Vol. 53, N° 6 Juin 1972
Nous avons encore
besoin de défricheurs
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Les premiers pionniers européens
sont venus s'établir au Canada il y a 374 ans. Le premier
juillet, cette année, nous célébrerons
le cent cinquième anniversaire de la date où
leurs descendants convinrent de réunir leurs villages
et leurs établissements épars en un État
fédéral.
Toute histoire est en somme le récit d'une exploration,
d'une découverte et d'une colonisation sans fin. Si
nous voulons éviter de sombrer dans la stagnation nationale,
nous devons raviver en nous l'esprit qui animait les défricheurs,
favoriser la liberté de changer et d'évoluer,
être accueillants aux suggestions et prévoir
l'espace nécessaire pour permettre à chacun
de développer ses talents dans toute la mesure de ses
moyens.
Tous les Canadiens et les Canadiennes peuvent inventer quelque
chose, réaliser quelque chose de nouveau ou mieux faire
quelque chose d'ancien. Des occasions favorables s'offrent
aux défricheurs modernes dans l'industrie, l'agriculture,
l'enseignement, les finances, la littérature, la musique,
les arts, la technologie et la gestion du ménage.
Chacun de nous est dans une certaine mesure un pionnier.
Ayant observé une situation où des améliorations
sont possibles, nous prévoyons en quelque sorte le
cours des événements, nous imaginons un résultat
souhaitable et nous trouvons les moyens qui permettront le
changement en mieux. Chaque génération produit
des hommes qui cherchent de nouvelles lampes, et certains
d'entre eux sont aussi favorisés par le sort qu'Aladin.
Les colons qui arrivèrent au Canada dans les années
1500 recommençaient leur existence pour ainsi dire
à neuf, acceptant de vivre péniblement sur une
terre privée de tous les agréments des pays
européens. Ils durent faire appel à des instincts
depuis longtemps endormis et rapprendre des métiers
oubliés. Citoyens évolués, originaires
d'États de vieille civilisation, ils s'adonnèrent
aux travaux des races primitives afin de pouvoir survivre
et prospérer.
Ces pionniers issus de deux grandes nations se trouvèrent
donc forcés par leur milieu et leur isolement à
modifier ce qu'on leur avait enseigné, afin de s'adapter
aux rigueurs du coin de terre où ils avaient choisi
de bâtir leurs foyers. Il faut dire à leur honneur
qu'ils surent se plier à l'existence austère
des régions inhabitées, modifier leurs idées
et leurs habitudes, s'acclimater à leur vie nouvelle
au sein des forêts et des prairies. Soutenus par leur
espoir, leur esprit d'entreprise, leur énergie et leur
courage, ils créèrent une nation nouvelle.
Certaines personnes estiment qu'il y a eu manifestement
tant de progrès d'accomplis depuis cette époque
que l'oeuvre est maintenant terminée. Mais il reste
encore beaucoup de tâches inachevées, d'inventions
incomplètes, d'idées à concevoir et de
problèmes à résoudre. L'esprit des pionniers
nous est plus que jamais nécessaire.
Songer à ce qui pourrait être
Chacun sait que « Nécessité est mère
d'invention », mais dans le Canada d'aujourd'hui c'est
la plénitude de la vie et non la pénible nécessité
qui est l'étincelle génératrice des nouveautés
et des découvertes.
Aucune contrainte extérieure, aucun décret
gouvernemental ne peut forcer quelqu'un à devenir explorateur,
inventeur ou défricheur. Le désir doit être
en nous ; c'est un sentiment intérieur que nous
pouvons attiser. Le mécontentement n'est pas toujours
un mauvais état d'esprit. Il a un bon effet si la fermentation
de nos pensées nous pousse à rechercher de meilleures
façons de faire les choses.
Être défricheur c'est être attentif à
ce qui se passe au lieu de se complaire dans l'indifférence
insouciante d'une vie figée dans la routine. Nous sommes
menacés de devenir si ancrés dans l'emploi des
formules, dans le conformisme de l'habitude, qu'il ne nous
sera plus possible de voir ce qui se déroule de chaque
côté de nous.
Comme le disait, à l'occasion d'une collation des
grades, le vice-président de la General Motors, « c'est
comme conduire la nuit à travers la campagne, alors
qu'on ne voit rien du paysage. La campagne, c'est beaucoup
plus de chaque côté de la route que sur la route
qu'elle se trouve. »
Voici comment s'amorce chez le pionnier le processus de
l'invention ou de la découverte : il déploie
son esprit de façon à concevoir les choses avec
les améliorations qu'on y apporterait en les changeant,
soit en ajoutant certaines qualités, soit en retranchant
certains éléments de second ordre ou inutiles.
