Vol. 49, N° 7 Juillet 1968
Les qualités de
l'homme d'affaires
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Malgré sa banalité
apparente, le truisme « méthodique comme les affaires »
est, à la réflexion, chargé de signification.
Il évoque les qualités de compétence,
de loyauté, de probité, ainsi que le sens des
valeurs qui caractérisent l'homme d'affaires digne
de ce nom.
La sphère d'activité à laquelle il
se rapporte comprend un large éventail d'occupations
humaines, où sont représentés les professions,
les carrières et les métiers les plus divers.
Elle suppose chez ceux qui l'ont choisie l'art de gagner sa
vie et de dépenser son argent de la façon la
plus profitable. C'est un domaine où les cerveaux,
qu'ils soient humains ou électroniques, ont besoin
d'être aiguillonnés.
On ne peut devenir un excellent homme d'affaires simplement
parce que c'est une éventualité qui nous sourit.
Il faut en acquérir le désir par l'étude
et la pratique, afin d'apprendre à faire face non seulement
aux menus problèmes des affaires quotidiennes, mais
aussi aux complications dont ils s'accompagnent quelquefois.
Cela demande une connaissance solide du principe fondamental
des affaires, qui consiste à essayer de tirer bénéfice
des opérations tout en assumant le risque de subir
des pertes. Il faut aussi avoir le sens des affaires afin
de savoir apprécier la valeur réelle des articles
ou des services que l'on recevra en échange de ses
propres marchandises ou de ses propres services. Tout engagement
de fonds, qu'il s'agisse d'un paquet d'actions d'une grande
société ou d'un pain de savon pour l'évier
de la cuisine, repose sur l'espoir que le placement rapportera
un profit.
Il faut plus que l'esprit de concurrence pour réussir
dans les affaires. La seule intelligence ne suffit pas non
plus. Quelqu'un peut obtenir une haute note dans les tests
de connaissances, d'aptitudes, etc., mais fuser comme de la
poudre humide quand il s'agit de traiter une affaire. Même
si l'on connaît par coeur les principes économiques,
il importe de savoir quand et comment les appliquer.
Cet art se développe par la pratique et par l'adaptation
de ce que l'on apprend tous les jours à son acquis
et à son milieu personnel. Les connaissances dont on
s'enrichit par la lecture et l'étude ne sont pas encore
la sagesse, mais il faut les utiliser pour en arriver à
de sages décisions. Le dictionnaire nous dit que la
sagesse est « la qualité qui permet de porter
des jugements sains et de manier les faits avec sagacité ».
Elle comporte des jugements de valeurs, et, en jugeant les
valeurs, nous devons nous garder avec soin de la fantaisie,
du caprice et des préjugés.
Le rôle de l'imagination
Ce n'est que lorsque nous avons réuni un grand nombre
de faits d'une exactitude indubitable et que nous avons appliqué
notre esprit à les ordonner de façon pratique
que commence le rôle de l'imagination. Celle-ci est
une condition sine qua non pour l'homme d'affaires.
Elle met à contribution les expériences d'hier
pour prévoir les événements de demain
et transformer les conjectures nébuleuses en idées
profitables. Quiconque utilise son imagination sait que celle-ci
peut être formée et guidée, et que l'on
peut intentionnellement y emmagasiner des données qui
serviront de canevas à son action inventive.
À titre d'exercice d'imagination, examinez les données
que vous avez recueillies au sujet d'une ligne de conduite
quelconque et prenez le temps d'en estimer la valeur éventuelle.
Exprimez-les ensuite sous une forme nouvelle ou même
ancienne, vous ménageant ainsi plusieurs voies à
explorer. Modifiez l'ordre des données et des termes,
et tentez d'établir de nouveaux rapports entre les
choses. C'est là la méthode que suivent beaucoup
d'inventeurs, de publicitaires, d'artistes et de chercheurs.
Enfoncez de temps en temps la barrière de l'usage
établi. Au lieu d'exécuter une tâche ordinaire
de la façon habituelle, mettez de côté
les pratiques, les méthodes et les techniques acquises.
Commencez à réfléchir à partir
du point de départ. Vous aboutirez peut-être
ainsi à une méthode ou à un procédé
simplifié, ou encore à une façon plus
économique de faire un travail aussi bon ; peut-être
même découvrirez-vous quelque chose d'entièrement
nouveau. Quel que soit le résultat obtenu, vous vous
serez livré à un exercice original, qui égaiera
votre journée de travail.
