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Juin 1947 Le Quatre -
Vingtième Anniversaire du Canada
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Le présent Bulletin marque
le 80e anniversaire du Canada que nous célébrons
le 1er juillet, fête du Dominion.
D'autres bulletins ont eu pour sujet le gouvernement, notre
place dans l'empire britannique, nos relations avec les États-Unis
et divers aspects de notre vie économique et sociale.
Celui-ci est franchement un souhait de bonne fête à
un pays qui, quoique vieux comparé à la vie
humaine, est par contre jeune et vigoureux comparé
à d'autres nations, et ambitieux de jouer un rôle
utile parmi les démocraties éprises de liberté.
On ne saurait mieux commencer une histoire d'anniversaire
que par le passé. Point n'est besoin, en la circonstance,
de froncer nos sourcils en essayant de débrouiller
la trame des événements, car toute l'histoire
du Canada est tissée dans sa charpente d'aujourd'hui.
Le passé n'est pas monotone. Il était émouvant
à l'époque et suffisamment varié pour
plaire au plus difficile des historiens. Il abondait en frappants
contrastes, à la fois dans les mobiles d'exploration
et les méthodes de colonisation. De nombreuses nations
sont représentées parmi les pionniers qui explorèrent
les incroyables terres vierges du nouveau continent. Chaque
siècle offre un tableau riche en couleurs hardies,
et l'esprit audacieux de ces époques revit dans la
génération moderne des Canadiens. On dit que
le plus grand bienfait de l'hérédité
est de transmettre les vertus des ancêtres. Les nôtres
nous ont légué, en même temps que leurs
qualités pratiques, l'amour du bien et le désir
de jouir pleinement de la vie.
Quoique Jacques Cartier entreprit son premier voyage au
Canada en 1534, l'événement que nous célébrons
n'eut lieu que 333 ans plus tard. Ces trois siècles
furent marqués par les dures épreuves d'établissement
dans un pays auquel la vie en France et en Angleterre avait
mal préparé les colons. Outre les rigueurs du
climat et la solitude, il fallait affronter des clans hostiles,
des voisins belligérants, des barrières naturelles
et les incertitudes de la vie sous des souverains non seulement
séparés du pays par trois mille milles d'un
océan traversé lentement par des vaisseaux à
voile, mais peu au courant de ce qui se passait dans leurs
colonies. À mesure que les immigrants aventureux affluaient
au pays, les relations devinrent plus tendues, et finalement
le juge en chef Smith écrivit à Lord Dorchester
en 1790 : « Toute l'Amérique a été
abandonnée à la démocratie. »
Raison de la Confédération
En 1867, il devint évident à ceux qui composaient
les démocraties en marche qu'il fallait quelque chose
de plus que leurs colonies indépendantes et isolées.
La confédération offrait la solution de leurs
nombreuses difficultés politiques et économiques.
Un des principaux buts politiques était de créer
une nouvelle nation pour adapter le pays au changement de
régime et pour unir les provinces contre une attaque
possible de la part des voisins du Sud ; le but économique
était d'arriver à compter sur un grand nombre
d'industries au lieu de quelques-uns pour se suffire, et de
mitiger ainsi les effets des méthodes économiques
adoptées par la Grande-Bretagne et les États-Unis.
Grâce à des concessions mutuelles on espérait
préserver le loyalisme culturel et local et le faire
accorder avec la solidité et la solidarité politiques.
Il paraissait presque impossible de réunir des intérêts
si différents, mais les événements s'en
chargèrent. Il se produisit une crise dans les affaires
de chaque colonie au même moment, et la confédération
offrit l'espoir d'éviter de nombreux tracas. Les étourdis
s'embarquent à la légère dans de grandes
entreprises parce qu'ils n'en prévoient pas les difficultés,
mais les auteurs de la Confédération n'étaient
pas des étourdis. Ils savaient les soucis qu'apporterait
une fédération, mais ils jugèrent qu'elle
leur permettrait non seulement de sortir des infortunes du
moment mais que la collaboration offrait une meilleure chance
d'avenir.
