Janvier 1949
Le rôle de la science dans la vie
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Quoi qu'on puisse dire de la science,
il faut admettre deux choses : elle a contribué
à rendre l'existence d'aujourd'hui confortable par
rapport à celle d'il y a un ou deux siècles
et elle a en même temps compliqué la vie.
La science appliquée a fait tellement de progrès
que nous sommes simplement surpris à notre époque
de ne pas apprendre plus souvent quelque merveilleuse découverte.
Nous acceptons comme naturelles des choses qui auraient paru
merveilleuses à nos grands-parents. Nous nous faisons,
très lentement, à l'idée qu'un inventeur,
un savant ou un professeur, n'est pas un bonhomme à
cheveux longs, un peu détraqué, dont les idées
baroques ont quelquefois du bon.
Le progrès a marché par à-coups. Un
génie inconnu d'une époque très ancienne
mélangea neuf parties de cuivre avec une partie d'étain
et fabriqua du bronze, ce qui fait passer l'humanité
de l'âge de la pierre à celui des métaux.
Archimède découvrit la vis vers 250 avant
J.-C. mais elle demeura dans sa forme primitive jusqu'à
Léonard de Vinci au 15e siècle. Et ce n'est
que ces jours-ci que la Grande-Bretagne, le Canada et les
États-Unis se sont entendus pour la première
fois pour standardiser les pas de vis de manière à
rendre les vis interchangeables.
Ce n'est qu'au 18e siècle qu'un savant suédois,
Linné, entreprit la tâche que, d'après
la Genèse, Dieu avait confiée à Adam :
celle de nommer tous les animaux et toutes les plantes. Linné
accomplit une oeuvre scientifique.
Qu'est-ce que la science ?
Le professeur R. C. Tolman, du California Institute of Technology,
présente la nomenclature des sciences sous la forme
d'une pyramide.
À la base, il place les mathématiques, qui
prennent comme sujet d'étude dans le monde de la réalité
les idées les plus simples et les plus générales,
comme celles d'ordre, de nombre et de dimension.
En ajoutant d'autres idées telles que celles de matière,
énergie et électricité, nous arrivons
à la science de la physique.
Les idées de différents ordres de substance
et de transformation chimique d'un ordre à un autre,
nous donnent la chimie.
Quand nous ajoutons les idées de l'ordre spécial
appelé vivant, et d'un genre spécial de conduite
d'ordre mental, nous avons la biologie et la psychologie.
Et, dit le professeur Tolman, « en comprenant dans notre
étude un nombre croissant de complexités du
monde environnant, nous en viendrions à la psychologie
sociale, à l'économie politique et aux sciences
sociales en général. »
Cela nous fait comprendre que nous devrions moins être
étonnés de la diversité apparente de
la science que de son unité réelle.
Les découvertes scientifiques ont toujours commencé
par une hypothèse suggérée par l'imagination
et par un esprit d'aventure. Dans l'ancien temps, le savant
ne dépassait guère les murs de sa ville et tout
était inconnu au delà d'un très petit
rayon : aujourd'hui nous avons construit un immense télescope
pour percer la Voie lactée.
Après l'imagination viennent les essais. Le singe
espiègle déchire les choses qui lui tombent
sous la main, mais l'homme est poussé par le désir
d'assembler les choses sous des formes différentes.
La plupart de ses efforts paraissent souvent futiles aux étrangers,
mais il a les yeux fixés sur un but qu'il est parfois
nécessaire d'atteindre par un chemin détourné.
La persistance a conduit à plus de découvertes
que l'intelligence.
La méthode scientifique
Il faut que les savants soient sceptiques et en proie au
doute, parce que ceux qui sont satisfaits des choses comme
elles sont et de l'idée que nous nous en faisons aujourd'hui,
ne découvriront jamais rien de nouveau et ne contribueront
pas non plus au progrès de la culture et au bien-être
de l'humanité.
La science consiste principalement à recueillir des
faits et à essayer de les expliquer. Le savant doit
être sans préjugés en rassemblant ses
faits et en les jugeant. Quand il arrive en face d'un phénomène
inattendu, il commence d'abord par douter. Les oeuvres de
Darwin sont un modèle du genre ; il refuse d'aller
plus loin que ce qui paraît évident et il pèse
avec soin chaque hypothèse.
La gravité n'était qu'une hypothèse
avant qu'on en fasse la preuve et elle est devenue ensuite
une théorie. En appliquant cette théorie, et
en observant le mouvement d'autres planètes, Leverrier
et Adams découvrirent la planète Neptune qu'ils
ne pouvaient pas voir.
