Vol. 58, No 1 Janvier 1977
Nos libertés
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Nous sommes enclins à ne
pas prendre au sérieux la liberté - comme d'ailleurs
les autres choses fondamentales de la vie - tant qu'elle n'est
pas menacée. Étant donné ce qui se passe
aujourd'hui dans le monde, il est grand temps de se demander:
qu'est-ce que la liberté ? pouvons-nous la conserver ?
que faire pour être sûrs de la conserver ?
Les doctrines que nos grands-parents tenaient pour évidentes
sont attaquées dans de nombreux milieux. Des institutions
péniblement établies et défendues pendant
des siècles de lutte ont été détruites.
Le problème de la sauvegarde de nos libertés
intéresse la civilisation tout entière.
L'idée de liberté paraît une chose simple
et toute naturelle, et pourtant elle est hérissée
de difficultés. Nous sommes généralement
portés à définir la liberté comme
le droit de faire ce que nous voulons, de vivre à l'abri
de la persécution, de travailler et de gagner décemment
notre vie.
Mais quand nous y réfléchissons et que nous
pensons à tous les genres de libertés, nous
tombons dans des complications, parce que les libertés
civiles, personnelles et politiques sont différentes
en soi et se contrecarrent souvent.
Voici une liste des libertés humaines fondamentales
préparée par un comité du American
Law Institute, dans lequel le Canada avait un représentant :
liberté de conscience, d'opinion, de parole, de réunion
et d'association: liberté en ce qui concerne l'ingérence
illégale, la détention arbitraire et les lois
rétroactives; droit à la justice, à la
propriété, à l'éducation, au travail,
à la nourriture, au logement, à la sécurité
sociale, à l'égalité de la protection
et à la participation au gouvernement.
La nature et la portée de ces libertés dans
n'importe quel pays sont influencées par ses mours,
ses traditions juridiques et ses progrès sociaux. Chaque
nation, comme chaque génération, est obligée
de se forger le modèle qui réalisera son idéal
dans le cadre de son milieu.
II peut sembler naïf de demander :« Qui désire
la liberté ? » Mais quand on jette un coup
d'oeil sur le monde, il n'est pas difficile de trouver des
pays entiers dont les peuples ne paraissent pas désirer
suffisamment la liberté pour lutter pour elle; et même
au Canada on pourrait dire que tout le monde n'est pas prêt
à lutter pour la liberté. Cela est si vrai que
les hommes de bonne volonté s'inquiètent de
la facilité avec laquelle les peuples des pays encore
libres penchent vers le totalitarisme.
11 y a d'autres gens qui, pour une autre raison, ne désirent
pas la liberté. Ils n'aiment pas le droit qu'elle offre
aux autres d'agir d'une manière différente de
la leur. Le loup enviait le chien de La Fontaine qui, lui,
était bien content de son sort, malgré le collier
par lequel il était attaché.
Genres de libertés
Les libertés qui sont nécessaires dans une
démocratie se divisent, semble-t-il, en quatre classes
principales; liberté naturelle, liberté nationale,
liberté politique et liberté civile. Ces rubriques
embrassent le droit de l'individu de faire ce qu'il veut;
le droit de souveraineté; le droit de choisir un gouvernement
populaire ou représentatif, ainsi que les droits et
privilèges créés et protégés
par l'État pour ses sujets.
Le droit fondamental, naturellement, est le droit de vivre
pleinement sa vie. Chaque être humain éprouve
un besoin d'expression, d`épanouissement et de considération,
le besoin de réaliser tout ce qu'il se sent capable
d'être et de faire.
Imaginez un graphique indiquant les degrés de liberté
dont jouissent différents peuples. La courbe commence
près de la base à gauche, monte tout droit et
redescend à la base à droite. Au commencement
du graphique il y a les sociétés primitives
comme celles dont parle C. S. Forester dans son roman The
Sky and the Forest. Elles sont caractérisées
par l'anarchie, la magie et le meurtre. Un peu plus haut,
nous trouvons une société composée de
centaines de petits groupes concurrents, avec très
peu de stabilité sociale, par exemple l'empire romain
d'Occident et les Cités Etats d'ltalie. Plus haut,
vient la société composée de groupes
homogènes et stables, comme la Grande Bretagne, la
France, les États-Unis et la Suède. Au commencement
de la pente vers la droite nous trouvons des pays qui ont
laissé concentrer le pouvoir dans les mains d'une classe,
peu importe que cette classe soit aristocratique, bourgeoise,
militaire, prolétarienne, ecclésiastique ou
bureaucratique. Au plus bas de la courbe se situe l'État
totalitaire, qui a détruit tous les groupes indépendants
et étouffé toutes les opinions individuelles.