L'union de deux états politiques en un seul est une
des plus difficiles parmi les tâches humaines et, dit
Arthur R. M. Lower dans « De Colonie à Nation » :
« La difficulté s'accroît pour ainsi dire
selon le carré du nombre des partis à unir.
Il a fallu des siècles pour unir l'Angleterre et l'Écosse,
encore plus de siècles pour faire l'unité de
l'Italie ou de l'Allemagne. Mais ici sur le continent du nord
de l'Amérique il s'est produit deux miracles politiques :treize
États américains se sont unis pacifiquement
pour former les États-Unis d'Amérique, et plus
tard trois provinces britanniques ont tout aussi pacifiquement
formé le Dominion du Canada. »
La situation en 1867
Le Canada de 1867 nous paraîtrait étrange.
Il n'avait rien de ce que nous trouvons naturel aujourd'hui,
pas de grandes usines, de grandes villes, de grandes routes,
d'automobiles, d'avions, de radios, et pas d'électricité.
Il n'avait que quelques milles de chemin de fer le long du
Saint-Laurent. Il avait environ 3,500,000 habitants, dont
80 pour cent vivaient dans les deux provinces du Haut et du
Bas-Canada. Les quatre cinquièmes des gens habitaient
la campagne ; Montréal avait environ 100,000 habitants
et c'était de beaucoup la plus grande ville. La culture
du sol et l'extraction de matières premières
des forêts et de la mer faisaient vivre un petit groupe
d'industries manufacturières et de métiers.
Ces industries étaient protégées de la
concurrence étrangère autant par l'isolement,
les avantages de matières premières à
bon marché et le manque de facilités de transport
que par un régime douanier dont le principal but, était
de procurer des revenus.
À cette époque également, les familles
suffisaient à leurs propres besoins, et elles y étaient
obligées par la nature des choses. Aujourd'hui, environ
40 pour cent des Canadiens sont employés à rendre
des services plutôt qu'à produire des marchandises,
tandis qu'en 1867 l'extraction et la transformation des produits
naturels occupaient la plus grande partie de la population
et que les services n'en employaient que 15 pour cent. Les
revenus matériels se bornaient principalement aux nécessités :
aliments, vêtements et logement. L'industrie manufacturière,
le peu qu'il y avait, était simple et décentralisée.
L'ouvrier pouvait à son gré s'en aller à
la campagne où il se suffisait à lui-même.
Cela permettait naturellement à l'économie de
s'adapter facilement aux fluctuations.
Mais la population s'accroissait et les gens éprouvaient
le désir de mener une vie plus large. L'expansion vers
l'ouest avait désappointé les deux Canadas.
Quant aux autres parties, le sommaire historique de la Commission
royale d'enquête sur les relations entre le Dominion
et les provinces remarque : « Les Provinces maritimes,
liées à une industrie mourante, étaient
encore plus malheureuses, même si elles ne s'en rendaient
pas compte. La petite colonie de la rivière Rouge commençait
à marcher toute seule, mais elle menaçait de
tomber dans les bras des États-Unis. La découverte
de l'or sur la côte du Pacifique avait favorisé
l'établissement de quelques bonnes entreprises, mais
son déclin avait laissé une petite population
grevée d'une lourde dette. »
Naturellement, l'Acte de l'Amérique britannique du
Nord établissant la confédération ne
suffit pas à lui seul à aplanir toutes les difficultés
politiques ou économiques. Mais il fournit cependant
le cadre dans lequel nous cherchons encore à maintenir
l'équilibre entre le loyalisme et l'intérêt,
les besoins et les moyens de les satisfaire, qu'un bon système
fédéral demande.
Les résultats de 80 ans
On ne saurait répéter trop souvent que les
nouvelles situations exigent des mesures nouvelles, mais quelques
exemples ne seront peut-être pas de trop. Les anciens
chiffres sont fournis par l'Annuaire et Almanach du Canada
pour 1868, tandis que les derniers sont tirés de rapports
périodiques tels que le Commerce du Canada, les recettes
et dépenses d'exploitation et statistiques des chemins
de fer du Canada, et les états des banques à
charte.
