Vol. 30, N° 2 Février 1949
Préservons nos
forêts
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L'histoire du Canada a des forêts
pour arrièreplan. En réalité, les
forêts ont joué un grand rôle dans les
progrès et le bienêtre de l'humanité
dans tous les pays et à tous les âges. Sans bois,
l'histoire serait différente.
Prenez le Canada de nos jours. Sur toutes les richesses
dérivées de nos ressources - agriculture, forêts,
pêcheries, fourrures, et mines - les forêts produisent
le tiers ou, pour être exacts, 32 pour cent. C'est sur
ces industries fondamentales que repose le commerce du Canada.
Dans les pays bordés par la mer, les forêts
ont été le fondement des industries de la construction
de navires, de l'expansion maritime et des exploits sur mer.
Dans les premiers jours de notre histoire, les forêts
de notre rivage oriental ont joué un important rôle.
Leur situation favorable par rapport à l'océan
et aux fleuves a permis à nos colons d'établir
un commerce florissant avec les pays d'outremer. C'est
là qu'était la forêt vierge de l'Évangéline
de Longfellow. Les navires de la NouvelleÉcosse
étaient connus dans tous les pays du monde, et en 1878
la flotte maritime du Canada occupait le quatrième
rang dans le monde. Les navires d'acier nous ont fait perdre
ce rang, mais les forêts qui couvrent nos versants maritimes
ont conservé leur valeur. Presque 80 pour cent du terrain
de la NouvelleÉcosse est impropre à l'agriculture,
mais il convient admirablement aux forêts.
Les habitants de nos provinces maritimes ont pour tâche
de conserver, d'exploiter sagement et de développer
nos forêts. À quinze cents milles de là
commencent les Prairies, où la tâche est entièrement
différente. Il ne s'agit pas d'exploiter une forêt
ou un lot boisé déjà sur les lieux, mais
d'essayer de faire pousser des arbres où il n'y en
a pas.
Les arbres ont poussé d'une façon phénoménale
sur les fermes des Prairies. Le programme de distribution
entrepris à titre d'essai en 1901 par le gouvernement
a eu tellement de succès qu'en 1952 les pépinières
avaient distribué 250 millions de plants.
Il n'y a pas très longtemps que l'agriculteur des
Prairies souriait à l'idée de planter des arbres,
mais aujourd'hui on reconnaît partout les bienfaits
des petits lots boisés et des ceintures d'arbres. Il
y a trentecinq ans, on voyait rarement des arbres autour
des bâtiments de ferme, il n'y avait pas de jardins
potagers ou de fleurs, et on se réjouissait à
la vue de quelques saules maladifs sur les bords ou au fond
d'un ravin.
Aujourd'hui, les arbres abritent les récoltes, les
bâtiments et le bétail. Ils recueillent et conservent
la neige, l'empêchent de s'amonceler autour des bâtiments,
et la relâchent lentement au printemps pour que sa précieuse
humidité féconde le sol. Ils brisent la force
des vents chauds en été et modèrent l'évaporation.
Ils fournissent un abri pour les jardins et rendent la vie
plus agréable.
Emploi du terrain
Cette digression a pour but de montrer que la sylviculture
est possible, rémunératrice et souhaitable dans
toutes les parties du Canada, depuis les forêts naturelles
des versants de l'Atlantique et du Pacifique jusqu'aux pâturages
des Prairies. Mais tous les terrains ne conviennent pas aux
arbres, ou à certaines espèces d'arbres.
La sylviculture est un des trois principaux moyens d'utiliser
le terrain. Les autres sont la culture des récoltes
et les pâturages. En général, les forêts,
les pâturages et le désert se divisent entre
eux la surface de la terre, et ils sont toujours en conflit.
Les herbes essaient toujours d'empiéter sur les bois,
souvent avec l'aide des hommes désireux d'agrandir
leur ferme. Le désert essaie toujours d'empiéter
sur les prés, et l'homme lui a parfois aidé :
dans le passé, sans le vouloir, mais à notre
époque de connaissances générales sur
l'érosion, en pleine connaissance de cause.
