Vol. 57, N° 6 Juin 1976
Le travailleur bénévole
dans notre société
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La civilisation semble ainsi faite que plus
elle se développe, plus les rapports deviennent difficiles
entre les hommes.
Mais nous commençons à nous apercevoir que
la terre serait un bien piètre lieu de séjour
si la mécanisation de l'existence devait nous priver
des contacts que nous vaut la fréquentation volontaire
de nos semblables. Son Excellence le gouverneur général
du Canada, le major-général Georges Vanier,
disait, il y a quelques années, aux membres d'une conférence
du Conseil canadien du bien-être social réunissant
des chefs de groupe de toutes les parties du Canada :
« À mesure que notre société devient
plus compliquée et individualiste, la nécessité
du travail bénévole se révèle
chaque jour plus grande, car il est essentiel de maintenir
un certain équilibre entre la complexité et
la conscience. »
Il ne s'agit pas de se faire une conception exaltée
ou romanesque du dévouement personnel, mais tout simplement
de se rappeler que la collaboration spontanée des particuliers
et des groupements est la véritable base de la société
démocratique, et que c'est là l'un des principaux
moyens qui nous permettent de rester humains en dépit
des progrès de la mécanisation et de l'automation.
La société dont il est question dans le présent
Bulletin désigne le genre de vie qui existe
dans les collectivités organisées, où
tous ont des buts et des intérêts communs. Quant
au mot « social », il est employé ici dans
son sens le plus large de tout ce qui concerne ou favorise
la vie en société.
Le travail bénévole profite non seulement
à la société, mais aussi à celui
qui l'accomplit. Le « volontaire » se rend bien
compte de la précieuse expérience qu'il peut
acquérir en échangeant des idées et en
travaillant avec les autres à la réalisation
d'une ouvre particulière ou commune.
Nos raisons de collaborer avec autrui n'ont pas beaucoup
d'importance. Suivant la règle du Talmud, « un
homme doit faire une bonne action, même s'il ne la fait
que pour des motifs secrets, car il apprendra ainsi à
aimer le bien pour lui-même ».
Vous voulez éprouver le sentiment du devoir accompli,
tenter quelque chose de nouveau, rompre avec la monotonie
d'un monde prosaïque, exprimer votre personnalité
ou simplement pratiquer la solidarité ? Il n'y
a pas de meilleure façon de chasser les idées
noires ni de meilleur antidote contre le poison des crises
mondiales que de participer attentivement à un travail
avec et pour d'autres. Le résultat final est l'épanouissement
personnel, qui se situe à un niveau plus élevé
que l'intérêt personnel.
Il n'existe pas de recette toute faite pour être altruiste.
Dans une société libre, chaque citoyen peut
contribuer selon ses possibilités à façonner
le milieu où il vit ; c'est ce qui le distingue
des membres d'une société asservie. Il a des
idées, des opinions, des goûts et des talents
à communiquer.
Rendre service sans ostentation ni fla-fla, voilà
le trait caractéristique du bon citoyen. Dickens a
brossé le portrait du poseur dans La Petite Dorrit.
Il s'agit de M. Casby, qui paraissait toujours débordant
de bonté, mais dont la bienveillance ne se traduisait
jamais par des actes.
C'est par notre action que nous nous intégrons dans
notre entourage et que nous participons aux affaires de la
vie. Si nous voulons devenir des citoyens vraiment actifs
et utiles, nous devons nous efforcer de découvrir les
besoins sociaux de notre milieu et offrir l'aide que nous
sommes en mesure de prêter. « Donne ce que tu as,
dit Longfellow. Pour quelqu'un, cela vaut peut-être
mieux encore que tu n'oserais le croire. »
La nature de la société
Ceux qui étudient l'anthropologie et l'archéologie
s'étonnent avec raison en considérant le bref
intervalle - à peine un moment du temps qui s'est écoulé
depuis la création du monde - qu'il a fallu à
l'humanité pour édifier la société
et la civilisation actuelles.
Pris dans son sens large d'intérêt véritable
pour le bien-être des autres, le service social est
aussi ancien que la civilisation elle-même, mais le
temps est peut-être venu d'en réaffirmer le but.
