Juin 1949 Le Canada est le client du monde entier
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Le Canada occupe une place unique
dans l'économie mondiale - du moins dans la partie
qui en demeure libre et indépendante.
Entre 25 et 30 pour cent de son revenu national est dérivé
de son commerce d'exportation.
Pour cette raison, les exportations font l'objet de beaucoup
de discussions. Tous les producteurs désirent expédier
une partie de leurs marchandises à l'étranger,
et cela semble la chose la plus importante au monde.
Le présent Bulletin se propose d'examiner l'autre
côté de la question. Le pouvoir d'achat des autres
pays a une grande importance pour nous, et ce pouvoir d'achat
dépend des marchandises que les autres pays sont capables
de vendre.
Le Canada est loin de se suffire. Pour maintenir notre niveau
d'existence nous devons importer certaines marchandises que
nous ne pouvons pas produire ou que nous ne pouvons pas fabriquer
économiquement. En vérité, un de nos
principaux objets en faisant le meilleur usage possible de
nos propres ressources, est de nous permettre d'importer les
choses qui nous manquent.
L'importance du commerce d'importation a été
reconnue par le Gouvernement. La Division de l'importation
du Service du commerce étranger, ministère du
Commerce, a été créée pour fournir
des renseignements concernant la production, l'offre et les
cours des marchandises dans les marchés étrangers,
les besoins de notre pays et tout ce qui se rapporte à
l'achat de marchandises à l'étranger pour vendre
chez nous. Les commissaires du commerce donnent des renseignements
sur leurs territoires. Ils recommandent aux importateurs canadiens
les maisons, les manufacturiers et les agents de bonne réputation.
Ils leur conseillent les meilleurs moyens de s'adresser aux
étrangers. Quand les importateurs vont à l'étranger
pour faire leurs achats, les commissaires du commerce les
présentent aux fournisseurs, les mettent en rapport
avec des interprètes et les aident de toutes les manières
possibles.
La Foire Commerciale Internationale du Canada a démontré
pour la deuxième année que les Canadiens prennent
sérieusement le commerce d'importation. Ils font tout
leur possible pour permettre aux fabricants étrangers
d'étaler leurs produits aux yeux des acheteurs canadiens.
Sous ce rapport, les banques canadiennes qui ont des succursales
et des agences à l'étranger rendent de grands
services aux importateurs. Elles recueillent des renseignements
sur le commerce et les crédits, préparent des
itinéraires pour les importateurs qui désirent
voyager en quête de marchandises, fournissent des lettres
d'introduction, dressent des listes de maisons susceptibles
de fournir les produits que cherche l'importateur, et distribuent
des renseignements commerciaux. Quelquesunes, comme
la Banque Royale du Canada qui a 61 succursales étrangères
et des correspondants dans toutes les parties du monde, ont
un département qui fournit à tous les intéressés
ou sur demande des renseignements puisés aux meilleurs
sources.
Ancienne coutume
Le commerce entre les peuples de différentes nations
n'est pas une nouveauté. La nature a partagé
ses bienfaits sous le rapport du sol, des forêts, des
mines, des cours d'eau, des pêcheries et autres ressources
de telle manière que chaque nation peut produire certaines
choses plus facilement et plus économiquement que d'autres.
La pratique a permis à certaines nations d'exceller
dans l'art manufacturier. Les hommes et les nations ont une
tendance à produire les marchandises pour lesquelles
ils sont spécialement adaptés par la nature
ou la pratique.
Il s'ensuit que chaque nation a besoin de choses qu'une
autre nation fabrique mieux ou à meilleur marché.
Le blé était le grand problème des Athéniens ;
le sel a joué un rôle important dans le commerce
international en Europe. Sir Leonard Woolley, directeur des
excavations d'Our en Chaldée, a trouvé le connaissement
d'un vaisseau qui, en l'an 2048 av. J.C., avait fait
un voyage de deux ans et était revenu à Our
débarquer un chargement d'or, de minerai de cuivre,
de bois durs, d'ivoire et de pierres précieuses pour
orner les vases et les statues.
Quatre mille ans après, nos besoins se multiplient
aussi rapidement que les moyens de les satisfaire.
Les pays qui étaient autrefois lointains sont devenus
nos voisins. Beaucoup d'entre eux, y compris le Canada, se
sont accoutumés à un état de prospérité
et de confort matériel qu'ils abandonneraient à
regret. Cela exige un plus grand échange de marchandises
que jamais si nous voulons arriver au bonheur, à la
satisfaction et à la paix.
