Vol. 54, N° 7 Juillet 1973
Pour une collectivité
de qualité
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Après la famille, la collectivité
est le centre le plus important des activités qui permettent
à l'homme de mener une vie vraiment humaine, civilisée
et éclairée. Aucun autre milieu ne contribue
de façon aussi appréciable à nourrir
en nous les valeurs profondes de l'existence.
Des auteurs et des conférenciers démolisseurs
s'appliquent à noyer l'esprit civique sous des flots
de paroles à la louange de l'intervention politique
généralisée, accompagnée de la
gestion par les ordinateurs, les statistiques et les experts.
Pourtant, une collectivité ne se fait pas à
coups de loi. Les pouvoirs publics de tous les échelons,
depuis les autorités fédérales jusqu'aux
municipalités, sont en train de l'apprendre au milieu
des vains efforts qu'ils déploient pour imposer des
programmes de réaménagement local sans consulter
ni y associer les habitants du secteur.
Les citoyens s'intéressent aux oeuvres de leur collectivité
pour bien des raisons. Ils y voient une sauvegarde contre
le surgouvernement, une façon d'apporter leur contribution
à l'humanité, un moyen d'élargir leur
expérience et leur esprit, une occasion de faire quelque
chose de valable, ou encore une possibilité de créer
des liens de solidarité.
Le bon citoyen n'est pas un idéaliste romanesque.
Il conçoit un plan pour améliorer sa localité,
il gagne des partisans à sa cause, rallie des collaborateurs,
cimente par le travail les blocs de ce qu'il veut édifier.
Si les habitants d'un même quartier sont très
différents les uns des autres, ils ont les traits suivants
en commun : 1° Ils ont hérité de certaines
caractéristiques ; 2° Ils ont acquis des connaissances
pratiques ; 3° Ils recherchent une manière agréable
de vivre ; 4° Ils sont aux prises avec un environnement
qui est le même pour tous.
La vie de la collectivité n'est pas figée,
mais malléable. Les gens ne se contentent pas de valeurs
négatives, comme l'absence de tel ou tel ennui. Ils
aspirent à un mieux-être positif. Pourtant, on
ne réfléchit pas assez aujourd'hui à
l'amélioration des choses. Des millions d'hommes qui
envisagent avec plaisir la perspective de battre les chaussées
d'une merveilleuse cité céleste ne se soucient
même pas d'améliorer la rue où ils habitent.
Comme le disait quelqu'un, tout le monde espère que
saint Pierre les laissera passer, mais bien peu s'exercent
à jouer de la harpe.
Où est la collectivité ?
Pour la plupart des hommes et des femmes les éléments
les plus importants du civisme se trouvent plus près
du seuil de leur porte que des capitales provinciales ou nationales.
Les ensembles d'individus groupés en hameaux, en
villages, en villes, petites ou grandes, et dotés d'une
autonomie politique limitée, soutiennent des institutions
essentielles comme les églises et les écoles
et organisent des institutions auxiliaires comme les associations
de jeunesse, les sociétés philanthropiques et
les centres de loisirs et d'activités artistiques.
Une collectivité humaine n'est pas plus un type unique
en son genre qu'un mammifère est un type unique d'animal.
La souris comme l'éléphant appartient à
la classe des mammifères. De même, un faubourg,
un immeuble collectif ou tout lieu intermédiaire où
des personnes vivent en groupe peuvent constituer une collectivité.
C'est, si l'on se place au point de vue de la nature humaine
comme le font les spécialistes des sciences sociales,
la somme des intérêts, des désirs et des
fins d'êtres humains agissant sur d'autres êtres
humains.
La qualité d'une collectivité ne saurait s'exprimer
en une seule phrase. C'est un terme collectif qui embrasse
un grand nombre de choses différentes, dont chacune
contribue de façon avantageuse à vivifier les
valeurs essentielles de l'existence. La collectivité
est à la fois l'arrière-plan, l'avant-plan et
le cadre du foyer de l'individu.
Les réponses données à certaines questions
révéleront si une collectivité satisfait
aux besoins minimums de sa population. La collectivité
telle qu'elle est constituée actuellement vous offre-t-elle
l'occasion d'éprouver le sentiment d'un épanouissement
personnel progressif ? Engendre-t-elle une impression
de sécurité ? A-t-elle pour effet d'accroître
la sûreté de vos jugements de valeur en les soumettant
à l'épreuve de l'action réfléchie ?