À une époque où nous nous préoccupons
tellement de la défense, il importe de nous demander
ce que nous voulons défendre. Nous ne devons pas nous
contenter de formuler de grandes théories sur la paix
universelle. Il n'est que trop facile de les proclamer et
d'en faire parade sans sacrifier la moindre parcelle de temps
ou d'effort. Ce qui est essentiel, c'est de montrer d'une
façon concrète que nous tenons à voir
survivre notre société, tant pour ce qu'elle
nous donne que pour ce que nous lui donnons. Ainsi qu'on l'a
écrit dans le Rapport de la Commission royale d'enquête
sur l'avancement des arts, lettres et sciences au Canada.
« Ce serait un paradoxe que de nous apprêter à
défendre une richesse que nous ne voudrions ni accroître
ni faire fructifier, et que nous laisserions, au contraire,
se désintégrer. »
En aidant à subvenir à une catégorie
de besoins, que ce soit dans le domaine de la bienfaisance
ou de la culture, ou dans celui de la délinquance ou
de la santé, le travailleur bénévole
favorise et protège le bien-être de toute la
collectivité.
L'homme indépendant et replié sur lui-même
n'a plus cours dans la civilisation moderne. C'est un principe
fondamental en démocratie que les citoyens n'ont pas
besoin d'être tous d'accord ; mais ils doivent
fournir leur apport. Nul ne peut se considérer comme
isolé, ni dans ses origines ni dans son existence.
Quant à savoir exactement quels groupes et quelles
institutions sociales serviront de véhicules à
notre dévouement, cela dépendra de notre formation,
de nos préférences et des occasions qui s'offriront
à nous dans notre milieu. Il est sage de prêter
son concours dans plusieurs domaines différents. Les
hommes dont les noms sont passés à l'histoire
avaient plus d'une corde à leur arc, et leurs biographies
nous montrent qu'ils ont vraiment joui de la vie.
Une vie plus riche
Le travail bénévole est une source d'enrichissement
pour ceux qui s'y adonnent. Il est le propre des êtres
désireux d'élargir le cadre dans lequel ils
peuvent exercer une action féconde.
Les femmes ne sont plus uniquement mères et maîtresses
de maison. Elles trouvent, dans la société,
la possibilité d'exercer leurs talents de création
et d'innovation. Elles participent plus pleinement au service
social, où elles développent leurs dons sur
un pied d'égalité avec les hommes.
Quels que soient nos talents, notre fortune ou notre joie,
ils se trouveront accrus, souvent même à l'infini,
si nous les partageons avec les autres. Nos moments tes plus
profitables et les plus heureux sont ceux où nous travaillons
avec nos semblables en vue d'atteindre un but commun. La survie
elle-même n'est possible qu'au prix d'un effort concerté.
Si le monde nous paraît triste et banal, nous devons
avouer en toute franchise que c'est parce que nous sommes
si absorbés par notre petit intérêt personnel
que nous résistons même aux tentatives que font
parfois les autres pour nous confier leurs problèmes.
En conseillant au malheureux jeune homme riche de « vendre
tous ses biens et d'en donner le produit aux pauvres »,
le Maître ne songeait pas au soulagement des miséreux,
mais à l'âme du jeune homme.
Chacun de nous a en soi des vérités à
communiquer, des connaissances à faire valoir, des
sentiments à exprimer. Lorsque ceux-ci viennent combler
un besoin dans la vie de quelqu'un, ne serait-ce que pendant
un instant fugitif, il y a plus de bonheur sur la terre. Il
faut naturellement nous spécialiser dans les domaines
pour lesquels nous avons des aptitudes particulières,
sans oublier cependant les notes d'agrément que sont
la compréhension, la sympathie et l'humour.
Quoi que nous fassions, il importe de le faire pour de bon
et à plein coeur. C'est le seul moyen de faire jaillir
les élans et les qualités qu'étouffent
en nous le train-train de la vie quotidienne. L'un des grands
avantages du service bénévole est de nous donner
une impression de renouvellement, de maîtrise de notre
destinée, car il ne s'agit pas d'une chose que nous
accomplissons par nécessité, pour gagner notre
vie ou conserver notre rang, mais d'une oeuvre que nous choisissons
de faire par un acte de notre liberté afin d'apporter
notre contribution au bien de la société.
Les associations bénévoles
Les organisations bénévoles constituent l'une
des meilleures écoles de formation idéologique
au mode de vie démocratique. La tendance de plus en
plus prononcée des gouvernements et de la civilisation
vers le sécularisme et le totalitarisme doit nous avertir
qu'il importe de créer des normes morales, des normes
de service, des normes de civisme. Or, ces normes ne peuvent
être établies qu'en collaboration par des gens
qui partagent les mêmes idées et les mêmes
sentiments.
