Vol. 51, N° 6 Juin 1970
L'adhésion à un même
code
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Cent trois ans se sont écoulés
depuis que le Canada a rassemblé ses provinces en une
seule famille nationale. Dans l'intervalle, ce pays a appris
beaucoup de choses qu'il ignorait alors totalement, et il
a aujourd'hui des vues différentes sur bien des points.
Mais il y a un de ses objectifs qui ne change pas : celui
de favoriser le bien-être de la population suivant un
même code de bienséance, de liberté, d'égalité
et de fraternité.
Il existait des raisons évidentes pour réunir
les Canadiens en une fédération. C'est par cette
réunion que devait se réaliser la coopération
destinée à les protéger et à leur
permettre de se donner les moyens matériels nécessaires
pour assurer leur survie. L'entreprise parut d'abord au-dessus
de leurs forces, mais ils réussirent par leur intelligence,
leur patience, leur détermination inébranlable
et leur bonne volonté à surmonter les obstacles.
La question la plus importante qu'un pays puisse se poser
au cours de son existence est celle de savoir s'il a établi
une norme permanente en rapport avec ses objectifs initiaux.
Notre code implique que nous nous sommes fixé un
certain idéal à atteindre comme société
et comme individus. Si nous ne l'avons pas encore réalisé
parfaitement, nous avons au moins réussi dans une certaine
mesure à en confirmer les qualités, qui sont :
les normes de moralité, esprit d'humanisme qui met
l'accent sur la dignité de l'homme ; la croyance
en la mise à l'essai des idées comme voie la
plus sûre pour trouver la vérité ;
le règne du droit ; la foi démocratique
dans la liberté, l'égalité et la fraternité.
Le Canada n'est pas une société utopique.
Les États idéaux inventés par les philosophes
et les utopies imaginées par de nombreux écrivains
ne se sont jamais réalisés parce que leurs auteurs
n'offraient pas les moyens pratiques de concrétiser
la société heureuse qu'ils décrivaient.
L'idéal canadien est d'édifier une société
démocratique dans laquelle les hommes savent se gouverner
et sont libres de se perfectionner dans toute la mesure de
leurs talents et de leur énergie.
Ressources et diversité
Le Canada dispose de deux avantages essentiels : ses
ressources naturelles et la diversité de sa population.
En regardant leur immense pays et ses multiples possibilités
de développement, les Canadiens ont parfois l'impression
d'être des nains qui jouent sur une scène faite
pour des Titans. Ils ont tout ce qu'il faut pour bâtir
une grande nation : il leur reste à arrêter
un plan, à concevoir la charpente de l'édifice
et à établir des normes de qualité.
La diversité de la population canadienne n'est pas
un obstacle, mais plutôt un élément favorable
à cette entreprise. C'est par leur diversité
que les hommes se distinguent des robots. Il est de la nature
même de la démocratie de réunir dans une
communauté d'intérêt des hommes et des
femmes d'opinions et de talents variés, afin de leur
permettre de réaliser des choses grandes et originales.
Les gens civilisés acceptent que leurs voisins aient
des idées différentes des leurs. Ils sont exempts
de la maladie de l'esprit dont le symptôme consiste
à manifester une intolérance acharnée
pour les opinions des autres. Leur juste appréciation
des bienfaits de la variété leur épargne
l'erreur de provoquer des fissures de mésentente entre
les groupes et les individus. S'il se produit malgré
tout des lézardes, ils s'empressent d'en relier les
bords. Lorsque les Romains et les Sabins voulurent les uns
et les autres que le roi fût choisi parmi eux, on accepta
un compromis : le roi serait un Sabin, mais il serait
élu par les Romains.
Il est difficile d'établir des lignes de démarcation
rigoureuses en jugeant entre deux opinions. Si deux personnes
regardent un arc-en-ciel, l'une verra peut-être une
série de couleurs distinctes juxtaposées, tandis
que l'autre percevra des couleurs qui se fondent entre elles,
sans qu'aucune limite précise n'indique où finit
une couleur et où une autre commence.
Il en est ainsi dans l'édification d'une nation.
Des citoyens divers conçoivent leur bien-être
de façon différente, et il n'existe pas de recette
unique que tous ressentiraient l'obligation de suivre.