Joue-t-elle de façon à accroître la gamme
des activités auxquelles vous pouvez utilement participer ?
La démocratie en action
C'est dans notre collectivité que réside notre
meilleur moyen de participer au jeu de la démocratie.
Le bon citoyen d'une collectivité ne s'ingère
pas dans les affaires personnelles des autres pour prescrire
ou décider de quelle manière ils doivent rechercher
le bonheur. L'homme avisé s'efforce d'aider à
construire une collectivité où chacun a la possibilité
d'être heureux à sa manière.
Grosso modo, il y a deux catégories de gens bien
intentionnés qui travaillent pour atteindre le même
objectif. Ceux qui croient que les problèmes de la
collectivité peuvent et doivent se résoudre
par la persuasion, la négociation et la conciliation.
C'est la méthode démocratique. Et ceux qui pensent
que la seule façon de les régler est d'imposer
des lois.
Les hommes et les femmes des pays où l'on a cru que
la solution des problèmes consistait à soumettre
sa vie à un pouvoir politique absolu ont rapidement
constaté que l'amélioration momentanée
de leur état ne leur garantissait pas la sécurité
pour l'avenir.
La démocratie est un système de valeurs. Elle
se fonde sur la sympathie, la compréhension, l'aide
mutuelle et le profond respect de la personnalité.
Il y a dans toute collectivité une foule de courants
d'intérêt qui se recoupent : spirituels,
culturels, politiques, civiques, économiques, éducationnels,
sociaux, etc. Les conflits y sont inévitables, mais
la mesure dans laquelle un effort persistant est accompli
pour réaliser l'harmonie conditionne le degré
de réussite d'une collectivité dans la création
d'un mode de vie civilisé.
Les lois sociales paternalistes n'atteignent pas la vie
intime des citoyens ; elles ne leur donnent que la possibilité
de vivre. C'est dans l'action de la collectivité que
nous redécouvrons la signification personnelle du geste
secourable.
La participation bénévole est motivée,
dira-t-on, par l'intérêt personnel. Toute amélioration
de la vie des gens d'une collectivité est un avantage
pour chacun de ceux qui y habitent. Mais la participation
au bien de la collectivité est plus que cela :
c'est un moyen qu'ont les individus d'exprimer les qualités
naturelles qu'ils ont en eux. Un citoyen à l'esprit
noble éprouve le désir de rendre service à
son prochain en mettant à sa disposition le fruit de
ses connaissances, les résultats de ses recherches
et le bénéfice de ses dons.
Il se trouve chez les membres de chaque collectivité
une foule de capacités, d'idées et de talents.
Presque tout être humain normal possède de grandes
réserves de possibilités inexploitées.
Non seulement il est capable d'offrir son aide bienveillante
à ses semblables dans le malheur, mais aussi d'employer
son intelligence pour prévoir les améliorations
nécessaires pour éviter les situations critiques.
Les hommes d'affaires qui ont l'habitude d'élaborer
souvent des plans à long terme pour les entreprises
où ils gagnent leur vie se contentent de ne faire à
peu près rien pour la collectivité où
ils vivent leur vie.
Association et objectifs
Les hommes ne deviennent pas membres d'une collectivité
du seul fait de leur réunion, mais plutôt en
partageant certains intérêts et en se livrant
à certaines activités en vue de favoriser le
bien-être du groupe. Le lien le plus puissant qui unit
les humains est le sentiment d'avoir des problèmes
communs, des valeurs communes et des espoirs communs.
La société est une série d'interdépendances.
Si un navire rempli d'hommes, de femmes et d'enfants s'échouait
sur l'île de Robinson Crusoé, ses passagers ne
formeraient pas une collectivité avant de s'être
mis d'accord sur la façon de gagner leur pain et de
vivre ensemble. Faire partie d'une collectivité c'est
adhérer à une association. La collectivité
croîtra mieux et prospérera dans la mesure où
elle attirera des gens qui prévoiront, travailleront,
se distrairont et agiront ensemble.
Beaucoup de questions relatives à la collectivité
ne sont pas de celles qui se règlent par l'argent,
la technique et la politique. L'aménagement des rues
et des immeubles ne suffit pas pour bâtir une collectivité :
ce sont les personnes qui y vivent qui font qu'elle existe.
Les gens comptent plus que les choses. Les rangées
de petites maisons que l'on trouve dans les banlieues des
villes canadiennes et dont certains critiqueurs déplorent
l'aspect tentaculaire recèlent de précieuses
qualités humaines. Elles représentent l'indépendance,
l'épargne, le consentement à accepter des responsabilités
et le désir de pouvoir respirer dans les espaces libres.
