Vol. 54, N° 6 Juin 1973
Un art qu'il faut
apprendre : la gestion
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Si la création de cadres
dirigeants était uniquement une question d'hérédité,
le monde des affaires aurait une foule d'« offres d'emplois »
à annoncer. Même si quelqu'un a des aptitudes
innées pour le commandement, il lui faudra acquérir
beaucoup d'autres qualités par le travail et par l'étude.
On ne naît pas chef, on le devient. Les aspirants
acquièrent d'abord de solides connaissances de base
à l'école, puis ils apprennent les techniques
et se mettent en train dans les écoles de commerce ;
certains suivent ensuite un cours d'administration à
l'université ; une fois leurs études terminées,
ils s'agrippent au premier barreau de l'échelle et
continuent de s'instruire degré par degré dans
le métier.
Qu'attend-on du chef ou de l'administrateur ? Que,
dans les limites des principes directeurs de son entreprise
et du budget dont il dispose, il assure l'exécution
du travail de son service ou de sa direction en liaison avec
l'activité des autres sections de l'établissement,
de façon à produire des biens ou des services
de manière rentable.
Quel que soit le genre d'affaire dont il s'agisse, les fonctions
de l'administrateur demeurent fondamentalement les mêmes.
Les principes qui régissent la direction des entreprises
s'appliquent au petit bureau comme à la grande usine ;
seul le volume de travail est différent. Il se peut
que les produits que fabrique une maison soient tout autres
que ceux de la dernière société où
a travaillé un chef de service, mais cela est sans
importance : c'est sa compétence professionnelle
qui compte avant tout.
Certains recommandent d'étudier ce qu'ont fait les
personnes illustres pour assurer la réussite de leurs
carrières. Le conseil est bon s'il se limite à
l'esprit, à l'audace et au courage qui sont nécessaires ;
mais l'imitation dans la pratique des méthodes et des
procédés employés par d'autres est une
opération délicate.
L'administrateur doit se former lui-même selon un
plan où entrent non seulement les techniques de l'administration,
mais tous les dons particuliers qu'il possède. Il pourra,
par exemple, être un spécialiste dans un domaine
restreint, ou encore un coordonnateur des spécialités
des autres, chargé de canaliser le vaste secteur de
leurs activités vers les circuits de production.
Beaucoup de qualités - dont certaines ne sont pas
mesurables sur les graphiques et les tableaux - contribuent
à assurer la valeur d'un chef. Citons-en quelques-unes
qui semblent d'application universelle : un sens très
vif des responsabilités, le courage moral, la volonté
de mener les choses à bien malgré les obstacles,
le jugement, la rapidité de pensée engendrant
l'efficacité d'action, le souci de la perfection, le
zèle dans la recherche des améliorations pour
sa société ou son entreprise.
Le principal souci du chef n'est pas celui des choses, mais
celui des personnes. On l'appréciera sans doute par
la quantité et la qualité des produits que son
bureau et ou son usine achemine vers le service d'expédition,
mais ce sont les employés - ses collaborateurs - qui
amènent les marchandises jusque-là.
Préciser son objectif
La formation de chef ne s'acquiert pas une fois pour toutes
dans la vie. Les connaissances vieillissent vite. Il importe
de rechercher sans cesse des données nouvelles, des
aperçus nouveaux.
Ce qu'il faut, c'est vérifier périodiquement
s'il y a des secteurs de compétence ou de connaissance,
ou des attitudes où l'on décèle des faiblesses,
puis s'appliquer à les améliorer. Le perfectionnement
de vos talents administratifs ne sera pas très rapide
si vous commencez à la lettre « A » de l'encyclopédie
avec la détermination de travailler fermement jusqu'à
la dernière page de la lettre « Z ». C'est
peut-être au mot « communication », lettre
« C », ou à l'expression « qualité
de chef », lettre « Q », que se trouve la solution
de votre problème.
L'idée de base de tous vos efforts de perfectionnement
est celle de votre épanouissement personnel. Selon
Bertrand Russell, « les jeunes gens les plus intelligents
des pays occidentaux semblent éprouver le genre de
chagrin qu'entraîne pour eux l'impossibilité
de trouver des emplois adaptés à leurs plus
grands talents. »
Vos fonctions et vous êtes uniques au monde. Même
si le recensement indique qu'il y en a beaucoup d'autres dans
votre métier, vous ne réussirez que dans la
mesure où vous marquerez ce que vous faites du sceau
de votre esprit, de votre personnalité et de vos dons.
