Vol. 47, N° 2 Février 1966
Les premiers habitants
du Canada
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Le Canada est la terre ancestrale des Indiens
et des Esquimaux. Avant l'arrivée des Européens,
ces deux races n'avaient eu aucun contact avec les grands
centres de civilisation des autres continents. Elles ne comptaient
que sur le sol où elles vivaient pour subvenir à
tous leurs besoins. Tous les objets qu'elles utilisaient étaient
le fruit de leur travail ou de leur ingéniosité.
Il s'agit là d'êtres humains bien réels,
non de personnages fictifs créés par l'imagination
des romanciers et des cinéastes. Les costumes et les
panaches multicolores sous lesquels nous nous les représentons
encore trop souvent, pour notre divertissement, ne doivent
pas nous faire oublier que ceux qui ne les portent aujourd'hui
qu'assez rarement, sont, comme nous, des hommes et des femmes
en quête de ce que l'on recherche dans tous les pays
du monde : le logement, la santé et le bonheur.
L'adaptation de leur civilisation de l'âge de pierre
aux problèmes et aux progrès du vingtième
siècle s'est accomplie avec une telle lenteur qu'une
importante association affectée au bien-être
des populations indigènes a pu la qualifier de « déshonneur
national ».
À la suite d'une régression imputable aux
maladies apportées d'Europe, la population indienne,
qui est d'environ 205,000 âmes, s'accroît maintenant
à un rythme presque deux fois plus rapide que celui
de la population en général. On compte environ
12,000 Esquimaux dans les Territoires du Nord-Ouest et le
nord du Québec. Si le taux d'augmentation actuel se
maintient, la population esquimaude aura doublé dans
vingt ans.
La majeure partie de ces aborigènes ne se rangent
en réalité ni dans un monde ni dans l'autre.
Ils demeurent profondément marqués par leur
ancienne culture tout en cherchant à tirer avantage
de la nouvelle manière de vivre importée du
dehors. Ce sont des gens qui aiment la liberté et qui
supportent mal la sujétion. Leurs problèmes
économiques sont aussi sérieux que ceux que
doivent affronter les nouvelles nations de l'Afrique.
Les besoins réels de notre population autochtone
ont été mis en lumière par l'Association
des Indiens et des Esquimaux du Canada. Cette association
a pour but officiel de veiller à ce que les Indiens
et les Esquimaux, de même que les personnes issues des
unions entre Indiens et Européens, disposent de possibilités
de progrès et d'épanouissement égales
à celles qui sont offertes aux autres Canadiens. Elle
estime que la population indigène doit être en
mesure d'entrer dans la vie économique, sociale et
politique du Canada avec dignité et sans perdre son
identité.
Le mode de vie aborigène
Il ne faut pas déprécier les connaissances
et les techniques qu'utilisaient les premiers habitants du
Canada. Ce sont les instruments de pierre qui étaient
à la base de leur économie primitive, et, comme
on peut le lire dans les Indiens du Canada de Diamond
Jenness (Musée national, Imprimeur de la Reine, Ottawa,
1960) : « Certaines de leurs pointes de flèche,
de leurs lames de couteau et de leurs représentations
d'animaux peuvent rivaliser avec les meilleurs travaux des
Égyptiens de la préhistoire. »
Les anciens Iroquois se servaient d'une monnaie d'échange
de wampum, objet de parure fabriqué avec des coquillages
par les tribus côtières de la Nouvelle-Angleterre.
Comme les haches de pierre ne mordaient guère dans
le tronc des arbres, le défrichage de la terre se faisait
par le feu. On retournait la surface du sol avec des bâtons
munis de lames de coquillage, et la récolte, cueillie
à la main, était transportée dans des
paniers. La mesure précise du temps, qui règle
et domine en grande partie la vie urbaine d'aujourd'hui, était
également ignorée de ces peuplades, dont l'unique
horloge était le soleil et l'unique calendrier les
saisons.
Telles étaient les conditions de vie matérielles
des indigènes du Canada lors de l'arrivée des
premiers colons d'outre-mer. Mais on n'en trouvait pas moins
chez eux de nombreuses qualités du coeur et de l'esprit.
La tribu se fondait sur des groupes de familles étroitement
unies par les liens du sang ; leur religion reposait
sur la croyance en des esprits protecteurs, qui les aidaient
dans les difficultés de la vie ; ni le rang ni
la fortune ne justifiaient l'arrogance ; les chefs s'habillaient
comme tout le monde, sauf dans les cérémonies,
et ils se nourrissaient des mêmes aliments que leurs
sujets.