Il y avait des optimistes au temps de la Confédération,
comme le prouve le chapitre sur la population de l'Annuaire
de 1868 qui dit : « Il est permis de calculer que,
selon toutes probabilités, le taux d'accroissement
de la population de toute l'Amérique britannique sera
aussi rapide au cours des cinquante années prochaines
qu'il l'a été ces derniers dix ans, et cela
nous donne... 42,589,000 habitants en 1941 ». Notre recensement
de cette année-là indique qu'il s'en est fallu
de 31 millions.
Malgré cela, de grandes sections de notre économie
ont réalisé des progrès qui auraient
satisfait ceux qui reposaient tant d'espoir sur la confédération.
Les chemins de fer ont 42,546 milles de voie au lieu de 2,495
et leurs recettes brutes sont de $711,500,000 au lieu de $11,500,000.
Les exportations au cours de l'année terminée
un jour avant la confédération en 1867 avait
atteint un chiffre dont le nouveau Dominion était fier :
$45,070,219. Pendant l'année civile de 1946 elles se
sont élevées à $2,312,215,301. Les importations
respectives de ces deux années étaient de $59,044,982
et $1,927,279,402. Les affaires financières ont également
augmenté considérablement. L'ancien Annuaire
dit que la Merchants' Bank d'Halifax, qui est devenue plus
tard la Banque Royale du Canada, avait $100,000 de dépôts ;
le dernier état annuel indique un total de $1,963,103,952.
L'index de l'Annuaire de 1868 ne contient pas de chapitre
« Agriculture » ou « Exploitation agricole »,
mais ces sujets occupent autant de pages dans l'Annuaire de
1946 qu'il y a de pages en tout dans celui de 1868. Un tableau
de 1868 indique qu'il y avait entre 321,000 et 450,000 cultivateurs
en Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick, Québec
et Ontario. En 1941, ces quatre provinces avaient une population
agricole de 1,850,696, et le nombre de cultivateurs dans tout
le Canada s'élevait à 3,152,449.
À tous ces changements, dont chacun signifiait un
nouveau milieu pour les habitants, ajoutez les progrès
industriels et la spécialisation que comporte l'installation
de machines de plus en plus compliquées, et il est
clair pourquoi, à l'âge de 80 ans, le Canada
n'est plus le même qu'à la date de la confédération.
Il est clair également que nous nous montrerions trop
sévères en critiquant les auteurs de la Confédération
de n'avoir pas prévu tous ces changements.
Exploits et découvertes
Ce serait une erreur de s'en tenir au nombre et à
la masse en jugeant la croissance ou les progrès d'une
nation. Les individus sont importants par leur exemple, leur
initiative et leur imagination - qualités qui n'appartiennent
pas aux foules. L'excellente brochure « En avant Canada »
préparée et distribuée par la Northern
Electric Company Ltd., contient douze récits d'exploits
et de découvertes qui ont, dit P. F. Sise, « changé
notre mode de vie. » M. Sise, président de la
Northern Electric et administrateur de la Banque Royale du
Canada, ajoute dans sa préface : « En tant
que Canadiens, nous devons beaucoup aux grands Canadiens qui
nous ont précédés, et leurs exemples
nous servent d'inspiration pour l'avenir. »
À la tête de la liste nous trouvons l'exploit
maritime du Royal William qui partit de Pictou le 18 août
1833 et qui fut le premier navire à vapeur à
faire la traversée de l'Atlantique. Tom Willson fabriqua
la première lampe électrique à Hamilton,
Ontario, et découvrit ensuite qu'on pouvait manufacturer
du carbure de calcium dans un four électrique, et prépara
ainsi la voie à l'emploi général de l'acétylène
dans l'industrie. Neuf ans après la confédération,
Alexander Graham Bell fit le premier appel téléphonique
