Vol. 50, N° 7 Juillet 1969
À la recherche
de l'efficacité
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L'efficacité est l'ingrédient
magique qui transmue une vague et tremblotante capacité
en rendement indubitable. Elle suppose la connaissance du
métier, l'organisation du travail et la bonne exécution
de la tâche à accomplir.
En ce siècle de l'énergie nucléaire,
où il est témoin d'un ahurissant déploiement
de mécanismes et de bidules, l'homme a besoin d'une
façon de considérer les choses qui soit à
la mesure des circonstances de son milieu ambiant. Les nouvelles
découvertes scientifiques compliquent la vie en soulevant
des problèmes que chacun doit résoudre pour
soi-même. La faculté d'y trouver des solutions
ne saurait être le fruit d'une pensée chaotique
et tiraillée par l'incertitude.
Tout ce que nous faisons, qu'il s'agisse de l'achat des
provisions de la semaine, de la direction d'une usine ou de
la recherche d'indices de vie sur les autres planètes,
exige un principe directeur ou un plan d'action quelconque.
Il importe de voir clairement quels sont les éléments
de l'ensemble, d'envisager la vie dans sa totalité,
si l'on veut remplir son rôle d'une manière efficace.
Beaucoup ont en eux de grandes ressources d'efficacité,
mais ils les gaspillent dans un débordement d'activité
parce qu'ils ne se sont fixé aucun but ou qu'ils se
construisent une existence déséquilibrée,
un peu comme les statues de nos parcs publics dont le piédestal
est souvent trop massif pour le poids qu'il supporte.
En quoi consiste l'efficacité
Avoir de l'efficacité, c'est travailler avec intelligence
en vue de produire un résultat recherché. L'efficacité
est liée à l'économie d'effort, à
la productivité et au mode d'exécution de la
tâche. Elle est synonyme d'aptitude, de capacité
et de compétence. Connaissant bien son travail, l'homme
doué de cette qualité a une activité
féconde, et son action contribue effectivement à
atteindre la fin qu'elle se propose.
Pour cultiver son jardin d'une manière efficace,
il faut savoir une foule de choses au sujet du sol, des variations
de température, des graines et de leur croissance.
Le bon jardinier utilise ces connaissances avec sagesse pour
obtenir le résultat qu'il désire. Puis il y
met du travail. Montrant son magnifique jardin de rocaille,
à la télévision, le duc de Windsor, disait
avec fierté : « J'y ai moi-même placé
chaque pierre. »
L'efficacité n'est pas une chose que l'on s'impose
ni que l'on impose à ses collaborateurs. Il faut l'encourager
et en inspirer le désir. Il vaut mieux, dit un proverbe,
donner soif aux hommes que de les faire boire.
Celui qui sait se servir efficacement de son intelligence
est en mesure de faire pleinement valoir ses talents, même
si ceux-ci sont d'un niveau ordinaire. Il ne gaspille pas
ses émotions à s'emballer pour des futilités,
pas plus qu'il ne s'attache à l'étourdie aux
idées vagabondes qui se présentent à
son esprit.
Il y a, de nos jours, des gens qui ne tiennent pas à
accroître leur valeur et leur efficacité. Ils
citent les travailleurs acharnés que furent leurs pères
et leurs grands-pères comme des exemples de ce qu'ils
ne veulent pas être. « Moi, disent-ils, je veux
me divertir dans la vie. » Cette attitude infantile semble
faire abstraction du fait qu'il est à la fois agréable
et profitable d'être efficace, de faire des progrès
et de se distinguer.
Il existe divers degrés d'efficacité. Ce qui
est dangereux, ce n'est pas de ne pas atteindre à l'efficacité
absolue, mais d'abandonner l'effort. L'efficacité suppose
une lutte continuelle, une ascension sans fin vers la perfection.
La vie de l'homme efficace est incompatible avec la stagnation.
Il y a un risque inéluctable à demeurer au même
point, car pendant que nous sommes inactifs, les autres avancent
et nous dépassent.
L'appréciation personnelle
Pourquoi un homme réussit-il dans un métier
ou dans une carrière alors que d'autres échouent ?
Force est de supposer qu'il possède des qualités
de quelque nature dont les autres sont dépourvus. Il
importe, si l'on veut connaître une vie efficace, de
découvrir ses points forts, afin d'en tirer le meilleur
parti possible.
