Vol. 51, N° 7 Juillet 1970
Pour écrire des
lettres d'affaires intéressantes
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Il n'y a pas de raison pour qu'une
lettre d'affaires se lise comme une composition d'écolier,
où l'élève inscrit un titre sous lequel
il tente ensuite d'aligner des phrases qui soutiendront l'examen
critique de l'instituteur.
Les affaires et l'industrie font largement appel à
l'art de la communication des idées. D'où l'impérieuse
nécessité d'écrire des lettres capables
d'intéresser les lecteurs, de captiver leur attention,
d'emporter leur approbation et obtenir l'effet désiré.
L'intelligence qu'apporte à cette tâche celui
qui écrit des lettres n'exige pas des connaissances
profondes, mais le talent de relier et de coordonner des faits,
puis de les présenter sous une forme intéressante.
Une lettre doit réaliser avec de l'encre ce que le
peintre accomplit avec ses couleurs : repérer
l'important, l'intéressant, l'attrayant et offrir ainsi
au lecteur une image intelligible d'une tranche de vie. Cet
art ne s'enseigne pas, mais il s'apprend.
Le mécanicien qui se donne la peine de rechercher
pourquoi et comment un moteur fonctionne de telle ou telle
façon est un meilleur mécanicien que celui qui
sait seulement qu'il faut tirer un certain levier pour le
mettre en marche et appuyer sur un bouton pour l'arrêter.
De même le rédacteur qui comprend comment agit
son cerveau et comment réagit le cerveau des autres
est beaucoup mieux en mesure de faire des progrès dans
son travail que s'il ne sait qu'assembler des mots grammaticalement.
Il cesse alors d'être un piano mécanique qui
joue toujours les mêmes rengaines.
Les sujets qu'aborde le rédacteur de lettres d'affaires
n'offrent pas tous intrinsèquement les mêmes
attraits. Ce qui fait la satisfaction du bon rédacteur,
c'est de donner de la vie et de l'intérêt à
une question banale. Il y a autant de joie à enjoliver
un sujet insignifiant qu'à traiter avec bonheur une
question lourde de sens.
Le rédacteur intègre ne fait pas de camelote,
car il sait que le destinataire devra lire sa lettre, qu'elle
soit bien ou mal faite. Ce serait là non seulement
une mauvaise tactique, mais aussi une impolitesse dont l'auteur
ne tirerait aucun plaisir.
Songeons à toutes les possibilités de rédaction
créatrice que l'on trouve dans la pratique du commerce
et de l'industrie. Comme on l'a dit si justement, l'homme
n'a pas faim que de pain. Il y a dans chaque être humain
une faim de l'esprit et du coeur en même temps qu'un
vif désir d'information. Il incombe à celui
qui écrit une lettre de satisfaire dans une certaine
mesure ces aspirations chez son lecteur.
Quelques lignes directrices
Pour y réussir, il est nécessaire de répondre
aux questions suivantes : à quel genre de personne
est-ce que j'écris ? Quelles sont mes dispositions
à son égard ? Que désire-t-elle
savoir ? Quelle image de mon entreprise ai-je l'intention
de donner ? Pour quelle sorte de personne veux-je passer ?
Quelle est la réaction que je désire de la part
de ce lecteur par rapport à ce que j'écris sur
la feuille de papier que j'ai devant moi au sujet de cette
question en particulier ?
Qu'il s'agisse d'accuser réception d'un compte rendu
courant ou de prôner une idée révolutionnaire,
il est bon de se rappeler que c'est à quelqu'un et
non seulement à une situation que l'on a affaire. Il
importe de se faire l'interprète de la question en
jeu vis-à-vis d'un lecteur qui voit le monde en fonction
non seulement des faits, mais aussi de sa personnalité
et de ses sentiments personnels.
Il n'y a aucune raison objective pour que la correspondance
d'affaires soit d'un prosaïsme si désespérant.
Sans doute le fond, le style, le vocabulaire imposent-ils
certaines restrictions, mais il est possible d'être
humain tout en étant concis, précis et clair.
Le talent d'écrire des lettres est une question de
souci : souci de l'exactitude de ce que nous écrivons,
souci de rendre service, souci de l'estime dont jouit notre
entreprise, souci de notre réputation personnelle,
souci de la satisfaction que procure le travail bien accompli.
Une lettre d'affaires exige plus qu'une bonne sténographe.
Celle-ci peut corriger les mauvaises constructions et mettre
des virgules où il en faut, mais elle ne saurait fournir
des faits, ajouter du coloris, remplacer les passages confus
ni dire ce qu'il y a lieu de dire de façon à
mieux éveiller l'intérêt du lecteur.
