet d'accomplir l'oeuvre à laquelle il se destine.
Sous le rapport de la somme des connaissances, un jeune homme
d'aujourd'hui excelle un Platon ou un Aristote. Le problème
est d'en faire un bon usage. Le Dr Raymond G. Miller dit dans
Take Time for Human Engineering : « L'instruction
conventionnelle est comparable à un trousseau de clefs. En
soi, les connaissances n'ont aucune valeur, sauf quand nous
nous en servons pour ouvrir les portes qui conduisent au progrès
de la raison et du jugement. »
Il y a peu de gens qui réussissent dans la vie quand ils
ont été instruits par force, ou quand on leur a fait entrer
dans la tête à la deuxième fois ce qu'ils n'avaient pas compris
à la première. Ceux qui réussissent sont invariablement ceux
qui ont soif de s'instruire, qui acquièrent leurs connaissances
d'une manière ou d'une autre, et qui s'en servent. Ceux qui,
ou dont les enfants, sont obsédés par l'idée que les parents
« doivent » donner une instruction supérieure à
leurs enfants au prix de n'importe quels sacrifices feront
bien de lire « I Got a Right to an Education »
dans le Canadian Home Journal de février. Cette histoire,
par Allen Roy Evans, M.A., met au point tous les débats et
toutes les discussions au sujet des obligations de la part
des parents et de la « nonchalance » des enfants
qui refusent de gagner au moins une partie de leurs frais
d'éducation.
Un mouvement en faveur d'une « Éducation pratique »
se dessine au Canada. Le Canadian Research Committee on Practical
Education a été institué au printemps dernier et partage les
bureaux de la Canadian Education Association à Toronto. Son
directeur est le Dr Fletcher Peacock, directeur de l'enseignement
du NouveauBrunswick, et son viceprésident Hugh
Crombie de l'Association des manufacturiers canadiens.
Les questions étudiées par ce comité, d'après la liste obligeamment
fournie par A.G. McColl, directeur des recherches, comprennent :
« Quels doivent être les principaux buts d'un programme
d'école secondaire ? Estce que le programme actuel
doit viser ces buts ? Quelle proportion de tous les élèves
les écoles secondaires devraientelles servir ?
Estce que le programme actuel répond aux besoins de
ces élèves ? Les employeurs sontils satisfaits
des résultats obtenus par les élèves des écoles secondaires ?
En cas contraire, par quoi l'enseignement secondaire pêchetil
ordinairement ? Fautil améliorer le programme d'instruction
générale plutôt que de chercher à inculquer l'adresse et les
qualités essentielles pour faire de bons employés ? Estce
que l'école collabore avec l'industrie, le commerce et le
travail dans cette importante entreprise de préparer et de
donner aux jeunes l'éducation qui leur convient ? Une
liaison plus étroite seraitelle mutuellement avantageuse ?
Avant de laisser la question de l'éducation, jetez un coup
d'oeil sur ce tableau. Il indique l'instruction acquise dans
diverses occupations. Les chiffres sont tirés de la brochure
mentionnée à la première page et ils valent la peine d'être
étudiés par les jeunes gens qui sortent des écoles et ceux
qui les prennent à leur emploi.