Aborder un problème de façon efficace, c'est
se tourner d'abord vers soi-même et se demander de quel
talent on dispose pour arriver à une solution. Le fait
de connaître vos qualités vous donnera de l'assurance.
Vous saurez ainsi que vous êtes à la hauteur
de la tâche.
L'examen de vos possibilités vous révélera
une foule d'aptitudes dominantes qui ont peu à peu
sombré dans l'oubli. Nous sommes souvent portés
à méconnaître nos qualités les
plus précieuses dans l'accomplissement journalier de
nos tâches ordinaires. Ce qui importe, c'est de savoir
reconnaître nos meilleurs rôles et les jouer.
Tel qui ne connaît pas toutes les réponses à
ses propres problèmes aura le talent de seconder les
autres. Tel autre aura plus de dispositions pour faire un
long siège que pour opérer une attaque rapide.
Tel possédera une plume persuasive, alors que tel autre
brillera à la tribune.
La qualité que nous fera découvrir cette auto-appréciation
ne sera peut-être pas d'ordre transcendant. Ce qui permet
à un homme de se hisser au sommet de son métier,
de son entreprise ou de sa profession n'est parfois qu'un
domaine très restreint de compétence qui répond
à point nommé aux besoins de la société
ou de son emploi à un moment particulier. Trouver sa
qualité capitale, c'est accomplir un grand pas dans
la voie de l'efficacité.
L'efficacité véritable et bien comprise ne
saurait reposer sur l'épate ou l'illusion ; elle
ne peut se fonder que sur la réalité. Jeter
de la poudre aux yeux au sujet de son savoir ou de ses talents,
c'est vivre dans la crainte d'être pris en défaut,
et c'est là un termite qui grignote la base même
de notre espoir de travailler avec efficacité.
Imagination et initiative
Certaines personnes sont perplexes quand on leur parle d'imagination.
Elles ont toujours associé ce mot aux contes de fées,
comme ceux de Grimm, et aux histoires incroyables, comme les
aventures du baron Münchhausen. Pourtant, l'imagination est
une qualité indispensable chez l'homme qui veut vivre
de façon efficace. Il faut que son esprit soit capable
d'évoquer les expériences passées et
de les faire remonter à la surface de sa conscience
dans des agencements des plus variés. Ce sont les briques
qui lui serviront à bâtir de nouvelles constructions.
L'imagination est ce qui distingue l'homme efficace de l'homme
routinier. C'est elle qui nous rend capables de créer,
d'inventer de meilleures façons de faire les choses,
de combiner des idées anciennes avec des situations
nouvelles. Tout ce que nous employons aujourd'hui en technologie,
en médecine, en navigation spatiale, dans les télécommunications
et dans les affaires - c'est-à-dire toutes les choses
qui contribuent à accroître notre efficacité
- n'a eu à l'origine qu'une existence imaginaire. Aussi
pouvons-nous avec profit laisser vagabonder notre imagination
jusqu'au domaine des idées les plus extravagantes,
à condition de redescendre sur la terre le moment venu
et de les adapter à la réalité.
À mesure qu'augmente notre pouvoir de penser de façon
imaginative et de travailler efficacement, la créativité
a tendance à devenir quelque chose de plus qu'un effort.
Elle se transforme en appétit, en une soif que rien
ne saurait plus agréablement satisfaire qu'une activité
créatrice plus grande encore.
Pour ramener les choses imaginées au niveau de l'utilité
pratique, il faut de l'initiative et de l'esprit d'entreprise.
Lorsque nous regardons ce qui se passe en nous, nous constatons
avec étonnement jusqu'à quel point notre réflexion
est solidement ligotée par une espèce de geôlier
qui s'appelle l'habitude, la paresse, les manières
stéréotypées d'envisager les choses,
etc. L'initiative nous permettra de rompre ces chaînes
et de nous engager dans la voie de l'efficacité par
la pensée et l'action créatrices.
L'efficacité s'acquiert rarement en observant avec
respect la lettre du règlement. Souvenons-nous du génie
créateur dont fit preuve l'amiral Nelson à la
bataille de Trafalgar. Il ordonna à ses officiers de
ne pas tenir compte du manuel de l'Amirauté qui imposait
la règle de la ligne de bataille classique, disposée
parallèlement à la flotte ennemie. Attaquant
perpendiculairement et en deux colonnes, il fonça résolument
à travers la formation de Villeneuve, dont il scinda
la flotte en trois tronçons qui furent facilement réduits
à l'impuissance.