Mais, comme dit le professeur Lorne T. Morgan de l'Université
de Toronto dans sa revue du livre du Dr Orville J. McDiarmid,
Commercial Policy in Canadian Economy : « Quoique
le bon sens économique soit nécessaire au bienêtre
du monde d'aprèsguerre, sa nécessité
n'en garantit pas du tout l'existence. »
Le bon sens en affaires
Le bon sens nous dit que ce sont les choses que nous produisons
chez nous, plus celles que nous importons, moins celle que
nous exportons, qui donnent la mesure de notre niveau d'existence.
Les exportations sont principalement importantes comme moyen
d'obtenir des importations. Les ÉtatsUnis cherchent
à répandre cette idée chez eux. Les fonctionnaires
du gouvernement, les journaux, les hommes d'affaires et les
associations commerciales ont entrepris une véritable
croisade pour convaincre le Congrès et le public que,
pour maintenir la prospérité courante, il faut
que le pays adopte des vues plus larges en matière
commerciale. Les gens éclaires reconnaissent que le
déséquilibre actuel dans le commerce extérieur
des ÉtatsUnis ne peut pas persister indéfiniment
et que la meilleure chose qui puisse arriver aux ÉtatsUnis
est d'importer davantage. Le ministère du Commerce
a créé une division comme celle du ministère
du Commerce au Canada, pour fournir des renseignements aux
importateurs.
Une des premières choses à apprendre au sujet
du commerce extérieur est que personne à l'étranger
n'est obligé d'acheter les marchandises du Canada et
que nous ne pouvons pas faire avaler de force 400 millions
de boisseaux de blé et 700 millions de livres de bacon
et de jambon à nos 13 millions d'habitants.
La leçon suivante est que deux principes élémentaires
du commerce intérieur au détail s'appliquent
également au commerce extérieur : pour
vendre n'importe quoi à une personne, il faut d'abord
qu elle sache ce qu'elle désire et la convaincre ensuite
que vous pouvez le lui fournir à un prix raisonnable.
La troisième est celle qui nous intéresse
principalement dans le présent article : si vous
désirez vendre vos produits à une personne ou
à une nation, vous devez acheter les produits de cette
personne ou de cette nation ou l'aider en lui fournissant
les moyens d'acheter. C'est un axiome économique. Si
le commerce, la maind'oeuvre et l'agriculture négligent
d'encourager les importations, il s'ensuivra nécessairement
une diminution dans les exportations et, par conséquent,
dans les revenus de tous les intéressés.
Quant à l'effet du commerce extérieur sur
son propre pays, prenez l'industrie des films aux ÉtatsUnis.
La GrandeBretagne s'est trouvée à court
de dollars et a imposé des restrictions à l'importation
des films américains. Au printemps, les producteurs
de films ont examiné l'état de leurs finances
et imposé les plus grandes mesures d'économie
jamais adoptées à Hollywood. Pourquoi ?
Parce que, malgré le grand nombre de gens qui vont
au cinéma aux ÉtatsUnis, neuf films sur
dix suffisent à peine à faire leurs frais aux
ÉtatsUnis seulement et comptent sur l'exportation
pour couvrir les dépenses et payer des dividendes.
Balance du commerce
L'idéal serait probablement un centre international
de marchandises de consommation dans lequel toutes les nations
verseraient tout ce qu'elles peuvent produire et seraient
libres de retirer jusqu'à concurrence de leur production.
C'est là un beau rêve qui n'est pas encore
réalisable mais l'idée a du bon.
La concurrence à laquelle se livrent les exportateurs
pour obtenir une plus grande part des marchés existants
a pour résultat de faire baisser les prix et d'améliorer
la qualité, mais la concurrence à laquelle se
livre un pays pour vendre à l'étranger plus
qu'il n'achète est à la fois absurde et fallacieuse.
En parlant de commerce extérieur, l'emploi du mot
« surplus » est mal choisi. Il laisse l'impression,
malheureusement trop générale, que le commerce
extérieur consiste à se débarrasser des
marchandises dont on ne veut pas pour sa propre consommation.
C'est mettre la charrue avant les boeufs. Cela implique que
le commerce extérieur est un moyen d'écouler
un surplus, tandis que le soidisant « surplus »
existe par suite de la demande créée par le
commerce extérieur.
Si nous oublions le fait que le commerce international est
l'échange de certaines marchandises pour d'autres marchandises,
nous entrons dans le domaine de la magie. Il n'y a pas d'endroit
sur la terre où nous puissions vendre tout ce que nous
voulons, sans rien acheter en retour, et continuer de vivre,
comme s'efforcent de le faire des gens apparemment sains d'esprit
sous les autres rapports.