Une nécessité
Ce qui est absolument nécessaire, c'est que l'auteur
s'intéresse personnellement à ce qu'il fait.
La première chose qui importe avant de dicter, c'est
de lire la lettre reçue avec soin et attention. Sinon,
vous aurez autant de chance de comprendre les désirs
de votre correspondant que de récrire la théorie
de l'évolution de Darwin en faisant une croisière
aux îles Galapagos.
Par cette lecture attentive tentez de prévoir ce
dont votre lecteur désire entendre parler. Considérez
les choses en bloc, mais en tenant compte des détails,
tout comme, à un concert symphonique, vous écoutez
l'orchestre dans son ensemble en fixant en même temps
votre attention sur un instrument dont vous suivez la mélodie
et même les silences à travers les autres instruments.
Réfléchissez à ce qui intéresse
le lecteur, à son niveau de compréhension, à
son intelligence du sujet, aux préjugés qu'il
aurait, aux points obscurs sur lesquels il lui serait difficile
d'accepter ce que vous voulez dire et au style qui lui conviendra.
N'oubliez pas que lui non plus n'est pas enfermé dans
un compartiment étanche, mais que ses pensées,
soumises à l'action des influences extérieures,
des conditions familiales, de sa santé physique et
mentale, sont en perpétuelle évolution.
Il n'y a pas de plus grand service que puisse rendre l'auteur
d'une lettre que d'aider un homme à envisager la vie
avec plus de confiance et plus de joie. Son but devrait être
de laisser l'impression au lecteur qu'il a acquis quelque
chose : renseignement, gaieté de coeur ou plaisir.
Un acteur qui jouait le rôle de Rip Van Winckle depuis
35 ans et auquel on demanda un jour comment il avait pu se
contenter si longtemps des mêmes vers et du même
personnage eut cette réponse : « Le véritable
devoir d'un acteur n'est pas de se plaire à lui-même ;
c'est de faire le plaisir de son auditoire. J'ai cessé
de penser à moi et je me suis mis à penser à
ceux qui se trouvaient devant moi. »
Pour répondre aux lettres embarrassantes tout comme
pour jouer devant un public exigeant, nerveux ou apathique,
il existe des techniques qui peuvent nous être utiles.
On peut, par exemple, modifier la forme du contenu ou lui
donner une nouvelle tournure, ou encore changer l'accent de
place ; on peut atténuer la portée de ses
paroles en les allégeant, en les divisant en phrases
faciles à saisir ou en éliminant certains problèmes
grâce à des explications ou des éclaircissements
appropriés ; on peut encore introduire des éléments
nouveaux ou intervertir les rôles afin de présenter
ses idées du point de vue du lecteur ; on peut
enfin fondre ses idées avec celles du lecteur et lui
offrir ainsi des aperçus différents.
Même si vous avez à annoncer à votre
lecteur une décision qui lui paraîtra dure, il
est possible de le faire aimablement. Rappelons-nous le principe
du tourniquet : il faut le desserrer toutes les demi-heures
pour permettre au sang de circuler. Si vous exercez une pression
ininterrompue sur votre lecteur, vous aurez sans doute le
plaisir de lui régler son compte, mais c'est là
une satisfaction bien éphémère. Au contraire,
le règlement constructif d'une situation épineuse
est toujours un résultat agréable à contempler.
Il ne suffit pas d'écrire avec une froide compétence
pour s'exprimer avec franchise, simplicité, concision
et clarté. Si vous voulez vivre avec les autres et
les influencer, vous devrez quelquefois paraître un
peu moins supérieur et omniscient que vous ne l'êtes.
Une lettre qui assène un coup de marteau sur la tête
du lecteur pour y enfoncer une pointe d'information n'est
pas aussi efficace que celle qui rattache avec déférence
le nouveau renseignement à ce que connaît déjà
bien le lecteur, afin de lui donner l'impression de redécouvrir
une chose oubliée dans son esprit.
Ayez des faits sous la main
Le manque d'intérêt d'une lettre peut être
imputable à un manque d'information. L'entrée
en matière doit éveiller la curiosité
du lecteur et le corps de la lettre la satisfaire.
Nul ne saurait écrire des choses intéressantes
sur un sujet, fût-il palpitant d'intérêt,
s'il n'a pas d'abord recueilli des renseignements. Aucune
technique ne peut remplacer la connaissance des faits ;
aucune belle parole ne saurait masquer cette lacune ;
celui qui écrit une lettre sans connaître son
sujet ne doit pas s'attendre à ce qu'on croit en lui.