| |
Nombre |
Nombre d'années
d'école réparties en pourcentages |
| |
H - Hommes |
|
|
|
|
| |
F - Femmes |
0-4 années |
5-8 années |
9-12 années |
13 ou plus années |
| 1. Professionel |
H |
123,033 |
0.3 |
7.6 |
27.2 |
64.9 |
| |
F |
126,802 |
0.2 |
7.2 |
55.9 |
36.6 |
| 2. Propriétaires, gérants
et administrateurs |
H |
864,664 |
15.4 |
55.3 |
24.8 |
4.5 |
| |
F |
30,685 |
12.8 |
44.1 |
37.2 |
5.9 |
| 3. Employés de bureau, commerce |
H |
389,981 |
2.1 |
28.1 |
571 |
12.7 |
| |
F |
232,824 |
0.4 |
15.4 |
70.0 |
14.2 |
| 4. Ouvriers qualifiés; contremaîtres |
H |
519,190 |
8.8 |
52.0 |
35.6 |
3.7 |
| |
F |
12,405 |
3.3 |
41.8 |
50.7 |
4.2 |
| 5. Ouvriers semi-qualifiés |
H |
409,969 |
8.2 |
54.9 |
34.1 |
2.8 |
| |
F |
146,331 |
3.6 |
45.7 |
47.7 |
3.0 |
| 6. Ouvriers non qualifiés et des
services |
H |
1,038,919 |
17.0 |
61.1 |
20.5 |
1.4 |
| |
F |
282,896 |
8.0 |
55.3 |
34.3 |
2.4 |
Orientation professionnelle
Il existe dans l'industrie une tendance à employer plus
de machines mais à rendre leur fonctionnement si simple que
des ouvriers relativement inexpérimentés peuvent les faire
marcher. Ces industries peuvent ainsi employer des manoeuvres
et leur enseigner tout ce qu'ils ont besoin de savoir dans
une semaine ou même moins. Une enquête par H. M. Bell pour
l'American Council on Education révèle que dans 2,216 occupations
dans 18 industries, 8.5 pour cent des employés n'ont pas besoin
d'apprentissage, 59 pour cent ont besoin d'une semaine ou
moins, 11.3 pour cent d'une semaine à un mois, et seulement
21.3 pour cent d'un plus long apprentissage.
C'est évidemment dans les occupations spécialisées que l'instruction
a le plus de valeur, car c'est là que les connaissances permettent
à l'employé de se montrer à la hauteur de sa tâche. C'est
dans ce domaine que l'orientation professionnelle prouve son
utilité. C'est une grande responsabilité, de nos jours, que
d'orienter des jeunes gens de manière à leur permettre de
faire le meilleur usage de leurs aptitudes naturelles et des
connaissances qu'ils ont acquises dans le travail adapté à
leurs intérêts et leur compétence.
Cette aide ne peut pas être donnée d'une manière insouciante
ou routinière par des instituteurs, des ecclésiastiques ou
des parents. Elle exige les services de personnes qui ont
le temps de discuter avec les jeunes gens, d'apporter à la
discussion l'expérience, la sympathie et la patience qui inspirent
la confiance, font avouer la vérité et aident à prendre une
décision.
Le caractère inspire la confiance
Le moyen de se faire estimer est d'inspirer la confiance
par sa conduite. Il faut pour cela faire assidûment sa tâche
quotidienne et se préparer à celles de demain. On n'inspire
pas la confiance en suivant des cours, mais par la réflexion,
le travail et les sacrifices.
La majorité des renvois, d'après la brochure du Bureau fédéral
de la statistique citée plus haut, ne sont pas dus à l'incompétence ;
15 à 25 pour cent seulement sont causés par l'incompétence,
la lenteur, le gaspillage des matériaux et l'inaptitude physique.
La plupart des autres renvois ont pour causes les défauts
personnels, le manque d'application au travail et l'immaturité,
auxquelles il faut ajouter l'insubordination, la paresse,
la turbulence et la boisson.
Pour qu'on puisse compter sur vous vous devez être capable
de vous fier à vos propres conclusions après mûre réflexion.
Celui qui demande conseil avant de prendre une importante
décision ne fait jamais un bon homme d'affaires. Si vous voulez
inspirer confiance dans votre jugement, reconnaissez tout
de suite et franchement quand vous avez tort. Le meilleur
moyen de prouver qu'on peut compter sur vous est de soutenir
votre jugement quand vous savez que vous avez raison et d'admettre
dans le cas contraire que vous avez tort.
Tout cela contribue à créer la personnalité qui est en somme
l'effet que nous faisons sur les autres. L'homme entreprenant,
énergique et sur qui l'on peut compter respire la dignité.
L'apparence extérieure n'est que le reflet du for intérieur
qui porte généralement une personne à considérer avec indulgence
les défauts d'autrui et à se montrer courtois même quand on
manque de courtoisie à son égard.