Le but principal de toute action de la part d'une collectivité
devrait être la recherche de la qualité de la
vie pour tous les citoyens.
Le rapport annuel d'une municipalité doit être
plus qu'un tableau des impôts perçus et des sommes
dépensées. Le rôle véritable de
l'administration n'est pas de percevoir et de dépenser
de l'argent. La question à laquelle il faut répondre
à la fin de l'année est celle-ci : « Avons-nous
pourvu aux besoins humains de la population ? »
Ecouter la voix de la jeunesse
Prêter l'oreille aux jeunes. Ils veulent effectivement
faire partie de la race humaine. L'idée de ce qu'ils
peuvent apporter les met en émoi. Ils ont des vues
qui n'ont jamais été entravées par l'échec,
la déception et le désenchantement.
Les grandes causes et les grandes questions les passionnent,
et ils sont plus enclins à s'associer avec enthousiasme
à une réforme profonde qu'à des demi-mesures
palliatives.
Les jeunes ont des besoins. Ce n'est pas une bonne attitude
à prendre devant l'influence actuelle de la rue que
de confiner un enfant à la maison. La collectivité
doit prévoir des activités extra-scolaires et
des soupapes bienfaisantes pour les énergies créatrices.
Encouragez les jeunes à organiser leurs conseils et
leurs comités, afin qu'ils fassent l'apprentissage
de la responsabilité en ayant voix aux affaires et
aux activités de la collectivité. Offrez-leur
l'espace, les chances et les moyens nécessaires pour
aménager eux-mêmes leurs salles de jeux et leurs
terrains de sports.
Un nouveau champ d'action
Chacun devrait, pour sa satisfaction personnelle, s'occuper
dans sa collectivité d'une entreprise qui lui tient
vraiment à coeur, afin de se livrer ainsi avec ardeur
à une activité enrichissante. Croire à
ce qui est bien est une vertu admirable, mais ne suffit pas
pour mériter un fleuron à votre couronne. Il
faut pour cela collaborer au bien de la collectivité.
Une nouvelle activité peut donc s'ajouter ou s'associer
au métier que l'on exerce déjà :
celle d'artisan de l'amélioration de la collectivité.
La marche à suivre est relativement simple : 1°
Trouver une lacune ou un problème dans les affaires
de la collectivité ; le creuser ; rechercher
les théories et les solutions qui ont été
proposées ou tentées. 2° Faire un brouillon
de ses idées d'amélioration et en étudier
la faisabilité. 3° Une fois le brouillon mis au point,
établir un plan d'action. 4° Expérimenter ses
idées sur des amis, sur des personnes rencontrées
dans les magasins ou les réceptions. Si quelqu'un fait
des suggestions utiles, les insérer dans son brouillon.
5° Rédiger un exposé définitif et le
présenter à une réunion appropriée
ou devant un groupe spécialement convoqué à
cette fin.
Voici ce que nous conseille George deHuszar dans son ouvrage
intitulé Applications pratiques de la démocratie :
« Recherchez quelque chose qui vous touche de près,
dont le succès contribuera à votre mieux-être
et à celui des autres. Choisissez ceux de vos amis
qui partagent votre intérêt. Il n'est pas nécessaire
de vous transformer en réformateur de la société
ni même de vous écarter beaucoup de votre mode
de vie ordinaire ; mais vous pouvez recourir au ressort
du contact personnel allié à l'intérêt
commun pour provoquer une action qui rendra votre vie et celle
de la collectivité plus fécondes et plus créatrices. »
Le travail au service de la collectivité est un travail
d'autoépanouissement. Il est significatif que l'auteur
de l'exhortation « va vends ce que tu possèdes
et donne-le aux pauvres » n'ait pas pensé en la
faisant à la condition des pauvres mais à l'âme
du jeune homme. Le gouverneur général Vanier
disait dans une allocution : « Beaucoup de personnes
ont un besoin ardent et inné de donner généreusement
quelque chose d'elles-mêmes. Pour satisfaire ce besoin,
il leur faut faire davantage que de sortir leur carnet de
chèques. »
Si quelqu'un veut avoir de la dignité - porter la
tête haute - il doit apporter sa contribution à
la vie. C'est dans la collectivité que l'homme se rend
compte de ce qu'il est et qu'il a des chances de devenir ce
qu'il peut être. En s'associant avec les autres au niveau
de la paroisse, de l'école, des activités de
bienfaisance et de loisir, l'individu prend conscience de
sa condition et éprouve le sentiment d'être accepté
et épaulé par la société.
