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Juillet 2004
La citoyenneté canadienne aujourd'hui
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Les
Canadiens ont raison d'être fiers et de regarder l'avenir
avec espoir. Nous pouvons être fiers d'avoir bâti
une nation unie et prospère malgré les vastes
distances qui nous séparent et un climat implacable.
Mais nous devrions être encore plus fiers de vivre depuis
si longtemps et sans interruption sous un régime constitutionnel
et sous le règne de la loi. C'est une longue tradition.
Nous pensons que le Canada est un pays jeune, mais à
137 ans, notre fédération est une doyenne et
seule une petite poignée de régimes sont plus
anciens qu'elle. Et nous pouvons être fiers, aussi,
que des Canadiens aient lutté et versé leur
sang pour protéger nos libertés et les libertés
des autres pays.
Être Canadien, ce n'est pas être citoyen d'un
pays quelconque. Pour paraphraser l'historien Frank Underhill,
nous sommes une nation parce que nous avons fait de grandes
choses ensemble et aussi parce que nous espérons faire
ensemble de grandes choses à l'avenir. Si nous pouvons
regarder l'avenir avec espoir, c'est parce que la démocratie
canadienne s'est épanouie en se renouvelant sans cesse
et en devenant plus diversifiée à mesure qu'un
assemblage de colonies se transformaient en un pays. Et ce
pays se distingue par la diversité de ses cultures
et le pluralisme de ses traditions politiques, qui en font
peut-être un pays unique au monde.
Le mot clé ici est « renouvellement », parce
que si le régime canadien de 2004 s'appuie sur une
longue tradition, c'est aussi un projet en constante évolution,
un pays qui fait face à de grands changements sociaux.
Depuis la publication du Bulletin de la Banque Royale en 1967,
la vie publique canadienne a été transformée
par deux tendances, parfois contradictoires, parfois convergentes
: la progression des droits de la personne et la quête
identitaire des groupes, qui aspirent aussi à la reconnaissance.
Que l'humanité de l'homme et de la femme leur donne
des droits inaliénables n'est pas une idée nouvelle.
Mais, cette idée a pris toute sa valeur, tout son sens
dans la deuxième moitié du XXe siècle.
Les gouvernements sont de plus en plus souvent jugés
sur leur respect ou non respect de ces droits. Les Canadiens
ont toujours pensé que ces droits n'étaient
pas inhérents mais qu'ils leur étaient accordés
par leur constitution et que le Parlement et les tribunaux
en étaient les garants. Mais ces droits étant
mal définis, le rôle de ces deux protecteurs
n'était pas particulièrement satisfaisant. L'adoption
de la Charte canadienne des droits et libertés, en
1982, a révolutionné nos droits et depuis, la
Charte a, à elle seule, autant contribué à
changer la société canadienne que tout autre
force. Faire respecter la Charte est la responsabilité
des tribunaux et ils ont souvent passé des jugements
qui accroissent les droits de nouveaux groupes et les étendent
à de nouvelles situations. Ils ont ainsi considérablement
aidé des groupes - qui pendant le premier siècle
de notre existence en tant que nation étaient maintenus
aux confins de la société - à exiger
leur place sous le soleil canadien. Les femmes et les Autochtones
du Canada ont porté avec détermination leurs
revendications sur la scène nationale. Encouragés
par leur succès, de nombreux autres groupes sont devenus
plus visibles et se font de plus en plus entendre. Beaucoup
ont réalisé des gains importants en obtenant
reconnaissance sociale, respect, protection de la loi, réparations
ou excuses, suivant leurs objectifs.
D'une certaine manière, cette réussite est
la version canadienne d'une plus grande tendance qui se dessine
dans le monde. C'est le besoin profond qu'éprouvent
les êtres humains à définir et à
défendre l'identité de leur groupe dans un monde
de plus en plus homogène. On a cru dans le passé
que la prospérité plus largement répandue
et l'augmentation des échanges commerciaux et culturels
et du tourisme éroderait les différences entre
les diverses communautés humaines, quelle que soit
la manière dont on les définit - nationales,
ethniques ou religieuses - et que le rêve de vivre dans
un monde plus tolérant, plus humain, se rapprochait.