La recherche de l'efficacité ne s'incline jamais
devant une force qui dit qu'une chose est impossible sans
essayer de comprendre pourquoi il en est ainsi. La tâche
considérée comme impossible mérite un
examen attentif. Si une réflexion approfondie vous
persuade qu'elle peut se faire, mettez-vous à l'oeuvre
et faites-la. Fiez-vous à votre jugement et épargnez-vous
la honte dont s'accompagnent l'indécision, l'hésitation
et le doute.
Ordre et organisation
Une fois le but fixé, il faut pour l'atteindre d'une
manière efficace de l'ordre et de l'organisation. L'efficacité
naît rarement par génération accidentelle
ou spontanée. Comme toute qualité supérieure,
elle s'appuie sur une solide préparation. Même
si l'on est un génie, il importe de décoller
avec précaution, de voler avec prudence et d'atterrir
en douceur.
Tracer des plans et avoir un programme, ce n'est pas, loin
de là, être esclave de la routine. Le plan offre
le temps et la possibilité d'ajouter à l'oeuvre
des touches créatrices, et le programme nous maintient
sur la voie des choses importantes.
On ne saurait prévoir tout ce qui peut arriver. Nous
ne savons jamais, lorsque le patron nous demande à
son bureau, que nous décrochons le téléphone
ou que nous ouvrons une enveloppe, quelle espèce de
problème ou de difficulté va surgir dans notre
vie. C'est un bon principe que de s'attendre à l'imprévu,
mais en poussant l'organisation des choses connues aussi loin
que possible, vous resterez libre de jeter toutes vos forces
contre les assauts de la surprise. Vous accroîtrez vos
chances de réussite.
Lorsque vous avez établi l'itinéraire du voyage,
concentrez votre attention sur le travail. La dispersion de
la pensée et de l'effort peut gâcher les plans
les mieux élaborés. Pour être efficace,
il faut pouvoir jeter toutes les forces nécessaires
dans la mêlée.
Certaines personnes diront peut-être qu'elles ont
beaucoup de chats à fouetter et qu'elles doivent posséder
une grande souplesse. Mais le secret de la souplesse, c'est
la concentration, qui est la facilité d'accorder de
l'attention à une seule chose à la fois.
Les techniques de l'efficacité
On n'atteint pas à l'efficacité uniquement
par l'assiduité acharnée au travail. Chacun
a besoin d'un répit, d'un changement, d'une pause de
temps à autre. Cela nous permet d'apprécier
notre travail et d'établir si nous nous attachons à
des domaines d'intérêt permanents et durables.
La méditation est une activité puissante et
féconde. C'est dans la méditation que l'artiste
trouve l'éclat des couleurs, le poète la beauté
de la rime, le scientifique les découvertes salutaires,
l'architecte la majesté des structures et l'homme d'affaires
le secret de ses plus belles réussites.
Plusieurs autres facteurs entrent en jeu dans l'acquisition
de l'efficacité, notamment le savoir, l'analyse, l'organisation
et l'action.
Il est juste de dire que le savoir est une nécessité,
mais il ne suffit pas d'avoir le talent de bien s'y prendre
pour faire un travail. Pour atteindre le maximum d'efficacité,
il faut poser des questions, surtout au sujet des choses qui
paraissent évidentes.
L'efficacité ne nous oblige pas à cerner toutes
les particularités d'une question, car elles sont innombrables,
ou du moins peuvent le devenir si les petits esprits se mettent
à couper les cheveux en quatre. Il s'agit d'examiner
un assez grand nombre de particularités importantes
pour prendre une décision judicieuse. Vous n'aurez
à vous poser qu'une demi-douzaine de questions pour
vérifier la valeur d'un récepteur de télévision,
mais il vous en faudra peut-être deux cents si vous
avez l'intention d'acheter une station de télévision.
Au stade de votre enquête préliminaire, il
s'agit non pas de chercher à prouver quelque chose,
mais d'essayer de découvrir les faits. On ne saurait
nier l'utilité de considérer un projet sous
toutes ses faces. Mais si vous avez envisagé la pire
chose qui puisse arriver au cas où la décision
ne répondrait pas à votre attente et si, en
mettant les choses au pis, le projet semble quand même
valable, vous êtes fondé à aller de l'avant.