Naturellement, il faut user de discernement. Il y a des
choses dans lesquelles vous êtes versé, mais
cela ne veut pas dire que vous serez aussi compétent
dans d'autres secteurs. En perfectionnant votre art du discernement,
vous parviendrez à choisir les domaines où vous
êtes le plus apte à penser et travailler avec
fruit. Toute oeuvre est forcément limitée. Aucun
artiste ne peut peindre toute la création ; il
doit se restreindre aux dimensions de sa toile. Comme l'a
dit un écrivain, l'universalité aboutit au néant.
Le travail méthodique
Toutes ces qualités - le sens des affaires, l'acquisition
du savoir, l'utilisation de l'imagination, la fraîcheur
d'idées, le discernement - sont nécessaires
à la bonne administration des affaires de toutes sortes.
Les opérations sont conduites avec intelligence par
ceux qui savent miser sur les hypothèses voulues au
moment voulu et confronter la plausibilité de leurs
hypothèses avec le risque.
Les connaissances acquises et stockées d'une façon
méthodique permettent à un homme de s'acquitter
de ses fonctions de façon à contribuer à
sa propre réussite. Il y a une différence entre
le savoir spécialisé et le savoir méthodique.
Le savoir spécialisé est borné ;
le savoir méthodique peut être vaste comme le
monde, et ses éléments se combinent pour former
le savoir général nécessaire aux affaires.
Cette distinction a été illustrée d'une
façon frappante, il y a plusieurs années, dans
un débat de la Chambre des communes, où un député
demanda si Donald Gordon, qui venait d'être nommé
président de la Commission des prix, avait de l'expérience
dans la production et la distribution des denrées alimentaires
ou autres produits de consommation. Le ministre des Finances
répondit : « La présidence de la Commission
des prix et du commerce en temps de guerre ne consiste pas
à produire et à distribuer des denrées
alimentaires ou autres produits de consommation, mais demande
plutôt une grande expérience en matière
de direction et d'administration. »
La méthode facilite l'organisation. Napoléon
disait : « Lorsque je veux conclure une question,
j'en range le dossier et j'en prends une autre. Je ne les
mêle jamais, et jamais non plus elles ne me tracassent
ni ne me fatiguent. »
Le travail courant peut sembler assommant à certaines
personnes, mais il est la base du succès des opérations.
Il vient un moment où la théorie et les principes
directeurs aboutissent à l'arête vive de l'action
directe, et si la base n'a pas été bien établie
par l'organisation et les préparatifs courants, on
ne peut escompter une réussite certaine.
Le sens commun
Après avoir fait preuve d'ingéniosité
dans la recherche des renseignements, ordonné nos connaissances,
distingué l'utile de l'inutile, il est temps de mettre
le sens commun à contribution. Ce n'est pas tout d'être
brillant ; il faut aussi avoir du bon sens.
Le sens commun a ses racines dans l'expérience. Il
projette un faisceau de lumière sur le problème
à résoudre de manière à en révéler
les points faibles et à en faire ressortir les possibilités.
Le sort d'une affaire ne se règle pas d'après
l'oscillation des aiguilles sur les lignes rouges et noires
des cadrans, mais par la décision du responsable. Une
fois les faits techniques établis, les aspects économiques
relevés et appréciés, les problèmes
de production analysés et les facteurs humains bien
pesés, il faut décider de pousser l'opération
ou d'y renoncer.
Vous devez savoir où vous adresser pour obtenir de
l'aide. Il y a des moments où vous douterez de votre
propre jugement, où votre expérience semblera
lamentablement à court des moyens nécessaires.
Mais vous aurez eu soin de vous constituer des sources de
renseignements et d'établir des contacts avec des personnes
auxquelles vous pourrez faire part de ce qui vous inquiète.
Si votre décision ne paraît pas judicieuse
et convenable aux yeux des autres, examinez-la de nouveau
depuis le début. Il n'y a rien de déshonorant
à repenser un problème, mais il est désastreux
de suivre une mauvaise direction.
C'est à ce stade que votre courage décidera
des événements. Le courage consiste à
savoir comment se comporter dans les circonstances dangereuses.
La timidité est un grave désavantage, car elle
fait hésiter au moment où il importe d'aller
de l'avant.
La bravoure a du bon, mais la vie des affaires n'est pas
faite pour les gens qui sont inconscients du danger. Il faut
savoir discerner si la voie où nous nous engageons
est hasardeuse. L'homme courageux aime la lutte, mais, s'il
allie la sagesse au courage, il ne l'accepte qu'après
avoir exploré le terrain avec soin et les yeux grands
ouverts. Il a alors toutes les chances de sortir victorieux
de l'épreuve.