à longue distance de Brantford à Paris, Ontario,
et le message était tiré du soliloque d'Hamlet :
« Être ou ne pas être. » En 1882, John
Wright de Toronto alla chez Edison et rapporta une locomotive
électrique primitive. Ses essais donnèrent naissance
à la perche de trolley qui fournit la solution à
un problème de 50 ans et rendit pratique l'emploi des
tramways électriques. Robert Foulis de Saint-Jean,
N.-B., inventa la sirène à vapeur ; le
Dr William Saunders et son fils, le Dr Charles Saunders produisirent
le blé Marquis, qui permit de cultiver le blé
dans de nouveaux parages. Le professeur John Cunningham McLennan
trouva le moyen d'extraire l'hélium du gaz naturel
au moment où la Grande-Bretagne en avait besoin pour
les ballons et les dirigeables. Les hôpitaux d'avant-poste
de la Croix-Rouge subviennent aux besoins des territoires
isolés ; l'insuline a été découverte
par le Dr Frederick Banting qui commença ses recherches
à London, Ontario, en 1920 ; la chalicose, qui
faisait de si grands ravages parmi les mineurs, a été
vaincue par l'Institut Banting en collaboration avec l'Association
Minière de l'Ontario ; le microscope électronique,
qui rend un cheveu de la grosseur d'un poteau télégraphique,
a été construit par trois hommes, le professeur
Burton, James Hillier et Albert Prebus, au bout de 2 ans de
travail acharné. Le dernier exploit de « En avant
Canada » est celui du patrouilleur Saint-Roch de la Gendarmerie
à cheval, commandé par le sergent Henry Larsen,
qui, parti de l'ouest en juin 1939, pratiqua en deux ans le
passage du Nord-Ouest - pour la première fois au monde.
Il n'y a probablement pas de personnage au Canada qui soit
un meilleur trait d'union entre le passé et le présent
que Mme George Black, pionnière du Yukon, membre de
la ruée à l'or en '98, autorité sur la
flore du Nord et deuxième femme élue membre
de la Chambre des communes. Son premier souvenir est celui
du gros incendie de Chicago quand elle avait 5 ans. Elle traversa
le Col de Chilkoot avec les chercheurs d'or, prit maison à
Dawson, et prospéra avec le pays. En 1935 elle remplaça
son mari comme député du Yukon, et dans son
discours de début à la Chambre exprima sa sympathie
à la reine Mary à l'occasion du décès
de George V. Elle allait avoir 70 ans dans deux semaines.
Son livre « Mes soixante-dix ans », publié
en 1938 est un récit émouvant de la conquête
du nord du Canada par les pionniers.
Mépris des obstacles
C'est grâce à l'ambition soutenue par une énergie
de ce genre que le Canada de 1867 est devenu ce qu'il est
aujourd'hui. Il s'est développé malgré
les obstacles qui auraient pu vaincre ou décourager
des gens plus faibles. Notre pays est divisé par des
barrières naturelles, des montagnes et des lacs, et
limité par des rochers et des toundras. Même
aujourd'hui, nous nous établissons encore le long de
la frontière sud, et ce n'est que dans les Prairies
qu'il y a des villes importantes à plus de 100 milles
au nord des États-Unis. Nos divisions géographiques
sont si grandes que même dans chacune on trouve des
gens de type distinct, et des manières différentes
de vivre. Au moment de la confédération, on
parlait des « deux Canadas » ; aujourd'hui
nous en avons six - les Provinces maritimes, la vallée
du Saint-Laurent et la partie basse des lacs, le bouclier
canadien, les Prairies, le versant du Pacifique et le Yukon,
et les territoires du Nord. Séparées par des
milles de montagnes, de forêts, de lacs et d'énormes
rivières, ces divisions participent chacune d'une manière
spéciale et nécessaire à la prospérité
du Dominion.