Certaines personnes soutiennent que leur travail courant
de chaque jour limite leur horizon. Les techniciens et les
spécialistes affirment que leur spécialisation
intensive les empêche de s'aventurer au-delà
des bords de leur unique ornière. Ces raisons ne sont
pas valables. N'importe qui, quelle que soit sa tâche,
peut faire oeuvre de défricheur, inventer quelque chose,
découvrir quelque chose.
Point n'est besoin de matériel coûteux. Certains
se tirent très bien d'affaire sans beaucoup d'argent
ni d'appareils. Aristote a été un astronome
sans télescope, un biologiste sans laboratoire, et
pourtant ses découvertes sur les phénomènes
naturels ont subsisté pendant 2,000 ans.
Les manuels de bricolage sont remplis de renseignements
recueillis par des artisans à l'esprit éveillé,
de dispositifs inventés par des hommes qui imaginèrent
des façons meilleures et plus faciles de faire les
choses, de plans conçus par des gens imaginatifs qui
apportèrent des améliorations à leur
manière de vivre, et ce sont là autant de points
de départ offerts à l'imagination créatrice
des ouvriers et des maîtresses de maison de notre temps.
Dans les affaires et les arts
Dans les affaires, tout progrès est le fruit de l'invention
et du défrichage. C'est l'activité créatrice
qui engendre de nouvelles méthodes et ouvre des nouveaux
territoires.
Au cours de son évolution, l'industrie s'est d'abord
dégagée par à-coups de l'ère de
l'atelier domestique. Puis, de nouvelles méthodes ont
été mises en usage sous le nom de « gestion
scientifique ». Leurs auteurs étaient des fervents
du chronomètre et de la règle à calcul.
Ils ont mis la spécialisation, la systématisation
et le contrôle en honneur. Aujourd'hui, ils font appel
aux ordinateurs. Et ce n'est pas la fin, car les affaires
doivent progresser ou mourir.
Certaines sociétés sont dotées de services
de recherche et de développement, où le travail
créateur d'une douzaine d'habiles techniciens aboutit
à la mise au point de produits nouveaux ou améliorés.
Ces entreprises ne doivent pas négliger d'exploiter
les ressources que représentent les centaines d'autres
employés des deux sexes de leurs usines ou de leurs
bureaux, dont les idées créatrices pourraient
être mises à contribution.
Il en est dans les arts comme dans les affaires. Toute grande
composition musicale est une oeuvre de défrichement,
qui consiste à noter une inspiration sur une portée,
à jouer la mélodie, puis à la polir jusqu'à
ce que l'inspiration se communique dans la musique. Le sculpteur
est lui aussi un défricheur dans chacun de ses coups
de ciseau. « J'avais, dit Michel-Ange, un bloc de marbre
dans lequel se cachait cette statue. Tout ce qu'il a fallu
faire a été d'enlever les tout petits morceaux
qui l'entouraient et empêchaient de la voir. »
Le besoin de découvrir
À quel mobile obéissent les explorateurs ?
Voici ce que nous en dit l'un des plus célèbres
d'entre eux, Charles Miller : « J'avais l'intention
d'atteindre au plus vite les neiges éternelles. Non
pas que j'eusse quelque chose de particulier à faire
là-haut, mais parce que l'un des principes professionnels
de l'explorateur est d'aller là où il n'a pas
de raison particulière de se rendre. »
Même à l'époque où l'on croyait
communément que le monde finissait à l'horizon,
des navigateurs ont voulu savoir s'il en était vraiment
ainsi. Des Norvégiens ont franchi l'Atlantique et se
sont installés sur notre continent dès 1003.
Ils y passèrent trois hivers, dont le premier et le
troisième, au dire de certains historiens, sur la rive
sud de la baie des Chaleurs, au Nouveau-Brunswick.
Le processus de l'exploration semble se ramener à
ceci : on a d'abord l'idée qu'il existe de riches
pâturages de l'autre côté de la colline
ou de l'océan, ou bien que l'on peut mieux réussir
dans son travail en changeant de style, ou encore qu'il est
possible d'inventer quelque chose qui apportera plus de confort
dans la vie. On examine ensuite les probabilités et
les possibilités, afin de s'assurer que l'effort en
vaut la peine. On établit la ligne de conduite générale
à suivre, grâce aux connaissances acquises, aux
renseignements recueillis et à l'impulsion de l'idée
que l'on a eue. On soumet sa théorie à l'épreuve
de l'expérimentation. On l'affine en la débarrassant
de tout ce qui n'est pas essentiel, et l'on trouve enfin la
réponse à la grande question : « Est-ce
utile, valable, réalisable ? »
Bien des livres nous retracent les peines et les tribulations
des pionniers canadiens, et il se dégage de tous un
sentiment de satisfaction et de fierté de l'oeuvre
accomplie. Il suffit de visiter l'un des villages qui ont
été reconstitués pour voir comment le
défricheur savait utiliser ce qu'il avait sous la main
pour se rendre la tâche plus facile et faire travailler
ses méninges pour améliorer ses conditions de
vie.