Voilà pourquoi il est bon que le rédacteur
de lettres ait de nombreuses relations dans les services de
son entreprise comme à l'extérieur, c'est-à-dire
qu'il connaisse des personnes qu'il pourra consulter sur les
questions qui les intéressent ou sur lesquelles elles
sont particulièrement bien renseignées. Ces
personnes-clefs, il faut les repérer d'avance, car
il serait vain de se mettre à leur recherche lorsqu'on
a une lettre à écrire.
On ne fait rien avec rien. L'imagination - faculté
d'où jaillit l'écrit créateur - doit
avoir une matière sur laquelle oeuvrer. Plus le rédacteur
a emmagasiné de connaissances de base plus il lui sera
facile de tirer de son intelligence des associations d'idées
valables.
Le génie d'un Einstein, le style d'un Dostoïevski,
la grandeur politique d'un Churchill tiennent à ce
qu'ils ont su associer une pensée neuve à des
connaissances anciennes et enfanter aussi des idées
inédites. Sommeillant dans l'esprit du rédacteur,
les notions qu'il a assimilées par la lecture, l'étude
et la perception n'attendent qu'un signe de sa part pour venir
prendre place dans son texte.
Les rédacteurs dont la plume réussit avec
le plus d'assurance à communiquer avec grâce
sont des gens qui ont vu et senti beaucoup plus que le commun
des mortels. Ils ont peut-être été élevés
dans les mêmes villes, fréquenté les mêmes
écoles et fait les mêmes voyages que les autres,
mais ils ont vu, observé et assimilé plus de
choses par mille carré.
Il n'y a absolument aucune raison pour que le rédacteur
de lettres s'emprisonne dans les limites étroites de
son bureau. Il faut plaindre celui qui a à écrire
sur ce qui se fait dans son usine ou son service sans jamais
avoir regardé dans les yeux les personnes qui accomplissent
le travail.
C'est une obligation pour ceux qui écrivent de s'intéresser
aux personnes et aux choses, d'avoir la curiosité des
événements et d'être en résonance
avec les possibilités et les faits importants. « L'homme
qui ne sait pas s'émerveiller, dit Carlyle, n'est rien
d'autre que des lunettes derrière lesquelles il n'y
a pas d'yeux. »
L'aspect littéraire
Tout écrit, même la lettre la plus ordinaire,
présente un aspect littéraire d'importance pour
son auteur. Même s'il sait son lecteur incapable de
distinguer entre le travail grossier et le travail soigné,
le rédacteur doit écrire sa lettre aussi bien
que possible par respect pour lui-même.
Le talent littéraire consiste à exposer une
question d'une manière aussi précise et vivante
que possible. Le rédacteur de lettres n'écrit
pas pour la postérité. Il écrit pour
accomplir quelque chose dans l'immédiat ; mais,
pour ce faire, il doit être engageant et persuasif,
et ce sont là les qualités des grands écrivains
de tous les temps. Ils ont su donner du pittoresque aux choses
les plus banales par la vigueur de leur style et non pas en
exhumant de vieilles expressions usées jusqu'à
la corde et en les employant lorsque l'occasion s'en offrait,
après les avoir débarrassées de leur
poussière.
Certains se demandent ce qu'est le style. C'est tout simplement
la structure de la langue et le choix des mots propres à
communiquer une pensée. En plus d'avoir de l'élégance,
notre prose doit convenir à la circonstance et au but
recherché. N'a-t-on pas dit que le summum de l'art
pour celui qui écrit est de laisser croire au lecteur
que c'est exactement comme cela qu'il se serait exprimé,
sans lui rappeler qu'il ne l'a pas fait.
Une lettre ennuyeuse en soi comme la pluie peut s'animer
entre les mains d'un bon rédacteur et devenir extrêmement
intéressante. La vivacité conférera de
l'éclat aux images, le dynamisme lui donnera de la
vie et l'agrément en facilitera la lecture. En l'absence
de ces qualités, vos lettres resteront toujours d'une
froide précision.
La rédaction n'est pas un travail où il est
possible de prendre l'équerre, la règle et le
compas et de tracer un plan bleu applicable en toute circonstance.
La compétence consiste dans ce cas à mettre
son talent à adapter une thèse aux possibilités
réceptrices du lecteur, afin de le prémunir
au maximum contre la confusion, de l'empêcher de prendre
l'accessoire pour l'essentiel et de lui permettre de comprendre
aisément non seulement les faits, mais aussi votre
appréciation de leur importance respective.