Les Indiens du Canada
Si la vie dans une collectivité indienne semble morne
et triste, ce n'est pas parce que les Indiens sont ternes
ou sans intérêt. C'est parce que les nouveaux
venus ont aboli le genre de vie qui faisait le contentement
des Indiens, sans se donner la peine de le remplacer.
Les Indiens n'étaient pas des païens. Comme
l'écrit un missionnaire qui a passé un demi-siècle
au service des Indiens du sud de l'Alberta : « Dans
les temps anciens, l'Indien rapportait tout à sa religion
et à ses pratiques religieuses. Sa religion imprégnait
tous les actes de sa vie : semailles, récoltes,
festoiements, jeux, chasse et guerre, bref tous ses centres
d'intérêts étaient intimement liés
à la religion. »
Et le chef du Conseil national des Indiens, William Wattunee
affirme d'autre part : « Nous croyions à
ce que l'on appelle Gitchi-Manitou, c'est-à-dire le
Grand-Esprit. Dieu était présent dans le soleil,
dans la lune, dans la terre notre mère, dans la pluie
qui fait croître l'herbe. On m'a appris que notre paradis
est un vaste terrain de chasse, où le gibier abonde
et où vont les bons et les méchants. »
Ces gens, habitués à vivre dans un milieu
inhospitalier et essentiellement rural, à mener une
existence plus ou moins bohème dans des communautés
familiales étroitement unies et serviables, devaient
éprouver beaucoup de peine à s'adapter au mode
de vie froid, impersonnel, réglé et essentiellement
égoïste de la civilisation industrielle. La base
économique de leurs habitudes de vie naturelles s'est
désintégrée. Les réserves n'offrent
plus assez de gibier, et leurs habitants, limités dans
leurs déplacements, ne peuvent pas se transporter dans
des territoires plus productifs comme on le faisait il y a
des siècles.
La crise de l'adaptation ne s'est pas manifestée
au seizième ni au dix-septième siècle.
Elle n'est devenue évidente qu'à la fin du dix-neuvième
siècle et elle s'est révélée intolérable
au vingtième siècle.
À qui incombe la responsabilité ?
Il est généralement admis, selon les principes
de moralité de notre société, que les
forts ont le devoir d'aider les faibles. Or, dans l'âge
actuel de la science et de l'industrialisation, c'est nous
descendants des immigrants venus des pays lointains qui sommes
les plus forts et qui sommes pour une large part responsables
des problèmes qui se posent aux indigènes. C'est
nous qui avons troublé leur manière de vivre
et l'avons rendue impossible ; c'est nous qui avons transformé
leurs terrains de chasse en provinces, en comtés et
en fermes bien délimités, et qui avons relégué
les premiers occupants dans les réserves.
« Les Indiens de l'Amérique du Nord, nous dit
le célèbre historien Arnold Toynbee, ne connurent
à peu près aucun répit depuis l'arrivée
des premiers colons anglais jusqu'à l'écrasement
de la dernière tentative de résistance armée
de la part des indigènes pendant la guerre des Sioux
de 1890, soit deux cent quatre-vingts ans plus tard. »
Une fois les combats terminés, nous avons établi
un nouvel ordre social qui renversait le système de
lois, de gouvernement, de coutumes et de religion sur lequel
reposait auparavant la société indienne.
Longtemps auparavant, sous le règne de Charles II,
les instructions données aux gouverneurs des colonies
décrétaient qu'il serait fait bon accueil aux
Indiens désireux de se mettre sous la protection de
la Grande-Bretagne. En 1755, un bureau spécialement
affecté aux affaires indiennes était établi.
Depuis lors, il a toujours existé un organisme administratif
chargé de protéger et de promouvoir les intérêts
des Indiens. La direction en incombera au Gouvernement impérial
jusqu'en 1860, date où elle fut confiée à
la Province du Canada. En 1867, une disposition spéciale
de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique attribuait
les affaires indiennes au nouveau Gouvernement du Canada.
Les obligations du gouvernement dans ce domaine, toujours
reconnues depuis 1670, devaient être officiellement
confirmées au vingtième siècle par la
Loi sur les Indiens. Selon cette loi, la mission essentielle
du gouvernement est d'administrer les affaires des Indiens
de manière à leur permettre de devenir progressivement
des citoyens indépendants et capables de subvenir eux-mêmes
à leurs besoins.