Liberté pratique
La plus grande difficulté éprouvée
par la plupart des partisans de la liberté et des droits
est qu'ils comptent sur des mots et de belles phrases. La
liberté se perd pendant qu'ils font de beaux discours
soporifiques.
L'habitude de nous abandonner aux sentiments dans les questions
les plus importantes de notre vie nous entraîne dans
des considérations abstraites sur un sujet qui doit
être réel et concret si l'on veut qu'il existe.
Nous ne pouvons pas rester longtemps libres si nous envisageons
la liberté seulement comme un état de bonheur
humain, sans tenir compte des milliers de réalités
qui en forment l'essence.
Les hommes de la Renaissance réclamaient la liberté
d'étudier la littérature classique et d'échapper
à l'obscurantisme de leur époque. Pendant la
Réforme, la liberté signifiait le droit de penser
à sa guise au lieu de vivre sous les édits.
La révolution anglaise avait pour but l'immunité
des sujets par opposition au pouvoir du roi. Dans l'Angleterre
du XIXe siècle, on revendiquait la liberté du
commerce au lieu du monopole protégé par l'État.
Dans certains cas, il faut le dire, la passion de la liberté
a été poussée trop loin. Mme Roland,
allant à l'échafaud, s'écria en passant
devant la statue de la liberté : « Ô
liberté, que de crimes on commet en ton nom ! »
Rien ne cause plus de malheurs que l'idée que ce qui
est bon pour les uns doit l'être aussi pour les autres
et doit être imposé à tous.
Comme la vérité, la liberté consiste
à faire concorder et à combiner des choses opposées,
et cela demande un esprit large et impartial. Le monde s'efforce
aujourd'hui de trouver un dénominateur commun pour
ceux qui agitent un drapeau rouge et proclament les droits
de l'homme, ceux qui arborent l'Union Jack et chantent Les
Anglais ne seront jamais esclaves et ceux qui saluent
la bannière étoilée comme l'emblème
de la Démocratie.
Il y a également conflit entre les libertés
individuelles. La liberté de parole n'implique pas
le droit de calomnier; la liberté de conscience ne
nous dégage pas de nos responsabilités civiques;
la liberté de l'individu n'implique pas l'abolition
des prisons. De fait, la liberté dans un sens comporte
toujours des restrictions dans un autre.
Devoirs de la liberté
« Un homme libre est aussi jaloux de ses responsabilités
que de ses libertés, » a dit Cyril James, vice-chancelier
de l'Université McGill, dans un discours à l'Académie
américaine des sciences politiques et sociales. C'est
une profonde vérité et, si elle était
acceptée par tous, elle réglerait vite toutes
les disputes temporelles, toutes les difficultés et
tous les maux dont le monde souffre aujourd'hui.
Ce n'est pas une vérité nouvelle, mais malheureusement
nous l'avons perdue de vue. Quand l'Assemblée Nationale
était en train de voter la Déclaration des
droits de l'homme pendant la Révolution française,
un député remarqua qu'elle devrait être
accompagnée par une Déclaration des devoirs.
Mais il ne fut pas écouté.
Il n'y a pas de liberté sans responsabilité.
L'homme qui ne contribue pas en quelque mesure au bien-être
de l'humanité ne se conduit pas en homme libre. II
y a des choses qu'il est de son devoir de faire, et il est
responsable envers la société s'il ne les fait
pas.
Seul l'homme de haut calibre se rend compte que la protection
des droits civils commence par le respect des droits d'autrui.
Être libre signifie que nous concédons aux autres
le droit d'agir différemment de la façon dont
nous agissons nous-mêmes et de ne pas être trop
facilement scandalisés quand les goûts diffèrent.
C'est ne pas affirmer nos convictions trop énergiquement
et nous rappeler que nous pouvons nous tromper. C'est agir
avec ménagement en ce qui concerne les croyances qui
imposent des devoirs ou des obligations aux autres, pour ne
pas empiéter sur leur liberté. De fait, la société
la plus libre est celle dans laquelle les gens ont appris
à se mêler de leurs propres affaires.