Les associations bénévoles sont celles dont
on est libre de faire partie, selon son gré. Elles
sont ouvertes aux personnes qui ont des intérêts
ou un but communs. Elles élaborent elles-mêmes
leur programme et dirigent leurs propres activités.
Leur principale mission est d'éveiller l'attention,
l'intérêt et le sens du devoir du public. Elles
ont ordinairement pour objet d'instruire, d'enseigner ou de
rendre service.
Quelles sont les principales fonctions des sociétés
bénévoles ? Tout d'abord, elles fournissent
à ceux qui en font partie la possibilité de
se dévouer en donnant de leur temps, de leur travail
ou de leur argent. Mais les cotisations et les dons ne sont
pas ce qu'il y a de plus important pour les membres d'une
société de ce genre.
Ce qui compte vraiment, c'est la libre union des efforts
en vue d'explorer et de jalonner des voies que la collectivité
ou les gouvernants pourront ensuite suivre et améliorer
au besoin ; de contribuer à l'équilibre
du pouvoir social ; de collaborer avec les autorités
gouvernementales ; de vivifier l'intérêt
des conseils municipaux ; de stimuler toutes les initiatives
fondées sur la collaboration de la collectivité
ou de ses institutions ; de créer une opinion
publique éclairée et d'en orienter utilement
l'influence.
Ce n'est pas là une besogne facile. Les tâches
de cette nature sont plus astreignantes que jamais, et l'on
exige de plus en plus des ressources disponibles. La qualité
du travail à accomplir est supérieure à
celle qu'on demandait autrefois, et les membres des sociétés
bénévoles, doivent être en mesure d'étudier
et d'adopter les nouvelles méthodes qui se révèlent
meilleures que les anciennes.
Les activités culturelles
Mais les associations bénévoles ne sont pas
toutes destinées au soulagement de la misère,
au soin des malades ou à la protection des abandonnés.
Certaines d'entre elles sont de caractère littéraire
ou artistique.
L'une des rançons de la mécanisation a consisté
à réduire les contacts culturels entre les hommes.
Le divertissement mécanisé et si commode que
nous apporte la télévision prend la place des
réunions familiales et paroissiales, où l'on
se rencontrait pour causer et discuter. On n'a encore rien
trouvé pour remplacer l'excellent moyen de formation
que représentaient autrefois les cercles locaux, non
seulement pour les acteurs et les chefs, mais aussi pour leurs
amis qui venaient les critiquer ou les applaudir.
Personne ne peut mettre en doute l'importance de la contribution
apportée par les sociétés bénévoles
à la vie culturelle du Canada. On en trouve des preuves
dans tous les chapitres du Rapport de la Commission royale
d'enquête sur l'avancement des arts, lettres et sciences
au Canada. Dans les domaines du ballet, de la musique
et des autres arts, de la littérature et du théâtre,
les groupements bénévoles s'appliquent à
encourager et à développer les talents de chez
nous, tout en contribuant, dans le domaine de l'éducation,
à former une opinion publique éclairée,
ouvre nécessaire entre toutes dans une démocratie.
Parmi les centaines de mémoires présentés
à la Commission, les plus nombreux ont été
de loin ceux des sociétés bénévoles.
Comme les gouvernements se sont montrés plus lents
à assumer leurs responsabilités en matière
d'activités culturelles qu'en matière d'hygiène
publique et de besoins économiques, c'est sur l'effort
bénévole qu'il faut compter pour combler cette
lacune. D'après une enquête faite par le Bureau
fédéral de la statistique, environ une personne
sur vingt-cinq a suivi un cours pour adultes pendant une période
de référence de neuf mois. Or, près de
trente pour cent des cours en question ont été
donnés par des organismes et des associations de caractère
privé.
L'État et l'effort bénévole
La contribution de l'État au bien-être social
et à la vie culturelle du pays ne diminue en rien la
portée, l'importance et la valeur du travail professionnel
qui s'accomplit dans les organismes privés, pas plus
qu'elle ne supprime le besoin des services que rendent les
groupements bénévoles. Même si les gouvernements
dépensent chaque année des millions pour le
bien-être social de la population - allocations familiales,
assurance-chômage, pensions de vieillesse, allocations
aux mères nécessiteuses, pensions aux aveugles,
aide aux infirmes - il y a toujours des problèmes et
des situations qui débordent le champ d'activité
des gouvernements.