Le fait d'occuper un poste de chef oblige à établir
des objectifs non seulement pour soi, mais pour son service.
Et ces objectifs, il faut les revoir continuellement pour
faire face aux circonstances et aux normes nouvelles. Il importe
de disposer d'un système de rétroinformation
pour demeurer attentif à la nécessité
des changements et d'un apport continuel de connaissances
pour se préparer à les affronter.
Une grande partie de l'activité d'un chef consiste
à travailler d'arrache-pied. Ce que le public prend
pour de l'intelligence intuitive n'est que le résultat
de recherches approfondies et assidues.
C'est précisément ce qui fait la force du
dirigeant. Inspirer l'esprit de collaboration dans une position
forte appuyée sur le savoir est certes plus profitable
et plus agréable que de donner des ordres dans une
position faible.
Si vous êtes le responsable, assumez vos responsabilités.
Que votre détermination d'accomplir la tâche
dont vous êtes chargé ne fasse aucun doute. Tenter
d'obtenir la collaboration des employés ne veut pas
dire tolérer que l'on désobéisse volontairement
à vos instructions. Mais sachez donner le bon exemple.
Dans son Livre des snobs, Thackeray cite le cas d'un
homme dont l'unique bonne action dans toute sa vie fut de
donner sans le vouloir un exemple à ne pas imiter.
Une des tâches essentielles qui incombe au cadre dirigeant
est sans contredit celle de s'assurer la collaboration effective
de son personnel. Il doit dans un effort patient et terre-à-terre
apprendre et appliquer les principes à suivre pour
gagner la participation de tous à la fabrication d'un
produit de haute qualité. Cela exige qu'il fixe à
son équipe un objectif commun bien déterminé.
L'image d'un groupe d'ouvriers travaillant sous la discipline
et la direction d'un contremaître ne donne pas une idée
exacte du travail d'équipe. Ce genre de travail ne
peut être que le fruit d'efforts volontaires unis pour
soutenir une même cause.
Idées et problèmes
En formant les autres, vous devrez continuer à accroître
vos propres connaissances.
Les idées nouvelles que vous recueillez il importe
de les mêler à vos anciennes idées et
de les brasser quelque peu. C'est un excellent moyen d'empêcher
son esprit de s'encroûter dans la routine.
Un jour qu'aucune tâche urgente ne vous presse, jetez
un coup d'oeil circulaire dans votre bureau ou votre atelier
pour voir s'il n'y aurait pas quelque chose à améliorer.
Ayez un bloc sous la main pour prendre des notes. Choisissez
une de vos réflexions et considérez-la comme
un problème. Que savez-vous à son sujet ?
Quelles sont les solutions que vous avez essayées et
pourquoi n'ont-elles, pas réussi à résoudre
le problème ? Notez ensuite toutes les idées
qui vous viennent à l'esprit concernant d'autres façons
d'aborder le problème. Faites-en l'appréciation.
Rejetez celles que vous jugez irréalisables, mais consignez
les faits qui motivent votre jugement. Ecartez-en d'autres
qui seraient possibles sans telle ou telle raison. Peut-être
serez-vous heureux de les retrouver plus tard pour les combiner
avec des idées nouvelles. Celles qui restent méritent
d'être examinées ... et vous avez mis a
contribution votre pouvoir créateur.
Les idées dont on veut se servir dans l'administration
doivent soutenir l'épreuve de la logique. Les théories
fondées sur des données insuffisantes ou non
contrôlées seront inopérantes, sans compter
qu'elles causent beaucoup d'émoi lorsqu'un chef les
impose à ses employés.
L'art de manier les faits est aussi important que l'art
de manier une entreprise. Classez-les selon un certain ordre
dans votre esprit. Recherchez votre solution en vous posant
des questions pour connaître les points forts et les
points faibles des divers faits donnés. En allant au
fond des choses vous constaterez peut-être que le centre
du problème n'est pas où vous pensiez qu'il
se trouvait et qu'il faut le redéfinir.
Une attitude positive
Le dirigeant qui est résolu à faire oeuvre
créatrice dans son métier doit veiller à
aborder les événements et les difficultés
de façon positive. Les attitudes négatives sont
désastreuses pour qui cherche à améliorer
sa compétence administrative.