La réalité prouve, cependant, que si les différences
mesurables ont peut-être en effet diminué, le
besoin impérieux que ressent l'être humain d'affirmer
son identité spécifique n'a pas disparu. La
revendication identitaire s'est même accrue dans certains
cas. Nous en avons un exemple magistral ici au Canada. Les
différences mesurables entre les populations francophones
et anglophones n'ont jamais été aussi ténues
qu'en 2004, et pourtant l'affirmation identitaire des Québécois
est toujours aussi forte. Dans un pays aussi pluraliste que
le Canada, cette quête identitaire - et le désir
que cette identité spécifique soit publiquement
reconnue - a de profondes implications sur le sens de notre
citoyenneté. Trouver un juste équilibre entre
les droits des groupes et les droits individuels, telle sera
la mission des tribunaux et des parlements dans les années
à venir.

En 1967, les Canadiens croyaient vivre dans une société
diversifiée, et elle l'était à bien des
égards ; mais ils avaient toujours tendance à
voir le Canada au travers de la vieille division francophones-anglophones.
Cette perception de leur monde n'est pas dépassée,
mais elle est tellement inadéquate pour décrire
le Canada d'aujourd'hui, qu'elle en est presque risible. Les
immigrants qui, année après année, arrivent
des quatre coins du monde, ont fait du Canada, et de nos trois
grandes villes, une des sociétés les plus diversifiées
qui aient jamais existé dans le monde. La transformation
est étonnante pour quelqu'un qui se rappelle comment
était le Canada au temps de Mackenzie King. Toronto,
cette ville jadis considérée comme l'essence
du monde anglo-saxon, est aujourd'hui majoritairement peuplée
d'étrangers.
Mais ce qui est peut-être le plus remarquable, c'est
le calme, voire l'enthousiasme avec lequel les Canadiens ont
accepté ce changement. Certes, des incidents raciaux
continuent de se produire et ne doivent absolument pas être
minimisés, mais nous ne devons pas laisser les grands
titres masquer la réalité. Les Canadiens ont
compris que la pluralité des talents, des idées
et des opinions étaient source d'originalité,
de vigueur et de progrès. Nous tenons nos libertés
fondamentales, notre mode de vie démocratique, nos
arts, notre littérature et notre musique de la pluralité
de nos origines. Mieux encore, nous avons hérité
d'un esprit de pionnier qui pousse à relever les défis,
à explorer, à innover. Nous avons réuni
au Canada des esprits aventureux et créateurs et, avec
eux, nous faisons reculer les frontières scientifiques,
culturelles et spirituelles.
Le défi auquel les Canadiens sont confrontés
est une nouvelle forme de tension entre les droits individuels
et les droits des groupes. Nous devons comprendre le vrai
sens du mot citoyenneté dans une nation qui abrite
tant de cultures et d'identités diverses. Si la citoyenneté
n'est pas la manifestation des valeurs et des croyances que
partagent ses citoyens, ce n'est qu'une formule vide, un ensemble
de droits reconnus par des lois et rien d'autre. Aujourd'hui,
deux valeurs, peut-être, sont perçues comme primordiales
pour l'identité canadienne. La première, la
démocratie dans son sens le plus large ; la deuxième,
l'acceptation de la responsabilité de notre avenir
commun
« Démocratie » - peu de mots sont aussi
lourds de sens. Ce mot a eu un sens pour les Athéniens
qui l'ont inventé et un autre pour les Pères
de la Constitution américaine. On l'a invoqué
dans les temps modernes pour justifier toutes les politiques
imaginables. Personne n'est contre. Les régimes les
plus despotiques se présentent comme la République
démocratique de
Personne ne peut la décrire
et quiconque s'y essaie se retrouve dans la situation de l'aveugle
qui tente de décrire un éléphant - mais
il faut néanmoins s'efforcer de le faire.
Une démocratie idéale est un monde où
chaque homme, chaque femme peut trouver dans la société
la place qui convient à ses aspirations et à
ses capacités. C'est un pays où le citoyen ordinaire,
aussi humble soit-il, a des chances d'améliorer son
sort. Une démocratie crée un environnement qui
permet aux personnes ordinaires de mettre en valeur leurs
dons extraordinaires - et aux personnes extraordinaires de
donner toute la mesure de leurs dons. La démocratie
canadienne - est-ce dû à l'immensité de
notre pays ? - donne en particulier beaucoup de place à
chacun pour s'épanouir. Dans ce pays, chaque homme
et chaque femme peut trouver sa place, quelles que soient
ses aspirations et ses capacités.