L'assistance publique assure l'indispensable et procure
les nécessités de l'existence. Les services
bénévoles, eux, pourvoient d'une façon
générale à des besoins spéciaux
et confèrent pour ainsi dire une âme à
l'aide matérielle.
Le véritable service social ne se dispense pas en
série. Malgré tous les efforts déployés
par les gouvernements, leurs services et leurs organismes
de toutes sortes, les contacts humains et l'effort individuel
demeureront une nécessité à laquelle
des programmes élaborés à la chaîne
ne sauraient répondre de façon satisfaisante
à l'heure actuelle.
L'assistance sociale bénévole telle qu'on
l'entend aujourd'hui vise à assurer le véritable
bien-être des chargés de famille et de leurs
enfants. Elle ne se limite pas à les maintenir en vie
et à les tirer d'embarras. Son but n'est pas seulement
de traiter et panser les plaies, mais de les guérir.
On est de plus en plus convaincu que la réadaptation
vaut mieux que les secours, les conseils mieux que les avis
et la prévention mieux que l'amélioration.
Il y a en ce monde des centaines de choses qui sont bonnes,
mais sur lesquelles on ne peut légiférer, des
choses qui ne se feront jamais si personne ne s'offre à
les faire. Selon les termes du gouverneur général,
« le service bénévole est un enrichissement
pour l'individu et un bienfait pour la collectivité ».
Les organismes spécialisés
La recherche séculaire de l'adaptation à la
vie et de la paix de l'âme peut maintenant compter sur
l'apport des méthodes scientifiques du service social,
et les travailleurs bénévoles doivent savoir
où leur mission se termine et où celle des travailleurs
professionnels commence.
Il n'y a pas si longtemps encore les services de bien-être
social étaient assurés exclusivement par des
auxiliaires bénévoles, mais avec la complexité
croissante de l'existence, il devint nécessaire de
recourir à des agents à temps complet et spécialement
formés. Une profession nouvelle et des plus importantes
des temps modernes fut donc mise sur pied dans le but spécial
de soulager la misère. La première école
de service social du Canada ouvrit ses portes à l'Université
de Toronto en 1914, et en 1918 une deuxième était
créée à l'Université McGill. Au
milieu de l'année 1962, il y avait huit écoles
de ce genre dans notre pays.
Le travail social spécialisé est une noble
profession, dans laquelle des hommes et des femmes trouvent
leur récompense, non pas tant dans l'argent qu'ils
y gagnent que dans l'amour de leur travail, dans le sentiment
de sa dignité et de son importance, dans la certitude
de contribuer d'une façon appréciable au bonheur
de l'humanité.
Mais ces spécialistes ont besoin, dans leur travail,
de l'aide des auxiliaires bénévoles. Un bon
programme de bien-être local doit être conçu
par les habitants de la localité, puis mis en oeuvre
grâce aux efforts communs du travailleur professionnel
et du travailleur bénévole. Et il est très
important que le spécialiste se garde de considérer
ses collaborateurs bénévoles tout simplement
comme des aides non rémunérés.
Dans un monde aussi changeant que le nôtre, il importe
de pouvoir s'appuyer sur la bienveillance active du public
et le profond dévouement du travailleur bénévole.
Pour cela le travailleur professionnel doit donner l'impression
qu'il est indubitablement le meilleur intermédiaire
pour exécuter la tâche et qu'il sait comment
s'y prendre. Mais son rôle ne s'arrête pas là.
Il lui incombe en outre d'analyser le travail à faire
afin de trouver la place qui peut être remplie à
la plus grande satisfaction du travailleur volontaire et au
plus grand avantage des clients de la société
d'assistance sociale.
Les commissions et les comités
Une grande partie du travail des organismes bénévoles
se fait en commission ou en comité.
Un bon groupe de travail ne se compose pas de gens qui ont
été nommés en raison de leur rang, de
leur influence ou de leur fortune, mais de personnes que l'on
a choisies à cause de leur désir de travailler
pour le bien de l'organisation et de l'intelligence, de l'énergie
et de la bonne volonté avec lesquelles elles s'acquitteront
de leur tâche.