Au début, et de fait jusqu'à une époque
pas si éloignée, la France, la Grande-Bretagne
et les États-Unis semblaient enclins à ne considérer
le Canada que comme une source de matières premières,
principalement de fourrures, bois, blé, minéraux
et, plus récemment, de pulpe de bois. Nous avons d'abondantes
ressources : notre problème consiste à
en faire usage de notre mieux dans l'intérêt
de notre peuple. Ce problème en entraîne un autre
d'envergure mondiale. Nous vivons au milieu de nations qui
sont passionnément réalistes. Nous devons songer
à notre prospérité interne, non seulement
du point de vue de notre propre peuple, mais aux yeux des
autres. M. Churchill et M. Roosevelt ont résumé
le problème dans le paragraphe de la Charte de l'Atlantique
qui dit : « pour permettre à tous les États,
grands ou petits, vainqueurs ou vaincus, l'accès, aux
mêmes conditions, au commerce et aux matières
premières du monde dont ils ont besoin pour leur prospérité
économique. »
Le problème du Canada, en ce qui concerne les ressources
n'est pas de les obtenir, mais de les mettre en valeur et
d'en disposer d'une manière équitable et judicieuse.
Nous ne connaissons pas encore toute la capacité économique
de notre pays, mais nous savons que le Canada est richement
doté. Tout le monde sait que nous pouvons produire
d'énormes quantités de blé. Au cours
des cinq dernières années la moyenne de nos
exportations et de nos réserves a été
de 633 millions de boisseaux par an. Le monde entier a entendu
parler de nos trésors de nickel, d'or, d'argent, d'amiante,
de radium et de vingtaines d'autres minéraux essentiels
à l'industrie moderne. Nos forêts ne sont surpassées
que par celles de deux autres pays. Nous avons les plus grandes
pêcheries du monde. Nous sommes les plus gros producteurs
de papier de journal, de platine, d'amiante, de nickel et
de radium. Nous tenons le second rang sous le rapport de l'aluminium,
la pulpe de bois et l'énergie hydroélectrique ;
et le troisième sous celui du cuivre, du plomb et du
zinc. Et pourtant, et c'est là le malheur, nous n'avons
que la cent soixante-quinzième partie (1/175) de la
population du monde.
Au problème d'employer de notre mieux nos matières
premières vient s'ajouter celui de maintenir le rendement
industriel. La capacité manufacturière du Canada
a doublé pendant la dernière guerre à
mesure que les manufacturiers construisaient de nouvelles
usines, perfectionnaient de nouveaux procédés,
inventaient de nouveaux produits, et construisaient même
de nouvelles collectivités.
Nouveaux horizons
Il y a 80 ans notre problème consistait à
arracher à la nature vierge suffisamment de quoi manger,
nous habiller et nous loger pour entretenir la vie dans un
état précaire et dans des circonstances difficiles.
Aujourd'hui la grande question est de trouver chez nous l'emploi
de tous les produits sortant des usines qui fabriquaient auparavant
du matériel de guerre, ou d'en disposer à l'étranger.
Cela est nécessaire si nous ne voulons pas que notre
niveau d'existence en souffre. Cela est également nécessaire
si nous ne voulons pas que d'autres pays, une fois revenus
à l'état normal, deviennent jaloux de nos richesses
naturelles. Nous cherchons le moyen d'employer économiquement
nos ressources en les mettant à la disposition des
pays qui en ont besoin.
Nos idées géographiques ont évolué.
Nos voisins ne sont plus les gens du comté adjacent
ou d'une autre province, mais ceux qui habitent les continents
de l'autre côté de la terre. Chaque jour des
milliers sur milliers de transactions passent à travers
le service étranger de cette banque comme résultat
des affaires que les Canadiens font en Australie, en Afrique,
en Asie, en Europe et dans les Amériques.
Dans la mesure où les événements du
dernier quart de siècle nous ont ouvert les yeux sur
des perspectives lointaines, le Canada a pris rang parmi les
nations qui ont acquis du prestige. Quand la paix deviendra
réelle, notre Dominion sera au centre des voies aériennes
internationales qui formeront le réseau des relations
commerciales. Nous ne sommes plus à l'extrémité
septentrionale des continents américains, mais nous
occupons une situation centrale par rapport aux terres de
l'hémisphère nord et nous sommes au centre des
communications entre les grandes puissances de l'Europe, de
l'Amérique et de l'Asie.