En Ontario, d'après le rapport de la Commission Royale
sur la sylviculture, 1947, la superficie forestière
n'est plus que de 9.7 pour cent. Ceux qui ont étudié
la question estiment que près de 8,000 milles carrés,
soit 5,120,000 acres de terres incultes devraient être
reboisées ; la Commission ellemême
est convaincue qu'on pourrait profitablement reboiser au moins
deux millions et demi d'acres en Ontario.
Il n'y a pas de règle fixe sur les endroits où
on doit ou non planter des arbres. Il faut examiner chaque
cas individuellement et peser les résultats futurs
aussi bien que les effets immédiats. L'assèchement
des marais peut avoir de bons ou de mauvais résultats.
Il n'a pas fallu de réservoirs pour le marais Holland
en Ontario et les cultivateurs mettent à profit le
terrain ; l'assèchement des marais en Floride,
d'un autre côté, a été désastreux
du point de vue naturel aussi bien que financier. Il faut
écouter les techniciens et user en même temps
de bon sens.
Différentes parties du pays demandent des arbres
et des soins différents. Une forêt bien tenue
en ColombieBritannique ne ressemble pas du tout à
une forêt du NouveauBrunswick, et pourtant chacune
est parfaite à sa place. Les arbres sont adaptés
au sol et au climat et, autant que possible, aux besoins du
propriétaire.
Ils ont, toutefois, certaines qualités en commun.
Les mauvais arbres ou ceux qui étaient de trop ont
été coupés pour donner de la place aux
bons. Il n'y a pas d'arbres trop âgés ou sur
leur déclin, pas d'arbres malades ou endommagés,
pas d'arbres trop touffus ou mal formés. Le sol de
la forêt est couvert d'aiguilles, de feuilles et de
brindilles, de façon à permettre au sol d'absorber
la grande quantité d'eau nécessaire aux arbres.
Il n'est pas permis d'y laisser paître les troupeaux
et d'y faire du feu. Telles sont les marques de toutes les
bonnes forêts.
Âge, croissance et taille
Ceux qui se proposent de planter un bois ou une petite forêt
doivent se méfier de deux dangers : de s'attendre
trop vite à des résultats et être désappointés,
ou de décider que les arbres mettent trop longtemps
à pousser et que les résultats n'en vaillent
pas la peine.
Il est vrai que les arbres ne poussent pas aussi vite que
les radis ou les capucines. Dans le cas de quelques arbres
il faut des siècles ou des demisiècles
- et on peut dire que les pays qui ont la vision et le courage
de pratiquer le reboisement en sont récompensés
parce que les enfants qui vont maintenant à l'école
en recueilleront les fruits.
Si vous voulez qu'on se souvienne de vous, dit l'essayiste,
« il vaut mieux planter un arbre que construire une ville
ou frapper une médaille - il survivra aux deux ».
En Angleterre, il y a des chênes dont les glands mûrissaient
lorsque le Roi Jean apposa son sceau sur la grande Charte
à Runnymede ; il y a quelques années, il
existait encore à Gloucester le chêne mentionné
dans le cadastre compilé en 10801086 avant J.C.
On dit que les séquoias de Californie ont des anneaux
qui les font remonter à 1,300 ans avant J.C.
Et au Mexique il y a un cyprès qui a probablement de
3,000 à 5,000 ans.
C'est là un côté de la question, le
côté romantique, qui ne dit pas grandchose
à l'agriculteur canadien qui veut des arbres pour faire
des piquets, pour se chauffer, ou pour vendre. Ce qui l'intéresse
immédiatement, c'est le fait que dans son milieu naturel
à l'est des Rocheuses, une forêt d'épinettes
arrive à maturité dans une soixantaine ou une
centaine d'années, et que le baume atteint une taille
marchande en quarante ans. C'est en ces deux espèces,
qui forment 75 pour cent du bois employé par les moulins
de pâte et de papier, que consiste la plus grande partie
de nos forêts de bois mou. Le tableau suivant est basé
sur la moyenne de centaines d'arbres de chaque espèce
poussant dans les pépinières d'Indian Head.