Celui qui a une étiquette pour tout et qui y classe
automatiquement les suggestions s'impose aussi un désavantage.
Il a cessé de se donner la peine d'observer. Il ne
s'est pas rendu compte que l'imitation servile des « précédents »
est une façon médiocre de vivre, puisqu'elle
supprime la réflexion, l'imagination et le perfectionnement
qui caractérisent la vie intégrale.
Certaines personnes ont l'esprit tranquille parce qu'il
y a dix ans elles ont fait l'inventaire et décidé
d'accepter la réalité du changement dans leur
milieu et leurs techniques et de s'y adapter. Mais les changements
ont entraîné la modification des lois qui régissent
le changement. Une réévaluation s'impose, parce
que le changement est aujourd'hui plus rapide et plus radical
et qu'il touche de plus vastes secteurs qu'auparavant.
Certes, tout changement ne peut pas être qualifié
de « progrès ». Il faut savoir distinguer.
Le progrès est un mot dont la définition est
assez simple : c'est un changement en mieux. Un chef
est une personne qui se hâte dans la voie de l'amélioration.
C'est tout le contraire d'un signal de direction, figé
dans l'immobilité en un lieu donné. Il a besoin
de démontrer qu'il est capable de marcher le premier
vers la destination où il conduit les autres.
Certains plaindront peut-être le cadre dirigeant que
la pression des circonstances oblige à être toujours
sur la brèche, mais qu'est-ce que cela veut dire ?
Tout simplement qu'il a une foule de choses à faire
faire pour une certaine date. La solution, c'est de savoir
aménager son temps. Dressez la liste des choses qu'il
faut faire. Eliminez ce qui peut l'être en déléguant
les tâches à d'autres. Ecartez tout ce qui n'annonce
pas un résultat en rapport avec l'effort à accomplir.
Fixez des priorités pour les tâches qui restent.
Etablissez-en l'horaire. Faites-les.
Un programme est nécessaire, particulièrement
pour celui qui projette de faire des choses nouvelles. Il
est plus facile de franchir des limites interdites jusque-là
avec un programme fondé sur l'observation et l'étude
que de s'aventurer sans carte dans un territoire inconnu.
Il convient de mentionner aussi le programme personnel.
Le chef constatera que le fait de rédiger des consignes
pour lui-même lui permettra de s'éclaircir les
idées, d'éviter les digressions et de concentrer
son attention là où c'est nécessaire.
Les principaux points à souligner sont : la nature
de son travail et de ses fonctions ; ses responsabilités
envers son supérieur, ses compagnons de travail et
le public qu'il sert.
Cette étude offrira au directeur l'avantage de se
situer à coup sûr dans son milieu de travail.
Il analysera ensuite la responsabilité qui lui incombe
au sein du réseau.
L'aspirant chef pourra utilement tenir un dossier des échéances
de même qu'un calendrier de travail. Il s'écrira
ou se dictera des notes qui lui rappelleront de contrôler
le cheminement de ses projets. Sa secrétaire les déposera
dans des chemises datées et lui présentera chaque
matin la note du jour.
La grande tâche
Dans un monde en transformation accélérée,
le mécanisme des affaires peut changer de mois en mois,
mais les principes de la gestion demeurent.
Tout administrateur doit être un preneur de décision,
un planificateur, un organisateur et un homme qui voit à
ce que les choses soient faites. Il doit avoir une grande
perspicacité, pour discerner les possibilités
de développement de l'entreprise. Il lui faut surveiller
la production et bien connaître la politique de sa firme,
ses programmes et ses possibilités. Il est responsable
des résultats dans tous ces secteurs.
Ce qui surpasse de beaucoup en importance toutes les autres
qualités du dirigeant, ce sont ses rapports avec les
gens. Nul, si doué ou si puissant soit-il, ne peut
atteindre ou conserver un poste supérieur dans les
affaires ou la politique sans le concours des efforts des
autres. En faisant cette affirmation, il y a deux mille ans,
Cicéron posait un principe fondamental pour le chef
d'aujourd'hui.