Une nation survit dans la mesure où ceux qui la composent
sont capables d'apporter l'appoint de leurs qualités
pour atteindre des fins communes. Leur action ne se borne
pas à coexister - et si la coexistence est aujourd'hui
un besoin mondial, combien plus nécessaire n'est-elle
pas au sein d'une collectivité ou d'une nation ?
- elle va jusqu'à la coopération. Ils savent,
comme Gitche Manito le dit aux tribus dans le Chant de
Hiawatha, de Longfellow, que « toute leur force est
dans leur union et tout leur péril dans la discorde ».
La liberté démocratique
Être Canadien est un précieux avantage. C'est
faire partie d'un pays indépendant, qui crée
et façonne son propre code et qui trace sa propre route.
D'un pays qui croit au principe selon lequel on juge une personne
par la compétence, la responsabilité et la valeur
personnelle dont elle fait preuve. Mais ces nobles principes
supposent des citoyens instruits, doués de maturité
et épris de liberté pour les soutenir et les
enrichir.
La « liberté » est un mot prestigieux,
mais qui demande à être bien compris. Elle implique
une claire perception intellectuelle du fait que la raison,
et non la passion ou l'intérêt personnel, a le
droit de restreindre la liberté et de dicter l'action
des hommes.
« On confond souvent la révolte avec la liberté
elle-même, écrit Rollo May dans L'homme à
la recherche de lui-même. Elle est alors un faux
port dans la tempête, car elle donne au révolté
le sentiment illusoire d'être vraiment indépendant. »
Ceux qui veulent renverser les institutions approuvées
par la société ne sont pas les pionniers intellectuels
qu'ils prétendent être, mais uniquement des petits
garçons insubordonnés qui ont oublié
de grandir. Pour eux, tous les murs sont faits pour être
escaladés. Ils réprouvent la doctrine ancienne
et toujours valable selon laquelle les pays ont des frontières
et les fermes des clôtures, afin que chacun sache où
finit sa liberté individuelle et où commence
la même liberté de son voisin. C'est un sage
proverbe que celui qui dit que « les bonnes clôtures
font les bons voisins ».
Les adultes qui ne se sentent pas libres devraient préciser
pour eux-mêmes quelles sont les restrictions dont ils
souffrent. Que les oblige-t-on à faire qui n'est pas
pour leur propre bien, compte tenu du sentiment et de la volonté
de la société dont ils font partie ? Que
les empêche-t-on de faire de ce qui est conforme à
ce que la sagesse collective de la société considère
comme bon ?
Idéaux communs
La démocratie est basée sur la conviction
que toute personne a le droit de bénéficier,
selon ses aptitudes morales et intellectuelles, des ressources
matérielles et spirituelles que la nature, la science
et le bon gouvernement mettent à la disposition de
l'humanité. La réalisation de cet état
de choses exige que nous progressions de la vie instinctive
de la sauvagerie au stade rationnel de la civilisation, où
les hommes accèdent à l'art de se gouverner
librement et de travailler ensemble.
Les liens qui unissent les citoyens les uns aux autres dans
un État démocratique sont leurs aspirations,
leurs espoirs et leurs idéaux communs. Comme l'écrit
Henry Clay dans son manuel extrêmement pratique et réaliste
d'économie politique : « La démocratie
est un état d'esprit, et non pas une machine gouvernementale
ou économique. »
La démocratie n'existe pas et ne peut pas s'instaurer
chez des citoyens qui ne se comprennent pas, qui ne font rien
pour se comprendre, qui n'ont pas d'intérêt profond
pour les objectifs communs et l'effort de coopération.
Le code sur lequel se règlent les partisans de la démocratie
comporte une large part d'altruisme. Les hommes ont une forte
tendance naturelle à rechercher ce qui satisfait leur
intérêt immédiat. Le code démocratique
met l'accent sur nos devoirs envers les autres.
L'adhésion de principe ne mène à rien.
La démocratie est une oeuvre à réaliser
soi-même et à laquelle il faut travailler. Si
un citoyen ne paie pas de sa personne - s'il ne lit pas, n'étudie
pas, ne participe pas, ne vote pas et n'agit pas lui-même
- un autre le fait à sa place, et il ne se sert plus
de sa liberté démocratique.
La démocratie ne garantit pas l'égalité
de succès à tous les citoyens. L'idée
que ceux qui sont égaux sous un rapport - devant la
loi, par exemple - le sont aussi sous tous les autres rapports
ne fait pas partie du code démocratique. Il existe,
manifestement, d'innombrables inégalités de
nature très importante. Les gens diffèrent par
leurs aptitudes, leur application, leur état de santé,
leur intelligence et leurs aspirations.