Il indique l'âge des arbres et la taille à cet
âge.
| Espèces |
5 ans |
15 ans |
| |
pi. |
po. |
pi. |
po. |
| Érable du Manitoba |
8 |
0 |
21 |
2 |
| Frêne vert |
4 |
8 |
15 |
3 |
| Orme blanc |
4 |
6 |
13 |
3 |
| Bouleau |
8 |
5 |
21 |
9 |
| Peuplier de Russie |
12 |
6 |
35 |
6 |
| Épinette |
1 |
6 |
12 |
0 |
| Pin d'Écosse |
1 |
5 |
16 |
10 |
| Pin gris |
2 |
0 |
15 |
6 |
| Pin de Murray |
1 |
0 |
13 |
0 |
| Tamarac |
5 |
8 |
21 |
6 |
| Mélèze de Sibérie |
4 |
6 |
22 |
9 |
Les forêts emmagasinent l'eau
Des milliers de milles carrés de bassins hydrographiques
de l'Amérique du Nord ont été déboisés
et broutés ras, déclare William Vogt dans « Road
to Survival ». Des milliers d'étangs envasés,
des réservoirs hydrauliques et d'eau potable, ainsi
que des milles de rivières boueuses indiquent l'effet
de cette déforestation.
Les arbres, leurs racines, et l'humus du sol de la forêt
agissent comme de grosses éponges. Cela a pour résultat
d'égaliser le flot des cours d'eau, de diminuer l'écart
entre les hautes crues et les basses eaux ; et de réduire
la sévérité des inondations. Cela est
important non seulement pour les fermes adjacentes mais pour
les centres éloignés qui comptent sur le flot
constant des rivières pour fabriquer leur électricité.
Ce sont les grandes forêts, couvrant les chaînes
de montagnes et les versants où nos grandes rivières
prennent leur source, qui régularisent le flot des
eaux mais même les petits lots boisés remplissent
leur rôle.
Un petit lot boisé a peu d'effet sur le problème
de régularisation des eaux, mais prenez un petit bois
ici, et un autre là, sur des milles et des milles de
fermes ; même aujourd'hui, ils couvrent 34,792
milles carrés et c'est une superficie importante dans
le programme de conservation des eaux d'un pays.
Il existe aussi des fermes forestières. À
la fin de 1957, le Canada comptait 482 fermes forestières
couvrant une superficie de 432,000 acres. À la même
époque, M. J. L. Van Camp, directeur général
de l'Association Forestière canadienne, parlant des
dix pour cent de nos forêts qui appartiennent à
des particuliers, déclarait : « Le dernier
recensement classe 33 millions d'acres comme terres à
bois et 21 autres millions comme forêts. »
La lutte contre l'érosion
Vous n'avez qu'à lire le livre instructif de M. Shepard,
« Food or Famine » sur les dangers de l'érosion
pour vous rendre compte comment dans certains milieux - et
nous ne sommes guère différents nousmêmes
- le procédé de destruction a atteint de vastes
proportions « par ignorance des voies de la nature et
par cupidité et imprévoyance dans l'emploi des
bienfaits de la nature ».
Les enquêtes révèlent que l'érosion
est due principalement au fait que les arbres ont été
coupés, le sol brûlé, la couche de végétation
brisée par le défrichage, que des versants trop
escarpés ont été cultives et que l'herbe
a été trop broutée dans les pâturages.
Comme dit Zimmerman : d'abord la hache, ensuite la charrue,
puis la pluie, après cela l'érosion et finalement
le désert.
Conservation
Les autorités disent qu'an moins dix à vingt
pour cent de tous les terrains agricoles devraient être
plantes d'arbres. C'est à ceux qui sont charges de
la conservation d'arriver à ce minimum.