Éclat, clarté, simplicité
La platitude est une faute impardonnable dans les lettres.
Elle est inexcusable parce qu'elle est sans nécessité.
Il faut en rechercher la cause dans la paresse, la faiblesse,
le refus de recueillir des renseignements ou le manque de
documentation.
En matière d'éclat, c'est le bon goût
qui sera le guide du rédacteur. Celui-ci choisira des
mots et des phrases qui ont le son de la musique lorsque c'est
à propos, ou celui d'un moteur lorsqu'il s'agit de
donner l'impression de la vitesse et de l'exactitude, ou celui
d'un marteau de forgeron lorsqu'il veut évoquer la
puissance et la force.
Agencez les mots pour qu'ils plaisent à l'oeil et
à l'oreille ; faites alterner les phrases courtes
et les phrases longues ; changez de rythme de temps en
temps, mais que ce ne soit pas aux dépens de l'harmonie.
Ne gambadez pas trop. Il importe, en écrivant une
lettre, de tenir compte des trois unités du théâtre
classique : unités de lieu, de temps et d'action.
Rappelez-vous l'ancienne règle selon laquelle il faut
élucider chaque point avant de passer à un autre.
Bâtissez votre lettre comme un maçon construit
un mur. Liez une idée à celle qui la précède
et à celle qui la suit. Que vos questions successives
servent d'explication, de complément ou de conclusion
à ce que vous venez de dire. Vos lettres auront alors
plus de fini, de continuité et de cohésion.
Quant à la clarté, votre expérience
vous dira qu'il faut éviter les mots vagues ou inexacts.
Que de fois ne sommes-nous pas exaspérés en
lisant une lettre ! Si seulement nous pouvions comprendre
ce qui se cache sous cette prose inextricable, sans doute
cela serait-il intéressant ? Les gens inintelligibles,
pensons-nous, ne sont pas très intelligents.
Écrire avec clarté et simplicité, ce
n'est pas écrire sans soin et sans ordre. Une lettre
écrite de façon à être comprise
par le moins brillant des commis ne doit pas choquer le sens
esthétique du lecteur cultivé.
Un conseil que donnent souvent, comme règle d'or,
les guides de correspondance, c'est d'être bref. Mais
la brièveté n'est pas nécessairement
synonyme de lisibilité, car celle-ci dépend
de l'intelligibilité. Le meilleur moyen d'atteindre
à la brièveté sans nuire à l'efficacité
et au charme, c'est de supprimer les opinions et les faits
étrangers, superflus et déroutants.
Certains rédacteurs n'aiment pas écrire des
lettres parce qu'ils pensent que l'importance de leur entreprise
les oblige à employer des grands mots et qu'ils se
sentent mal à l'aise devant la pourpre royale d'un
tel vocabulaire.
Il n'y a aucun rapport entre le rang d'une firme et la grandiloquence
des mots utilisés dans nos lettres. Le bon rédacteur
de lettre d'affaires se sert des mots pour transmettre les
idées, pour exposer ses pensées. Il n'emploie
pas de mots massue quand il suffit de petits mots de rien
du tout ; s'il lui faut recourir à un mot rare,
il fait en sorte de le simplifier et de l'éclairer
par le contexte.
Il est malheureux, même si c'est parfois nécessaire,
que les spécialistes de toutes les sphères d'activité
humaines, dans les sciences comme dans lés affaires,
doivent recourir à un langage particulier pour communiquer
leurs, idées, mais il importe que celui-ci soit réservé
aux initiés. La lettre à un client n'est pas
indiquée pour l'obscur jargon du métier.
La pire forme d'analphabétisme est l'impropriété
de langage ou la confusion des niveaux de langue. Il est aussi
peu de mise d'employer dans une lettre d'affaires le style
léger des romans populaires que le vocabulaire riche
et haut en couleur de la publicité.
Avoir de l'organisation
Après avoir réuni les faits nécessaires,
il faut appliquer sa pensée à découvrir
la façon la plus efficace de les exprimer.
Tout bon texte ne va pas sans sélection et organisation.
Vous avez la substance de ce que vous avez à dire au
lecteur : comment allez-vous adapter cette substance
à son système de réception ? Au
surplus, comment allez-vous écrire sur le ton de la
conversation, afin d'avoir l'air de dire dans votre lettre :
« Je voudrais bien être ma lettre pour avoir le
plaisir de venir causer avec vous » ?