Ce devoir de soin et protection ne saurait consister uniquement
en mesures paternalistes. On lit ce qui suit dans le rapport
de la Conférence d'étude de 1962 du duc d'Édimbourg :
« Il y a danger, comme on le constate déjà
dans certaines régions, que l'isolement social que
représentent les réserves et la surveillance
des agents des Indiens finisse par paralyser l'ingéniosité,
l'initiative et la personnalité des Indiens, et contribue
malgré toutes les bonnes intentions à perpétuer
la situation même qu'il visait à améliorer. »
Quelques recommandations
On trouve le passage suivant dans un mémoire présenté
en 1964 par la division ontarienne de l'Association des Indiens
et des Esquimaux : « La majeure partie des cent
mille Indiens de cette province vivent dans la misère
noire. Un fort pourcentage d'entre eux sont sans travail et
n'ont ni l'instruction ni la formation sociale nécessaires
pour trouver et garder un emploi. Peu d'efforts réels
ont été tentés en vue d'aider les Indiens
à créer de nouvelles industries pour remplacer
l'industrie de moins en moins florissante de la chasse et
du piégeage. Il s'est révélé plus
facile d'accorder des secours que de fonder des industries. »
Six pour cent seulement des dépenses consacrées
aux Indiens par le gouvernement fédéral ont
trait au développement.
Les Indiens, de leur côté, s'efforcent d'améliorer
leur sort. Dix de leurs bandes ont envoyé des délégués
au Western Indian Leadership Institute, à
Petrolia (Ontario), en 1965, afin d'y acquérir les
connaissances et les techniques nécessaires pour administrer
les affaires des bandes. Frank Calder, le premier Indien à
siéger dans un parlement canadien, préconise
soit de supprimer le régime des réserves, soit
de fournir l'occasion aux Indiens de diriger eux-mêmes
leurs affaires locales.
L'Association des Indiens et des Esquimaux a aussi formulé
certains voeux. Elle a notamment demandé la création,
au sein de la Direction des affaires indiennes du ministère
de la Citoyenneté et de l'Immigration, d'un bureau
de développement économique qui disposerait
de crédits d'un montant de 25 millions de dollars,
ainsi que l'institution d'un Conseil consultatif économique
composé en grande partie de représentants des
Indiens. Cette double initiative entraînerait l'établissement
d'un nouveau poste dans le ministère en question :
celui de sous-ministre des Affaires indiennes. L'Association
a recommandé en outre que l'on fournisse du personnel
technique, professionnel et de gestion pour faire fonctionner
les nouvelles entreprises commerciales approuvées pendant
les premières phases de leur exploitation et que des
programmes de formation soient mis au point pour préparer
les Indiens à prendre la relève ; que l'on
encourage les sociétés à implanter, avec
l'accord des conseils de bande, de nouveaux établissements
industriels sur le territoire ou à proximité
des réserves afin d'assurer du travail aux Indiens ;
que la Caisse de développement économique accorde
l'aide voulue pour former des travailleurs en cours d'emploi
dans ces établissements et que ceux-ci soient agrandis
pour donner du travail aux Indiens habitant hors des réserves.
Les grands oubliés : les Esquimaux
Les Esquimaux sont un peuple intrépide, ingénieux
et même jovial en dépit de l'extrême adversité
où ils ont toujours vécu. Ils s'appellent eux-mêmes
Inuit, les « Hommes par excellence ». Jamais
dans l'histoire une autre race n'a accompli autant de choses
avec des moyens aussi limités.
Les hommes qui habitaient l'Arctique avant l'invasion des
étrangers et de leurs inventions de toutes sortes devaient
tout faire de leurs mains. Il leur fallait connaître
parfaitement leur milieu, ses animaux, ses plantes et ses
produits naturels, ses dangers et ses ressources.
Mais ce n'était pas des sauvages. Le recteur de l'Université
d'État de New York, William Carlson, qui, pendant sa
jeunesse, a passé un hiver dans une famille esquimaude
de cinq personnes, affirme qu'il a été frappé
par leur honnêteté, leur sincérité
et leur sang-froid en présence du danger. « J'ai
noté chez eux, ajoute-t-il, une certaine dignité
dans le maintien, les manières et la pensée.