La personnalité est modifiée par le tempérament. Tout le
monde a le droit d'avoir un tempérament pourvu qu'il ne nuise
pas à sa carrière. Le tempérament est simplement l'ensemble
de nos penchants naturels dont dépendent nos sentiments et
nos actes selon les jours et les circonstances. On excuse
les auteurs, les artistes, les poètes, les sculpteurs et les
acteurs d'avoir du tempérament parce que, comme l'a dit un
philosophe allemand « Il faut avoir du chaos dans l'âme
pour donner naissance à une étoile dansante, » mais les
gens ordinaires ne peuvent pas donner trop libre jeu à leur
tempérament.
Les jeunes gens qui font leur début dans le monde des affaires
devraient se rappeler les mots du philosophe au cours d'une
discussion avec l'empereur Adrien : « Je n'ai jamais
honte de m'incliner devant un homme qui commande 50 légions. »
Il y a aussi l'histoire de Hajji Baba, que son chef avait
frappé à la tête en plaisantant : « Tout en frottant
la bosse qu'il m'avait faite, ditil, je trouvais encore
moyen de rire de ses plaisanteries. » Seuls l'âge et
l'expérience peuvent enseigner cette sagesse.
Que vaut le succès ?
Ce que fait un jeune homme au sortir du collège dépend en
grande partie de son ambition. Il faut qu'il se fixe un but
et qu'il décide ce qu'il doit sacrifier au succès, car il
sait maintenant qu'on ne gagne rien sans sacrifier quelque
chose. On ne fait pas les mêmes sacrifices pour capturer un
troupeau de moutons que pour s'emparer d'une ville opulente.
Ceux qui arrivent le mieux, et peutêtre le plus facilement,
au succès, sont ceux qui savent exactement ce qu'ils désirent.
Un but bien clair et bien défini contribue à l'unité d'action.
Puis il faut penser à la stratégie. Chacun doit adapter
ses plans à ses moyens. David ne pouvait pas combattre Goliath
avec les armes de Saul, et celui qui n'a pas d'aptitudes pour
la guerre doit apprendre à faire son chemin au moyen des arts
de la paix. En tout cas, la bonne stratégie consiste à s'allier
des circonstances qui permettent d'aller plus loin en cas
de succès, et qui protègent la retraite en cas de revers.
La stratégie des chefs britanniques a toujours tenu en peu
de mots. Par exemple : Jervis : « ordre, simplicité » ;
Nelson : « désobéissez aux ordres si c'est nécessaire,
empêchez l'ennemi de rassembler ses forces, engagezle
- n'attendez pas qu'il vous attaque » ; Wolfe, « faites
toujours une nouvelle tentative » ; Wellington,
« cachez le gros de vos troupes ; quand l'ennemi
pense qu'il n'a rien à craindre, sautez sur lui à pieds joints » ;
et Hamilton, « Si la stratégie ne réussit pas, attaquez
l'ennemi de face. »
La maxime de Wellington convient au jeune homme qui débute
dans les affaires. Les jeunes gens sont trop souvent enclins
à adopter des manières de gros bonnet sans en avoir les qualités.
Il est bon de ne pas faire trop de parade avant d'être sûr
de soi.
Si le « gros bonnet » précoce fait mauvaise impression,
le « piètre employé » ne vaut guère mieux. Il passe
généralement son temps à surveiller la pendule, et juge son
emploi par les loisirs, les courtes heures de travail et les
longues vacances avec paye. Il s'embarque dans un tas de détails
inutiles quand son chef lui demande un rapport. Il cherche
à faire paraître sa tâche difficile pour se rendre important.
Mais tout cela ne cache généralement que sa paresse et son
ignorance. Il n'a pas l'intelligence d'ignorer les petits
détails pour se consacrer aux choses importantes.
Le moment de commencer ? Tout
de suite !
Évidemment, pour trouver l'emploi qui vous convient et faire
votre chemin, il ne suffit pas de répondre à une annonce et
de se présenter au travail. Il faut bien se rendre compte
de cela tout de suite et de se mettre à l'oeuvre. Les gens
qui remettent les choses au lendemain manquent d'esprit d'entreprise.
Napoléon a dit qu'en guerre et en politique, il n'y a pas
d'erreur plus commune que celle de ne pas agir au bon moment.