Nous avons fait des progrès dans de nombreuses directions,
notamment en ce qui concerne la protection contre le feu,
les recherches et autres dans le domaine de la sylviculture
privée. Mais le sentiment de la nécessité
n'est pas encore général. Il n'y a pas si longtemps,
un journal financier consacrait une section de 24 pages aux
forêts et aux pâtes et papiers et reléguait
l'article sur la conservation à la dernière
page.
Aux cours d'été de Banff, le naturaliste Dan
McCowan a annoncé que l'Alberta se proposait de planter
et d'entretenir une ceinture d'arbres au pied des montagnes
depuis l'État de Montana jusqu'à la frontière
septentrionale de la province. Les glaciers fondent rapidement
et il est très important d'en conserver l'eau. Une
Commission, représentant le gouvernement fédéral
et l'Alberta, a été instituée pour obtenir
et maintenir la plus grande quantité d'eau possible
dans les rivières de la Saskatchewan et ses affluents.
La conservation ne consiste pas seulement en prohibition.
Sa portée est plus large. Elle consiste à faire
sagement usage et jouir maintenant de ressources que nous
devons entretenir pour assurer l'avenir. Il faut pour cela
utiliser méthodiquement les terrains forestiers et
agricoles, dont nous tirons profit aujourd'hui, et en même
temps en régler constamment l'exploitation pour qu'ils
continuent à nous donner du bois, des vivres et de
l'eau pendant les années à venir.
Collaboration du public
La collaboration du public est nécessaire à
tout programme de conservation. Ne perdons pas de temps à
blâmer les uns ou les autres pour la situation actuelle.
La science et le public peuvent arrêter le gaspillage,
reboiser les forêts, et créer un source perpétuelle
d'eau et de bois.
Ce qui est fait est fait, mais il y a lieu de réfléchir
quand on pense à la florissante industrie du bois qui
existait dans l'est de l'Amérique. Le déboisement
a causé une énorme perte de revenus. On peut
dire que quelques industries du bois sciaient la branche sur
laquelle elles étaient perchées. De grandes
parties du Canada et des ÉtatsUnis offrent un
horrible exemple de l'effort humain mal appliqué.
Les excès de coupe n'ont pas seulement épuisé
le bois, ils ont détruit, l'équilibre entre
la végétation et le sol.
Protection officielle
La collaboration publique sera plus efficace quand elle
sera sous la direction de fonctionnaires compétents.
Les gardesforestiers ne sont pas des hommes armés
de fusils qui empêchent les gens d'entrer dans les bois,
et ils ne sont pas des arboriculteurs. Ce sont des techniciens
qui préservent des forêts entières de
la maladie et de la mort. Le plus important principe en protection
forestière est qu'il est plus efficace d'empêcher
le mal que d'y porter remède quand il a fait son apparition.
C'est pour cela qu'on ne veut pas des gens négligents
et étourdis dans les forêts du Canada. Un proverbe
du Nicaragua dit : « Un seul homme, en un seul jour,
avec une seule allumette, peut détruire cent arpents. »
Les feux de forêts sont causés par ce que les
gens font ou ne font pas. La négligence, l'indifférence
et l'ignorance sont responsables de tous les feux de forêts
sauf quelquesuns allumés par les éclairs
ou d'autres causes naturelles.
Le feu, quoique le plus tragique, n'est pas le seul danger
qui menace les forêts. La paisible apparence d'une forêt
est décevante. Les arbres envoient leurs racines à
la recherche d'eau et de nourriture et emmagasinent le soleil
dans leurs feuilles. Les insectes les attaquent depuis leurs
racines jusqu'au bout des tiges, pendant toute leur vie. Les
maladies répandent la destruction à travers
des millions d'arpents avec une vitesse épidémique.
Dans une forêt exploitée, on donne de l'espace
aux arbres par des coupes. Les forestiers essaient de combattre
les insectes au moyen d'ennemis naturels ou de parasites,
ou encore d'insecticides. Ils combattent les maladies en détruisant
la cause, en protégeant les arbres au moyen de fongicides,
et en produisant des arbres à l'abri de la contagion.