L'enthousiasme
Dans le cours normal des affaires, la ténacité
doit faire place à l'enthousiasme si l'on veut obtenir
les meilleurs résultats. La passivité est nettement
incompatible avec les affaires, qui éveillent l'idée
du mouvement, de l'énergie, de l'exploration. L'enthousiasme
manifeste en quelque sorte notre attachement à un but.
Il permet de franchir la crête qui sépare le
succès de l'échec.
Il y a même des circonstances où il faut s'enflammer.
L'officier qui enfonce sa badine sous son bras et s'avance
calmement vers l'ennemi à la tête de ses troupes
n'agit pas par vaine ostentation ; il fait ce qu'il doit
pour entraîner ses hommes.
Lorsque le besoin s'en fait sentir, vous devez exiger une
action immédiate. Certains procédés classiques
des affaires font perdre beaucoup de temps. L'homme d'affaires
n'aime pas parler pour le plaisir de la chose ; il veut
agir et entreprendre. C'est pourquoi certaines sociétés
imposent une limite de temps aux réunions de comité,
alors que certains parlements éclairés fixent
aussi des bornes aux discours.
Tout en utilisant les services de nombreux auxiliaires et
employés, un homme doit demeurer capable de se débrouiller.
La confiance en soi n'est pas de la prétention, mais
la certitude de la réussite que confère le sentiment
de l'action bien organisée, étayée par
la richesse des ressources que l'on porte en soi. Dans plusieurs
de ses sonnets, qui ont été pour lui la seule
occasion de parler de lui-même, Shakespeare déclare
avec assurance que ce qu'il écrit est immortel.
Vous avez le devoir de donner votre pleine mesure, même
« si cette mesure » est deux fois mieux que ce que
l'on attend de ceux qui vous entourent. En attendant, en compagnie
de Caruso, le signal d'entrer en scène, au Metropolitan
Opera de New York, Edith Mason crut remarquer que le plus
adulé des ténors tremblait. Elle lui demanda
donc avec incrédulité : « Avez-vous
le trac ? » Caruso répondit : « Madame
les autres chanteurs doivent chanter à la perfection ;
Caruso doit chanter mieux encore. » Napoléon,
lui aussi, avait conscience de sa valeur. Quand on lui annonça
que les troupes ennemies étaient trois fois plus nombreuses
que les siennes, il répliqua : « J'ai cinquante
mille hommes, avec moi, cela fait cent cinquante mille. »
S'acquitter de ses obligations
Mener les affaires à bonne fin n'est pas tout dans
la vie. L'homme doué d'une intelligence remarquable
ou qui dispose de possibilités particulières
a des obligations envers la société. Son honneur
même lui commande ici de faire par devoir ce que d'autres
citoyens font par nécessité.
Lorsqu'un homme d'affaires transmet des instructions, il
ne peut pas faire comme le garçonnet qui se sauve après
avoir lancé une pierre. Étant un responsable,
il doit veiller à ce que ses instructions soient exécutées
et soutenir ceux qui accomplissent le travail, car il est
comptable des résultats de leurs efforts.
Des situations difficiles surgiront, la tourmente sera quelquefois
violente, mais son empire sur lui-même lui permettra
de conserver toute la rectitude de son jugement, la maîtrise
de ses nerfs et la lucidité de son esprit.
Il trouvera parfois du soulagement en se moquant de lui-même,
ce qui est un excellent moyen de surmonter les tribulations.
Lorsque vous faites une table dans votre atelier de bricolage
et que vous vous apercevez que l'un de ses pieds est plus
court que les trois autres ; lorsque vous additionnez
une colonne et constatez que ce n'est pas la bonne ;
lorsque vous soutenez avec force que quelqu'un a pris le dossier
que vous cherchez et que vous le trouvez dans le tiroir de
votre pupitre, que pouvez-vous faire de plus que rire de vous-même ?
Vous vous méfierez d'autre part des influences qui
tendraient à vous rendre prétentieux. En voici
quelques petits exemples : la secrétaire qui vous
dit toujours que vous écrivez des lettres magnifiques ;
le comptable qui remarque que vous êtes très
rapide en calcul ; le rédacteur de publicité
qui vous consulte au sujet d'une illustration parce que « vous
vous y connaissez tellement bien en formes ». Ces petites
flatteries, innocentes en elles-mêmes, sont autant de
facteurs qui sont de nature à miner votre sens de l'objectivité.