Le commerce extérieur doit résulter en avantages
mutuels. L'histoire nous apprend que le niveau d'existence
s'est amélioré à mesure que les nations
voisines ont échangé des marchandises et des
services.
Le commerce extérieur mérite qu'on s'y livre
avec diligence et qu'on y consacre tous ses efforts. Aristophane
a dit quelque chose dans ce genre en l'an 425 av. J.C.
dans une de ses pièces : Pense à quelque
chose que ton pays produit en abondance, tandis qu'elle est
rare chez nous, et faisons un échange.
Le centre naturel d'activité économique était
autrefois la famille de l'homme des cavernes. Aujourd'hui,
ce n'est même pas une ville ou un pays mais l'humanité
toute entière. Le commerce international de l'an dernier
se chiffre à 51 milliards de dollars, ce qui est le
total des exportations de tous les pays et la part du Canada
sur ce total est de plus de trois milliards.
Liberté économique
Les gens raisonnables pensent que l'énergie humaine
peut être mieux appliquée à l'amélioration
des niveaux d'existence par la création d'un monde
jouissant de la plus grande mesure possible de liberté
économique. C'est l'objet des propositions adoptées
à Bretton Woods en vue d'un fonds monétaire
international et d'une banque pour la reconstruction et le
développement. C'était le but des pays de Bénélux
- Belgique, Hollande et Luxembourg - quand ils ont décidé
de supprimer leurs barrières commerciales. C'est ce
qui a poussé la Suisse et Bénélux à
signer un accord en vue de réduire les tarifs douaniers,
la France et l'Italie à former une union douanière,
et les pays de l'Est et de l'Ouest de l'Europe à chercher
à renouer le commerce entre les deux régions.
Le Canada a été un des principaux champions
du commerce multilatéral, c'estàdire
de la liberté du commerce par l'entreprise privée.
Il a prêté son appui aux différents
organismes qui doivent leur création aux Nations Unies.
C'est au Canada qu'a eu lieu la première assemblée
de l'Organisation pour l'Alimentation et l'Agriculture. Nous
avons participé à la formulation de l'Accord
de Bretton Woods. Le Canada est membre du Fonds Monétaire
International. Il était un des trois pays qui ont pris
part aux délibérations de Genève et de
la Havane d'où sont sortis respectivement l'Accord
Général sur les Tarifs Douaniers et le Commerce,
et la Charte de l'Organisation Internationale du Commerce.
Tout cela marche de pair avec l'idée croissante que
le commerce international doit être multilatéral
si l'humanité veut profiter des occasions que le monde
nous offre de mener une existence plus confortable et plus
heureuse.
Nous ne pouvons pas arriver à la stabilité,
ni même faire de progrès si, pour arriver au
rétablissement, nous divisons le monde en compartiments
étanches. Nous aurions dans ce cas un certain nombre
d'économies distinctes, qui dirigeraient chacune leur
commerce extérieur sous les ordres du gouvernement,
en conformité d'accords à court terme basés
sur des accords avec les pays ayant les mêmes vues politiques.
La Charte de l'OIC est pratique
La Charte de l'Organisation Internationale du Commerce (OIC)
approuvée à titre d'essai l'an dernier par la
Conférence des Nations Unies sur le Commerce et l'Emploi
est le plus ambitieux des nombreux accords économiques
internationaux conclus au cours de ces dernières années.
La Charte n'est pas un rêve d'utopiste. Elle contient
une série de règles qui rendront les plus grands
services possibles au commerce dans un monde partagé
en un si grand nombre de systèmes économiques
et politiques, et elle fournit les moyens de discuter les
problèmes communs de politique commerciale. Elle cherche
à remplacer la guerre économique par les négociations
et les discussions.
Plus des deux tiers des deux milliards d'habitants du globe
vivent dans des pays qui s'estiment retardataires par rapport
aux nations industrialisées de l'Europe occidentale
et de l'Amérique du Nord. La OIC a pour fonction d'aider
ces pays à adopter de saines mesures économiques
et industrielles.
Le marché Canadien
Le Canada offre un important marché à un grand
nombre d'importateurs étrangers mais, dit le Board
of Trade Journal dans un article adressé aux manufacturiers
britanniques, la concurrence y est dure. En premier lieu et
pardessus tout, dit l'article, il faut induire les Canadiens
à acheter en s'efforçant de leur montrer que
la GrandeBretagne peut leur fournir ce qu'ils désirent.