De plus en plus, les provinces fournissent des forestiers
pour aider les propriétaires de petits lots boises
et les gérants de petites forêts. M. Roch Delisle,
directeur du Bureau de renseignements forestiers de Québec,
dit : « Un forestier compétent et actif,
qui prend la peine d'aller dans les bois avec le propriétaire,
fera dans un an plus de sylviculture pratique que ne pourraient
le faire en dix ans toutes les causeries à la radio
et tous les bulletins et articles de journaux. »
Expansion des débouchés
Ceux qui ont des arbres trouveront qu'il vaut la peine de
les soigner et de préparer leur rendement futur, parce
que les débouches pour le bois s'agrandissent.
L'industrie canadienne de la pulpe et du papier, qui est
un grand consommateur d'arbres, se rend bien compte de cela.
Et elle s'inquiète de plus en plus de l'avenir des
forêts qu'elle exploite et des forêts en général.
L'industrie dépense chaque année des millions
de dollars pour améliorer les méthodes d'exploitation
forestière. Il y a quelques années, elle a adopté,
et elle applique maintenant, un programme forestier de rendement
perpétuel et croissant.
Grâce à une bonne exploitation, il y a des
forêts qui ont été coupées de temps
en temps depuis 100 ans et qui produisent encore de bonnes
coupes.
Tout le monde sait que cette industrie est celle qui nous
procure le plus grand nombre de dollars des ÉtatsUnis
par ses exportations. En 1955, l'industrie a acheté
pour $340 millions de bois de pulpe et l'a converti en produits
d'une valeur brute de $1,300,000,000, ce qui a plus que triplé
la valeur du bois. Elle a obtenu son bois des sources suivantes :
| Agriculteurs et autres petits propriétaires |
21 pour cent |
| Autres achats, y compris déchets
de scierie |
12 pour cent |
| Propriétés ou concessions |
67 pour cent |
Il y a naturellement beaucoup d'autres manufactures pour
lesquelles le bois est la principale matière première,
et nous serions surpris si nous pouvions suivre un arbre depuis
la forêt jusqu'au produit final et voir le travail qui
entre dans la coupe et la fabrication. La forêt donne
du travail régulier à un grand nombre de gens.
Un tiers du bois coupé au Canada chaque année
vient des lots boisés des fermes, dit E. S. Richards
dans sa brochure Farm Woodlots in Eastern Canada. La
valeur moyenne est petite, toutefois, parce que la plupart
du bois des fermes est vendu ou employé comme combustible,
tandis que celui des autres sources rapporte un meilleur prix
comme billots ou bois de pulpe.
Les industries locales qui emploient le bois dans leurs
manufactures pourraient faire de l'argent si elles étaient
assurées d'avoir toujours à leur disposition
du bois de bonne qualité comme on pourrait en avoir
si les lots boisés étaient bien soignés
et exploités en vue d'un rendement constant. L'industrie
de l'ameublement qui a pris naissance en Ontario grâce
aux forêts de bois dur de la province, est obligée
maintenant d'importer une grande partie de son bois, et le
noyer et le frêne blanc pour fabriquer les manches viennent
des ÉtatsUnis. Les arbres qui ont servi à
fonder ces industries et beaucoup d'autres poussaient près
des manufactures et peuvent y pousser de nouveau.
Éducation forestière
Il est nécessaire que nous nous en tenions à
la réalité en ce qui concerne les forêts
sans tomber dans la fantaisie. Le poète a dit :
« Bûcheron épargne cet arbre ! N'en
touche pas une seule branche ! Il m'a protégé
dans ma jeunesse et je le protégerai à mon tour. »
Le sentiment est beau, et ce sont des lignes qu'on cite souvent
aujourd'hui, mais c'est se faire une fausse idée de
la conservation que d'épargner les arbres qui sont
arrivés à maturité et qui peuvent être
utiles.