La tolérance est indispensable
Une tolérance bienveillante contribue beaucoup plus
à faire régner la liberté dans un État
que toutes les lois imaginables. Un peuple réellement
tolérant accorde la plus grande mesure possible de
liberté à ses sujets et compte sur le bon sens
des individus, sur l'opinion publique et les us et coutumes
pour refréner les excès.
La tolérance est source de respect mutuel. Ce n'est
pas seulement de la modération, mais le sentiment que
les autres peuvent aussi avoir raison. Celui qui voit le côté
humoristique des choses est plus susceptible d'être
un bon champion de la liberté que celui qui se laisse
aveugler par ses bonnes intentions.
Les esprits étroits sont opiniâtres. Les ignorants
croient toujours avoir raison. Les gens instruits sont rarement
sûrs de connaître toute la vérité.
Ceux qui aspirent à la vraie liberté gardent
toujours à l'esprit trois principes sans lesquels il
n'y a pas de liberté réelle: ce que nous croyons
n'est pas toujours nécessairement vrai; ce que nous
aimons n'est pas nécessairement bon; toutes les questions
sont discutables.
Où allons-nous ?
Voyons un peu ce que signifiait la liberté dans le
passé et ce qu'on fait aujourd'hui pour la conserver
et la répandre.
Les nations occidentales ont cheminé vers la liberté
pendant des siècles par révolution et évolution,
en insistant toujours sur les lois civiles et politiques nécessaires
à la liberté de l'individu.
Les Anglais ont suivi une marche logique. Le Roi Alfred
ordonna d'écrire l'histoire véridiquement :
ainsi, loi par loi, s'affirme et se réaffirme le droit
du peuple à vivre et travailler en liberté et
à recevoir la justice de la part de ses souverains.
Au cours des siècles, cette liberté a donné
naissance à la liberté sacrée du Français,
à la liberté farouche et belliqueuse de l'Écossais,
à la liberté émotive et illogique de
l'Irlandais. Il n'est pas étonnant que les Canadiens,
qui les héritent toutes, trouvent difficile de répondre
en quelques mots à la question « Qu'est-ce que
la liberté ? »
Il a fallu surmonter des obstacles, et après chaque
obstacle faire un long pas en avant. Le roi Jean commit l'erreur
d'ignorer les droits auxquels étaient accoutumés
ses plus puissants sujets. Quand les barons et les grands
dignitaires de l'Eglise se révoltèrent en 1215
et forcèrent le Roi à signer la Magna Charta,
la Grande Charte des libertés, ce pas en avant fut
accompli. Ce déni formel du pouvoir absolu du roi ne
laissa aucun doute sur sa signification. Aucun citoyen ne
sera emprisonné ou banni sauf par jugement de ses pairs;
nous ne vendrons ni ne refuserons à aucun homme la
justice ou le droit.
La liberté spécifique de la Grande Charte
convenait mieux aux Anglais que les abstractions des Droits
de l'homme des Français. Les Anglais ne parlèrent
pas « d'égalité », mais énoncèrent
clairement les droits et les devoirs qui tendent à
rendre les hommes égaux.
La liberté au Canada
Quelques partisans de la liberté ont vu avec déplaisir
le Canada s'abstenir d'approuver la Déclaration des
droits de l'homme adoptée par la commission sociale
des Nations Unies.
L'explication est bien simple. C'est la portée même
de nos libertés qui rend impossible au Gouvernement
canadien de souscrire à la déclaration des droits.
Le gouvernement fédéral et les gouvernements
provinciaux approuvent les libertés, mais celles-ci
doivent être protégées et propagées
dans le cadre de notre constitution qui assigne ses devoirs
à chaque gouvernement. Aucune province ne peut empiéter
sur les droits de la fédération des provinces
et vice versa.
Il est bon de citer à ce propos un passage d'un article
de Hugh MacLennan, auteur de Two Solitudes. Cet article
publié dans Foreign Affairs du mois d'avril
1949 devrait être lu par tous les Canadiens, depuis
les écoliers jusqu'aux diplomates. MacLennan écrit :
« Notre pays, qui était autrefois le plus grand
Dominion de l'Empire britannique et qui est maintenant autonome,
a acquis une capacité purement féminine d'entretenir
dans sa nature des contradictions si difficiles à concilier
que la plupart des sociétés dans le même
cas seraient bouleversées par des révolutions
périodiques. Comme les femmes, le Canada déteste
les querelles, comme elles il est prêt aux compromis
pour avoir la paix dans la maison; comme elles il sait que
quoiqu'un mari puisse battre sa femme, s'il le désire,
elle peut lui en faire honte plus tard. Le Canada possède
également un cour trempé dans l'acier et chaque
fois qu'on menace ses valeurs fondamentales, il résiste
à contre-coeur mais d'une manière implacable. »
L'auteur montre ensuite comment, après la prise de
Québec, le Gouvernement britannique édicta le
fameux Acte de Québec « qui est l'édit
politique le plus libéral rendu par un conquérant
jusqu'à cette époque. » Cette Loi garantissait
aux Canadiens français leur liberté de croyance,
le droit de conserver leur langue dans les cours de justice
et de l'enseigner dans les écoles, ainsi que le droit
de continuer à suivre et pratiquer le droit civil français.