S'améliorer sans cesse
Le succès à long terme exige une amélioration
continuelle. Les affaires tomberaient dans le marasme si elles
n'avaient pas à leur service des gens avec des idées
nouvelles et ayant l'audace de les mettre à l'essai.
Il importe en tout premier lieu que vous ayez confiance
dans votre capacité de bien exécuter une tâche,
et ensuite que vous recherchiez une meilleure façon
de l'accomplir. Imposez-vous de temps en temps un bref examen
de conscience, afin de vous assurer que votre production est
satisfaisante dans les circonstances actuelles. Ce qui représentait
une bonne production, dans les affaires il y a cinq ans n'est
peut-être plus suffisant aujourd'hui ; de même
les lumineuses idées nouvelles d'il y a quelques années
ont peut-être besoin d'être relimées. Mesurez
votre rendement. Correspond-il à la norme que vous
fixeriez pour d'autres dans un cas analogue ?
Etudiez les choses en les examinant personnellement ou en
consultant ceux qui les connaissent. Beaucoup d'hommes d'affaires
grignotent un sandwich à leur pupitre sans interrompre
leur travail ou se précipitent à la salle à
manger des chefs ou à la cafétéria pour
parler boutique avec les mêmes gens tous les jours.
Il faut se maintenir à la page. Certaines personnes
sont tellement en retard sur les progrès de leur spécialité
qu'elles se prennent pour des chefs de file. Il importe d'avoir
assez de souplesse d'esprit pour s'adapter, et cela exige
de la largeur de vues.
Sachez ce que vous voulez. Prenez le temps de vous demander
si vous avez manifesté jusqu'ici, dans votre ligne
de conduite, le souci de l'action féconde ou le désir
de la domination pour elle-même. Jugez des valeurs et
des possibilités d'après ce critère.
L'ambition ne consiste pas à lutter pour la préséance
à un changement de feu de circulation, mais dans la
volonté de progresser en se perfectionnant sans cesse.
Exercez votre autorité à
bon escient
L'homme d'affaires ne peut se permettre de cesser d'apprendre
même s'il possède à fond les procédés
de son métier ; il y a toujours des êtres
humains à mieux connaître.
Certaines personnes très intelligentes et ingénieuses,
capables d'élaborer d'excellents projets et de bien
organiser le matériel d'usine et de bureau, ignorent
absolument comment s'y prendre pour intéresser les
autres à leurs idées ou les amener à
mettre leurs plans à exécution.
Il n'est pas nécessaire d'effectuer une analyse freudienne
de la nature des motifs cachés, invisibles et inconscients
de ceux avec qui vous faites des affaires, mais vous devez
savoir quel est le but qu'ils ont en vue dans l'opération
qui vous intéresse.
Il ne suffit pas d'être complaisant et affable envers
vos amis ; il faut aussi être aimable avec ceux
qui vont à l'encontre de vos désirs. Cette obligation
ne consiste pas à afficher une familiarité de
commande, ce qui est on ne peut plus répugnant. Elle
ne saurait se limiter non plus aux vigoureuses poignées
de main et aux cartes de Noël. Il importe, pour bien s'en
acquitter, d'avoir du tact.
Le tact est, en toute circonstance, une qualité essentielle
de réussite dans la vie. C'est le sentiment des convenances
et de la mesure à observer en présence de certaines
situations, de certaines passions et de certains intérêts,
ainsi que la délicatesse de comportement qui consistent
à respecter la dignité des autres et à
éviter de les blesser ou de leur causer des désagréments.
Prenons-en comme exemple le bal où les lumières
furent éteintes pendant que l'on jouait le nouvel hymne
républicain parce que, comme l'a dit un chef républicain,
« il s'agissait d'une réunion mondaine où
l'on ne voulait pas voir quels étaient ceux qui ne
se lèveraient pas. »
L'autorité de l'homme d'affaires avisé est
claire pour tous, et elle n'en est pas moins respectée
parce qu'il s'abstient scrupuleusement de l'utiliser lorsque
ce n'est pas nécessaire. On ne parvient pas à
la notoriété dans les affaires en trônant
comme un souverain couronné ni en exerçant une
tyrannie légalisée.
L'homme au sommet de la hiérarchie doit s'y connaître
en organisation, en production, en comptabilité, en
vente et en financement. Mais il doit aussi savoir diriger.
Un voilier peut être battu dans une course, non pas
faute de vent, mais à cause de la faiblesse de la main
qui tient le gouvernail.