Et si c'est ça le but de la démocratie, cela
ne s'obtient pas simplement par des lois. La démocratie
est essentiellement un état d'esprit. C'est un comportement
qui s'apprend, comme les bonnes manières ou la danse.
Le sens de la démocratie s'acquiert en étudiant
ou en travaillant avec des gens qui font ou disent des choses
nouvelles pour nous et en écoutant avec un esprit ouvert
ceux qui remettent en question ce que nous tenons pour acquis.
Une véritable démocratie assure en fait certaines
libertés clairement définies : de parole, d'expression,
de réunion, de la presse, de métier, de propriété,
de résidence, de circulation, de religion, d'opinion
politique, d'association et le droit d'être protégé
contre l'arrestation arbitraire. Toutes ces libertés
sont importantes, mais toutes risquent de n'être que
des mots vides si les citoyens qui en jouissent ne sont pas
prêts à prendre l'initiative et la responsabilité
de leur donner tout leur sens et d'accepter les limites qu'elles
imposent.
Les citoyens d'une démocratie doivent être prêts
à restreindre leurs actions s'ils ne veulent pas que
l'état le fasse pour eux. La démocratie est
un mode de vie dans lequel les individus gouvernent par la
négociation et le compromis. Dans une foule, chacun
doit céder le pas, rentrer ses coudes, reculer ou avancer
pour s'intégrer au flot. De même, vous n'avez
pas besoin d'avoir la même couleur ou religion que votre
voisine, mais vous devez tous deux avoir les mêmes idées
sur la citoyenneté. Les citoyens doivent respecter
l'esprit des institutions d'une démocratie, même
s'ils discutent la lettre des lois ou rejettent leur application.
Le vrai test de notre attachement à la démocratie
est son objectif ultime : la liberté, pour nous et
pour les autres. La liberté est constamment redéfinie,
chaque fois que l'individu s'aperçoit que les lois,
les coutumes, les origines, la pauvreté, les handicaps
physiques et un mauvais état de santé la restreignent.
Et c'est en partie pour cela que la démocratie canadienne
n'est pas statique, mais en constante évolution. Dans
la pratique, cela signifie deux choses : il faut être
ouvert aux nouvelles idées tout en préservant
ce qu'il y a de meilleur dans notre tradition politique.
Ceux qui traversent la vie avec des opinions toutes faites
et immuables sur tout mènent une existence bien triste.
Ils ne connaissent pas la joie d'explorer, la stimulation
qui vient de la discussion et la jouissance de découvrir
quelque chose de nouveau. Mais l'expérience ne s'acquiert
pas sans douleur. C'est se complaire dans des rêves
d'adolescent que de s'imaginer que la vie sera toujours douce,
un chemin de roses et de lys où tous nos vux
deviendront réalité. Le médecin doit
étudier la maladie pour donner la santé, le
musicien, la dissonance pour créer l'harmonie. Le citoyen,
lui doit connaître les maux de la société
pour bâtir une nation saine. Il est normal que les gens
ne soient pas d'accord, sinon à quoi bon avoir une
démocratie. Cependant, ne pas être d'accord par
ignorance est déplorable, s'opposer par manque d'intérêt,
est un manque de civisme. La construction d'un avenir commun
met en contact des Canadiens aux opinions très opposées.
Il faut écouter chacun avec un esprit ouvert. Les Canadiens
doivent aller bien au-delà de la tolérance pour
chercher avec détermination les meilleures idées
et les mettre en pratique, d'où qu'elles viennent.
Pour construire un Canada où tout le monde aura sa
place, il faut utiliser tous les matériaux.
Mais en même temps, nous ne devons jamais oublier que
nous n'avons pas bâti notre démocratie à
partir de rien. Elle est le fruit de plusieurs siècles
de régimes constitutionnels dans le monde occidental.
Nous sommes les héritiers d'un savoir-faire inestimable
pour façonner des sociétés libres. Nous
sommes les débiteurs de beaucoup, beaucoup de personnes
qui ont risqué leurs vies et leurs biens pour défendre
et étendre le règne du droit. Bref, si nous
sommes libres aujourd'hui, c'est parce que nous nous appuyons
sur les personnes libres qui ont vécu avant nous. Rien
ne pourra jamais remplacer cet héritage. Ce serait
une tragédie si des Canadiens bien intentionnés,
qui cherchent peut-être trop à intégrer
tout et tout le monde, consentaient à sa dilution ou
à son abandon.