Un homme que l'on surnomma le philosophe éploré,
cinq siècles av. J.-C., en raison des préoccupations
que lui causait l'état du monde, affirmait que les
citoyens d'Éphèse méritaient d'être
pendus à cause de leur fameux précepte :
« Personne ne sera le premier parmi nous. »
L'idéal auquel vise le Canada est d'être un
pays indépendant, un État démocratique,
une société où les lois sont les mêmes
pour tous et les restrictions réduites au minimum,
et où le régime économique offre la liberté
aux particuliers d'accéder, selon leur mérite,
à la sécurité et au bien-être.
Le bon gouvernement
Le bon gouvernement procède de ce que Louis XIV appelait
l'application du bon sens à un nombre de faits suffisants.
Il est exercé par des hommes et des femmes pour qui
les fonctions politiques sont une question de devoir et non
de pouvoir ou d'ambition personnelle, par des gens choisis
pour leurs qualités de chef et leur sens des responsabilités.
Le Canada a adopté le principe du gouvernement par
la majorité. Cela ne satisfait pas entièrement
l'aspiration des citoyens à la vie démocratique,
mais la loi de la majorité qui, à l'instar du
régime canadien, assure à la minorité
la possibilité de devenir la majorité par l'éducation
de la population correspond d'assez près à l'idéal
rêvé.
Nous faisons partie d'une société où
les décisions doivent être librement arrêtées
à la suite d'un débat rationnel. Cette société
exige que chaque citoyen collabore de façon sincère
avec ceux qui sont élus pour diriger les affaires du
pays, tout en surveillant étroitement l'exercice des
pouvoirs qui leur sont délégués. L'opposition
est considérée comme allant de soi, mais ce
doit être une opposition qui a des solutions de rechange
valables à offrir.
L'individu
Il importe non seulement de croire passionnément
à la démocratie, mais aussi de la pratiquer
avec ardeur. Dans la société qui est nôtre,
l'individu, par sa participation au gouvernement comme par
l'éducation, peut acquérir un sens de plus en
plus vif de son importance comme citoyen.
Les diplômés des écoles et des universités
sortent de leurs établissements en tant que groupe
- la promotion 70 -, mais ils entrent dans la société
en tant qu'individus. Chacun d'eux apportera quelque chose
de lui-même à la personnalité du Canada.
S'ils disent « oui » aux nombreuses possibilités
d'enrichissement personnel que leur offre ce pays, ils disposent
de tout ce que l'on peut souhaiter en fait de plein épanouissement
de soi-même.
La fidélité à un même code ne
veut pas dire que tous les gens ont les mêmes idées,
les mêmes aspirations et la même manière
de vivre. Il y a des questions auxquelles chacun doit répondre
par lui-même, car la démocratie ne fournit pas
de guide universel. Elle croit à la valeur de la réflexion
et de l'effort personnels, qui permettent à tout homme
d'être lui-même. Chacun est libre d'aimer ce qu'il
aime parce que cela lui plaît et non pas parce qu'un
sondage quelconque révèle que la chose est en
vogue.
La pierre qu'apporte chaque individu à la construction
n'a pas besoin d'être grande et imposante pour être
utile. Un comédien grec des temps anciens n'a-t-il
pas dit qu'il se plaisait à penser, en rangeant son
masque après la représentation, qu'un des spectateurs
était peut-être rentré chez lui moins
enclin à battre ses enfants.
En plus de la croyance dans l'égalité des
chances et la discipline personnelle, la démocratie
comporte un certain élément affectif, un sentiment
de fraternité, de solidarité, de respect et
de protection. L'homme exprime sa liberté en s'associant
avec d'autres personnes pour accomplir quelque chose que tous
désirent. La liberté personnelle et la responsabilité
sociale vont de pair.
Les gens ne peuvent vivre heureux ni profitablement dans
l'isolement. Voilà pourquoi la langue des prières
hébraïques insiste sur le pluriel plutôt
que sur le singulier, sur le groupe plutôt que sur l'individu.
Les rabbins du Talmud ont même décrété
que, le sabbat et les jours de fête, il était
malséant de faire des supplications portant sur des
désirs ou des besoins personnels.