Jusqu'à quel point importe-t-il que les autres apprécient
votre oeuvre ? En principe, cela n'a aucune importance,
à moins que l'appréciation de votre rôle
de dirigeant ne vous soit nécessaire pour atteindre
votre but et non pas uniquement pour flatter votre vanité.
Ceux qui insistent pour faire reconnaître leurs services
et qui considèrent leur dignité comme une chose
sacrée démontrent qu'ils ne méritent
pas ce qu'ils réclament. En fait, ce qui compte beaucoup
plus que les hommages publics, c'est la conviction intime
de sa propre valeur.
Affrontez l'adversité avec courage
Tout homme d'affaires doit savoir supporter l'adversité
avec patience et même l'accueillir de bon coeur, car
elle le poussera à réaliser des dépassements
dont il ne se croyait pas capable. « L'adversité,
a écrit Chateaubriand, est pour moi ce qu'était
la terre pour Antée : je reprends des forces dans
le sein de ma mère. »
Les philosophies que les hommes prennent pour guides dans
leur vie et leur travail comptent parmi leurs biens les plus
précieux. Dans bien des cas, le succès ou l'échec
d'une société ou d'une entreprise quelconque
dépend du caractère, des dons et des principes
philosophiques d'un seul homme, d'un homme qui sait exactement
ce qu'il faut faire pour être à la hauteur de
sa tâche.
L'homme d'affaires ne doit pas permettre que les idoles
de l'arrivisme remplacent chez lui les idéaux de ce
que les hommes devraient être. Il devra s'assurer que
les moyens qu'il adopte pour atteindre ses fins sont appropriés,
convenables et en accord avec son tempérament et ses
principes. Jamais il ne fera quoi que ce soit dans les affaires
qui pourrait porter atteinte à sa dignité.
Toute oeuvre est d'une fragilité inquiétante
si elle ne repose pas sur des principes durables. La réussite
dans le monde des affaires peut très bien se concilier
avec l'observation des règles de vie les plus saines
et de la distinction fondamentale entre le bien et le mal.
L'honnêteté
L'homme intègre exerce une grande influence dans
la société. Il est irremplaçable comme
tel. C'est le type d'homme à qui les autres accordent
instinctivement leur confiance, parce qu'il est le type d'homme
dont le but est de vivre strictement comme il pense qu'il
devrait vivre.
Toutes les plus belles maximes de la morale actuelle existaient,
il y a des milliers d'années, dans les livres sacrés
de l'Égypte. Voici un extrait de la prière suppliante
d'une âme au jour du jugement : « Je n'ai
ni dit de mensonges, ni usé de tromperies, ni surchargé
les serviteurs de travail, ni encouragé les querelles,
ni fait pleurer personne, ni réalisé de gains
frauduleux, ni pris injustement les terres des autres, ni
falsifié les poids et les mesures, mais j'ai donné
à manger à ceux qui avaient faim, à boire
à ceux qui avaient soif et des vêtements à
ceux qui étaient nus. »
Ces préceptes nous rappellent que les opérations
commerciales ont des conséquences sociales et que le
souci de l'intérêt public est un devoir incontestable
des hommes d'affaires.
Toujours à travers les âges, la vie humaine
a fait fond, et avec raison, sur le sentiment instinctif d'obligation,
de la part des plus richement doués, envers leurs concitoyens.
Dans le message radiodiffusé qu'il adressait à
son peuple, de Grande-Bretagne et des autres pays, à
la suite de son couronnement, le roi George VI formulait ainsi
ce noble devoir : « La plus haute distinction est
de servir les autres. »
Il est donc permis à l'homme d'affaires d'avoir une
haute idée du rôle qu'il exerce dans la société.
Les affaires sont une activité virile et durable, et
leur stabilité est d'une importance capitale dans la
structure de la vie canadienne.
Les hommes d'affaires ne reçoivent pas de bruyantes
acclamations. Des milliers d'entre eux reposent dans nos cimetières,
après avoir fait plus pour leur pays que beaucoup de
conquérants, de soldats et de chevaliers qui dorment
sous des mausolées. Ces hommes n'ont pas cherché
à briller. Comme les athlètes, les comédiens
et les hommes d'État de l'ancienne Grèce, pour
qui la couronne d'olivier avait plus d'attrait que toutes
les voluptés des rivages enchanteurs de la Méditerranée,
ils se sont contentés de remplir du mieux qu'ils pouvaient
la mission qu'ils se croyaient tenus d'accomplir.
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