Le respect et l'observation des droits et des libertés
dépendent dans une grande mesure des convictions, du
caractère et de l'esprit du peuple. Même les
déclarations de droits les plus libérales peuvent
être mal interprétées par une génération
bornée et inepte. Il faut reconnaître que c'est
grâce à l'amour du peuple canadien pour la liberté
et à sa tolérance et son esprit de justice,
que nous avons continué à vivre paisiblement
dans notre pays en même temps que le progrès
et l'amélioration du niveau d'existence marchaient
de pair avec la plus grande liberté personnelle possible.
Les Nations Unies
Les Nations Unies ont fait miroiter l'idée de liberté
sous une multitude de formes idéales. Hélas !
c'est une chose d'avoir des idéaux et une autre de
les réaliser. Il y a eu en 1940 un des plus importants
moments de l'histoire. Ce fut celui où la Grande-Bretagne
invita la France à se joindre à elle et à
ne former qu'un seul peuple. C'est Churchill qui le proposa,
mais sa voix se perdit dans le tumulte des événements.
La Charte des Nations Unies offre une autre possibilité.
Dans de nobles phrases elle prescrit à ses membres
de « développer les droits de l'homme et les libertés
fondamentales. » Mais comment y arriver ? La manière
la plus facile semble consister à conclure des accords
internationaux sur les rapports entre les peuples.
Si les Nations Unies peuvent établir un mécanisme
pour la protection internationale de la liberté et
des droits de l'homme, elles auront justifié l'espoir
général de l'humanité, parce que lorsque
la liberté sera observée entre les nations,
les gouvernements et les peuples seront intéressés
à la voir régner en deçà de leurs
frontières, et l'opinion publique insistera sur des
lois propres à favoriser les droits de l'homme et les
libertés fondamentales.
Après la publication de la Charte des Nations Unies,
les demandes de moyens précis et de textes significatifs
pour sa mise en pratique se firent de plus en plus nombreuses.
La Commission des droits de l'homme rédigea la Déclaration
universelle des droits de l'homme, qui fut adoptée
par l'Assemblée générale des Nations
Unies le 10 décembre 1948. On peut s'en procurer gratuitement
des exemplaires en s'adressant à l'Association canadienne
pour les Nations Unies, 63, rue Sparks, Ottawa K1P 5A6.
L'autre choix
Nous pouvons choisir la liberté ou l'absence de liberté.
L'humanité a le choix de consacrer ses efforts à
la recherche des meilleures valeurs culturelles en défendant
la dignité humaine, en favorisant la responsabilité
individuelle, en assurant l'application impartiale de la justice
et en préférant la persuasion de la tolérance
à la contrainte par la force. Ou bien elle peut soumettre
la destinée des hommes aux ordres de dictateurs ou
d'un groupe qui contrôle les ressources de la nation,
et avoir des sujets tellement disciplinés et habitués
à être commandés depuis le berceau qu'ils
obéissent automatiquement aux ordres, si odieux qu'ils
soient.
Quelles que soient les belles phrases qu'elles emploient
pour expliquer leurs théories, il n'est pas possible
d'avoir foi dans l'honnêteté des personnes qui
prétendent croire aux droits de l'homme et qui, en
même temps, suivent les doctrines de la dictature, de
la révolution et d'un système de gouvernement
à un seul parti.
Une telle forme de gouvernement est dégradante pour
la dignité humaine. Elle affirme que les raisons économiques
« déterminent toute la vie humaine » - ce
qui est une idée que même des gens avisés
peuvent accepter à première vue - mais cela
signifie simplement que les hommes sont poussés à
agir non pas par principe ou par une norme quelconque de morale,
mais par leurs besoins naturels. Une telle forme de gouvernement
suppose que l'on n'est pas intéressé à
la liberté, à la science ou la religion, mais
seulement à manger à sa faim. Elle ne donne
pas libre jeu au désir de s'instruire, elle ferme la
porte à l'intelligence. Elle n'ose pas permettre à
ses sujets de s'adonner aux études philosophiques ou
à des analyses historiques, parce qu'elles démontreraient
la stérilité et la futilité des idées
du dictateur.