Institutions et organismes
Les divers organismes de la collectivité - religieux,
municipaux, philanthropiques, familiaux, scolaires, politiques
et d'entraide - fournissent aux gens l'occasion de participer
à l'essor de l'intérêt mutuel. Ils offrent
des modes de conduite et des activités qui répondent
au besoin de ceux qui s'efforcent d'accroître leur maturité
d'âme et d'esprit.
Mais l'édification d'une collectivité éclairée
ne s'arrête pas à la répartition des responsabilités
entre un certain nombre des institutions en question. Il y
a du mérite à appuyer les organismes spécialement
aptes à accomplir les tâches sociales qui s'imposent,
mais chaque citoyen a en outre le devoir d'apporter sa contribution
personnelle au bien de la collectivité.
Les organismes sociaux établis permettent de faire
en sorte que les meilleurs services possibles soient dispensés.
Ils sont au centre des activités d'assistance de toutes
sortes. Ils offrent la direction et les connaissances techniques
nécessaires. Les travailleurs sociaux professionnels
sont des hommes et des femmes qui se sont préparés
par des cours et par la pratique à remplir les fonctions
requises pour assurer le bien-être de diverses classes
de la population : nécessiteux, invalides, mésadaptés
et malades. Leur action rééducative et de soulagement
auprès des personnes handicapées de la collectivité,
leurs mesures de prévention contre les forces dangereuses
du milieu, leur culte du sens social ne sauraient être
remplacés par les services isolés que rendent
les individus.
Travailleurs professionnels et travailleurs bénévoles
peuvent bien s'entendre moyennant un peu de patience de la
part des spécialistes et d'un effort de la part des
bénévoles pour étudier les besoins, la
tâche à accomplir et leurs aptitudes à
apporter une aide utile.
Les organismes bénévoles pourvoient à
certains besoins de l'être humain que les autorités
publiques ne comblent pas. La pension de vieillesse assure
la subsistance matérielle, mais nous comptons sur le
service de compassion des bénévoles pour alléger
la solitude du vieillard.
Les problèmes complexes nécessitant le concours
des services organisés et des services bénévoles
résistent rarement à des méthodes sensées
et imaginatives qui ne sont pas difficiles à apprendre
et à appliquer. Tout ce qu'il faut c'est que les personnes
associées à une entreprise puissent se rencontrer
et confronter leurs points de vue.
Le point de départ
Celui qui ne se préoccupe des intérêts
de sa collectivité que dans la mesure où ils
coïncident avant tout avec ses intérêts
personnels est un pusillanime. Les citoyens qui s'offrent
à travailler pour la collectivité peuvent être
motivés par bien des raisons, mais il importe que leur
but soit dénué d'égoïsme.
Si vous avez nettement l'impression qu'une action corrective
ou un effort constructif est nécessaire dans un domaine,
réunissez un groupe de citoyens. Il est beaucoup plus
efficace d'organiser un groupe résolu à aller
au fond d'un problème et à déclencher
une tentative de solution que d'écrire une lettre au
journal local ou de rédiger une pétition pour
demander aux autorités de faire quelque chose.
Un groupe axé sur les problèmes est un excellent
facteur d'avancement pour la collectivité. Grâce
à lui, les citoyens concentrent leur attention sur
des problèmes déterminés, aident les
associations et les services existants à mieux fonctionner
et assurent la collaboration entre les diverses organisations.
Dans un tel groupe, la discussion fait partie du processus
d'assimilation essentiel à la compréhension.
La discussion en groupe bien dirigée se circonscrit
autour d'une question capitale, de quelque chose qui intéresse
les participants, qu'ils ont profondément à
coeur et qu'ils peuvent contribuer à accomplir.
Ce qui assure la cohésion de la société,
c'est le dialogue intelligent. Il conduit à l'action
concertée. En discutant, les membres d'un groupe s'incitent
les uns les autres à la réflexion, découvrent
des idées, trouvent des inspirations et sont stimulés
par le sentiment du travail d'équipe.
Une réunion de groupe ne doit pas être un rassemblement
où l'on fait de beaux discours sur la collaboration.
Ce qu'il faut c'est décider le « quoi »,
le « qui » et le « comment » de la situation
à régler.