Nous devons être reconnaissants à Carl L. Becker,
auteur de The Heavenly City of the Eighteenth-Century Philosophers,
de l'heureuse manière dont il décrit cette excursion
scientifique dans l'Inconnu : « Newton ne doutait
pas que, le firmament manifeste la gloire de Dieu ; mais
il désirait trouver, à l'aide d'un télescope
et d'un calcul mathématique, la manière exacte
dont cela est accompli. »
L'épreuve est une autre méthode scientifique.
Galilée n'était pas satisfait de ce qu'avait
dit Aristote au sujet de la chute des corps et il n'acceptait
pas non plus la supposition raisonnable qu'un poids de dix
livres devait tomber plus rapidement qu'un poids d'une livre :
il laissa tomber les deux de la tour penchée de Pise
et démontra que tous les corps tombent naturellement
à la même vitesse et non pas par rapport à
leur poids.
Ces qualités de la méthode scientifique :
le scepticisme tant que la preuve n'est pas faite ; la
possession de tous les faits ; la classification ;
l'élaboration d'une hypothèse et sa preuve,
non seulement dans son propre cadre mais par rapport à
d'autres hypothèses : ces qualités pourraient
bien être appliquées à la vie sociale
et politique au grand avantage des individus et du pays.
Genres de recherches
On peut diviser les recherches scientifiques en trois catégories :
la pure recherche, qui offre peu de chances d'application
pratique ; les recherches fondamentales appliquées,
qui ont en vue un emploi général, sans application
précise ; et les recherches immédiates,
entreprises en vue de résoudre un certain problème.
Thomas H. Huxley soutenait fermement que les grands progrès
de l'humanité ont été et seront accomplis
par ceux qui font des recherches simplement pour l'amour des
recherches. Newton couronna les longs travaux des astronomes
et des physiciens en rassemblant leurs découvertes
et en ajoutant le catalyseur qui les transforma en un vaste
système, mais ses principes ne contribuèrent
pas à la richesse et au court de l'humanité.
Et Platon dit dans sa République : « Il faut
étudier la science dans le but de connaître les
choses éternelles, et non pas pour l'amour des choses
éphémères. »
Les recherches fondamentales disent « Qu'est-ce que
c'est ; comment cela marche-t-il, et pourquoi cela marche-t-il
ainsi ? » La recherche appliquée demande
« Comment devons-nous faire ceci ? ». La première
essaie de comprendre la nature, la deuxième de s'en
rendre maîtresse.
Les technologues et les ingénieurs prennent le produit
des idées scientifiques qu'ils transforment en salaires
pour les ouvriers et en marchandises pour les consommateurs.
Il est probable qu'il a fallu un plus grand effort cérébral
et plus de détermination au technologue Edison pour
fabriquer la première lampe électrique qu'il
en a fallu à Faraday, pour écrire ses Recherches
expérimentales en électricité.
Sir Robert Watson-Watt, le physicien dont le nom est lié
à l'invention du radar, a ainsi résumé
la distinction : « La différence entre le
physicien et l'ingénieur est que le physicien est intéressé
dans les forces de la nature tandis que l'ingénieur
est principalement intéressé dans les besoins
des hommes. »
Les universités sont le fondement de l'armature scientifique
nationale. On peut trouver par accident un moyen de guérir
le cancer, mais il est bien plus probable que la guérison
résulte des travaux des laboratoires universitaires.
Il est difficile d'évaluer le montant de travail
scientifique accompli dans les laboratoires des entreprises
industrielles, mais on sait que les théories y soulèvent
un intérêt croissant. Il arrive un moment où
il faut abandonner les anciennes manières de faire
les choses parce qu'elles ne répondent plus aux besoins.
Les recherches sont nécessaires pour préparer
de nouvelles applications pratiques.
Il y a évidemment une place pour les recherches scientifiques
des universités et celles des entreprises industrielles.
Les universités ont besoin de l'aide financière
de l'industrie pour continuer le travail scientifique sur
lequel l'industrie base ses propres recherches.
La science et la société
Les recherches effectuées dans les laboratoires ont
une répercussion sur la vie quotidienne et les gens
s'aperçoivent de plus en plus de l'effet que la science
produit sur eux. Il n'y a rien de nouveau dans le problème
social posé par les découvertes scientifiques.
La première hache de pierre a servi à tuer des
hommes aussi bien qu'à procurer de la viande.