Un bon moyen pour maintenir notre enquête préliminaire
dans la bonne voie est de noter par écrit le but du
projet, ses avantages, deux ou trois méthodes à
suivre éventuellement et le temps dont on dispose pour
le réaliser. Il s'agit en somme de situer le problème,
d'en fixer la portée et les limites, de réunir
les renseignements pertinents et de prendre une décision.
Simplifier et organiser
Simplifiez partout où c'est possible. Attachez-vous
à l'essentiel de l'affaire. Analysez-la afin d'en saisir
clairement les éléments constitutifs. Tracez
un plan pour résoudre le problème ou exécuter
le travail, en tenant compte de son ampleur, du talent de
celui qui en sera chargé et de l'efficacité
des moyens d'exécution disponibles.
Organisez ensuite le travail. L'homme qui aspire résolument
à l'efficacité en tant que manière de
vivre fera une foule de petites choses pour en favoriser le
développement. Le fait d'avoir de la méthode
accroît notre efficacité, sans compter que c'est
un facteur de sécurité. Sans méthode,
il n'y a aucune possibilité de manoeuvrer devant les
difficultés.
La méthode facilite le travail. L'habitude de jeter
un coup d'oeil sur les documents et de les mettre de côté
sans faire le nécessaire est l'une de nos pires causes
de gaspillage de temps, mais elle a un autre effet néfaste
en ce sens qu'elle engendre une impression exagérée
de difficulté. Une autre habitude préjudiciable
à l'efficacité consiste à employer le
mauvais instrument pour faire un travail. Le rôle d'un
levier n'est pas de nous permettre de lever rapidement n'importe
quel objet, mais de lever ce qui est trop lourd.
Le désordre est l'éternel ennemi de l'efficacité.
Benjamin Franklin avait adopté ce précepte qu'il
avouait ne pas toujours avoir pu suivre : « Prévoyez
une place pour chacune de vos choses et un temps pour chacune
de vos affaires. » Là où règne l'ordre,
les problèmes menés à bonne fin sont
plus nombreux, les tâtonnements plus rares, les fausses
réactions moins fréquentes et les pertes de
temps moins considérables.
Le moment critique
Tout le travail préparatoire pour atteindre à
l'efficacité aboutit au moment critique où il
faut commencer à mettre notre plan à exécution.
L'action est la transformation des idées en réalités.
Tant que la méditation demeure dans la solitude du
cloître, rien ne se passe à l'extérieur.
Mais il vient un moment où il faut donner vie aux idées.
Le choix du moment le plus propice est un facteur important
de l'efficacité d'action. Nous avons tous des hauts
et des bas. Dans nos périodes de grande forme, notre
rendement est de qualité supérieure et nous
pensons avec facilité et clairvoyance. Pendant les
périodes où nous sommes moins bien disposés,
nous accomplissons moins de travail au prix d'un plus grand
effort, et nos idées sont en sommeil. Ces alternances
de hautes performances et d'états d'impuissance parfois
paralysants sont dans certains cas d'origine physiologique.
L'important est d'adapter son activité à ces
fluctuations, de faire son travail créateur quand on
se sent bien en train et de réserver les périodes
de ralentissement pour les tâches courantes.
C'est une faiblesse bien connue de la nature humaine que
de laisser se prolonger trop longtemps les sentiments de découragement.
Il faut lutter avec vigueur contre l'inertie.
Le travail
Les progrès dans la voie de l'efficacité supposent
ordinairement une somme considérable de travail ardu
et un effort d'application intense. On ne monte pas une côte
en roue libre.
Lorsqu'un jeune homme promet d'être très brillant,
la première question à se poser à son
sujet est la suivante : « Travaille-t-il ? »
Nous vivons à une époque qui boude la besogne,
dans des circonstances où il est plus facile que jamais
à l'homme énergique de parvenir au succès
auquel il aspire.
Notre répugnance actuelle pour le travail ardu est
imputable en partie au labeur des générations
antérieures. Nos ancêtres vivaient dans un état
d'incertitude continuelle, ne sachant jamais si le lendemain
leur réservait un repas abondant ou le triste sort
d'être dévorés par les bêtes de
la forêt. Nos pères travaillaient parce qu'en
plus d'être un moyen de gagner sa vie, le travail faisait
partie des moeurs du temps et était considéré
comme une activité noble. Ils se sont si bien acquittés
de leur tâche que les jeunes gens d'aujourd'hui mènent
une vie de loisir jusqu'à leur sortie de l'école
ou de l'université. Ils sont privés du stimulant
qui aiguillonnait leurs devanciers.