J'ai appris que l'homme civilisé pourrait avec avantage
être l'émule de ces prétendus sauvages. »
Et le grand explorateur, d'origine canadienne, Vilhjalmur
Stefansson, nous dit d'autre part : « Les années
que j'ai vécues parmi les Esquimaux m'ont persuadé
que l'élément principal de leur bonheur est
qu'ils observent le grand précepte de la charité. »
Le pays des Esquimaux est aujourd'hui sous-développé
et aux prises avec des problèmes analogues à
ceux qui se posent dans les pays sous-développés
de l'étranger, mais avec cette différence notable
qu'il fait partie intégrante d'un pays riche et prospère.
Ni la terre, ni le climat, ni la culture n'offrent d'obstacles
insurmontables, qui pourraient nous excuser de ne pas aider
les Esquimaux à s'intégrer dans le monde nouveau
que nous bâtissons.
Les efforts actuels
Que fait-on pour adapter nos 12,000 Esquimaux à la
vie du vingtième siècle ? Selon l'Annuaire
du Canada, le gouvernement canadien aide les Esquimaux à
franchir la période de transition en leur assurant
des services d'enseignement, de sécurité sociale
et d'apprentissage technique, c'est-à-dire les mêmes
avantages qu'aux autres citoyens du Canada.
Beaucoup d'Esquimaux de l'ancienne génération
ne pourront jamais s'habituer au régime du travail
salarié, mais les jeunes prennent facilement goût
aux arts mécaniques. Ils occupent des emplois d'aides
dans les ministères de l'État et travaillent
comme employés dans les établissements de défense
et les sociétés privées. Il y a aussi
des Esquimaudes qui sont interprètes, serveuses, aides-infirmières,
commis et hôtesses de l'air. Mais les trois quarts de
la population esquimaude vivent dans les régions inhospitalières
qui s'étendent à l'extérieur des grands
centres d'activité économique et politique.
Un travail de planification s'impose non seulement pour
développer les riches ressources matérielles
du Nord, mais aussi pour assurer le maximum de bien-être
et de progrès aux populations indigènes en quelque
lieu qu'elles se trouvent.
Le Manchester Guardian a applaudi à la création
par le gouvernement fédéral d'une caisse de
prêts destinée à aider les Esquimaux à
fonder des coopératives de pêche, de construction
de bateaux, d'exploitation forestière et d'artisanat.
En octobre dernier, le ministre du Nord canadien annonçait
la mise en oeuvre d'un programme comportant la construction
de 1,600 maisons, qui s'étendra à la totalité
de l'Arctique d'ici quelques années. Les Esquimaux
pourront louer ces maisons ou encore s'en rendre acquéreurs
grâce à des primes d'achat. On a également
commencé à créer, dans certaines parties
du nord, de petites industries locales, fondées sur
les talents de la population et les matériaux disponibles ;
cette initiative permet d'associer les Esquimaux eux-mêmes
à l'oeuvre de leur promotion.
L'enseignement est d'une importance capitale. Les Esquimaux
passent de la culture de l'âge de pierre à celle
de l'âge du machinisme en l'espace d'une génération.
On continue à construire des écoles à
leur intention dans les principales agglomérations
qui s'échelonnent entre Fort Smith à la frontière
de l'Alberta et Grise Fiord à 800 milles du pôle
nord sur l'île Ellesmere, tandis que des bibliothèques
ambulantes font pénétrer le livre de lecture
dans certains des endroits les plus reculés. À
Fort Simpson et Yellowknife, des pensionnats reçoivent
les jeunes Esquimaux qui veulent poursuivre leurs études.
Certaines localités offrent des cours en menuiserie,
en construction, en électronique, en mécanique
automobile et Diesel, etc. Des élèves spécialement
choisis sont envoyés dans le Sud afin d'y apprendre
des spécialités qu'ils pourront plus tard exercer
dans leur propre milieu.
Alors que les autres peuplades indigènes des Amériques
ont été poussées par les circonstances
à abandonner les arts rituels propres à leurs
tribus et à produire pour l'industrie du tourisme,
l'Esquimau a été préservé de ce
changement grâce à son éloignement géographique,
et aujourd'hui ses sculptures en pierre locale et en ivoire
sont appréciées dans le monde entier.
L'étude des marchés, au Canada et aux États-Unis,
révèle qu'il existe des débouchés
appréciables pour les travaux d'art et d'artisanat
esquimaux, et, même si la sculpture et la gravure sont
incapables à elles seules de résoudre les difficultés
économiques de l'Arctique, il n'en demeure pas moins
qu'elles ont apporté une réponse aux problèmes
de plusieurs de ses habitants. Plus encore, elles ont permis
aux autres Canadiens de se rendre compte de l'existence et
des possibilités de leurs compatriotes des terres polaires.