Dans le passé, la citoyenneté accordait un
statut privilégié. En disant « Je suis
citoyen de Rome », le Romain proclamait qu'il avait des
droits bien définis. Aujourd'hui encore, être
citoyen confère des avantages. La citoyenneté
canadienne donne le droit de voter pour les paliers de gouvernement
les plus élevés et donc d'influer sur l'avenir
du pays. Elle donne le droit d'avoir un passeport, et donc
la liberté de voyager et d'être protéger
par l'État canadien. Et elle est héréditaire
- un privilège souvent sous-évalué. Dans
notre société, c'est le seul statut (sauf pour
les Autochtones) à bénéficier de ce privilège.
Une personne qui obtient le statut de citoyen transmet ce
privilège à ses enfants. Plus important encore,
peut-être, la citoyenneté aide le nouveau citoyen
à se définir. La citoyenneté, et seulement
la citoyenneté fait d'une personne un membre à
part entière de la société canadienne
; c'est un pas important vers l'émergence d'un sentiment
d'appartenance et d'une identité spécifiquement
canadienne.
Qui dit privilège, dit responsabilité - un
cliché certes, mais une vérité fondamentale
- la responsabilité de remplir un rôle social
utile. Démocratie égale responsabilité,
mais aussi possibilités. Chacun doit absolument faire
des efforts pour que la démocratie se maintienne et
progresse. On ne peut voter pour la démocratie puis
rentrer chez soi et l'oublier. La démocratie doit être
défendue par chaque citoyen afin de créer le
cadre moral et spirituel dans lequel le gouvernement doit
opérer. L'opinion publique doit aider, encourager et
parfois contraindre les représentants élus à
instaurer les conditions qui permettront à chacun de
se bâtir une vie qui le rendra heureux. La démocratie
n'est pas menacée par la corruption des élus,
mais par le cynisme de l'électorat qui ferme les yeux
sur cette corruption. La seule et vraie protection des droits
de la personne, ce n'est pas la Charte ni un autre document
officiel, mais les citoyens, les citoyens qui comprennent
leurs droits, qui sont déterminés à les
protéger et qui ont conscience aussi que toute injustice
envers l'un d'entre eux est une injustice envers tous.
La définition de la responsabilité d'un citoyen
canadien peut prendre bien des formes, ce qui est naturel
dans une société aussi pluraliste, mais on peut
citer un groupe de caractéristiques largement partagées.
Lorsque nous disons de quelqu'un qu'il est un « bon citoyen
», nous ne voulons pas dire en général
qu'il vote ou connaît la Charte par cur. Nous
voulons dire que cette personne est un membre actif de la
société civile et des institutions gouvernementales
officielles. Les bons citoyens sont de bons voisins. Membres
à part entière de leur collectivité,
ils prennent en considération les sentiments et les
besoins des autres. Ils appuient leurs institutions et traitent
les individus d'une autre religion ou d'une autre race avec
la considération et le respect qu'ils s'attendent à
recevoir. Ils trouvent du temps et font un certain effort
pour aider leurs voisins à améliorer la qualité
de vie dans leur collectivité. Ils aident activement
leurs voisins à faire en sorte que le gouvernement
de cette collectivité fonctionne mieux.
S'ils ont des enfants, les bons citoyens leur apprennent
à vivre en bonne entente avec les autres, les encouragent
à se donner une bonne éducation et à
assumer peu à peu la responsabilité de leurs
actes à mesure qu'ils grandissent. Ils guident et orientent
leurs enfants, partagent avec sympathie les hauts et les bas
de l'adolescence et crée un terrain propice à
l'enracinement des jeunes dans la société. Leurs
enfants, guidés par des principes, seront ouverts aux
idées nouvelles mais ne se laisseront pas endoctriner
par toutes les idéologies qu'ils rencontreront en chemin.
Enfin, un bon citoyen comprend les grands problèmes
qui se dressent devant ses représentants au niveau
municipal, provincial et fédéral. Il étudie
ces problèmes, en discute et se base sur la connaissance
qu'il en a pour voter. Il s'agit là d'un devoir impérieux,
car il ne saurait y avoir de démocratie vigoureuse
sans un électorat bien informé.