Il convient d'éviter que l'importance donnée
à des détails insignifiants nuise à la
discussion fructueuse des idées et des plans. Un groupe
échouera entièrement s'il se laisse dominer
par le souci de la méthodologie. Il n'est pas nécessaire
de s'en tenir strictement aux règles d'un manuel, mais
toute réunion devrait se guider sur les grands principes
de la procédure parlementaire :justice et civilité
pour tous ; acceptation de la volonté de la majorité ;
protection des droits de la minorité ; une chose
à la fois.
Écouter avec courtoisie est une règle importante
pour ceux qui assistent à une réunion, et elle
a pour pendant la courtoisie de parler brièvement.
L'application à renseigner le public de façon
complète, exacte et franche sur les projets envisagés
et les progrès accomplis neutralisera les méfaits
des critiques fondées sur les demi-vérités
et les rumeurs. Si l'on néglige de faire connaître
les objectifs, il existera un état de tension et de
malaise dans la collectivité. Chaque citoyen a le droit
de savoir quel effet un programme - gouvernemental ou de la
collectivité - aura sur lui.
La communication est l'âme de la société.
Faites voir aux gens l'esprit qui anime chaque initiative.
Les citoyens qui font une campagne afin de recueillir des
fonds pour construire un bâtiment municipal ou aménager
un parc, plaident en faveur non seulement d'un immeuble ou
d'un coin de verdure, mais du noble but dont ces choses sont
le symbole. Une oeuvre qui ne fait appel qu'à l'intelligence
est bien loin d'avoir autant de force que celle qui s'adresse
à la fois à l'intelligence et au coeur.
La mise en oeuvre
Après la discussion et les plans vient l'action.
L'accessoire et le superflu étant éliminés,
nous savons maintenant ce que nous allons faire.
Refusez fermement si quelqu'un veut ramener la proposition
vers les « voies » établies, qui se caractérisent
souvent par leur lenteur. Ne permettez pas à des touche-à-tout
ignorants de démolir le plan arrêté minutieusement
par le groupe.
II faut de la persévérance. Certaines personnes
recherchent avec ardeur la satisfaction immédiate de
leurs désirs. Il serait vain d'exiger l'âge d'or
sur-le-champ ou l'utopie pour demain. On remarque chez certains
groupes et certaines organisations une regrettable tendance
à se donner corps et âme à la recherche
puis à abandonner lorsque vient le moment d'appliquer
la pensée créatrice et l'action féconde
aux faits qu'ils ont trouvés.
S'adapter
Il vient un temps où, après avoir changé
l'environnement où nous vivons, il faut nous modifier
un peu nous-même pour pouvoir vivre dans le nouvel ordre
des choses. L'adaptation au milieu a toujours été
une importante condition de survie dans le règne animal.
Les personnes parmi lesquelles nous vivons ont leur rôle
à jouer dans l'établissement du milieu propre
à servir de cadre à l'épanouissement
de notre bonheur. Comme le dit Arnold Bennett dans Hour
to Live : elles sont aussi inévitables dans
le plan de l'évolution que nous le sommes ; elles
ont autant le droit d'être elles-mêmes que nous
d'être nous-mêmes ; elles sont exactement
nos égales aux yeux de la Nature ; elles méritent
la même latitude que nous ; elles ne sont pas plus
responsables que nous de leur caractère.
Grâce à la tolérance mutuelle et à
l'esprit de coopération, vous en arriverez à
considérer vos concitoyens comme des amis, et cela
est très important pour vous et pour eux.
Chaque collectivité évolue dans un ensemble
de circonstances. Nul n'est forcé de vivre dans une
collectivité en particulier, mais dès qu'il
y entre il ne peut se soustraire à ses usages et à
ses normes. Le climat de la collectivité offre à
ceux qui y résident des habitudes de vie et des modes
de comportement usuels sur lesquels on les jugera.
L'adhésion à la collectivité procède
d'un besoin conscient d'appartenance. Les hommes ne sont pas
une légion sans visage, mais des voisins et des amis.
Par notre appartenance à une collectivité,
nous acceptons certains devoirs de coopération constructive.
Le bon citoyen prendra en main le sort de sa collectivité
et façonnera sa destinée en collaborant avec
ses concitoyens. C'est alors qu'il s'accomplira vraiment quelque
chose : les problèmes trouveront leur solution,
les erreurs seront rectifiées et la collectivité
croîtra en beauté et en vitalité.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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