La Mission technique du RoyaumeUni au Canada a trouvé
partout l'an dernier que l'acheteur canadien, « toujours
sous réserve du prix, de la livraison et du service,
est plus que disposé à acheter des marchandises
britanniques. »
Le Canada est un vaste marché. Les consommateurs
dépensent maintenant beaucoup plus que jamais. Les
dépenses personnelles en marchandises de consommation
et en services ont monté de 3,770 millions de dollars
en 1938 à 10 milliards en 1948. Les salaires de la
maind'oeuvre ont passé de 2,054 millions de dollars
en 1938 à 7,130 millions de dollars en 1948.
De pair avec ces augmentations, nos achats à l'étranger
ont augmenté considérablement, de 678 millions
de dollars en 1938 à 2,637 millions de dollars en 1948.
Le tableau suivant pris dans le magazine Commerce Extérieur,
publié par le ministère du Commerce, donne la
répartition de ces achats sous forme de pourcentages :
Répartition des importations canadiennes
| Pays du Commonwealth |
1938 |
1948 |
| Royaume-Uni et Europe |
17.6 |
11.4 |
| Amérique |
3.3 |
2.0 |
| Afrique |
0.7 |
1.0 |
| Asie |
3.5 |
2.9 |
| Océanie |
2.4 |
1.8 |
| Total - pays du Commonwealth |
27.5 |
19.1 |
| Pays étrangers |
|
|
| États-Unis et possessions |
62.7 |
68.6 |
| Amérique latine |
2.4 |
8.4 |
| Europe |
5.9 |
2.7 |
| Autres pays étrangers |
1.5 |
1.2 |
| Total - pays étrangers |
72.5 |
80.9 |
TerreNeuve, qui est entrée dans la Confédération
ce printemps, n'est pas comprise dans ces chiffres. Elle offre
un débouché pour les produits alimentaires,
vêtements, radios, machines, automobiles et un grand
nombre de marchandises.
Plus de 50 pour cent sur les 105 millions de dollars des
importations de TerreNeuve en 19471948 proviennent
du Canada et 38 pour cent des ÉtatsUnis.
Importations de GrandeBretagne
Nous avons acheté 299 millions de dollars de marchandises
au RoyaumeUni l'an dernier, c'estàdire
110 millions de dollars de plus que l'année précédente
et 180 millions de dollars de plus qu'en 1938.
Nous nous rendons de plus en plus compte des difficultés
économiques de la GrandeBretagne et du fait que
son rétablissement économique est lié
avec l'avenir économique du Canada.
Pour développer leurs ventes au Canada, les manufacturiers
britanniques envoient des représentants qui étudient
les débouchés et les renseignent sur ce que
les Canadiens désirent sous le rapport du style, de
la qualité et du service. Il est probable que les membres
de chaque industrie formeront des groupes pour entreprendre
ces missions avec l'aide du gouvernement. C'est là
une idée hardie et originale qui produira sans doute
de bons résultats si l'on en juge par le succès
de la mission de la Wholesale Clothing Manufacturers Federation
of Great Britain.
On a critiqué au Canada la réduction dans
les achats de nos produits agricoles et forestiers par la
Grande Bretagne. Un article de E. H. Gilpin dans le Board
of Trade Journal dit que « dans l'état où
en sont les choses, le seul moyen de payer le Canada est par
des marchandises et des services, et la possibilité
d'augmenter le volume de nos achats au Canada dépend
inexorablement de l'augmentation dans les achats que les Canadiens
feront chez nous. »
Les Anglais espèrent que la situation s'améliorera.
Ils appellent leurs efforts « Opération Canada »,
et ils organisent des réunions dans tout le RoyaumeUni
pour informer les centres industriels des débouchés
qu'offre le Canada. Le chef de la Mission technique a dit
à son départ : « Nous sommes venus
en mission au Canada. Nous retournons en mission en Angleterre. »
Importations des ÉtatsUnis
Les importations du Canada en provenance des ÉtatsUnis
se chiffrent à 1,806 millions de dollars en 1948 par
comparaison avec 425 millions de dollars il y a dix ans. Cette
augmentation est le résultat d'une combinaison de facteurs.
Un article dans l'Annuaire du Canada pour 1947 dit :
« À partir de 1920, la préférence
canadienne pour les produits ouvrés de consommation
des ÉtatsUnis ou pour les marchandises domestiques
de modèle américain a augmenté régulièrement.