Les programmes d'éducation, dans les écoles
publiques et dans les cours d'adultes, devraient faire ressortir
d'une façon convaincante les avantages de la bonne
exploitation forestière. Il n'est pas nécessaire
de semer partout des graines pour être bon conservateur
de forêt. De fait, un homme qui emporte des graines
plein sa poche pour semer le long de la route en se promenant,
prépare des ennuis aux générations futures.
Il y a des endroits pour planter et pour ne pas planter des
arbres, et il faut planter chaque arbre à sa place.
Les professeurs pourraient suivre des cours plus avancés
dans les écoles normales, non pas sur la technique
forestière et la nomenclature des arbres, mais sur
les points pratiques et nécessaires concernant la préservation
de nos forêts et la nécessité d'avoir
un plus grand nombre d'arbres.
Grâce aux clubs 4H, toute une génération
dans la province de Québec approche de l'âge
mûr avec de bonnes connaissances en sylviculture et
exploitation des lots boisés.
Récemment, en ColombieBritannique, Judith Robins
et Jimmy Jones ont été les premiers à
recevoir des plants d'arbres et un certificat à l'occasion
de la distribution de milliers de plants aux écoliers
par la section occidentale de la Canadian Pulp and Paper Association.
Le certificat contient une leçon élémentaire
de conservation forestière pour tout le monde :
« Ces arbres sont comme de petites personnes. Soyez bons
pour les petits arbres. Un petit arbre vous a été
donné pour planter soigneusement dans votre jardin.
Veillez sur lui, arrosezle, et protégezle
du feu pour qu'il devienne grand et fort. Il vous servira
d'inspiration pendant toutes les années de votre vie ».
Et, pour terminer :
Le commerce du bois n'est pas la seule raison pour planter
des arbres et les protéger. Ils ne sont pas seulement
des colonnes de bois, ce sont des créatures vivantes.
Ils respirent, ils mangent, ils boivent, ils poussent, ils
se reproduisent, ils travaillent et ils se reposent.
Dans plusieurs régions de Sumatra, les indigènes
croient que certains arbres servent de résidence aux
esprits des bois. Il n'est pas difficile à comprendre
qu'une chose aussi majestueuse qu'un arbre qui devient si
gros et beaucoup plus vieux que les hommes ait inspiré
la révérence des peuples primitifs. Il n'est
pas nécessaire d'aller jusque là, mais un peu
de cette révérence ne nous nuirait pas, du point
de vue économique et esthétique et pour notre
propre préservation.
Les arbres ont une autre vertu que nous n'avons pas encore
mentionnée. Quelquesuns, comme nous l'avons vu,
nous font penser aux anciens jours - aux beaux navires de
la NouvelleÉcosse partant de nos ports pour faire
voile à toutes les parties du monde ; à
Maisonneuve, plantant sa croix sur le MontRoyal ;
aux palissades en bois du Fort Garry, et à l'océan
d'arbres entre Alexander Mackenzie et le Pacifique quand il
aperçut pour la première fois le rivage occidental
du Canada.
Mais de plus, les arbres nous emportent dans l'avenir. Quand
nous les plantons et nous les protégeons, nous nous
rendons compte que l'arbre durera longtemps après nous.
La Fontaine a exprimé cette idée de longévité
en ces mots dans sa fable : « Un octogénaire
plantait ! Passe encore de bâtir, mais planter
à cet âge ! » Nos érables, nos
pins, nos ormes et nos baumes ne sont que de petits arbres
aujourd'hui, mais les sauvageons de chêne qui n'avaient
qu'un pied ou deux de haut quand Cartier traversa pour la
première fois une forêt canadienne, ont vu le
Canada sortir de l'état sauvage et devenir une métropole
et, de pays d'indigènes, passer aux premiers rangs
des nations civilisées. Qui sait ce que verront un
jour les sauvageons de notre époque ?
Publié par RBC Groupe Financier. Tous les numéros
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