Il incombe au Canada, comme à tous les autres pays,
de s'adapter aux nouvelles conditions. Mais pour cette adaptation,
nous avons des moyens et des qualités qui, si nous
savons nous en servir, nous donneront de grands avantages
dans la tâche de rendre le monde meilleur.
Le Canada tient une place entre les grandes et les petites
puissances - pas assez peuplé pour être une menace
à n'importe quelle nation même s'il avait des
intentions belliqueuses, mais trop avancé sous le rapport
de l'industrie et du commerce pour compter comme une petite
nation. Notre puissance militaire est faible, mais notre puissance
économique - non seulement du fait de nos ressources
économiques mais parce que nous savons également
les préparer et les transformer - nous donne droit
à une place importante dans les affaires mondiales.
Le canadianisme, qui est né avant la confédération,
mais que cette union a lancé définitivement
dans la bonne voie, n'est pas un instrument à dédaigner
dans la tâche qui nous incombe. Comme l'a dit J. B.
Brebner dans son allocution présidentielle à
l'Association historique du Canada en 1940 : Le canadianisme...
est le résultat de plus de trois siècles de
lutte victorieuse contre un milieu réfractaire, de
plus d'un siècle d'heureuse adaptation politique et
d'imagination originale, et d'une sorte de modération
qui, comme l'histoire l'a démontré, est capable
d'être transformée par l'adversité en
volonté opiniâtre et indomptable. » Au cours
des ans, notre pays a, non sans une certaine mesure de succès,
uni une culture anglo-saxonne et une culture latine, trouvé
le milieu entre les vues de la Grande-Bretagne et celles des
États-Unis, établi la réputation de rechercher
la paix, et donné le bon exemple sous ce rapport en
pratiquant la collaboration avec son voisin.
Nous faisons preuve de prudence et de délibération
en abordant les changements politiques, sociaux ou culturels,
ce qui sert à protéger les Canadiens des emballements
et des manies assez longtemps, comme le dit M. Brebner, « pour
permettre à la Grande-Bretagne ou aux États-Unis
d'en démontrer l'inanité. »
Perspectives d'avenir
Les prédictions concernant l'avenir, surtout dans
l'enthousiasme d'une fête d'anniversaire, doivent s'entourer
des réserves nécessaires. L'expansion d'un pays
ne marche pas avec la régularité d'une montre.
Les affaires nationales n'obéissent pas à des
lois universelles. Il y a trop de variantes, trop d'événements
imprévus, trop d'influences extérieures sur
lesquelles le pays ne peut rien. Mais il n'est pas défendu
de chercher à deviner ce qui pourrait arriver.
Comme on vient de le voir, le Canada a fait de merveilleux
progrès dans les 80 ans de fédération,
et a une aussi bonne chance d'en faire autant au cours des
80 années prochaines. Il a renversé des barrières
de géographie, de climat, de philosophie et de coutumes
pour arriver au point où il en est : aujourd'hui
il est au premier rang des pays qui s'efforcent de vaincre
les préjugés, l'égoïsme et l'insularité,
pour permettre au rétablissement et à la stabilité
économiques de marcher de pair avec la paix politique.
Notre pays, parmi tous les pays du monde, a une bonne chance
de voir ses efforts couronnés de succès, et
plus que n'importe quel autre pays du monde il offre à
tous des chances de succès : non seulement à
cause des ressources naturelles dont nous sommes si enclins
à nous vanter, mais parce que chez nous, mieux que
partout ailleurs, on peut mener une vie sensée et tenant
le juste milieu qui permet à chacun de mettre en valeur
les dons, de la nature - et les siens.
Il ne suffit pas, à l'occasion de ce 80e anniversaire,
de regarder le passé comme un spectacle qui mérite
des applaudissements et procure de la satisfaction. À
mesure que la procession des années défile sous
nos yeux le 1er juillet, chaque année couronnée
de lauriers en signe de gloire, et d'un chapelet de romarin
comme souvenir, il ne faut pas oublier que 1947 prendra sa
place dans la cavalcade. Faisons donc en sorte que cette année-ci
et les suivantes soient dignes de leurs aînées.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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