Cette préférence croissante est naturelle en
raison de l'expansion continuelle des succursales d'établissements
américains au Canada et du contact des Canadiens avec
les campagnes radiophoniques, les revues et la publicité
nationale des ÉtatsUnis. »
Un fait que les publications des ÉtatsUnis
ont récemment porté à l'attention de
leurs lecteurs s'applique également au Canada. Il est
bien beau de dire que les ÉtatsUnis peuvent se
tirer d'affaire en exportant seulement 10 pour cent de leur
production nationale, parce que grâce à leurs
ressources naturelles et leur grand rendement industriel ils
sont relativement capables de se suffire et n'ont, par conséquent,
pas besoin d'importer beaucoup, mais il ne faut pas oublier
que beaucoup d'industries comme l'aviation, le coton et le
tabac ont besoin d'exporter plus de 30 pour cent de leur production.
Si les exportations de ces industries étaient réduites
à 10 pour cent, elles seraient en très mauvaise
posture.
Le manque de dollars
Voici donc les trois côtés du triangle :
le Canada, la GrandeBretagne et les ÉtatsUnis.
Le commerce du Canada avec les ÉtatsUnis et le
RoyaumeUni se compensait autrefois et offrait un exemple
classique d'une bonne division internationale du travail.
Les grains du Canada nourrissaient l'Angleterre ; les
tissus anglais habillaient les Canadiens ; les produits
forestiers et minéraux du Canada, transformés
par l'énergie hydroélectrique, faisaient marcher
les industries des ÉtatsUnis, tandis que le charbon
et les produits métallurgiques des ÉtatsUnis
alimentaient les usines canadiennes.
Le triangle donnait au Canada l'entrée dans la zone
sterling et dans la zone du dollar, et il ne tient à
abandonner ni l'une ni l'autre. Nous comptions sur nos ventes
à l'Angleterre pour obtenir assez de dollars pour payer
nos achats aux ÉtatsUnis. Jusqu'à la dernière
guerre, en vérité, nous allions tranquillement
de l'avant, presque sans nous douter que nous avions un déficit
envers les ÉtatsUnis.
Mais aujourd'hui le monde entier est à court de dollars
et les autres pays ne tiennent pas à dépenser
chez nous leur faible provision. Il devient nécessaire,
comme l'a dit un article de Saturday Night, d'accepter
le règlement de nos marchandises sous forme de marchandises
- « non pas dans le but d'équilibrer notre commerce
avec chaque pays, mais tout au moins pour que nos achats dans
les pays autres que les ÉtatsUnis compensent
à peu près nos ventes à ces pays dans
l'ensemble. »
Il s'est produit une crise quand nos réserves d'or
et de dollars des ÉtatsUnis ont baissé
de 1,508 millions de dollars des ÉtatsUnis en
1945 à 1,245 millions de dollars en 1946, et à
502 millions vers la fin de 1947. Grâce à des
mesures économiques sous forme d'embargos, de rationnements
et de restrictions de différentes sortes à l'importation,
le Canada s'est rétabli au point que nos réserves
se chiffraient à 998 millions de dollars au 31 décembre
1948 et à 1,065 millions de dollars au mois de mars.
Le mal est réparé pour le moment, mais l'idéal
pour l'avenir est le retour à la convertibilité
entre la livre sterling et le dollar. En attendant, le gouverneur
de la Banque du Canada a dit dans un discours à Vancouver
au mois de mars : « Nous devons tous, dans toute
la mesure de notre pouvoir, nous garder de penser en termes
de restrictions et de contractions, et aspirer au contraire
à la prospérité et au développement
qu'apportent l'entreprise et l'expansion. » Nous devons
chercher, atil ajouté, à encourager
autant que possible les importations des pays hors de la zone
du dollar.
Progrès accomplis
Il est évident que dans un monde imparfait il existe
des conflits inévitables entre les désirs des
particuliers et des nations, et la tâche de remettre
de l'ordre dans le monde paraît difficile. Mais on ne
devrait pas permettre aux obstacles de faire perdre de vue
le progrès qui a déjà été
accompli grâce à la persévérance.
Il faut que chaque pays oublie les préjugés
populaires qui attribuent aux habitants d'autres parties du
monde les malheurs de leur propre pays.
A. G. B. Fisher, dans son livre Economic SelfSufficiency,
compare les gens qui partagent des idées de ce genre
à un enfant qui est fermement convaincu que tout irait
bien si tout le monde se prêtait à ses moindres
désirs, et qui se fâche quand tout ne va pas
à son gré.
Nous ne pouvons pas attendre que les autres pays du monde
viennent chez nous. Il sera peut être nécessaire
que les importateurs canadiens, si souvent oubliés
dans notre économie, partent à la découverte
des marchandises qui peuvent se vendre au Canada. Cela contribuerait
beaucoup à la stabilité du Canada.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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Notre adresse électronique est rbcletter@rbc.com.
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