Une autre raison milite en faveur de la fraternisation.
En regardant autour de nous, nous voyons des personnes qui
se sont desséchées et racornies en se renfermant
en elles-mêmes. Participer à la vie de la société,
ce n'est pas soustraire mais ajouter quelque chose à
notre bonheur individuel. Nous avons besoin du stimulant,
de l'encouragement et de l'approbation que nous apportent
nos semblables.
Le sentiment d'appartenir à une collectivité
nous est nécessaire pour atteindre la plénitude
de la dignité et de la grandeur humaine. Ironie du
sort, la communauté qui était autrefois un état
naturel favorable à l'existence et à l'intégralité
de la vie, est aujourd'hui une chose qu'il faut organiser
et parfois imposer aux gens. Le sage réaménagement
de nos villes de façon à assurer des milieux
susceptibles d'encourager les habitants à se rencontrer
et à travailler ensemble est un exemple de ce qui se
révèle nécessaire à l'heure actuelle.
L'influence du changement
Redevables au passé de beaucoup des bonnes choses
que nous offre la société canadienne, nous devons
apporter notre contribution à l'édification
de l'avenir du Canada. Loin de songer à garder intacte
la poussière accumulée par les siècles,
nous devons plutôt considérer ce qui nous a été
légué avec cette pensée : « Comment
pouvons-nous adapter et polir tout cela pour l'utiliser dans
le monde moderne ? »
Il y a des choses qui peuvent être améliorées,
telles l'éducation, l'application de la loi, les relations
du capital et du travail, la généralisation
des mesures d'hygiène. Cela est possible dans le code
de la démocratie, le seul régime qui offre délibérément
les moyens d'apporter des corrections et des améliorations
dans les limites du sens commun et de la bienséance.
L'art de réaliser une société libre est
de conserver les principes et d'adapter les coutumes de façon
à suivre graduellement la voie de la raison éclairée.
Cela exige que nous sachions jusqu'à un certain point
où nous allons, ce que nous ferons une fois parvenus
à destination et pourquoi nous voulons nous mettre
en route, au lieu de tourner en rond et à l'aventure.
Faire des plans constructifs n'est pas ce qu'il y a de plus
facile au monde. En parlant du Conte d'hiver de Shakespeare,
un critique faisait cette observation : « Le thème
de cette pièce est un thème de régénération,
et il est beaucoup plus aisé d'écrire une pièce
portant sur la destruction qu'une pièce sur la régénération.
Il n'est pas possible de prédire l'avenir. Les événements
mondiaux, l'évolution des affaires nationales et les
changements locaux rendent les prévisions sujettes
à caution, mais nous devons préparer les jeunes
à affronter les problèmes de cet avenir inconnu.
La première chose à faire est d'initier nos
enfants au code de la démocratie de crainte qu'ils
ne grandissent avec une connaissance approfondie du calcul
infinitésimal et dans l'ignorance des grands principes
qui doivent servir de guides aux humains. L'avenir dépend,
tout comme le bonheur de l'humanité en a toujours dépendu,
de la sagesse, de la foi, de la beauté et de la vertu.
Le Canada d'aujourd'hui est le résultat d'un long
et laborieux processus d'élaboration. Ce n'est ni un
signe de sagesse ni une preuve de discernement politique que
de penser qu'il est possible de réaliser les améliorations
nécessaires sur-le-champ ou à l'aide de plans
improvisés, ou encore en prenant l'opportunisme comme
force directrice. Veillons à éviter les erreurs
qu'ont commises nos devanciers en se montrant incapables de
discerner les autres solutions, en restreignant leurs solutions
à un choix par trop exclusif et limitatif, et en négligeant
de saisir les occasions d'amélioration dès qu'elles
se présentaient.
Pour demeurer à flot
Le Canada est tenu de façonner une société
bonne grâce à une opinion publique intelligente
et éclairée, et partant de faire des choix réalistes
à la lumière d'une information suffisamment
complète sur les tendances et les besoins existants.
Les complications de notre époque ne doivent pas nous
inciter à croire que la vie devient incompréhensible.
Elles entraînent simplement la nécessité
d'un effort supplémentaire de notre part pour comprendre
ce qui se passe.
Cette sorte de compréhension s'acquiert tout aussi
bien en prêtant l'oreille à la critique qu'en
se penchant sur les livres. Ne pas se tenir au courant des
opinions adverses, c'est demeurer partiellement aveugle.