Petit à petit, les pionniers parvinrent à
coloniser le pays. Dans leur progression vers l'ouest, l'immensité
des prairies devait susciter en eux des idées plus
grandes et plus ambitieuses, dont le temps a démontré
le bien-fondé. « La conquête de l'Ouest
par l'une des plus grandes économies de culture du
blé que le monde ait connues, écrit Grant MacEwan,
est un chapitre épique de l'histoire de la civilisation. »
Certains pionniers voulurent établir des cartes de
leurs expéditions, afin de permettre à d'autres
de marcher sur leurs traces sans avoir à affronter
les difficultés et les dangers des voyages en territoire
inconnu. David Thompson fut l'un de ceux-là. Premier
homme blanc à descendre le fleuve Columbia depuis sa
source jusqu'à son embouchure, il hydrographia les
rivières Nelson et Saskatchewan ainsi que le fleuve
Churchill.
Le temps des pionniers et des défricheurs est-il
révolu ? Il n'y a que quinze ans mourait une femme
dont la vie prouve le contraire. Après avoir échappé
au grand incendie de Chicago, Mme George Black, fille d'un
inventeur, se joignit aux chercheurs d'or et parvint jusqu'à
Dawson en dépit des rigueurs effroyables du trajet
qu'elle dut accomplir sur la piste qui passe par le col de
Chilkoot. Elle mit d'abord une concession en exploitation
avec un associé, puis elle épousa George Black,
qui devint commissaire du Yukon. Ce mariage lui valut l'honneur
d'être, pendant quatre ans, châtelaine de l'hôtel
du gouvernement à Dawson. Élue député
en 1935, elle fut la deuxième femme à siéger
au Parlement canadien. Quelques années plus tard, elle
était nommée membre de la Société
royale de géographie et décorée de l'Ordre
de l'Empire britannique. Mme Black est l'auteur de deux livres :
Mes soixante-dix ans, récit émouvant
de sa vie de pionnier, ainsi que Fleurs sauvages du Yukon.
Le moment de l'inspiration
Le pionnier est un chef de file. Il est le premier de son
peloton dans la découverte et l'invention. Il sera
suivi par les colons, les exploitants et ceux qui développeront
ses découvertes et les mettront en valeur.
Avant de commencer à marquer une route, faut-il s'asseoir
et attendre le moment de l'inspiration ? Il y a quelque
chose de fascinant dans la façon apparemment magique
dont une grande idée d'innovation naît soudainement
dans l'esprit. Elle peut surgir en conduisant la voiture,
en faisant une promenade dans un parc ou même en lavant
la vaisselle.
L'explication en est simple : ce sont là des
activités qui procurent la détente mentale nécessaire
pour permettre à l'inspiration de se faire jour. Le
subconscient a travaillé sur un problème, il
en a rassemblé les éléments, mais il
a besoin d'une ouverture pour faire passer la solution dans
le conscient.
Les créateurs de mythes ont leur façon à
eux de ramener l'invention et la découverte à
une question d'inspiration ou de hasard. Ils diront, par exemple,
que Charles Goodyear avait laissé un morceau de caoutchouc
brut, enduit de soufre, près d'un poêle chaud
et que c'est ainsi qu'il découvrit la vulcanisation.
En réalité, Goodyear possédait si à
fond tout ce que l'on savait sur le caoutchouc qu'aucun phénomène,
si petit fût-il, ne pouvait frapper ses yeux sans qu'il
en perçoive les conséquences sur le problème
qui le préoccupait.
Une inspiration soudaine ne peut être l'effet que
d'un travail préalable, conscient ou inconscient. Quand
on a l'esprit rempli de connaissances et curieux de découvrir
les moyens de les appliquer, on est prêt à bondir
sur la première occasion favorable qui s'offre pour
observer et tenter des expériences.