Avoir de l'influence auprès des gens plutôt
qu'exercer son pouvoir sur eux est pour le dirigeant la meilleure
façon de s'acquitter de ses fonctions. Le chef doit
avoir de l'empathie, c'est-à-dire la capacité
non seulement de voir ce qui est à la surface des actions,
bonnes ou mauvaises, d'autrui, mais de ressentir ce qu'il
y a derrière, c'est-à-dire leurs causes et leurs
fins.
Les relations humaines avec les employés obligent
le chef à tenir compte de leurs suggestions et de leurs
plaintes.
Lorsqu'un employé vient vous faire part d'une plainte,
d'une demande ou d'une idée, considérez sa démarche
comme importante, car elle l'est vraiment à ses yeux.
Ne permettez pas que l'on vous dérange : dites
à votre secrétaire de noter les appels téléphoniques
et fermez votre porte. Pour l'employé qui a un grief,
c'est ce qu'il a dans l'idée qui importe ; alors
écoutez-le avec attention et bienveillance. Il s'agit
peut-être d'un grief banal ou non fondé, mais
la pensée de ce grief irrite l'employé et nuit
à son travail, de sorte qu'il faut vous en occuper.
Même l'acte courant de donner des ordres mérite
attention. Il y a bien des manières de communiquer
des instructions, mais il n'y en a qu'une qui soit la bonne
dans une situation donnée. Dans une usine ou un bureau
qui fonctionne bien, on n'a pas encore trouvé de meilleure
méthode que de donner l'impression aux employés
qu'ils font partie intégrante de l'entreprise.
Un cas spécial
Tout être humain est enclin à se considérer
comme un cas spécial ; aussi le cadre doit-il
manifester un intérêt véritable pour les
idées, les connaissances et les opinions de son personnel.
Il s'appliquera à amener ses employés à
trouver dans leur travail le même sentiment de dignité
qu'il puise lui-même dans le sien.
Que désire un employé ? La chance d'utiliser
ses talents, d'être créateur et d'apprendre des
choses nouvelles. Il n'appartient pas au chef de refaire les
membres de son personnel, mais de fournir à chacun
d'eux la possibilité de progresser selon sa capacité
et ses goûts.
Le cadre tiendra compte de cette réalité et
essaiera d'apporter à ses employés les quatre
satisfactions suivantes : 1° Un sentiment d'estime de
soi, en les remerciant du travail bien accompli ; 2°
La chance de s'épanouir, en les encourageant à
utiliser leurs qualités et leurs talents les meilleurs ;
3° L'incitation de la nouveauté, en leur confiant de
temps en temps des tâches différentes ;
4° Une impression de liberté, en leur offrant l'occasion
de prendre leurs propres décisions.
Les chefs éclairés ne concentrent pas leur
attention sur le présent au point de renoncer à
prendre en considération la valeur potentielle d'un
employé. C'est là quelque chose qui s'ajoute
à son rôle immédiat et observable, une
prime pourrait-on dire. Il faut habituer l'employé
à travailler avec intelligence et compétence
dans son poste actuel, mais aussi le préparer à
assumer des responsabilités plus grandes.
La communication
Les employés travailleront avec enthousiasme pour
un patron qui sait et leur dit où ils vont, lui et
eux. Cette information engendre l'encouragement et la solidarité
qui découlent de la communauté de vues.
Toute équipe de travail a le droit de connaître
et de comprendre clairement et de façon certaine ce
que l'on attend d'elle, quel rôle est attribué
à chacun de ses membres et comment l'activité
de tous s'harmonise avec la production des autres équipes.
Cette exigence paraît si élémentaire qu'il
semble superflu d'en parler, mais il est étonnant de
constater, en regardant autour de soi, combien d'efforts ont
échoué ou ont été bousillés
faute d'en tenir compte.
Le silence sur les questions qui intéressent les
employés - et presque tous les changements apportés
à l'administration ou au personnel sont importants
pour eux - est un moyen sûr de s'aliéner leur
sympathie. Il ne faut pas leur laisser le soin de se renseigner
par les potins ou en lisant leurs journaux ; en tant
qu'associés dans l'entreprise, ils ont le droit d'être
informés d'avance ou au moins en temps voulu par une
note ou un avis affiché.
S'il existe des motifs moraux et pratiques de communiquer
les renseignements, il y a aussi d'importantes raisons de
les énoncer de façon intelligible. Il importe
de bannir des comptes rendus et des circulaires les expressions
brumeuses et les explications floues.