Nous connaissons tous l'histoire du bonhomme qui sort sans
parapluie, qui hésite à se mettre à l'abri quand il se met
à pleuvoir et qui rentre chez lui juste au moment où le plafond
lui tombe sur la tête.
Après avoir bien fait vos plans et vous être mis à l'oeuvre,
cherchez des idées. N'importe quelle idée qui vous fait sortir
de la torpeur habituelle vaut mieux que rien. Tracezvous
un programme si ardu que les compliments que l'on vous fera
sur votre travail vous paraîtront pâles en comparaison de
ceux que vous espérez mériter un jour.
Cette discussion ne doit pas laisser supposer qu'un peu
de stratégie rendra la vie facile aux jeunes diplômés. Le
prix du succès est facile à décrire : mettezvous
à l'oeuvre immédiatement, sans attendre un « coup de
main » ; ne vous leurrez pas de vains espoirs mais
travaillez dur à vous rendre digne du poste audessus
du vôtre ; rendezvous compte des obstacles et apprenez
à les surmonter par votre travail et votre adresse ;
et ne vous endormez pas en chemin.
Chaque pas en avant nous apporte un gain et une perte. Il
faut laisser quelque chose derrière, mais la perte n'est pas
importante si on atteint son but. Plus on avance dans la voie
du succès, plus on est obligé de travailler pour conserver
sa position, et plus on a d'inconvénients à supporter. C'est
pour cela qu'il n'y a pas beaucoup de gens au sommet de l'échelle.
Que réserve l'avenir ?
Il est oiseux de prédire l'avenir du Canada, parce qu'il
dépend de tant de choses : la situation internationale,
l'esprit d'initiative de nos jeunes gens et de nos jeunes
filles, le bon sens de nos hommes d'État et de nos hommes
d'affaires.
Les guerres ont amené au Canada des situations qu'il était
impossible de prévoir ; les progrès technologiques sont
si rapides qu'il est difficile de les suivre de jour en jour.
Voici ce que le ministère de la Reconstruction et des Approvisionnements
a estimé au mois de mars à quoi nous pouvons nous attendre :
une augmentation de 17 pour cent dans les placements privés
et publics en instruments de production au cours de 1948 par
rapport à 1947 ; des immobilisations de $2,800,000,000,
qui est le maximum jusqu'ici ; sur ce chiffre, la part
des entreprises privées, des institutions et des logements
est de $2,184,000,000, tandis que celle des fonds publics
est estimée à $635,000,000.
Le Canada a fait d'énormes progrès économiques en 81 ans
depuis qu'il est devenu un dominion, et il y a de bonnes raisons
de croire qu'il ne s'arrêtera pas là. Les nouvelles industries
reçoivent tous les encouragements possibles, et l'expansion
de celles qui existent déjà est un bon augure pour la prospérité
future du Canada.
Ces progrès du Canada ont eu lieu au sein de la sympathique
atmosphère de la civilisation orientale, qui est fondée sur
des principes établis dans le monde occidental au prix de
grands sacrifices pendant les six ou sept derniers siècles.
En partant d'aussi bons fondements, les Canadiens d'aujourd'hui
ont la responsabilité de préserver l'oeuvre des pionniers,
et de favoriser l'essor des facultés humaines qui permettront
à nos concitoyens de tirer plein parti des nouveaux pouvoirs
dont la science les a dotés.
Les jeunes gens qui sortent cette annéeci des écoles
font partie d'une civilisation dont le sort pourrait fort
bien être décidé au cours de leur existence. Cette civilisation
renferme, en dépit de toutes ses fautes et tous ses dangers,
le germe de la liberté et d'une existence heureuse.
Point n'est besoin d'envisager l'avenir avec timidité ou
trépidation. Tout le pouvoir dont nous pouvons faire usage
existe aujourd'hui et il ne dépend que de nous de nous en
servir intelligemment. Nous vivons dans une époque où la pompe
et l'orgueil comptent pour peu de chose dans les annales de
l'histoire. La compétence, la science et l'initiative, doublées
de bon sens, sont les qualités par lesquelles sont jugés les
diplômés de l'année et dont dépend leur succès ou leur échec
dans la vie.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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