Voilà pourquoi le rédacteur devrait avoir
une certaine idée des mobiles et des réactions
éventuelles des êtres humains dans les diverses
circonstances. Une certaine connaissance de la psychologie
pratique est à la base de la bonne communication des
idées.
La plupart des personnes auxquelles s'adressent les lettres
d'affaires ont une certaine importance dans leurs bureaux.
Beaucoup d'entre elles se croient encore plus importantes
que nous voulons bien l'admettre. Pourtant le premier devoir
du rédacteur est d'obtenir de ces personnes, quelles
que soient leurs petites manies, la meilleure réaction
possible, qu'il s'agisse d'accrocher une commande ou de remédier
à une erreur. Il ne peut s'acquitter de ce devoir sans
avoir appris à connaître la nature humaine.
Un texte est bon s'il est vivant, s'il n'est pas entièrement
fait de froides certitudes, mais si l'on y trouve partout
en filigrane les espoirs et les aspirations, les doutes, les
affections et les haines de l'homme : tout ce qui le
réjouit, l'attriste ou l'irrite.
Les auteurs de romans se prennent au jeu, et une partie
de leur être vit les événements relatés.
Le rédacteur de lettres doit viser à exposer
les faits vécus et les questions d'affaires avec autant
de réalisme que les situations imaginaires. « C'est
plus facile à dire qu'à faire », diront
certains, alors que d'autres déclareront péremptoirement
que c'est impossible. Mais les efforts de l'homme viennent
à bout de bien des impossibilités, et peu des
possibilités les plus élémentaires sont
réalisées de façon satisfaisante par
ceux qui ne veulent pas se donner la peine nécessaire.
Voyez comme les grands moyens d'information s'évertuent
à intéresser les lecteurs et les téléspectateurs.
Combien plus les rédacteurs de lettres ne devraient-ils
pas exploiter les sentiments humains pour favoriser l'essor
des affaires de leur entreprise !
Trois qualités
Il y a trois qualités que doit rechercher le rédacteur
de lettres d'affaires : la sincérité, une
attitude positive et l'art de traiter les questions avec imagination.
Le cocon de l'isolement personnel qui empêche tout
contact étroit entre le rédacteur de lettres
et ses correspondants ne saurait convenir à l'homme
désireux d'exceller ou même de réussir
dans la rédaction des lettres.
Une lettre doit être affirmative, non négative.
Certaines personnes pensent qu'il est de bon ton d'être
négatif ; chez d'autres, c'est tout simplement
une habitude. Pourtant, personne ne saurait être aussi
intéressant s'il se borne à signaler ce qui
est mal que s'il traite des moyens positifs à prendre
pour remédier à la situation.
L'imagination en matière de rédaction des
lettres consiste à présenter l'ordinaire et
le banal de façon à le rendre original et intéressant.
Si modeste que soit son sujet, il ne faut pas renoncer à
éveiller l'intérêt du lecteur. Songeons
à ce que Shakespeare a tiré des ouï-dire
d'une petite île de corail : il en a fait une magnifique
comédie-féerie qui s'appelle La Tempête.
Efficacité et rendement
Ce qui fait l'agrément d'écrire des lettres,
c'est surtout le moyen qu'elles nous offrent de communiquer
des idées de façon créatrice, soit pour
pousser les gens à agir, soit pour accroître
leur bonheur. Le bon rédacteur de lettres a de nombreux
points de contact avec la vie, et, pour exprimer ses idées
sur la vie et les affaires, il écrit avec vivacité,
originalité et imagination.
Il sait que la fausse couleur et l'intérêt
factice ne sont pas nécessaires pour écrire
de bonnes lettres, mais que le rédacteur doit être
sensible à la couleur de la vie et attentif à
la nécessité de dire ce qu'il veut exprimer
d'une façon intéressante.
Il sera souvent aux prises avec une tâche des plus
difficiles : celle d'écrire quand il lui semble
qu'il n'a rien à dire. Pour cette tâche, qui
exige beaucoup d'ingéniosité, il aura emmagasiné
dans son esprit des idées de réserve.
Ce n'est pas un signe de faiblesse ou d'échec que
d'aboutir à un manuscrit qui a besoin de réparations
majeures. C'est là monnaie courante dans tous les écrits
et chez les meilleurs auteurs. Peu d'artistes, de sculpteurs
ou d'écrivains sont entièrement satisfaits de
leur oeuvre.
Nos premiers efforts pour introduire une note humaine dans
nos lettres donneront peut-être l'impression que nous
nous sommes servis d'une plume grinçante, mais cela
vaut mieux que de vivoter dans l'existence en suivant toujours
les mêmes sentiers battus.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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