Quand un homme fait une découverte comme la hache
de pierre ou l'électron, il ne peut pas prévoir
l'usage qu'en feront les générations suivantes.
En somme, la science ne saurait être tenue responsable
des jugements sociaux. Elle peut nous montrer un meilleur
moyen de fabriquer certaines choses, mais elle ne peut pas
nous empêcher de nous en servir pour notre propre destruction
ou celle de la civilisation.
Un plus grand progrès moral est la seule protection
efficace, dit du Nouy dans La Destinée Humaine.
Pour la première fois dans l'histoire, l'homme est
effrayé de l'emploi qu'il a fait de son intelligence.
Il se pose ces questions : À quoi tend ce progrès
formidable ? Où va-t-il nous mener ? Quel
est son effet probable sur l'avenir de la race humaine ?
Ce sont là les questions au sujet de la science que
sir Alfred Ewing se demandait il y a plus de dix ans avant
que la bombe atomique éclate sur Hiroshima. Il est
encore plus important d'y répondre aujourd'hui !
La science et l'industrie
La science est le fondement de notre richesse, mais les
nouvelles affaires érigées sur ce fondement
posent de nouveaux problèmes. D'un côté,
il existe le besoin croissant de faire comprendre l'industrie
à la collectivité, et d'un autre côté
le besoin de la part de l'industrie de comprendre la collectivité
et ses employés.
Les progrès révolutionnaires de la science
et de la technologie dans les quelques dernières années
ont augmenté la production avec moins de travail. Le
fait qu'un ouvrier industriel au Canada reçoit un salaire
plusieurs fois supérieur à celui que son prédécesseur
recevait pour une journée beaucoup plus longue de travail
il y a une ou deux générations, est la conséquence
des découvertes scientifiques.
L'augmentation de rendement par heure-homme est à
raison de 1.7 pour cent par an pour l'industrie en général,
dit le professeur Sumner H. Slichter, de Harvard University,
dans le numéro des Annales de l'Académie
américaine des sciences politiques et sociales intitulé
Social Implications of Modern Science. Cela, dit-il,
signifie que le rendement par heure-homme double tous les
quarante ans.
Toute l'économie a subi l'effet de la science. Prenons
comme exemple le plus grand nombre de matériaux et
de procédés ; la plus grande mobilité
géographique de la main-d'oeuvre et du capital ;
le taux accéléré des changements, entraînant
une dépréciation plus rapide et la désuétude
des instruments de production ; les plus nombreuses occasions
de faire des placements, contre-balancées dans une
certaine mesure par un moindre désir d'économiser.
Il y a maintenant moins de manoeuvres et plus d'ouvriers
expérimentés, plus de commis et plus de professionnels.
Le recensement de 1940 aux États-Unis a révélé
qu'il n'y avait pas plus de manoeuvres qu'en 1910 quoique
la population ait augmenté de 43 pour cent.
Ces changements ne sont pas superficiels. Ils touchent le
fond même de la nature humaine. La science a transplanté
la civilisation dans les déserts, par exemple dans
le nord du Québec et de l'Ontario, et changé
par suite le mode d'existence des gens. Elle a permis à
quelques nations de modifier la nature de leur production
et de faire concurrence aux anciennes économies d'autres
nations. Elle a mis le nécessaire et le luxe à
la portée d'un plus grand nombre de gens et a changé
les aspirations et le point de vue de pays entiers.
La science a également révolutionné
l'agriculture. La réfrigération, par exemple,
a transformé les terrains incultes des pays des Caraïbes
en plantations de bananes. L'irrigation et la culture scientifique
ont transformé des déserts en jardins potagers.
La mécanisation et les méthodes de culture scientifique
ont fait pousser plus de récoltes par arpent, et en
même temps encouragé la migration de la campagne
à la ville.
La technologie suit de si près les progrès
de la science que l'appareil ou la machine qu'on achète
aujourd'hui sera probablement au rancart dans quatre ou cinq
ans, et c'est là une dépense dont il faut tenir
compte en faisant des plans de production et en décidant
la marge de profit, les dividendes des actionnaires et le
degré d'expansion des usines.
La science et l'embauchage
Contrairement à ce qu'en disent quelques sectes travaillistes,
la science n'a pas occasionne beaucoup de chômage technologique,
et les problèmes causés par les déplacements
ont été peu nombreux.