Quiconque veut devenir défricheur doit veiller à
s'imprégner l'esprit de ce que l'on sait sur la voie
où il se propose de s'engager. Nous ne pouvons rien
apprendre sans passer du connu à l'inconnu. Il faut
nous mettre à la recherche des données du problème,
des essais effectués précédemment, des
raisons pour lesquelles les efforts antérieurs n'ont
pas abouti.
Les qualités nécessaires
Les principales qualités requises de la part des
pionniers sont l'intérêt, l'intelligence, l'imagination
et la détermination.
Qu'est-ce qui déclenche l'intérêt. Un
espace blanc sur une carte, voilà tout ce qu'il faut
pour pousser certaines personnes à entreprendre une
expédition, en vue de combler les vides par des collines
et des rivières. Chez d'autres ce sera un problème,
une énigme ou quelque chose d'insolite qui éveillera
l'intérêt. On trouve cette note dans un carnet
d'Alexander Fleming : « J'étais assez intéressé
par la substance antibactérienne produite par la moisissure
pour poursuivre l'étude de la question. » C'est
ainsi que fut inventée la pénicilline.
Il faut aussi avoir l'intelligence de chercher et d'arriver
à comprendre, ainsi que l'ingéniosité
nécessaire pour faire des essais. Un pionnier doit
penser ; il n'a pas de manuel pour lui dire les réponses
à ses questions. Les grandes délectations de
la réussite dans la recherche intellectuelle se fondent
sur le respect des faits établis et l'art de savoir
les regrouper sous des formes nouvelles. On ne parvient pas
à la sagesse en accumulant des faits. Il faut raisonner
sur les résultats de nos observations.
C'est ici qu'il importe de faire appel à l'imagination.
Votre idée d'amélioration n'est peut-être
qu'une faible lueur dans votre esprit. Mais c'est ainsi que
naissent les grandes choses. Poussez votre idée le
plus loin possible. Prenez note de cette inspiration et de
son cheminement dans votre pensée. Recherchez et trouvez
les faits. Consultez vos notes un mois plus tard, car votre
subconscient aura alors eu le temps de travailler sur cette
idée.
Personne ne peut garantir le succès rapide d'une
idée. Un défricheur a tôt fait d'apprendre
à être attentif et patient, et non pas irréfléchi
et impulsif. Il s'obstine dans son refus d'accepter la défaite.
Comme Napoléon, il est prêt à sacrifier
toutes les questions accessoires pour atteindre ce qu'il considère
comme son objectif principal.
Le pionnier s'attend à l'incompréhension et
à l'opposition. On retrouve à la base de tout
progrès industriel des inventions dont la nature était
inintelligible pour l'homme ordinaire. Ce que les gens ne
comprennent pas, ils s'en moquent par ignorance ou ils le
combattent farouchement par peur.
Kettering, qui connaissait la résistance des gens
aux nouvelles inventions techniques, concluait que « tout
le monde est naturellement opposé à tout ce
qui est en dehors de son expérience. » À
Boston, en 1873, un représentant en téléphones
était arrêté parce que, disaient les autorités,
les personnes bien renseignées savent qu'il est impossible
de transmettre la voix humaine sur des fils.
Les choses à faire
Regarder autour de soi. Le pionnier a un oeil mobile et
actif, ouvert à toute promesse d'aventure ou de risque,
comme un enfant qui se balade dans un parc, l'attention fixée
sur ce qu'il y a à voir et non sur lui-même.
Lorsque le chevalier quêteur sir Lancelot demanda à
une jeune fille « Connaissez-vous dans ce pays quelques
grandes aventures », elle lui répondit « Des
aventures il y en a tout près, si vous avez l'audace
de vous y engager. »
Jetez souvent un coup d'oeil sur le monde des activités
humaines avec un esprit disposé à tenter des
choses nouvelles. Vous avez en main la clef de la découverte
et de l'invention quand vous vous dites : « Je me
demande ce qui arriverais si... »
Il suffit parfois d'un simple geste inspiré par l'esprit
pour accroître l'importance et l'utilité d'une
chose. Rudolf Diesel examina les bambous dont se servaient
les indigènes de Samoa pour faire du feu, et il inventa
le moteur à allumage par compression qui porte son
nom.
Il y a quatre choses à faire pour celui qui décide
de sortir de l'ornière et de devenir un pionnier :
étudier, organiser, essayer et travailler.
L'homme qui entreprend une mission de pionnier doit comprendre
les choses telles qu'elles sont, afin que l'avenir ne lui
apparaisse pas comme entièrement problématique.