Parmi les principaux objets fabriqués par les Esquimaux,
il y a lieu de mentionner les gravures sur peau de phoque,
les pantoufles en rat musqué et en lièvre de
l'Arctique (une paire a remporté le deuxième
prix à une exposition internationale de la chaussure
tenue à New York), ainsi que des oeuvres graphiques
qui font partie des collections permanentes de la Galerie
nationale du Canada et du Musée d'art moderne de New
York.
Les coopératives
Voici ce que disait Stefansson à son retour de l'Arctique :
« Peut-être pourrions-nous vivre aussi heureux
dans une métropole que dans un village de pêcheurs
si seulement nous pouvions remplacer la loi de la concurrence
par celle de la coopération. » Les Esquimaux mettent
en pratique, dans leurs coopératives, leurs traditionnelles
coutumes du travail en commun et du partage du fruit de leurs
pêches et de leurs chasses.
Plus de 500 Esquimaux - soit environ une famille sur cinq
- sont membres des coopératives. En 1963, on comptait
chez eux dix-neuf coopératives en activité,
dont le chiffre d'affaires atteignait tout près d'un
million de dollars. Sur ce montant, plus de $250,000 provenaient
de la vente des sculptures, des gravures et des travaux d'artisanat.
Le reste était attribuable aux pêcheries d'omble
et de saumon, à l'exploitation des magasins de détail,
des camps de touristes et des produits forestiers, à
la construction de bateaux et à la vente des fourrures.
La coopérative esquimaude la mieux connue des Territoires
du Nord-Ouest est celle de West Baffin à Cap Dorset.
Après avoir connu des débuts modestes en 1959
et obtenu une certaine aide du ministère du Nord canadien
dans les premiers temps, les habitants de cette localité
entreprenante réussissaient au bout de deux ans à
peine à produire des gravures, des sculptures et des
objets d'artisanat d'une valeur excédant $200,000.
Dans l'Est, les coopératives, créées
avec l'aide de la Caisse des prêts aux Esquimaux, appartiennent
maintenant aux habitants de la localité. Les congrès
des coopératives de l'Arctique réunissent des
Esquimaux venant jusque d'Aklavik à l'ouest et de Grise
Fiord au nord.
Perspectives d'avenir
Il n'est pas anormal, étant donné leurs antécédents,
que les Esquimaux soient persuadés qu'ils renoncent
à quelque chose de précieux en adoptant les
nouvelles façons de faire.
Mais lorsqu'on leur offre les possibilités, les conseils
et l'aide pratique nécessaires et que l'on fait preuve
envers eux de compréhension et de tolérance,
tous nos aborigènes montrent qu'ils ont le désir,
la volonté et la capacité de se soumettre aux
changements qu'on leur propose.
La grande question qui se posera demain est celle-ci :
nous, nouveaux venus, nous sommes emparés de la terre
des premiers habitants du pays. Que cela ait été
un bien ou un mal ; que la chose ait été
inévitable ou non dans la marche de l'histoire, ce
n'est pas là le point. Nous avons pris leur terre,
bouleversé leur manière de vivre, détruit
leurs moyens d'existence et sapé leur culture. C'est
donc pour nous un devoir de nous acquitter de nos obligations
envers eux.
Ce qu'il faut avant tout, ce ne sont ni des supplications,
ni des encouragements, ni des exhortations, mais de la compréhension.
À maintes reprises dans le cours de l'histoire du monde,
nous dit Jenness dans son livre, de grands progrès
sociaux et économiques ont été accomplis
par la réunion de deux peuples qui avaient suivi jusque-là
des routes séparées. Le centenaire de la confédération
ne nous offre-t-il pas une excellente occasion d'accroître,
d'intensifier et d'accélérer nos efforts pour
hausser le niveau de vie des autochtones du Canada jusqu'à
celui que connaissent les Canadiens en général ?
Le principe qui doit nous guider dans nos relations avec
les Esquimaux et les Indiens se trouve formulé de façon
aussi élégante qu'admirable dans un poème
d'Irene Baird à l'adresse des Esquimaux et qui s'intitule :
« Keep Your Own Things ». Ce poème
a paru dans le numéro de mars-avril 1964 de North,
revue publiée par le ministère du Nord canadien
et des Ressources nationales.
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