Lord Stamp résume la chose ainsi : « À
un certain moment les effets de la science causent toujours
un peu de chômage, mais en même temps elle procure
de nouveaux emplois quand le chômage cesse ». Et
il ajoute qu'il y a d'autres facteurs qui produisent un plus
grand effet sur l'embauchage : les changements de la
mode, l'épuisement des ressources, les modifications
des tarifs douaniers, l'effet psychologique des époques
de prospérité et de crise. Ces facteurs ainsi
que ceux d'ordre politique comme les menaces de guerre, font
augmenter et diminuer l'embauchage dans certains endroits
et certaines industries.
Les découvertes scientifiques ont stimulé
l'expansion économique, créé de nouveaux
métiers et professions et permis aux hommes et aux
femmes de trouver des occupations adaptées à
leurs aptitudes en même temps qu'à leurs goûts.
Science sociale
Jusqu'à ces derniers temps l'homme avait été
principalement occupé à faire la conquête
de son milieu ; maintenant il faut qu'il apprenne à
faire la conquête de lui-même.
Les progrès de la science physique ne contribuent
rien aux progrès de la partie humaine du globe - partie
qui était déjà ancienne avant Darwin,
Faraday ou Rutherford. Il est impossible de se servir des
logarithmes pour étudier cette partie humaine de la
création. Chaque être humain porte en soi le
résultat des influences sociales qui pèsent
sur lui depuis sa naissance, et sur le genre humain depuis
Adam.
Cela rend la science sociale très difficile. Pensez
aux préjudices personnels, aux intérêts
de classe et de pays, aux différents enseignements
religieux et aux différentes croyances et occupations
des hommes et des femmes. Il est difficile de faire concorder
les intérêts personnels avec les intérêts
plus importants de la collectivité et du monde.
Mais les difficultés ne nous empêchent pas
d'essayer, et à moins d'essayer avec quelque succès,
il n'y a pas beaucoup d'espoir pour l'avenir de la race humaine.
Les sciences physiques nous ont donné l'énergie
atomique : il appartient maintenant aux sciences sociales
de contrôler le mal que pourrait faire l'emploi de l'énergie
atomique et d'en tirer tout le bien possible dans l'intérêt
de l'humanité. Peu de gens dans les nations éclairées
diront qu'il est impossible d'empêcher le mal. Il s'agit
simplement de cultiver le sentiment de l'éthique et
l'intelligence scientifique jusqu'au point où les hommes
désirent faire le bien au lieu du mal.
L'éducation scientifique
Rien ne peut comme l'éducation supprimer les préjugés,
créer des intérêts communs, et reformer
les hommes des dangers de l'anarchie sociale. Les exhortations
ne manquent pas dans le monde, mais il manque des explications
pour faire comprendre que la science est une possession que
tous les nommes ont en commun.
On peut enseigner la science sous une forme populaire sans
qu'elle perde sa précision. En réalité,
si on supprime quelques-unes de ses technicalités et
de ses abstractions on la rapproche davantage de la vie ordinaire.
J. D. Bernal, auteur de The Social Function of Science,
voit un double avantage à instruire les gens ordinaires
comme nous : avantage pour eux et pour la science. La
science ne peut faire de grand progrès, dit-il, que
si elle a l'appui d'une opinion publique éclairée,
et nous trouverons dans l'éducation notre seule sauvegarde
contre les enthousiasmes mystiques et les tendances anti-rationnelles
qui se manifestent de temps en temps par l'intermédiaire
de tyrans, de démagogues et de révolutionnaires.
C'est à l'école que doit commencer le genre
d'instruction qui fera comprendre aux gens les besoins et
la nature de la science. Ce n'est pas une préparation
pour les professions, mais un élément dans l'instruction
du citoyen ordinaire. Elle devrait donner aux enfants une
idée de l'univers dans lequel nous vivons, les mettre
au courant des résultats des découvertes scientifiques,
et, ce qui est plus important, leur enseigner a penser logiquement
et à peser le pour et le contre.
L'instruction devrait avoir lieu dans toutes les usines,
de manière à enseigner à l'ouvrier les
principes sur lesquels reposent les tâches qu'il accomplit
et par suite lui inspirer plus d'intérêt dans
son travail.
Dans son guide de lecture qu'il a appelé Through
the Magic Door, sir Arthur Conan Doyle dit : « Si
j'avais à donner des conseils à un jeune homme
qui commence dans la vie, je lui dirais de consacrer un soir
par semaine à des lectures scientifiques. »
La science et le Canada
Le passage du Canada de la jeunesse à l'âge
mûr de la science est un des traits significatifs de
son progrès. Le docteur C. J. Mackenzie, président
du Conseil national de recherche et de la Commission de contrôle
de l'énergie atomique, a dit l'an dernier, que le Canada
« est aux premiers rangs du monde scientifique pour la
première fois d'une manière importante ».