Pour travailler avec efficacité, un homme doit envisager
le travail non pas comme une pénible corvée,
mais comme un moyen de perfectionnement, et faire en sorte
que le perfectionnement devienne l'expression naturelle et
normale de sa personnalité. Le travail qu'il accomplit
a plus d'importance pour lui-même que pour la société,
car sa santé mentale et physique en dépend dans
une large mesure.
Quelles que soient les moqueries des penseurs de la nouvelle
vague à l'égard du travail, personne ne peut
vraiment nier la valeur du labeur fécond. Il développe
l'application de l'esprit, l'attention, la patience, l'enthousiasme,
la résistance à la fatigue, la joie de la réussite
et la capacité de réparer ce qui est gâché.
Toutes ces qualités prises individuellement contribuent
à notre bonheur et constituent dans leur ensemble une
source de satisfaction dans la vie.
De la médiocrité
La maxime selon laquelle le mieux est souvent l'ennemi du
bien n'est pas de mise dans la vie de l'homme qui recherche
l'efficacité. Il ne peut jamais s'arrêter et
dire « j'ai atteint mon apogée », car il
sait qu'il demeure toujours perfectible. Il n'appartient pas
à la catégorie des âmes timorées,
qui ne connaissent jamais ni la victoire ni la défaite.
Il est rare qu'un grand artiste soit entièrement
satisfait de son oeuvre. Très souvent, les peintres
ne signent pas immédiatement leurs tableaux dans l'espoir
d'y apporter quelques retouches pour les fignoler. Leur imagination
leur a fixé un idéal qu'ils n'ont pas encore
tout à fait réussi à concrétiser
sur la toile.
Certes ne faut-il pas nous attendre à résoudre
tous les problèmes, même si nous acquérons
une grande efficacité. Nous devrons quelquefois nous
contenter momentanément d'une solution partielle. En
art comme en sciences, le succès est une longue suite
de recommencements.
Quand une tâche semble vous clouer au tapis, c'est
peut-être que vous avez eu recours à la mauvaise
prise. Dégagez-vous et essayez une autre tactique.
Quiconque tente de faire quelque chose d'important commet
forcément des erreurs, mais l'homme efficace fera de
son mieux pour tirer parti de tout, même de ses méprises.
L'échec, même s'il s'agit d'un fiasco pur,
simple et complet, ne manque pas d'une certaine dignité,
car c'est un témoignage que l'on a au moins tenté
d'accomplir quelque chose.
Il est parfois nécessaire de subir un échec
pour nous apercevoir que nous faisons fausse route. Notre
erreur devient alors une source de renseignement. Au lieu
de chercher des explications et des excuses, reconnaissons-la,
corrigeons-la et poursuivons nos efforts. Comme le dit Churchill :
« Si vous vous contentez de défendre votre erreur,
il n'y a plus aucun espoir d'amélioration. »
Il existe des gens qui essaient toutes sortes de choses,
mais dont les efforts restent vains. Ils en viennent bientôt
à se résigner à l'échec. Mais
la résignation conduit rarement à la solution
des problèmes. Ce qui importe, c'est de remonter à
la genèse du projet et d'examiner point par point notre
réflexion et notre action afin de trouver l'endroit
où il y aurait moyen de faire mieux.
Un dépassement continuel
L'efficacité suppose un dépassement continuel,
la joie du renouvellement sans fin dans la recherche du mieux-faire.
Elle est l'aboutissement naturel de la lucidité d'esprit,
de la sérénité du jugement, de la maîtrise
de soi, de l'ordonnance des plans d'action et de l'art de
choisir les moyens.
Le but qu'il s'agit d'atteindre dans notre poursuite de
l'efficacité est de découvrir le rôle
que nous allons tenir sur la scène de la vie ;
de nous assurer que nous accomplissons le travail pour lequel
nous sommes le mieux armé ; de savoir que nous
répondons à un besoin essentiel ; de veiller
à bien remplir nos devoirs. Cette recherche de l'efficacité
nous empêchera de devenir une fonction incarnée.
Mais parvenir à l'efficacité n'est pas tout.
Il s'agit ensuite de se maintenir fermement dans cet état.
« Prends garde de tomber », disait l'esclave au
triomphateur romain montant solennellement au Capitol, tout
près duquel se trouvait, ne l'oublions pas, la roche
Tarpéienne.
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