Nous devons apprendre à différer d'avis avec
les autres, après étude, sans ridiculiser leurs
opinions et à accepter l'idée que nous sommes
peut-être parfois dans l'erreur. En diminuant les possibilités
de mésentente, cette attitude conduit les esprits sains
et ouverts à résoudre des problèmes difficiles
dans la confiance et le respect mutuels.
Il importe de joindre l'effort à la compréhension.
En cherchant à construire un Canada meilleur en ce
second siècle de son existence en tant que nation,
nous ne devons pas nous attendre que la tâche sera facile.
Elle exigera un travail bien organisé et une courageuse
hardiesse. Peut-être aurions-nous intérêt
à méditer ce message qu'adressait Villeneuve
à ses capitaines avant la bataille de Trafalgar :
« Qu'il n'y ait pas de manoeuvres ignominieuses. Tout
capitaine qui n'essuie pas le feu de l'ennemi n'est pas à
son poste. »
Cela exclut la possibilité de faire le pied de grue
pour voir ce qui va se produire en oubliant que nous pourrions
nous-mêmes contribuer aux événements.
Mais en prévoyant et en suscitant même ces
événements, nous devons témoigner d'un
certain instinct des convenances. Notre société
se compose de citoyens de plusieurs races et de plusieurs
religions, et aux coutumes variées. Dans ces conditions,
il importe par-dessus tout de ne pas négliger les questions
de bienséance et de courtoisie ni de les considérer
comme frivoles ou sans importance. Elles contribuent en fait,
dans une large mesure, à permettre aux gens de vivre
ensemble et de mener une vie en harmonie avec leurs idéaux
communs. La nature des bonnes manières qui font partie
intégrante du mode de vie canadien nous autorise à
entrevoir l'avènement d'un état de chevalerie
qui fera honneur à notre coeur et à notre intelligence.
Les valeurs et les principes
Sur les questions de fond, la plupart des Canadiens adhèrent
aux mêmes valeurs. Ils croient en un ordre social où
les personnes ont plus d'importance que les choses, où
les idées sont plus précieuses que les bidules,
où les individus sont jugés d'après leur
valeur personnelle et où les hommes peuvent s'exprimer
sans oppression et sous le règne de la loi.
La nation est la gardienne de certaines valeurs très
précises : la culture, les traditions, la conscience
collective, la continuité historique et un certain
code de conduite.
Ces valeurs sont fondées sur des principes. Les hommes
doivent avoir un grand souci des principes qui sont à
la base du gouvernement démocratique, sinon leur pays
finira par pâlir, par se désunir et tomber en
décadence.
De l'appréciation et de la mise en application des
principes que nous pourrons adopter se dégagera peu
à peu notre philosophie, c'est-à-dire notre
recherche de la sagesse de pensée et d'action alliée
à une ferme et noble détermination de faire
toujours de notre mieux.
Il n'y a pas de plan préétabli
L'avenir du Canada est une chose qu'il appartient d'étudier
avec calme aux personnes réfléchies, non liées
par des conclusions escomptées, non engagées
à étançonner des doctrines vermoulues
et uniquement désireuses de connaître ce qui
servira à l'amélioration effective de leur pays.
Il n'y a pas de plan tout fait à suivre, mais seulement
des idées directrices. Notre pays n'a pas grandi en
observant servilement le texte d'un règlement, mais
par l'action de citoyens intelligents qui s'efforçaient
de faire tout leur possible dans les circonstances où
ils vivaient, de mettre à l'essai des idées
nouvelles et d'adapter les anciennes à notre époque.
Mais ils s'aperçurent dès le début que
l'union véritable ne se limite pas à emboîter
le pas. Elle ressemble plutôt à l'exécution
harmonieuse d'un morceau de musique par l'orchestre, où
l'individualité des instruments contribue à
la mélodie de la partition.
Le mode de vie canadien offre une méthode pour faire
contribuer l'intelligence, la bonne volonté et l'effort
individuel à la solution des problèmes. Le succès
est lié à cette condition : que l'on puisse
compter que le citoyen moyen agira au mieux de ses connaissances,
qu'il fera son devoir et qu'il saura l'accomplir avec intelligence.
Alors, comme disent les habitants de nos côtes, la marée
montante soulèvera tous les bateaux.
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