On ne se réunit pas en comité pour causer,
même le plus sérieusement du monde. Il est facile
de discourir savamment et avec fatuité de la délinquance
juvénile, par exemple, mais avec moins de fruit que
n'en aurait la moindre petite action. Un comité sérieux
ne pose pas, ne verse pas dans la vaine rhétorique ;
il s'empresse au contraire de trouver le meilleur moyen d'atteindre
son but. Il évite les discussions sur les formalités
et s'attaque directement à l'essence même de
sa mission : les besoins humains.
La raison pour laquelle on convoque des comités et
des réunions est qu'il arrive rarement qu'une seule
personne connaisse tous les points ou tous les aspects d'une
question. Un échange d'opinions est nécessaire
pour faire jaillir la lumière... et la bonne solution.
Pour bien remplir sa charge, celui qui fait partie d'un comité
doit étudier chaque problème, afin de pouvoir
parler en connaissance de cause et jouer un rôle vraiment
utile.
Le concours des hommes d'affaires est particulièrement
précieux pour les commissions et les comités
d'assistance sociale, à cause de la façon spéciale
dont ils envisagent les choses. Il est bon de pouvoir compter
sur leur expérience pour localiser un problème,
le rattacher à un groupe, entreprendre des recherches,
recueillir des renseignements, examiner les divers moyens
de résoudre le problème et prendre une décision.
Ces hommes ne regrettent pas un seul instant du temps qu'ils
consacrent aux associations bénévoles, mais
ils tiennent à ce que les réunions soient bien
organisées et conduites avec compétence.
Autres temps autres problèmes
L'un des devoirs de la démocratie est de veiller
à empêcher les citoyens d'être submergés
par le flot montant de la civilisation nouvelle et de céder
au sentiment de la futilité.
Certains de leurs problèmes sont imputables à
la société elle-même, d'autres à
l'entêtement naturel des humains, d'autres encore au
milieu matériel, d'autres enfin aux changements suscités
par l'industrialisation et l'automation.
Nous ne pouvons rattacher avec certitude les divers besoins
d'assistance à telle ou telle cause isolée.
Les choses se passent un peu comme dans Les voyages de
Gulliver, où ce n'était pas un fil de lilliputiens
en particulier qui retenait le géant enchaîné
au sol, mais les milliers de brins dont les diligents petits
hommes entourèrent de toutes parts le corps de leur
prisonnier.
Nous devons reconnaître que, dans une société
aussi vaste et aussi complexe que celle qui existe actuellement,
certaines personnes auront à souffrir sans que ce soit
précisément de leur faute. Une multitude de
gens ont besoin de secours, non pas à cause des incendies,
des inondations et de la guerre, mais en raison de l'hérédité,
de leur formation et de leur milieu social. De lourds fardeaux
échoient parfois à des hommes ou des femmes
qui ne sont ni physiquement ni mentalement préparés
à les porter.
Les dispositions d'esprit du travailleur
Ce que nous demandons au bon travailleur bénévole,
ce n'est pas de s'accommoder de l'état actuel des choses,
mais de s'aventurer avec ardeur et d'une façon positive
dans le domaine de ce qui pourrait être. S'il est vrai,
comme l'a dit Galilée, que l'on ne peut rien enseigner
à un homme, mais seulement l'aider à découvrir
les connaissances en lui-même, le travail bénévole
pour les oeuvres sociales peut être le plus grand bien
que l'on puisse se faire à soi-même.
Le travailleur bénévole ne se contente pas
d'évoluer avec le monde qui l'entoure. Il veut être
à l'avant-garde des mouvements d'amélioration.
Il tient à atteindre sa plénitude d'homme en
montrant le chemin à suivre pour créer de bonnes
relations entre les citoyens.
Malgré les nuages atomiques qui planent à
l'horizon, il importe de ne pas se laisser aller au pessimisme.
Il reste toujours possible de redécouvrir les fondements
de notre humanité, si obscurcis qu'ils puissent nous
paraître en ce moment. Les hommes peuvent vaincre la
solitude, la séparation, l'isolement que leur imposent
des événements qu'ils ne comprennent qu'imparfaitement,
en retrouvant le sens de leurs responsabilités envers
la société et en contribuant à pourvoir
aux besoins sociaux.
Étienne de Grellet nous a proposé, il y a
plus d'un siècle, ce pressant mobile d'action :
Je ne passerai qu'une seule fois dans ce monde. Par
conséquent, tout bien que je puis faire, toute bonté
que je puis manifester à un être humain, que
ce soit tout de suite. Que je ne tarde ni n'omette de le faire,
car je ne repasserai pas par ce chemin.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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