Savoir et intelligence
La supériorité dans un emploi suppose une
base solide de connaissances. Il serait insensé de
compter sur le hasard pour assurer son avancement, mais on
peut toujours croire, comme l'a fait Pasteur, que « la
fortune favorise l'esprit qui est prêt ».
Le cadre dirigeant doit avoir non seulement l'expérience,
qui est la connaissance des cas et des faits particuliers,
mais aussi la science, qui est la connaissance des principes
universels.
Le savoir de vaste envergure s'acquiert en observant et
en rangeant dans son esprit les renseignements qui ne sont
pas immédiatement utilisables. Il importe, naturellement,
d'user de discernement dans l'engrangement des données.
Une tête pleine de matériaux non contrôlés
et désordonnés ne peut guère prétendre
à autre chose qu'un prétentieux étalage
d'érudition.
C'est l'intelligence qui met le savoir en oeuvre. Son rôle
est de saisir les relations, de percevoir les objets et les
événements qui comptent et d'en déceler
les liens. Il y a des choses importantes que seules pourront
comprendre les personnes douées d'une certaine intelligence ;
ne vous attendez donc pas à trouver la même capacité
de compréhension chez tous les employés. Autrement,
où serait votre supériorité ?
L'appréciation d'une situation dépend en grande
partie de l'esprit d'observation dont vous avez fait preuve
en présence de situations analogues, ce qui ne veut
pas dire que toute votre expérience passée soit
valable dans les circonstances comparables d'aujourd'hui.
Il convient de prélever la fraction de cette expérience
qui est applicable en l'espèce. Les connaissances acquises
en exécutant une tâche il y a vingt ans doivent
céder la place à des méthodes nouvelles
à la lumière des conditions nouvelles, de l'amélioration
des instruments de travail et du progrès des systèmes
de travail.
L'énergie nécessaire pour accomplir un excellent
travail d'administration demande de la résolution ainsi
que de la vigueur physique, de la pondération d'esprit
et du dévouement. Il se peut qu'un chef devienne si
passionné pour son métier que seule une très
grande fatigue parviendra à l'en éloigner, mais
le travail est soumis à la loi de la désutilité
croissante : la qualité diminue. Pourtant, il
serait funeste à ses aspirations que le chef se laisse
tromper par les discours publics ou de la télévision
qui nous promettent pour demain plus de bien-être, plus
de loisirs et plus d'argent. Autant de choses, nous disent
les bonimenteurs, qui s'obtiendront, non par le travail honnête
et ardu, mais par la législation ou par une mixtion
stimulante facile à prendre.
Rechercher la stabilité émotive
Il est peu sage de se laisser guider par son tempérament.
Cela peut même être désastreux. L'homme,
et tout particulièrement le chef, qui est sujet à
des lubies et qui, en s'y laissant aller, provoque du désordre
autour de lui ou fait perdre son équipe est un trublion.
Il faut au chef de la stabilité émotive. Il
doit savoir garder son sang-froid dans les moments de tension,
s'occuper des employés et des clients dans un climat
de calme, de confiance et de courtoisie. L'analyse de soi
poussée à l'extrême peut miner la stabilité,
bien qu'il soit souvent nécessaire de rechercher en
nous-même la cause d'une erreur.
Il y a, comme dans tous les domaines de la nature, des limites
à observer. Nous devons éviter d'outrepasser
nos attributions, de critiquer plus que nécessaire
ou d'être plus entreprenant que ne l'exige la situation.
Du côté positif, le chef doit décerner
les éloges qui sont vraiment mérités
sans verser dans la flatterie, se montrer bienveillant pour
ses employés sans jamais témoigner de favoritisme
ou de prédilection, être ferme sans tomber dans
la rigidité, faire face aux situations avec énergie,
mais non en dictateur.
La loi de la restriction est une bonne règle à
suivre. Tout ce qui va au-delà du nécessaire
est de trop. En prenant une photographie, il importe de regarder
dans le viseur pour voir non seulement ce qui doit entrer
dans l'image, mais aussi, ce qui est encore plus important,
ce qu'il faut exclure.
L'homme qui règle sa vie selon les principes fondamentaux
de la gestion a l'esprit rempli d'activités bien programmées.
Rien ne peut lui ravir le bonheur qu'il éprouve à
diriger avec succès un travail important. Il est alors
quelqu'un, et non pas un simple rouage.
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