Il est donc évident que devenir citoyen du Canada
n'est pas qu'une simple formalité. C'est fondamentalement
accepter une responsabilité. Chaque citoyen est moralement
tenu de faire de son mieux pour s'occuper non seulement de
lui-même et de sa famille mais aussi de la société.
La citoyenneté n'est pas pour les esprits passifs.
Le spectateur solitaire qui, à l'écart, regarde
la parade passer en faisant des commentaires, en émettant
des conjectures, en critiquant et en se disant que le spectacle
pourrait être bien meilleur n'est pas un bon citoyen,
car être un citoyen c'est participer, s'impliquer, contribuer.
Un être humain qui s'isole de la société
ne peut avoir le sentiment d'être important dans la
vie. En grec, le mot « idiot » désignait
initialement non pas une personne qui a des difficultés
mentales, mais un citoyen qui refuse de participer à
la vie de la cité. Périclès, un homme
d'État athénien du Ve siècle av. J.-C.,
a dit « Nous ne laissons pas notre absorption dans nos
affaires personnelles nous empêcher de participer aux
affaires de la cité. »

Certains suggèrent parfois - et plus récemment
le Professeur Jennifer Welsh, lors d'une conférence
à la Hart House en 2004 - que la société
démocratique et pluraliste du Canada pourrait être
un modèle pour l'humanité en ces temps de mondialisation
accélérée, alors que plus de 3 000 groupes
ethniques doivent se trouver une place dans 190 pays. Bien
des Canadiens trouvent cette idée séduisante,
mais elle dissimule quelques pièges. Pour être
accepté comme modèle, il faut du tact, de l'intelligence
émotionnelle, être prêt à écouter
et à s'engager pour très longtemps. Nous ne
devons pas nous attendre à être accueillis à
bras ouverts ni à ce que nos bonnes intentions soient
évidentes pour tous. Nous ne devons pas croire non
plus que cet exercice ne nous coûtera rien. Si nous
voulons offrir plus que des bons conseils - et les conseillers
ne manquent pas dans le monde - nous devons être prêts
à fournir des conseillers, des observateurs pour surveiller
les élections, des forces de maintien de la paix et
des médiateurs. Il y aura des dangers et des coûts
associés à l'exercice. Paradoxalement, nous
réussirons probablement beaucoup mieux comme modèle
si ce n'est pas notre objectif principal. Faisons ce que nous
avons à faire, faisons-le suprêmement bien, et
laissons le monde tirer ses propres conclusions.
L'heure est venue d'étudier le passé du Canada
et de découvrir que notre citoyenneté a aujourd'hui
un sens plus profond qu'il n'en a jamais eu dans le passé.
L'intérêt qui se manifeste depuis un certain
temps pour l'histoire du Canada est un signe extrêmement
encourageant pour l'avenir, car comment nous connaître
nous-mêmes si nous ne connaissons pas notre histoire.
Certains ont défini les nations comme « des communautés
imaginaires ». Le Canada est donc à la fois ce
que chaque citoyen croit qu'il est et la somme de ce que tous
les citoyens croient collectivement. Son avenir dépendra
de la contribution individuelle de chaque citoyen et de la
somme des efforts collectifs. Et répétons-le,
citoyenneté et responsabilité sont indissociables.
La citoyenneté quand elle est vécue pleinement
donne une orientation à la vie. Notre état de
citoyen nous incite à participer avec plaisir et à
contribuer à une société où tous
ses membres avancent ensemble à la recherche d'une
meilleure vie. Bien sûr, certains diront « Tout
cela est idéaliste : les choses ne sont pas si simples
». Construire une nation ne sera certainement pas simple.
Le Canada n'est pas simple. Néanmoins, une société
démocratique recèle des possibilités
infinies d'espoir et de renouvellement. Le Canada sera aussi
démocratique que le voudront ses citoyens et la citoyenneté
peut être quelque chose de simple si les Canadiens pensent
que ce n'est pas seulement un concept juridique ou intellectuel,
mais quelque chose qui transcende le droit et la raison, une
valeur que chacun sent si profondément et en laquelle
il croit si absolument qu'elle apparaît en filigrane
dans tout ce que nous faisons.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
de la collection du Bulletin RBC sont disponibles sur notre
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Notre adresse électronique est rbcletter@rbc.com.
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