Liberté ou esclavage
Il y a loin du développement progressif sous le régime
de la liberté à la tendance qu'ont les dictateurs
de faire dépendre les citoyens de l'Etat. L'histoire
nous enseigne qu'il n'y a pas de bonheur dans l'esclavage.
Plutarque, qui analysa les vies des Grecs et des Romains
célèbres du premier siècle, dit :
« Le premier destructeur des libertés d'un peuple
est celui qui leur a le premier octroyé des dons et
des largesses. » Un historien dit ceci à propos
d'Athènes à l'époque de Sucrate :
« De plus en plus l'État devint une institution
de charité dont le principal objet était de
fournir à chaque citoyen la vie la plus confortable
et la plus facile, et mettre à sa disposition le plus
grand nombre d'amusements possible. » Un demi-siècle
plus tard, toute politique nationale fut abandonnée
et l'État ne s'occupa plus que des intérêts
matériels. Les Athéniens avaient du pain et
des cirques, des largesses, des secours et des pensions: mais
Philippe de Macédoine n'eut pas de peine à les
vaincre, à les faire renoncer à leur indépendance
politique et à les réduire à l'état
de vassaux.
Le devoir imposé au gouvernement dans une société
libre n'est pas de prendre soin des citoyens, mais de permettre
aux citoyens de prendre soin d'eux-mêmes. Chaque homme
dans une société libre est un propriétaire,
et il tire sur le capital à mesure qu'il en acquiert
le droit.
Allons-nous à la dérive ?
La dictature s'est toujours introduite à pas de loup
dans la vie d'un peuple libre. Les dépenses de l'État
semblent promettre la prospérité économique
et l'avenir paraît brillant. Sous l'influence hypnotique
de l'impression d'obtenir sans payer, les masses perdent de
vue le fait que c'est là le procédé par
lequel d'autres peuples libres ont perdu leur liberté.
Le prix de la liberté n'est pas seulement une éternelle
vigilance mais un travail continuel. Nous ne nous préoccupons
pas de faire connaître nos principes, de nous assurer
que les gouvernements les gardent à l'esprit, de veiller
à ce que chacun d'eux soit observé à
chaque occasion. Il faut lutter pour la liberté, il
faut la gagner et la défendre jalousement même
dans sa propre demeure. 11 faut lutter de nouveau tous les
jours pour conserver la liberté, de peur qu'en nous
soumettant à un abus nous ouvrions la porte à
la tyrannie.
Quelques-unes des plus grandes tragédies de l'histoire
témoignent du remords des peuples qui n'ont compris
la valeur de la liberté humaine et de la liberté
personnelle qu'après les avoir perdues; il était
alors trop tard pour les défendre; c'étaient
des peuples qui haussaient les épaules et qui ne disaient
rien quand on infligeait des injustices à leurs voisins,
dans la maison d'à côté, dans le pays
voisin ou dans un autre continent.
Pour conserver notre liberté
Qu'est-ce qui rend les hommes libres dans la société ?
Ce n'est ni la richesse, ni leur état civil, ni le
gouvernement fédéral, ni le pouvoir commercial,
mais l'intelligent emploi de leurs connaissances. Nous avons
besoin d'être continuellement instruits et réinstruits.
Instruits en ce qui concerne les éléments fondamentaux
de la liberté et réinstruits pour nous tenir
à la page dans un monde qui change sans cesse.
Notre machine démocratique est probablement vieille
et usée et, comme disent nos cultivateurs, raccommodée
avec du fil de fer et de la ficelle. Nous savons tous qu'elle
n'est pas parfaite. Mais nous savons également qu'elle
permet à nos gens de mener une vie plus heureuse, plus
libre et plus complète que celle que pourrait offrir
une nation totalitaire, et qu'elle vaut la peine d'être
conservée.
Notre plus grand besoin, aujourd'hui, est une attentive
connaissance des affaires publiques, non seulement de celles
du Canada mais des autres pays, et la résolution, de
la part de chacun de nous d'un bout à l'autre du pays,
de lutter pour le maintien de nos droits constitutionnels.
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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