Les dépenses du Conseil pendant l'exercice 1947-48
sont de $7 millions, dix fois plus que juste avant la guerre,
et cette somme ne comprend pas $6 millions pour l'usine de
Chalk River où des savants sont en train de façonner
les progrès de demain. On fait dans cette usine des
épreuves de radioactivité qu'il est impossible
de faire ailleurs dans le monde.
Parmi les résultats « pratiques » du Conseil
national de recherche il faut citer : une méthode
pratique de dégeler les ailes d'aéroplane par
l'électricité ; un instrument de radar
qui montre continuellement à l'aviateur sa distance
du sol ; une méthode rapide de fabriquer du sérum
contre le typhus ; une méthode de tirer le magnésium
de la dolomite (ce qui est une nouvelle industrie pour le
Canada) ; la construction d'un type d'avion à
« aile volante » en contreplaqué dont les
essais ont été satisfaisants ; un procédé
d'urgence pour réfrigérer la soute des cargo-boats ;
l'invention d'un traitement qui préserve les tissus
de la rouille, du feu et de l'eau ; et naturellement,
ses contributions à radar, aux explosifs RDX, à
l'énergie atomique et aux travaux scientifiques relatifs
à la guerre.
On a annoncé cette automne qu'un élément
qui manquait dans la table avait été expliqué
grâce aux travaux de la Division de l'énergie
atomique du Conseil national de recherche du Canada et de
deux chimistes nucléaires de l'université de
Californie.
La science est internationale
La science n'a jamais été habituée
à se renfermer dans des frontières nationales.
Comme il a été souligné à une
récente assemblée de la American Association
for the Advancement of Science, elle est due aux efforts combinés
des investigateurs consciencieux et sans parti pris du monde
entier.
Il n'est donc pas surprenant de trouver que la science occupe
une place importante dans le programme de UNESCO. Le plan
prévoit le rétablissement de l'enseignement
scientifique dans les pays dévastés, l'échange
international de technologues et de conférenciers et
l'adoption de programmes et de recherches d'intérêt
international. Pour commencer, UNESCO coordonnera les recherches
des spécialistes de nombreux pays sur les ressources
et les conditions d'existence.
Le nationalisme économique a empêché
l'application de la science au bien-être humain. La
science nous a enseigné les moyens de produire deux
fois plus qu'avant, mais le nationalisme nous empêche
de faire le meilleur usage du surplus juste au moment où
nous dépendons de plus en plus les uns des autres.
Si la diplomatie peut faire profiter les gens ordinaires
de tous les avantages offerts par la science, elle peut leur
procurer des pouvoirs nouveaux et inconnus jusqu'ici de satisfaction
personnelle, d'efficacité politique et de service social.
Le Darwinisme à outrance a introduit la survivance
du plus apte dans toutes les phases de la vie nationale et
internationale tandis que la science, quand elle sera étroitement
liée à la démocratie, montrera qu'il
est possible d'obtenir de plus grands avantages par la collaboration.
Voilà ce qu'il nous reste à faire malgré
tous nos progrès. À part la conquête de
l'espace, dont on parle tant aujourd'hui, et celle des maladies,
il y a la question essentielle de vivre ensemble.
Nos progrès dans certaines voies sont indiqués
par l'action d'un délégué aux Nations-Unies
à Lake Success l'an dernier qui demanda par câble
à son gouvernement la permission de soulever la question
des droits de souveraineté sur la lune. Et pourtant,
les peuples de la terre sont incapables de régler leurs
propres frontières nationales, et l'ambition d'un seul
gouvernement tyrannique met trois continents en tumulte.
Cela nous ramène aux sciences sociales. Pendant que
les savants continuent leurs recherches dans les sciences
naturelles, nous ne devons pas nous contenter d'admirer leurs
découvertes. Ces découvertes nous apportent
la possibilité d'un nouveau genre d'existence, si nous
avons le bon sens de cultiver le milieu éthique, spirituel,
politique et social dans lequel cette nouvelle existence peut
se développer.
La science nous a placés sur une éminence
d'où nous pouvons voir très loin, mais nous
ne savons pas ce qu'il y a au-dessous de l'horizon. Le plus
grand problème de tous est celui qui est juste à
nos pieds : comment nous comporter socialement de façon
que la science puisse faire son possible pour rendre
l'existence plus heureuse, plus facile, et plus satisfaisante.
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