Il devra bien calculer ses chances, car il faut autant d'effort
pour arriver jusqu'à un emplacement peu satisfaisant
que jusqu'au lieu idéal. Il y a trois sortes de circonstances
à considérer. Il faut savoir quels sont les
facteurs qui dépendent de nous, quels sont les facteurs
qui dépendent des autres ou de la nature et quels sont
les facteurs qui relèvent du hasard.
La préparation et l'organisation suivent la naissance
de l'idée. Elles consistent à tenir compte des
possibilités d'action. Il peut y avoir plus d'un moyen
d'atteindre l'objectif. Beaucoup d'explorateurs et de pionniers
se sont distingués par la sagesse de leurs plans ;
par la régularité plutôt que par les à-coups
de leur progression ; par leur habileté à
parer aux éventualités dans la mesure où
le permettait la prévoyance.
Les opinions aventureuses doivent être mises à
l'épreuve. Galilée, réputé en
tant que découvreur des lois de la chute des corps,
avait mis en doute, après vingt siècles, l'enseignement
d'Aristote selon lequel un corps lourd tombe plus rapidement
qu'un corps léger. Galilée vérifia sa
théorie et prouva son cas par une expérience :
il laissa tomber deux boules de poids différent du
haut de la Tour de Pise et elles touchèrent le sol
en même temps.
Faire des expériences, c'est étayer nos hypothèses
par l'examen et la recherche, effectuer des essais et des
contrôles afin de recueillir des faits, dont notre esprit
pourra, par raisonnement, tirer des connaissances. Et nous
devons accepter tels quels les résultats de nos expériences,
si inattendus soient-ils.
Les occasions
Les occasions de faire oeuvre de pionniers dépendent
presque toujours des désirs et de la détermination
de l'individu et non pas du travail quotidien qu'il accomplit
ou du milieu social où il évolue. C'est l'attention,
la vivacité d'esprit et l'observation qui les créent.
L'initiative, a dit quelqu'un, consiste à faire ce
qu'il faut sans se le faire dire. Le pionnier a le désir
et la force d'agir de lui-même au lieu d'attendre, pour
s'exécuter, qu'un adversaire ne vienne l'aiguillonner
ou qu'un ami ne lui fasse la planche.
Il n'est pas nécessaire d'attendre qu'il y ait urgence,
car il peut être agréable de résoudre
des problèmes qui ne paraissent pas d'un intérêt
immédiat. Apollonios étudia pour son amusement
les sections coniques ; de ses théorèmes
Kepler dégagea, 2,000 ans plus tard, son principe des
orbites elliptiques des planètes ; et tout cela
s'applique aujourd'hui aux vols spatiaux. Un joueur consulta
Biaise Pascal, au dix-septième siècle, sur une
méthode pour gagner aux dés, et Pascal conçut
la théorie des probabilités, instrument indispensable,
aujourd'hui, de la biologie, de la physique et de l'assurance.
La créativité
Certains hésitent à employer le mot « créateur »
pour qualifier la faculté d'invention de l'homme, en
particulier dans le domaine technique. Mais Newton, Maxwell,
Faraday et Kettering n'ont-ils pas été aussi
créateurs de nouveautés que Renoir, Shakespeare,
Bach et Beethoven ? Créer, ce n'est pas faire
des choses de rien, mais insuffler la vie à quelque
chose.
Le novateur réfléchit, essaie, tâtonne,
compare et invente, de façon à atteindre la
fin qu'il s'est fixée, qu'il s'agisse de la composition
d'une partition musicale ou de la conception d'une nouvelle
boîte d'allumettes. Il promène un regard créateur
sur le terre-à-terre. Il transforme le rouleau de transport
en roue en ajoutant un essieu.
Au moment de leur anniversaire de 1972, les Canadiens ne
peuvent se satisfaire d'une vue circonscrite de leur avenir
alors qu'un petit effort intellectuel leur permettrait d'élargir
leurs horizons. Ce que nous devons craindre par-dessus tout,
c'est la stagnation. La condition essentielle pour comprendre
la vie humaine, écrit Alfred North Whitehead, est que
la perfection exclut tout état stationnaire. Le progrès
ou le recul sont les seuls choix offerts à l'espèce
humaine.
Des connaissances et des techniques nouvelles modifient
chaque année notre milieu ambiant. Il est toujours
possible de songer et de réfléchir à
des améliorations. Chacun a le choix de prendre plusieurs
routes pour rechercher ce qui sera.
Peut-être sommes-nous à l'aube d'une nouvelle
Renaissance, où le respect des bonnes choses que nous
ont léguées les premiers pionniers du Canada
se fond dans la réalisation de choses nouvelles qui
sont meilleures encore.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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